Pactum salis – Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles, le premier titre d’Olivier Bourdeaut, a connu un succès inespéré en 2015. Aussi, Pactum salis, son second roman, était attendu. Je ne me suis pas précipitée dessus, gardant le souvenir d’un certain malaise face à la légèreté qui cache l’extrême folie dans Bojangles. Pactum salis est pourtant totalement différent.

Le roman a pour cadre les marais salants de la région de Guérande et s’ouvre sur une scène macabre. Un corps est retrouvé plongé dans l’eau. Quelle est l’identité de ce cadavre ? Avant de nous le révéler, l’auteur nous propose un flash-back.

Jean a quitté Paris il y a trois ans pour s’installer comme paludier. Il a coupé les liens avec ses parents, des intellectuels qui ne comprennent pas que leur fils exerce un métier manuel, et ne cherche pas à nouer de contacts avec ses confrères. La solitude lui va bien, il se contente de peu et vit coupé des nouvelles technologies.

Michel, ambitieux agent immobilier ayant réussi dans la vie à force de travail, est en vacances dans un hôtel de luxe de La Baule. Un soir d’ivresse, il atterrit dans le marais de Jean. Ce dernier le retrouve endormi sur un tas de sel, baignant dans son urine.

Les deux hommes se détestent autant qu’ils s’attirent. A la manière de personnages de comédie, leurs caractères sont poussés à l’extrême. Jean est assez discret et renfermé sur lui-même, Michel est à l’aise dans n’importe quelle situation. Le premier gagne chichement sa vie, le second flambe son argent dans les belles voitures, l’alcool, le luxe. Ensemble, ils feront tout et n’importe quoi.

La première de couverture parle d’amitié entre ces deux-là mais je ne suis pas d’accord. Pour moi, Jean et Michel symbolisent plutôt les deux versants d’un même être humain (Jean-Michel ?) ou du moins les deux extrêmes vers lesquels une même personne peut être tiraillée à un moment ou à un autre de sa vie.

On retrouve dans Pactum salis l’écriture travaillée et, dans certains passages, la fantaisie d’En attendant Bojangles. La scène du combat à l’épée ou celle dans la boîte de nuit sont mémorables. La tonalité générale est cependant plus grave, le propos plus critique. Cela n’est pas pour me déplaire !

BOURDEAUT, Olivier, Pactum salis, Finitude, 2018.

23 réflexions sur « Pactum salis – Olivier Bourdeaut »

  1. j’ai souvent lu ou entendu qu’il était moins bien que le premier et comme je ne fais déjà pas partie du fan club du 1er… je ne sais pas… le hasard décidera peut-être!

    1. Je ne sais pas si le sujet m’aurait attiré si je n’avais pas entendu l’auteur parler de son roman dans Boomerang sur France Inter cet hiver.

  2. Comme toi, quelque chose m’a fortement dérangé dans Bojangles et comme les critiques sur celui-ci étaient plus réservées, j’avais simplement taillé ma route…Finalement, grâce à toi, je vais peut-être revenir sur ma décision de ne pas lire ce roman.

    1. Ce qui m’a dérangée dans Bojangles, c’est une certaine négation de la réalité de la folie. Tout est caché, tout est magnifiée par l’aspect fantasque.

  3. Bojangles fut un gros coup de coeur pour moi. Celui-ci, je n’arrive pas à me décider ni de l’acheter de laisser tomber…si tu dis que c’est grave comme fond, alors peut-être que je devrais, surtout si on retrouve légèreté et fantaisie. A suivre…

    1. Pour moi, il y a une réflexion intéressante sur l’être humain et ses paradoxes. Ces deux personnages que tout oppose incarnent dans mon esprit les opposés qui nous attirent et sont le reflet de notre société. On voudrait être riche, ambitieux, à l’aise dans ses relations mais en même temps on déteste ces personnes à qui tout réussit.

    1. Tout le monde n’est pas unanime mais de mon point de vue, oui ! Je me demande par contre s’il n’a pas été écrit avant Bojangles. Il faudrait le vérifier.

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