« Ta photo dans le journal » de Marie Brantôme

Tout commence par une scène tragique : Pierrot gît par terre, son sang coule, il a reçu un coup de couteau dans le ventre. La mère Pinsart affirme au médecin appelé en urgence que c’est un accident, que Pierrot s’est blessé avec le couteau. Mais pour Laure, la narratrice, il s’agit bel et bien d’un meurtre : « Le médecin me jette un coup d’œil a la dérobée. Un pli soucieux barre son front. Que pense t-il ? A-t-il lu le message qu’affirme mon regard ? Un seul. « Assasins. » ».
Que s’est-il passé ? Comment en est-on arrivé à un évènement aussi tragique ? Pour répondre à ces questions, Laure, va revivre ses deux mois de vacances chez les Pinsart, de vagues connaissances de ses parents chez qui elle a été envoyée pour respirer le grand air, après la Seconde Guerre mondiale.
La jeune fille raconte son arrivée dans la famille et son amitié avec Pierrot, 13 ans, un garçon de l’assistance publique que les Pinsart ont recueilli pour faire les corvées pendant les vacances.  Dès les premières minutes, elle s’est aperçue que Pierrot était maltraité et humilié par toute la famille, et notamment par Francia, la fille du couple qui, à 30 ans, vit toujours chez ses parents parce qu’elle est handicapée mentale. Francia est la bonne à tout faire dans la maison (ménage, linge, repas…). Ellle est elle-même maltraitée par sa mère. D’une certaine manière, elle reproduit ce mauvais traitement sur Pierrot. De plus, elle est jalouse de l’amitié qui s’est nouée entre le jeune homme et Laure.

 

Ta photo dans le journal est un beau roman qui parle d’un thème difficile, la maltraitance. Même si l’histoire se passe juste après la Seconde Guerre mondiale, c’est un sujet toujours d’actualité. Laure est une jeune fille intelligente et sensible qui, notamment en raison de son éducation, ne va pas se laisser aller à la facilité en laissant Pierrot seul face aux Pinsart. Dès le départ, elle se sent mal à l’aise et prend sa défense. Avec beaucoup d’humour et de finesse, elle réussit à lui éviter certaines humiliations. Elle lui redonne également confiance en lui, en lui apprenant à lire et à écrire par exemple.


Ce roman fait partie des coups de cœur de Mireille.

BRANTOME, Marie, Ta photo dans le journal, Seuil, 2007.

Un cochon qui change la vie !

Clarabel en a parlé hier sur son blog, ce livre m’a tout de suite tenté et, oh ! bonheur, il était disponible à la médiathèque ce matin. Voici donc mon petit compte rendu de lecture…

Elisabeth travaille tellement qu’elle ne prend plus le temps de vivre. De là à dire que son travail est un refuge pour ne pas penser à autre chose, à son mal de vivre par exemple, il n’y a pas loin. Un soir, alors qu’elle est effondrée sur son tapis après une journée de 16h, son ex lui téléphone pour lui proposer de passer Noël tous les deux. Elle accepte avec joie. Passer cette journée de fête à s’envoyer des vannes aussi débiles que cyniques, c’est toujours mieux que d’être seule !

Voilà donc Elisabeth dans un grand magasin pour acheter de la moutarde de Meaux à son ex avant de prendre l’avion direction la Suisse. Mais c’est finalement avec un cochon en peluche tout de suite surnommé Erika qu’elle ressort de ce magasin. Erika n’est pas n’importe quelle peluche : elle a le pouvoir de faire sourire les gens, de les rendre gentils, voire même heureux. Tout au long de son trajet vers la Suisse, Erika va permettre à Elisabeth de faire des rencontres inattendues, de réfléchir sur sa vie de couple passée et de prendre une décision importante.

                                                

Un cochon pour la vie a été publié dans un édition pour la jeunesse mais pour moi, c’est un roman qui s’adresse aux adultes. Un jeune lecteur ne comprendrait sans doute pas beaucoup l’intérêt de cette histoire dont le personnage principal a environ la trentaine (et dont les préoccupations sont donc celles d’un adulte).
Les « pouvoirs » du cochon semblent contagieux : ils transforment Elisabeth, donnent à cette histoire une ambiance gaie et envoutante et le lecteur referme la dernière page avec le sourire aux lèvres!

