L’île aux peintres de Claire Mazard

Quatrième de couverture :
« Clément et son père Thierry entretiennent des relations difficiles.
Sur les conseils de sa mère, Clément décide cependant de lui offrir un
cadeau pour sa fête. Il trouve dans une brocante un tableau
représentant le portrait d’un jeune homme ressemblant fortement à
Thierry, sur fond de palmiers et de maisons coloniales. Intrigué par
cette ressemblance et par la réaction de son père lorsqu’il lui offre
le cadeau, Clément décide de mener l’enquête. Il découvre alors un
manuscrit qui va lui révéler l’incroyable vérité et lui permettre de
mieux comprendre ce père qui était resté un inconnu pour lui. »

Voici un roman sympathique sur les relations père-fils et sur le poids du passé. On découvre petit à petit, en même temps que Clément, le contenu de ce manuscrit trouvé par le plus grand des hasards dans une brocante et qui va permettre au jeune ado et à son père de se réconcilier. Le suspens -que s’est-il passé d’important pendant la jeunesse du père?- est maintenu jusqu’au bout ou presque mais je m’attendais à une révélation plus importante. Je suis donc restée un peu sur ma faim même si j’ai passé un agréable moment de lecture !

Un extrait :
En cours, Boris me glisse des petits papiers. Ses réflexions du moment.

« Ne pas se prendre au sérieux, plus difficile qu’on ne croit. »

« L’important dans la vie : se regarder avec des yeux extérieurs. »

« De temps en temps, arrêter son existence et la saisir en son entier. »

« A chacun de lire le roman de sa vie. A chacun d’aimer son propre personnage dans le roman de la vie. Simplement. Sans orgueil. »

J’ai gardé tous ces petits papier.

MAZARD, Claire, L’île aux peintres, Seuil, 2007.

Un petit poème sur le livre

Le livre

          Le livre est l’animal le plus familier que l’on puisse connaître, rêver, trouver. Les livres sont fidèles, s’ouvrent facilement. Ils volent en compagnie, voir « étagères ». Les livres restent. On achète parfois moins de livres qu’on peut en lire, parfois plus (overbooking). Le livre reste un moyen de transport fulgurant. Le livre reste. Le livre est. On ne peut en dire autant de tout le monde.


Jacques Rebotier

Réconciliation avec Philippe Claudel

Il y a quelques temps déjà, suite à de nombreuses critiques élogieuses sur la blogosphère, j’ai lu La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel mais je n’ai pas vraiment accroché. Et puis Le rapport de Brodeck a obtenu le prix Goncourt des lycéens (le seul prix littéraire auquel je fais confiance…) et une fois encore, je n’ai entendu que des avis positifs. Je me suis donc lancée dans la lecture de ce roman, non sans quelques réticences, et j’ai adoré !

Quatrième de couverture :
« Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache.
Moi, je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer.
Mais les autres m’ont forcé : « Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études. » J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir : « Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses. Nous, on ne sait pas faire cela. On s’embrouillerait, mais toi, tu diras et alors ils te croiront. »

L’histoire se passe juste après la guerre, dans un petit village, non loin de la frontière avec l’ennemi. Cette guerre, elle n’est pas explicitement nommée mais on pense tout de suite à la Seconde Guerre Mondiale puisqu’il est question de camp de concentration. Mais après tout, ça pourrait être n’importe quelle guerre… On ne sait pas non plus où se situe le village : peut être en Alsace ou peut être ailleurs.

Dans ce contexte, Brodeck, le narrateur, accepte sous la contrainte d’écrire un rapport sur un évènement tragique qui vient de se dérouler au village et dont un étranger, rejeté par la population en raison de sa différence, a été victime. Cet évènement, Brodeck n’y a pas assisté et ne le cautionne absolument pas mais tout le village ne pense pas comme lui.

L’écriture du rapport fait ressurgir des souvenirs personnels atroces (les aller-retours entre le passé et le présent sont très nombreux tout au long du roman) mais malgré tout cela, Brodeck est encore capable de continuer à vivre et à aimer.

                        

Que dire sur ce magnifique texte ? L’écriture est d’une qualité remarquable, le personnage de Brodeck est saisissant de douleur et de vérité, l’analyse des sentiments et des attitudes des gens, en temps de guerre mais aussi après, est époustouflante. Je pourrais poursuivre les éloges longtemps… Vous l’aurez compris, ce roman m’a réconciliée avec Philippe Claudel !

Lire l’avis de Sylire, d’Anne, de BelleSahi, de Gambadou, d’Eissel et de Caro[line].    

CLAUDEL Philippe, Le rapport de Brodeck, Stock, 207.

« Be safe » de Xavier-Laurent Petit

Jeremy et son frère Oskar passent leurs journées à jouer de la musique dans le garage de la maison familiale. Si Oskar va au lycée, Jeremy, lui, a arrêté l’école et ne trouve pas de travail. Un jour, sur le parking d’un supermarché, ils croisent les sergents recruteurs de l’armée. En quelques minutes, Jeremy signe un contrat de quatre ans en échange d’un emploi dans la construction de ponts.

