Marx et la poupée – Maryam Madjidi

Iran, début des années 1980. Maryam Madjidi transporte dans ses couches des comptes rendus de réunions du parti d’opposition à Khomeny dans lequel ses parents militent. Son père et sa mère, certains que la milice n’irait pas fouiller un bébé, la prêtent même à d’autres militants. L’enfant assiste également, dans la maison familiale, à de nombreuses réunions clandestines. Faisant semblant de jouer, elle écoute des deux oreilles ces propos engagés et ces récits d’hommes et de femmes disparus, souvent fusillés, pour avoir osé s’opposer au régime.

Alors qu’elle est âgée de six ans, les parents de Maryam décident de venir vivre en France. La petite fille découvre Paris, la promiscuité, le fromage qui pue, la solitude, le racisme. Elle ne comprend pas un mot de français mais observe tout ce qui se passe autour d’elle. Le regard méprisant des autres enfants parce qu’elle ne parle pas la même langue et qu’elle est pauvrement vêtue ne lui échappe pas.

Petit à petit, Maryam fait son chemin et accepte sa nouvelle vie. Elle n’en demeure pas moins tiraillée entre l’Iran et la France. Après avoir rejeté le français, c’est le Persan qu’elle refuse d’apprendre. A sa mère qui tente de lui expliquer que cette langue fait parte de ses racines, elle répond « Je suis pas un arbre, j’ai pas de racines ».

Avec beaucoup d’humour et de tendresse, Maryam Madjidi raconte des scènes de son enfance et emporte son lecteur sur la route de l’exil. Certains passages sont poignants, d’autres prêtent à sourire. Ils n’en demeurent pas moins révélateurs du soucis de l’auteure de témoigner de sa propre histoire. Car si le texte est un roman, il est très fortement inspiré de sa vie personnelle.

Le récit laisse transparaître un caractère bien trempé et un sens de la répartie qui font la force de Maryam Madjidi. Avec sincérité, elle explique que sa double culture est à la fois un fardeau et un atout dont elle n’hésite pas à se servir, pour séduire ou pour écrire ce premier roman par exemple.

J’ai eu la chance de la rencontrer dans une petite librairie indépendante qui a vu le jour il y a un peu plus d’un an. Elle nous a raconté tout un tas d’anecdotes sur l’Iran et sur son arrivée en France dont certaines figurent dans le livre. Au delà de son récit personnel, c’est la discussion que nous avons eue sur l’exil qui m’a fait le plus réfléchir. Si seulement ce discours pouvait tomber dans les oreilles les plus hermétiques…

MADJIDI, Maryam, Marx et la poupée, Le Nouvel Attila, 2017.

26 réflexions sur « Marx et la poupée – Maryam Madjidi »

    1. Oui, cette rencontre m’a ravie. Et quelle interprétation du texte de la part de la personne qui lisait avec elle !

  1. Une superbe lecture qui m’a marqué par la plume si singulière de Maryam Madjidi et qui en même temps correspond tellement à ce qu’elle dégage lorsqu’on l’écoute.
    Tu as raison, ce récit devrait être mis entre de nombreuses mains.

    1. Ce qu’elle raconte est vraiment intéressant et complète bien le livre. J’aurais pu l’écouter pendant des heures. Et quelle personnalité !

  2. Tentée ++++ et voilà ton billet qui enfonce le clou ! En panne de lecture je crois que je vais me lancer 😉
    (c’est vrai qu’il est drôlement beau ce billet)
    Bizzzzz

    1. Je suis certaine qu’il te plaira en plus ! L’auteure a un petit côté féministe et rebelle que j’aime beaucoup.

    1. Prix Goncourt du premier roman, Prix Étonnants Voyageurs, je suis ravie pour elle car c’est mérité. J’ai hâte de découvrir ses prochains textes. Elle nous a dit qu’elle avait plein d’histoires dans la tête, qu’il fallait juste qu’elle trouve le temps de les écrire !

  3. Ce roman fut un coup de coeur. J’ai adoré la façon dont elle arrive à mettre par écrit des anecdotes et la culture iranienne de l’oralité. Elle a eu le prix Etonnants Voyageurs ce week-end. C’est vraiment mérité !

    1. Oui, il y a effectivement une multitude d’anecdotes dans ce roman. Et quand on rencontre l’auteure, elle nous en raconte plein d’autres !

La parole est à vous !