HEIDENREICH, Elke, Un cochon pour la vie, Editions Sarbacane, 2007.

Une chanson, un souvenir

Le Juke Box, c’est cette machine que l’on trouvait autrefois dans les cafés et qui permettait, contre un peu d’argent, d’entendre les tubes du moment. Ah ! que de vieilles chansons et de vieux souvenirs…

Dans Juke Box, Jean-Philippe Blondel, nous propose de découvrir les souvenirs marquants des quarante premières années de la vie de Yoann et les chansons qui y sont associées. Enfance, adolescence, vie de famille, amitié, amour, drames, dépressions mais aussi grands moments de bonheur : autant de tranches de vie que de titres du hit-parade.

Avec beaucoup de sensibilités et d’émotions, Yoann raconte ses certitudes mais surtout ses doutes et ses errements. Après une enfance et une adolescence plus ou moins heureuse, le passage à la vie d’adulte est long et difficile, notamment en raison d’un drame familial. Mais heureusement, il s’accroche à la vie et réussit à trouver sa part de bonheur. Et les chansons sont toujours pour lui de fidèles compagnons.

                                                   

Les personnages de Jean-Philippe Blondel me touchent beaucoup par leur simplicité et leur vérité. Ce sont tout simplement de vrais êtres humains qui n’hésitent pas à se dévoiler, à se mettre à nu. C’est tellement rare dans notre société où il est préférable de masquer ses faiblesses pour ne pas se faire dévorer par les autres…

J’avais déjà adoré This is not a love song et je ne peux que dire du bien de Juke Box. Les pensées du narrateur résonnent en moi et me parlent, c’est pour cela que j’aime lire, c’est pour cela que les livres (et certaines chansons…) sont pour moi de fidèles compagnons de vie.

BLONDEL, Jean-Philippe, Juke Box, Robert Laffont, 2004.

« La petite fille de Monsieur Linh » de Philippe Claudel

Un vieil homme, Monsieur Linh, fuit son pays ravagé par la guerre en compagnie de sa petite fille, encore bébé. Il n’a plus qu’elle et c’est pour la sauver, pour lui donner une vie meilleure qu’il a décidé de prendre la bateau et de se rendre dans un pays inconnu de lui.
Arrivé sur place, il est perdu. Il ne reconnait aucune odeur, aucun bruit, aucun mot familier. Il fait froid. Les gens sont pressés et courent dans tous les sens. Personne ne semble faire attention à lui. Mais Monsieur Linh doit tenir, pour sa petite fille. Même si la vie au dortoir des réfugiés n’est pas très gaie. Même s’il a peur.
Heureusement, Monsieur Linh fait la rencontre de  Monsieur Bark, un homme dont il ne comprend pas la langue mais avec qui il noue une amitié profonde, sincère.

J’avais entendu beaucoup de bien de ce roman de Philippe Claudel et j’ai été déçue… Est-ce parce que j’ai deviné assez vite la fin? Est-ce le manque d’action, de suspens? Je ne sais pas mais une chose est certaine, il ne restera pas bien longtemps dans ma mémoire.
Même si je n’ai pas « accroché », je ne peux que souligner la qualité de l’écriture. Les phrases simples, claires et concises facilitent la lecture et n’empêchent en rien, bien au contraire, la compréhension des pensées des personnages. Ce roman aborde de façon originale et profonde les thèmes de l’exil, de la solitude, du regard sur l’autre et de l’amitié.

CLAUDEL, Philippe, La petite fille de Monsieur Linh, Le livre de poche, 2007.

Entre tradition et modernité

Un titre en forme de question, Pourquoi ?, et des bougies sur un fond blanc en guise de première de couverture : surprenant pour un roman qui traite d’un sujet aussi difficile que l’excision, non ? C’est la seule chose qui m’a dérangée dans ce livre. Je me dis qu’il risque d’attirer de jeunes lecteurs, pas du tout préparés à ce genre de sujet. Ceci dit, Moka signe encore une fois un beau roman (et, bien souvent, ce ne sont pas les auteurs qui choisissent leur première de couverture !).