De retour à la maison, les choses se compliquent… Le père de Jeremy n’accepte pas l’engagement de son fils, sa mère a peur et Oskar réalise qu’il va se retrouver tout seul. Mais Jeremy part quand même. Il a du talent au tir et devient très vite membre des forces spéciales. C’est bien différent de la construction de ponts promise au début…

Comme beaucoup de jeunes de son âge, il part « là-bas ». Ce n’est pas dit explicitement mais « là-bas », c’est bien entendu l’Irak, pays dans lequel les soldats américains s’enlisent dans une guerre sans fin et perdent parfois la vie…

Oskar, quant à lui, se fait petit à petit à l’absence de Jérémy et forme un nouveau groupe de musique avec Makra, une jeune fille dont le frère est également engagé dans l’armée.

 

Be safe est un roman antimilitariste qui dénonce de façon à peine voilée l’engagement américain en Irak. La guerre du Vietnam en prend aussi pour son grade même si l’auteur s’y attarde moins. Les premiers temps, Jeremy n’a pas beaucoup de recul sur l’armée car il est endoctriné. Oskar, le narrateur, voit les choses de l’extérieur. Il vit dans la peur quotidienne mais heureusement, la jeune Makra est là pour partager ses peines et ses joies.

Ce roman est très riche et très dense. Il fait réfléchir sur la guerre mais propose également des choses plus légères à travers l’histoire d’amour entre Makra et Oskar et le succès de leur groupe de musique. Bref, c’est encore une belle réussite de Xavier-Laurent Petit !

PETIT, Xavier-Laurent, Be Safe, L’Ecole des loisirs, 2007.

Petits moments de bonheur

Il y a quelques temps, j’ai lu La grosse et ça m’a tellement plu que j’ai eu envie de découvrir un peu plus son auteur, Françoise Lefèvre.

Dans Consigne de minutes heureuses, l’écrivain saisie à merveille des instants de joie et de bonheur dans les petits riens qui font la vie. Avec beaucoup de sensibilité et d’émotion, elle décrit ces plaisirs simples qui permettent de dépasser la tristesse et la mélancolie et, parfois, d’être en harmonie avec soi-même et le monde qui nous entoure.

Chaque nouvelle permet à Françoise Lefèvre de se dévoiler un peu plus, de raconter un souvenir d’enfance, une amitié, un moment de communion avec la nature, etc. Mais qu’il est difficile de ne pas se laisser aller à la mélancolie, de ne pas sombrer au fond du trou : le bonheur est un combat permanent !

Quelques extraits :

« je me promenais au côté d’un amour invisible. Difficile de dire ce qu’est un amour invisible. Le vent brusquement changé en caresse sur son front. Une pluie fine et soudaine sur un trottoir brûlant. Un éblouissement qui dure quelques secondes. Impossible d’expliquer ce quelque chose en soi qui s’est installé plus fort, plus haut que le chagrin. […] Cette impression d’échapper  à soi-même, de se trouver en accord parfait avec un monde impalpable et d’y renaître sans cesse, cette impression existait déjà dans l’enfance.  Sentiment de na pas être tout à fait seule. A vrai dire de ne l’être jamais. De ne l’avoir jamais été. »

« Pour me donner du cœur à l’ouvrage, je bats le rappel des bonheurs simples qu’on sait rarement accueillir quand ils sont là.« 

« mes yeux se sont souvent posés sur des êtres apparemment ternes, rayonnant d’une lumière qui passe inaperçue. »

Lire l’avis de Florinette, qui m’a prêté ce livre avec beaucoup de gentillesse, et celui d’Anne.

LEFEVRE, Françoise, Consigne de minutes heureuses, Editions j’ai lu, 2000.

Les éditeurs, tous des nazes ?

Mary est heureuse, son manuscrit vient d’être accepté par un éditeur. Malheureusement, la joie est de courte durée car elle se voit proposer un contrat participatif c’est-à-dire une édition à compte d’auteur.
Et si les grands auteurs du XIXème siècle vivaient aujourd’hui, que leur diraient les éditeurs ? On proposerait à Flaubert de modifier la fin de Madame Bovary et de de remplacer le nom d’Emma par celui de Clara. Georges Sand et Balzac se verraient refuser leurs manuscrits pour diverses raisons. Quant à Victor Hugo, on lui conseillerait de se consacrer à la poésie plutôt qu’au roman!

 

Voilà un petit texte sur le monde de l’édition qui n’a rien d’extraordinaire mais qui mérite tout de même d’être lu ! Ne vous mèprenez pas, la conclusion de ce roman n’est pas que les éditeurs sont tous des nazes. Certes, ils ont tendance à ne pas écouter et à n’en faire qu’à leur tête mais il faut bien commencer un jour et sans eux, ce ne serait pas possible ! Alors, si les débuts sont difficiles, tant pis, il faut persévérer dans l’écriture. Le plaisir d’écrire, n’est-ce pas finalement l’essentiel ?

