Mon traître – Sorj Chalandon

Antoine est luthier à Paris. En 1975, célibataire, il s’offre un voyage en Irlande pour fêter ses trente ans. A Dublin, il se rappelle d’un de ses clients qui lui a dit que s’il ne connaissait pas le Nord, il ne connaissait pas l’Irlande. Sur un coup de tête, il décide de faire un aller-retour en train à Belfast. Il ne reste que 3 heures sur place mais cela suffit à changer à jamais sa vie.

Là-bas, il rencontre tout d’abord Jim O’Leary et sa femme qui l’invitent chez eux. Jim devient rapidement son ami. Antoine, qui séjourne chez le couple lors de ses voyages successifs, apprend que leur fils est mort sous les balles de l’armée britannique. Dans un bar, il fait la connaissance de Tyrone Meehan, une grande figure de l’IRA (armée républicaine irlandaise), qui a passé plusieurs années en prison pour raisons politiques.

Une amitié très forte se créée entre Antoine (désormais surnommé Tony) et Tyrone. Il faut dire qu’Antoine est tombé littéralement amoureux de l’Irlande du Nord, à tel point qu’en France, il finit par se couper de ses amis. Ces derniers ne comprennent pas son engagement corps et âme pour un pays et une cause qui lui sont totalement étrangers. « J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour » p 52.

Le lecteur sait dès le début que Tyrone commettra un jour l’irréparable. En effet, Tony le nomme « Mon traître ». Quelle sera la trahison ? Pourquoi ? Comment ? Autant de questions auxquelles on trouvera des réponses au fil des pages. Ou pas.

Ce roman s’inspire d’une histoire vraie, celle de l’amitié entre l’auteur, qui couvre le conflit en Irlande du Nord pour Libération à cette époque, et Denis Donaldson, un activiste républicain qui a trahi les siens pendant 20 ans. Sorj Chalandon connaît donc très bien son sujet. A travers le personnage de Tyrone, il nous permet de découvrir le clan des activistes. Tony, lui, à le regard de l’étranger un peu naïf qui essaie de comprendre sans juger. Mais peut-on réellement appréhender la guerre ? Est-il possible de comprendre l’un ou l’autre des opposants quand on n’appartient pas à l’un de ces clans ?

Plus que l’histoire d’un pays en guerre, Mon traître  est celle d’une amitié trahie. J’ai particulièrement aimé les réponses données par Sorj Chalandon quand Tony essaie de comprendre les raisons de cette trahison. L’ambiance du pays et les émotions des personnages sont merveilleusement dépeints. C’est un roman magnifique. Maintenant il ne me reste qu’à me précipiter sur la suite, Retour à Killybegs.

L’avis d’Enna, un des premiers sur son blog, celui de Moka et d’Alex.

CHALANDON, Sorj, Mon traître, Le livre de poche, 2009.

11 pensées sur “Mon traître – Sorj Chalandon”

  1. ma première rencontre avec Sorj Chalandon : totalement par hasard car je l’ai lu pour le Prix de ELLE 2009 et ce fut une claque au niveau du style que j’ai trouvé tellement beau! Et depuis, j’ai tout lu et tout aimé avec plusieurs coup de coeur dans sa bibliographie (notamment celui-ci!) et j’ai aussi rencontré l’homme qui est tellement abordable que c’est un plus, même si c’est surtout pour ces textes que je l’aime!

  2. J’ai du mal avec l’écriture de l’auteur (quelque chose d’indéfinissable) alors j’étais passée à côté de « mon traitre » mais je viens de lire « le quatrième mur » qui m’a beaucoup plus touchée…

La parole est à vous !

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