Wafa, 14 ans, vit à Cherbourg avec ses parents, ses frères et sœurs, sa grand-mère, son oncle et sa tante et ses cousins. Toute la famille est originaire de Somalie et Nawal, la grand-mère fait tout pour conserver les traditions, les bonnes comme les moins bonnes, celles qui sont autorisées comme celles qui ne le sont pas. Elle règne en maître sur la famille et personne n’ose remettre en question son autorité. Alors, quand Wafa comprend, à l’approche des six ans de sa petite sœur, Makeda, que l’heure est venue pour celle-ci d’être soumise à l’effroyable tradition de l’excision, elle décide de s’enfuir avec elle pour la protéger. Les deux fillettes se retrouvent seules à Paris. Où aller ? Où manger ? Où dormir ?

Pendant ce temps, à Cherbourg, les frères de Wafa se posent beaucoup de questions. Pourquoi la jeune fille, si respectueuse de la famille, si travailleuse à l’école comme à la maison, a t-elle disparu ? Pourquoi les adultes ne veulent-ils pas leur dire la vérité ? Pourquoi ne préviennent-ils pas la police ? Les garçons, et surtout Cali, le plus grand, se sentent écartelés entre le respect des traditions et de la famille et l’envie de découvrir la vérité, de ne pas laisser la grand-mère, Nawal, décider de tout.

                                                     

Ce roman dénonce la soumission des femmes à leur mari et à leur famille ainsi qu’à des traditions inhumaines dans certaines sociétés africaines. Il montre deux mondes séparés qui vivent l’un à côté de l’autre sans chercher à se comprendre : celui des hommes et celui des femmes. Mais heureusement, les jeunes générations forcent la marche vers la modernité : l’école et l’éducation y sont pour beaucoup. A mon sens, le guérisseur, appelé pour chasser un démon, a un rôle primordial dans cette histoire. Il montre qu’il est possible de trouver un équilibre entre tradition et modernité. En effet, ce guérisseur soigne grâce aux plantes, comme en Afrique, mais il est aussi parfaitement intégré à la société moderne : ses filles font des études, elles ne seront pas mariées de force, etc.

Fille des crocodiles de Marie-Florence Ehret dénonce également l’excision des petites filles.

MOKA, Pourquoi ?, L’école des loisirs, 2006.

« Contes d’Alexandrie » d’Eglal Errera

Les soirs de lune nouvelle, à Alexandrie, un homme qu’on appelait l’Alexandrin, donnait une fête en l’honneur des enfants de la ville. Il les recevait dans sa « maison basse et blanche avec une terrasse qui avançait sur la mer comme la proue d’un bateau » (p.7), et les écoutait parler et rire. En ce soir du moi de mai, « la fête ne se passa pas comme les autres fois : ce ne fut pas l’Alexandrin qui questionna et les enfants qui racontèrent mais lui qui parla et les enfants qui écoutèrent » (p.7-8). Dans un ambiance enchanteresse, Alexandrin raconte donc comment cinq rencontres ont bouleversé sa vie et fait de lui un homme heureux et aimé de tous.

Et son histoire est une belle leçon de tolérance. Alexandrin est un homme ouvert et sensible, humain, à l’écoute du monde qui l’entoure. Il vivait à une époque bien différente de la notre… « Et heureux, à Alexandrie, on l’était vraiment. Car, en ce temps-là, dans la ville entre l’eau et le désert d’Égypte, on savait vivre ensemble même si on ne se ressemblait pas, si on ne parlait pas la même langue et on ne goûtait pas aux mêmes plats.On était musulman, copte ou arménien, juif, grec ou italien, on venait de pays voisins ou de l’autre bout de la mer, on vivait là depuis toujours, depuis quelques centaines d’années seulement, ou moins encore. Cela n’avait pas d’importance.
Dans cette ville pas comme les autres, on disait qu’il n’y avait pas d’étrangers ou bien que tout le monde l’était. Et on aimait ça, ce mélange d’yeux bleus et noirs, de peaux claires  et cuivrées, d’accents et d’habitudes. On était heureux, vraiment. C’était il n’y a pas si longtemps. »

Encore une fois, Eglal Errera puise son inspiration dans sa ville natale, Alexandrie, et nous livre une histoire pleine de sensibilité et d’amour. Les photos d’Annie Assouline, retouchées et illustrées par Anne-Marie Adda, donnent un petit côté kitch et hors de temps à ce joli conte. Les jeunes lecteurs auront peut être besoin d’un adulte pour leur expliquer la portée symbolique de certains passages mais j’ai vraiment bien aimé ce livre.


