Mon traître – Pierre Alary

Sorj Chalandon est un des écrivains contemporains que je préfère. La lecture de Mon traître, il y a quatre ans, est encore bien présente dans mon esprit. Aussi, se confronter à son adaptation en bande dessinée était un pari risqué. Vais-je retrouver la force des mots de Sorj Chalandon ? Les dessins de Pierre Alary vont-ils correspondre aux images mentales que je me suis forgée ? La bande dessinée est-elle fidèle à l’œuvre d’origine ? Autant de questions que l’on se pose quelle que soit l’adaptation.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Antoine, luthier parisien, tombé amoureux de l’Irlande du Nord au milieu des années 1970, à l’occasion d’un aller-retour de quelques heures à Belfast alors qu’il séjournait à Dublin, chez des amis. Là-bas, il fait la connaissance de Jim et Cathy qui ont perdu leur fils unique sous les balles anglaises. Il rencontre également Tyrone Meehan, figure emblématique de l’IRA. C’est le début d’une magnifique amitié qui se terminera par une trahison. Le titre, Mon traitre, le laisse présager dès le départ. Toute la question est de savoir comment et pourquoi.

Si le scénario de Pierre Alary est fidèle au roman, je n’ai pas complètement retrouvé la force du texte de Chalandon. C’est par contre une très bonne entrée en matière pour qui ne le connaît pas. Il y est question de vie, de mort, de guerre, d’engagement dans le combat. Antoine n’est pas irlandais et ne le sera jamais même si il a parfois l’impression du contraire. Il ne peut donc pas comprendre dans ses tripes le conflit qui oppose le Nord à l’Angleterre. Il se contente d’observer sans juger, de compatir, d’être révolté. De même, il ne pourra pas comprendre comment son ami est devenu un traître vis à vis de l’IRA mais aussi de lui-même.

Pierre Alary a choisi de représenter Tyrone et Antoine avec des traits anguleux et de privilégier les couleurs sombres. Son trait, souvent proche du croquis, ne m’a pas pleinement convaincue mais c’est une question de sensibilité personnelle. Je crois que ce qui m’a le plus dérangée finalement, c’est que je me suis représentée l’Irlande du Nord et les personnages du roman de manière complètement différente. De plus, je n’ai pas retrouvé avec la même intensité la fièvre de l’engagement, l’ambiance des pubs, celle des foules en deuil et des rues de Belfast. Tout cela est pourtant bien là, mais pas de la même manière !

ALARY, Pierre, Mon traître, Rue de Sèvres, 2018.

Cette semaine, c’est chez Stephie que vous pouvez découvrir d’autres BD !

33 réflexions sur « Mon traître – Pierre Alary »

  1. Bizarrement ma « vraie » rencontre avec Chalandon n’a pas encore eu lieu… Je n’ai même pas été au bout du Quatrième mur… dont j’ai pourtant beaucoup aimé l’adaptation BD. Comme quoi 😉

  2. Je n’ai jamais lu Chalandon, alors même que je suis sûre que sa plume me plairait. J’espère que la bibliothèque a cet album, d’autant que tu dis qu’il est une bonne entrée en matière.

  3. Personnellement, je n’avais pas été déçue. J’avais trouvé l’adaptation fidèle, même si, au niveau du dessin, j’avais constaté un décalage avec ma propre représentation des personnages et des lieux.

  4. Ouh, du coup, j’hésite à lire la BD, j’avais beaucoup aimé le roman. Mais sait-on jamais. Si je tombe dessus, je sens que je ne vais pas résister. Je me connais.

  5. Je n’ai lu ni le roman ni son adaptation BD… Mais je peux comprendre que la BD ne corresponde pas à ce que tu avais imaginé lors de la lecture du texte… C’est comme avec les films : souvent c’est décevant quand le roman était un coup de cœur !

La parole est à vous !