Merci à BelleSahi qui fait voyager ce livre. Lire l’avis d’Antigone et celui de Cathulu.

DOLLINGER, Mary, Journal désespéré d’un écrivain raté, Jacques André Editeur, 2007.

La MilléniumMania a encore frappé !

Comment passer à côté ? On en entend parler partout dans les médias, c’est chez tous les libraires et la blogosphère semble elle aussi frappée par la MilleniumMania : BelleSahi, Florinette, Julie, Cuné, CathuluGawou   et beaucoup d’autres encore… tous les avis sont identiques : c’est à dévorer de toute urgence si vous ne l’avez pas encore fait !

Quatrième de couverture :

« Ancien rédacteur de Millénium, revue d’investigations
sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros
industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans.
Dans le huis clos d’une île, la petite nièce de Henrik Vanger a
disparu, probablement assassinée, et quelqu’un se fait un malin plaisir
de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires.
Secondé par Lisbeth
Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social
mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en
diffamation qu’il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les
documents cent fois examinés, jusqu’au jour où une intuition lui fait
reprendre un dossier.
Régulièrement bousculés par de nouvelles
informations, suivant les méandres des haines familiales et des
scandales financiers, lancés bientôt dans le monde des tueurs
psychopathes, le journaliste tenace et l’écorchée vive vont résoudre
l’affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu’il faudrait peut-être
taire. »

Certes, ce roman n’est pas d’une qualité littéraire exceptionnelle mais l’intrigue est tellement bien menée que je me suis laissée emportée du début à la fin. Et tant pis pour les valises sous les yeux le lendemain matin au boulot… ça faisait longtemps quand même que je n’avais pas vécu ça !

Qu’est ce qui m’a fait tourner les pages les unes après les autres sans pouvoir refermer le livre ? Le suspens, bien entendu, mais aussi les multiples personnages, les intrigues secondaires, les relations de Mikael Blomkvist avec les femmes, l’étrangeté de Lisbeth Salander, l’honnêteté de certains personnages, la froideur et la méchanceté qui règnent dans la famille Vanger, etc.

Maintenant, il va falloir attendre que le tome 2 se libère à la médiathèque. Et il y a trois personnes qui ont réservé avant moi… L’attente risque d’être longue mais le plaisir de lire sera encore plus grand, du moins je l’espère !

LARSSON, Stieg, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, Actes Sud, 2006.


Contre le racisme…

« L’autre, femme ou homme, de la même espèce que moi,
et pourtant différent, comment le regarder ?
Comment me comporter face à lui ?

Si je vois en lui un ennemi qui me menace, qui me fait peur
je ne songe qu’à me défendre contre lui, et pour mieux
me défendre, à l’attaquer. C’est cela le racisme.

Si je vois en lui un obstacle qui gêne ma progression,
je ne cherche qu’à le dépasser, à l’éliminer. C’est cela la compétition
qui transforme la vie de chacun en suite de batailles
parfois gagnées, en guerre toujours perdue.

Pour être réaliste, je dois voir en l’autre une source qui contribuera
à ma propre construction. Car je suis les liens que je tisse;
me priver d’échanges c’est m’appauvrir.
Le comprendre c’est participer à l’Humanitude. »

Albert Jacquard in La cour couleurs, Rue du monde, 1998.

« Les Giètes » de Fabrice Vigne

Maximilien vit dans un petit studio, au sein d’une résidence pour personnes âgées. Un jour, il retrouve le journal qu’il tenait quand il était jeune homme. C’est l’occasion pour lui de revenir sur son passé de militant communiste et d’amateur de Flaubert. Les désillusions politiques sont nombreuses mais les citations de Flaubert toujours d’actualité…

Le vieil homme a du mal à accepter son âge mais porte un regard plein d’humour sur sa situation et celle de ses camarades de la « Maison ». Son petit-fils Marlon, amateur de photographie, vient lui rendre visite régulièrement et agrémente ses semaines. Il entretient aussi des relations avec d’autres résidents et notamment avec Lilia, une dame d’origine russe qui vient bousculer un peu ses certitudes…

                                          

Les Giètes est publié dans le collection photo roman chez Thierry Magnier. Le principe de la collection est le suivant : « Une série de photographie dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s’aventure alors dans l’écriture d’un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer ». Je trouve cette idée originale. Mais attention, contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette collection est destinée aux grands ados et aux adultes. En effet, il faut une certaine maturité pour comprendre les réflexions de ce grand-père qui, au crépuscule de sa vie, fait une sorte de bilan de ses convictions les plus fortes, porte un regard acerbe sur le monde qui l’entoure et cité régulièrement Flaubert pour illustrer ses propos.

Ce roman fait partie des coups de cœur de Sylire. C’est grâce à elle que j’ai découvert ce joli roman !

VIGNE, Fabrice, Les Giètes, Editions Thierry Magnier, 2007.

Blog en pause

Un long week-end ici…

… et quelques petits travaux à la maison.

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