ERRERA, Eglal, Contes d’Alexandrie, Actes Sud Junior, 2007.

« Le paradis d’en bas » d’Audren

Léopold vit avec ses parents et sa petite sœur dans un trois-pièces, au onzième étage d’une tour parisienne. Un jour, une lettre surprenante bouleverse leur vie : la mère du jeune garçon vient d’hériter d’une maison à Barbizon et d’une grosse somme d’argent. Toute la famille déménage et c’est le grand bonheur : une maison, un village où les habitants prennent le temps de vivre, de nouveaux camarades, la forêt, etc.

A l’école, Léopold découvre très vite que d’autres familles viennent aussi d’hériter d’une maison. Pour lui, c’est une drôle de coïncidence. Pour ses parents c’est un pur hasard. Il décide de mener l’enquête et forme un club avec trois camarades, tous dans la même situation que lui. Les quatre amis découvrent qu’ils ont tous un père ou une mère né sous X. Hasard ou coïncidence ?

                                              

Voilà un livre agréable à lire qui traite d’un sujet sérieux, l’accouchement sous X, sans entrer dans des considérations psychologiques trop lourdes ni s’apitoyer sur le sort des personnages. Une belle réussite !

Le héros, Léopold, est une petit garçon de 10 ans qui porte souvent un regard critique et juste vis à vis des adultes. Il aime les métaphores, comme son papa, ce qui est l’occasion pour l’auteur d’inventer de nombreux jeux autour du langage (on trouve aussi des anagrammes).

Le paradis d’en bas fait partie de plusieurs sélections de prix de littérature de jeunesse pour cette année et l’année prochaine. J’espère qu’il plaira aux jeunes lecteurs car il le mérite. En tous cas, ce livre est facile à lire et le suspens est entretenu jusqu’à la fin.

Son auteur, Audren, écrit des livres mais aussi des paroles de chansons ou des poèmes. Elle a également à son actif plusieurs CD ainsi que des musiques de films et de jeux vidéo.

Pour en savoir un petit peu plus sur cet auteur, visitez le site d’Audren

AUDREN, Le paradis d’en bas, L’école des loisirs, 2007.

« Paris Bagdad » d’Olivier Ravanello

Jules, 16 ans, est en vacances à Paris chez sa tante, Magali, reporter pour Paris Match. Ils sont sur le point de visiter le musée d’Orsay quand celle-ci reçoit un appel de son rédacteur en chef : elle doit partir en urgence en Irak pour faire un reportage. Jules ne peut pas rester tout seul à Paris alors il part avec elle. A Bagdad, il fait la connaissance de nombreux journalistes et découvre leur quotidien : tournage de reportages, directs au journal de 20 heures, écriture d’articles, prise de risques, attentats…

Quand Bilal, le copain de Jules, se fait enlever, personne ne veut le croire et les journalistes accordent peu d’importance à cette information banale pour un pays comme l’Irak. Mais le jeune adolescent ne compte pas en rester là….

                                                          

Paris Bagdad
apporte des informations sur la guerre en Irak et permettra sans doute aux adolescents d’y voir un peu clair dans ce conflit dont on entend parler très souvent à la télévision mais qui nous parait souvent compliqué vu de l’Occident. Ce n’est pas le seul intérêt de ce roman : il permet aussi de découvrir le métier de journaliste reporter dans un pays en guerre. Comment les journalistes travaillent ? Comment vivent-ils les horreurs auxquelles ils sont confrontés ? Quels risques doivent-ils prendre pour trouver l’information qui va attirer l’attention du lecteur ou du téléspectateur ? A la fin du livre, le lecteur peut découvrir l’évolution d’une dépêche AFP au fil des heures ou lire les carnet d’Olivier Ravanello dans lequel il prend des notes, prépare ses directs, etc.

L’auteur de Paris Bagdad, olivier Ravanello, est reporter sur LCI et TF1. Il a notamment couvert la guerre en Irak et a mis à profit son expérience pour écrire ce roman où fiction et réalité son mêlées. L’écriture, au style journaliste, est simple, claire et va droit au but. Le suspens est entretenu jusqu’à la fin. L’humour a aussi sa place. Bref : un roman super intéressant qui se lit d’une traite !

RAVANELLO, Olivier, Paris Bagdad, Grasset Jeunesse, 2007.

