Le petit chaperon rouge revisité

Les contes populaires  et autres récits intemporels sont souvent l’objet de parodies, adaptations ou transgressions. Jean-Claude Grimberg, lui, a détourné Le petit chaperon rouge pour en faire une pièce de théâtre surprenante : le loup, prénommé Wolf, est déguisé en caporal et « parle français avec accent loup » et le petit chaperon rouge est une petite fille Uf. Quand Wolf lui demande ses papiers, le petit chaperon ne sait même pas qu’elle est Uf. Petit à petit, elle découvre des lois qui lui interdisent tout. Ainsi, elle doit « échanger » son capuchon rouge contre un jaune car le jaune est la couleur des Uf. Le plus absurde, c’est que ces lois semblent inventées au fur et à mesure par l’officier Wolf. Pour quelles raisons ?

                                          

Vous l’aurez compris Le petit chaperon Uf traite de l’antisémitisme et des lois anti-juives pendant la Seconde Guerre mondiale. Si le thème est sérieux, l’auteur a su l’aborder avec beaucoup d’humour et de finesse. Je pense que cette pièce de théâtre est un bon moyen pour parler d’un sujet grave avec de jeunes enfants (à partir de 7-8 ans). J’aimerais beaucoup voir l’adaptation sur scène !

Un extrait de l’introduction de Jean-Claude Grimberg :

« Connaître l’histoire, les histoires, la vraie Histoire, à quoi cela sert-il ? Sinon à alerter les chaperons d’aujourd’hui, à avertir les enfants que la liberté de traverser les bois pour porter à sa grand-mère un pot de beurre et une galette n’est jamais définitivement acquise… Hier ce furent les enfants Ufs et Oufs, ainsi que leurs parents et grands-parents, qui durent fuir, se cacher changer de noms et de papiers afin d’échapper aux griffes du loup. […] . Demain, si l’on n’y prend garde, les loups s’attaqueront peut-être aux enfants Ifs ou Gnoufs, les loups eux seront toujours les loups et vous savez comme ils savent dissimuler leur bave et leurs grandes dents sous de belles et trompeuses paroles avant de se mettre à hurler et à mordre. »

Grumberg, Jean-Claude, Le petit chaperon Uf, Actes Sud, 2005.

« La belle vie » de Jay McInerney

J’ai trouvé la présentation de l’éditeur très bien faite pour ce roman (ce qui n’est pas toujours le cas !) et comme je suis un peu fainéante aujourd’hui, je préfère la recopier plutôt que de faire mon propre résumé… oui, je sais c’est pas très sérieux mais il y a des jours où je n’ai pas envie de me creuser les méninges !

Présentation de l’éditeur :

Ils avaient trente ans et des poussières. Le monde leur appartenait. Ils étaient, disait-on, le plus beau couple de New-York. C’était en 1987.

Quatorze ans plus tard, Corinne et Russell Calloway ont deux enfants et vivent dans un loft, à TriBeCa. Ce soir-là, ils ont invité des amis à dîner (Salman Rushdie vient de se décommander). Nous sommes le 10 septembre 2001. Dans quelques heures, le monde va basculer dans l’horreur. Cette horreur, Jay McInerney se garde bien de nous la montrer. Ce livre n’est pas le roman du 11 septembre. Il nous parle de ce qui se passe après, quand l’onde de choc de l’attentat du World Trade Center vient percuter des millions d’existences. Une étrange atmosphère se répand, mélange de chaos et de responsabilité collective, d’angoisse et d’euphorie. L’impossible est devenu possible. Désormais, tout peut arriver.

Corrine fait du bénévolat sur le site de Ground Zéro. Elle y rencontre Luke. C’est le début d’une passion qui, elle aussi, va tout balayer sur son passage. Dans cette ville qui ne ressemble plus à rien, sinon, peut-être, au Londres de La fin d’une liaison, ils cachent leurs amours clandestines, au point d’oublier ce qui les entoure : le fric, le toc et le chic auquel ils appartiennent, l’érosion des sentiments, le poids des habitudes. Jusqu’au moment où…

                                    

C’est par un pur hasard que j’ai découvert ce roman (et par la même occasion son auteur) en feuilletant un magazine littéraire. C’est la suite de Trente ans et des poussières mais on peut le lire indépendamment sans aucun problème.

Dans La belle vie, Jay McInerney explore les conséquences de l’après 11 septembre mais très vite on comprend que cet évènement ne changera pas grand chose dans la vie des deux couples de bobos new-yorkais qui sont au centre de cette histoire. Bien sûr, ils sont fortement déstabilisés, se posent beaucoup de questions, regrettent leurs proches disparus, font des cauchemars…. mais au final ils vont reprendre leur vie de tromperie, d’apparats et d’apparences comme si rien ne s’était passé ou presque.

