Né d’aucune femme – Franck Bouysse

Il m’aura fallu attendre le dernier livre de la sélection du Grand Prix des Lectrices de Elle pour avoir un véritable coup de cœur. Et quel coup de cœur !  J’ai retardé au maximum la lecture des dernières pages, redoutant le dénouement et désolée de devoir quitter Rose, cette femme au destin tragique que l’auteur met magnifiquement en lumière.

Nous sommes au XIXème siècle ou peut-être au début du XXème. Le père Gabriel est appelé pour bénir le corps d’une femme à l’asile. En confession, une voix fluette l’informe qu’elle a caché les cahiers de Rose sous la robe de la défunte. Elle ne veut plus être la seule dépositaire de la vérité. Tous ceux qui sortent de l’asile sont fouillés. Avec le père Gabriel, ils n’oseront pas. Dès lors, la destinée de Rose n’est plus un secret. Au crépuscule de sa vie, le père Gabriel se souvient de cette histoire tragique qui ne l’a jamais quittée.

Dans ses cahiers, Rose raconte sa famille si pauvre que son père décide de la vendre pour subvenir aux besoins de ses sœurs. Elle n’a que 14 ans et devient la bonne à tout faire du maître. Ce notable des environs, si cruel que cela en est à peine croyable, vit dans une grande demeure isolée au fond des bois. L’ogre des contes pour enfant n’est pas bien loin, sauf que là, on est dans la vraie vie. Le maître a une mère qui a tout de la sorcière ou de la marâtre et une femme malade qui est alitée dans une pièce interdite à Rose. C’est dans ce contexte que la jeune fille vit un véritable enfer.

Par petites touches, le lecteur découvre la vie de Rose. L’auteur entretient le suspense, dévoile encore des atrocités alors que l’on pense que le pire est déjà arrivé. Mais Rose est une femme debout. Dans son malheur, jamais elle ne se laisse abattre, jamais elle ne renonce. Les mots la sauvent, elle qui apprend à lire en déchiffrant en cachette le journal du maître. L’amour l’aide aussi, qu’il soit familial, maternel ou pour une autre personne. Ses racines sont primordiales. Sans elles, comment tenir ?

Franck Bouysse maîtrise l’art de rendre le tragique lumineux. Il rend un bel hommage au pouvoir des mots et à cette femme qui, jamais, ne connaît le bonheur. Né d’aucune femme est un roman poignant qui explore le Mal et sonde l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus sombre mais aussi de plus grand. A découvrir absolument !

BOUYSSE, Franck, Né d’aucune femme, La manufacture de livres, 2018.

32 réflexions sur « Né d’aucune femme – Franck Bouysse »

    1. Moi aussi… Je ne lirai pas My absolute darling par exemple. Là, la narration est tellement réussie que cela ne m’a pas posé de problème.

  1. L’histoire n’a pas l’air très originale ( ça ressemble à beaucoup d’histoire de servante du XIX) mais tu sembles avoir tellement aimé que je note. Je crois qu’il y a une émission que France culture qui en parle, j’ai vu ce titre quelque part…

    1. On en parle pas mal en ce moment. La librairie Mollat de Bordeaux a mis en ligne une interview intéressante de l’auteur et il est passé à la grande librairie aussi.

  2. J’ai lu Glaise il y a peu. L’écriture y est également sublime mais c’est très noir. J’hésite un peu avant de me lancer dans celui-ci ;). Merci pour ton coup de coeur !

  3. Dans ma Pal . J’ai vraiment hâte de le lire même si j’ai un peu peur de sa violence. J’ai rencontré l’auteur dans ma librairie, c’était un moment parfait

  4. Un auteur que j’aime beaucoup et que j’ai vu souvent dans les salons, j’en ai lu plusieurs de lui, j’ai Glaise qui m’attend sur ma table de nuit depuis sa sortie et je lirai celui-ci ensuite, un auteur à suivre sans aucun doute. Grossir le ciel est magnifique.

La parole est à vous !