Un regard émouvant sur la guerre 14-18

Eté 1914 : Pierre et Élisabeth sont mariés depuis un an et se sont installés dans un village du Nord de la France où le jeune homme est instituteur quand la guerre éclate. Comme tous les hommes de 18 à 48 ans, Pierre est réquisitionné et doit se rendre sur le front. La séparation est atroce. Élisabeth remplace son mari à l’école et fait la classe. Heureusement, ils peuvent se donner des nouvelles régulièrement par lettres. Mais les semaines, les mois et les années se succèdent dans la boue des tranchées. Au village, les allemands occupent certaines maisons et pillent les biens des familles. La misère et la famine règnent.

                                                        

Encore un très beau livre de Dorothée Piatek. J’ai découvert cet auteur très récemment avec Je marchais MALGRE MOI dans les pas du diable et je trouve son écriture d’une grande qualité. De plus, ses personnages sont attachants, émouvants, sensibles.

J’ai bien aimé aussi les illustrations de Yann Hamonic qui mettent en évidence l’horreur de la guerre et complètent bien l’histoire écrite pas Dorothée Piatek.

 

PIATEK, Dorothée, HAMONIC, Yann, L’horizon bleu, Petit à petit, 2002.

« Je marchais MALGRE MOI dans les pas du diable » de Dorothée Piatek

1939 : l’armée allemande menace d’envahir Strasbourg et le gouvernement donne ordre à la population d’évacuer la capitale alsacienne. François, 15 ans, quitte sa ville natale et ses amis  pour fuir vers le Sud de la France en compagnie de ses parents et de son frère. Après de longues heures de train, la famille, accompagnée d’un voisin et ami juif, Mr Cohen, trouve refuge dans un village du Périgord, comme de nombreux strasbourgeois. C’est la drôle de guerre et la vie est difficile pour François et les siens.

Le jeune homme fait par hasard la connaissance d’Anne, une jeune fille à peine plus jeune que lui, réfugiée avec sa famille à Périgueux. Le père d’Anne, en raison de son travail, se rend souvent à Strasbourg. La jeune fille est donc au courant des dernières nouvelles d’Alsace. Petit à petit, Françoise tombe amoureux d’elle.

Hélas, Pétain signe l’armistice et tous les alsaciens doivent rentrer chez eux. Mr Cohen, lui, décide de rester dans le Sud de la France car il est juif. C’est un véritable déchirement pour François qui doit aussi quitter Anne dont le père a reçu l’ordre d’aller travailler à Toulon.

Le retour à Strasbourg est difficile. La ville est occupée par les allemands, les Français doivent obéir aux ordres et ne peuvent plus parler leur langue. Ils sont obligés de prendre des cours d’allemand. Les prénoms et noms de famille sont germanisés. Les alsaciens subissent des pressions de toutes parts et la population est embrigadée. Malgré lui, François va devoir marcher dans les pas du diable…

                                                          

J’ai adoré ce livre qui raconte, à travers un cas particulier, l’histoire des Malgré Nous, ces milliers de jeunes alsaciens et mosellans enrôles de force dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.
Un passage m’a particulièrement marqué : de retour à Strasbourg, le père de François se rend compte de la dure réalité de l’occupation et réunit ses fils pour leur dire que, même s’ils sont obligés d’obéir aux ordres de l’ennemi pour survivre, ils doivent rester français dans leur cœur.
« Gardez votre esprit critique, ne laissez personne intervenir dans la seule liberté qu’il vous reste. » (p. 111)

François, le personnage principal, est un jeune adolescent qui, à cause de la guerre, devient adulte avant l’heure. Il voit son camarade d’enfance se laisser embrigader par les nazis, il est séparé de son premier amour par la force des choses et il est amené à prendre des responsabilités qui ne devraient pas incomber à des jeunes gens de son âge. Cependant, il ne perd pas son sens critique, et ne comprend pas pourquoi il y a un tel racisme contre les juifs, les tziganes et les homosexuels.

Pour conclure, je dirai que Je marchais MALGRE MOI dans les pas du diable est un excellent roman de Dorothée Piatek publié par les éditions Petit à Petit, une petite maison d’édition normande qui publie généralement de très beaux livres. L’écriture est de qualité et les personnages d’une sensibilité et d’un courage remarquables.

PIATEK, Dorothée, Je marchais MALGRE MOI dans les pas du diable, Petit à petit, 2006.

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