Pourtant, je me suis attachée aux personnages de Corrine et Luke et à leur amour clandestin. Même s’ils trompent leurs conjoints respectifs, même s’ils mettent leurs familles en péril et culpabilisent énormément, même s’ils n’arrivent pas à prendre la décision de tout plaquer pour vivre leur amour au grand jour, ils vivent une histoire sincère, à mille lieux du monde absurde dans lequel ils évoluent habituellement. En y réfléchissant, j’ai presque mal pour eux : ils sont prisonniers d’un monde insensé et ne semblent pas avoir ni la force ni le courage de s’en sortir.

L’avis de Florinette.

McInerney, Jay, La belle vie, Editions de l’Olivier, 2007.

« échancrure » de Michel Le Bourhis

Thomas, dix-sept ans, est un jeune homme désoeuvré et révolté. Au lycée, il sèche les cours et la CPE lui fait la morale. A la maison, son beau-père passe ses journées devant la télévision pendant que sa mère s’use la santé à la caisse d’un grand hypermarché. Son seul rayon de soleil, c’est Marion. Mais le problème c’est qu’elle sort avec Tony, son meilleur ami. Thomas a un rêve : aller à la mer pour se vider de tous ses problèmes. Il a aussi une passion : les beaux livres. Il aime les toucher, les caresser, respirer leur odeur. Un jour, alors qu’il est sur le point de voler les oeuvres complètes de Maupassant, une vieille dame le surprend et lui offre l’édition de La Pléiade.
Une courte série de rencontres commence alors entre cette vieille dame et le jeune écorché vif. Mais Thomas reste très secret. Il va mal mais ne se livre pas. La vieille dame sent bien qu’un drame risque d’arriver. Malheureusement, elle est impuissante.

                                          

Il est difficile pour moi de décrire ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman. La détresse et le désœuvrement du héros m’ont laissé assez mal à l’aise. Thomas n’envisage aucun avenir heureux et tout le livre respire ce désespoir. La lumière n’a pas sa place dans cette histoire…

LE Bourhis, Michel, Echancrure, Seuil, 2007.

« Une veuve de papier » de John Irving

Comment résumer un roman de John Irving ? La juxtaposition du destin des multiples personnages et les nombreuses intrigues parallèles rendent la tâche difficile ! Je vais donc essayer de faire de mon mieux même si je sais d’avance que le résultat ne me satisfera pas…

Eddie, 16 ans, est embauché comme assistant par l’écrivain Ted Cole pour les vacances d’été. Il va passer deux mois dans les Hampton, dans une famille en souffrance : les Cole ont perdu leurs deux fils dans un accident de voiture. Par la suite, ils ont eu une petite fille, mais Marion, la femme de Ted, n’a jamais fait le deuil de ses fils et ne veut pas s’attacher à Ruth, sa fille, par peur de la perdre elle aussi. Le couple va mal. Ted boit. Il a de nombreuses maitresses et sa femme est parfaitement au courant.
Très vite Eddie est séduit pas Marion. Elle pourrait être sa mère. Cela ne l’empêche pas de découvrir l’amour et la sexualité dans ses bras. Mais la décision de la belle Marion est prise : à la fin de l’été, elle quitte son mari en même temps que son amant et abandonne sa fille, alors âgée de 5 ans, sans laisser d’adresse.

Une trentaine d’année plus tard…
Ruth a 36 ans. Elle est devenue une romancière célèbre mais elle est toujours célibataire et appréhende le mariage. Eddie est lui aussi devenu écrivain mais sa renommée n’a absolument rien à voir avec celle de Ruth. Il a 48 ans et n’a eu pour maitresse que des femmes plus âgées que lui. Ses romans ne sont que des réécritures masquées de son histoire d’amour avec Marion. La femme de Ted Cole est toujours présente dans son esprit. Jamais il ne l’oubliera.
Lors d’une soirée de lecture publique, Ruth et Eddie se (re)rencontrent, plus de 30 ans après l’été dans les Hampton. Bien entendu, ils parlent de Marion. Pour Ruth, qui jusqu’ici n’avait entendu que la version de son père sur le départ de sa mère, c’est un véritable révélation.
Par la suite, Eddie et Ruth deviennent amis. Au fond d’eux, ils attendent le retour de Marion.

 

Une veuve de papier est un roman aux thèmes multiples et variés : deuil, abandon, amour, métier d’écrivain, etc. Comme souvent chez John Irving, le burlesque côtoie le véritable drame et c’est un régal pour le lecteur. Les personnages sont nombreux, vivent des expériences incroyables et sont toujours décrits avec beaucoup de justesse. Les fréquents aller et retours entre le présent et le futur demandent une certaine attention mais dans l’ensemble les 600 pages se lisent facilement. Un petit bémol cependant : la fin est décevante, trop facile, pas crédible. Dommage !

Irving, John, Une veuve de papier, Seuil, 1999.

Le camp de Rivesaltes

Suite de mes balades de vacances, sur un touche beaucoup moins légère que dimanche…

Tour à tour camp militaire, camp d’internement pendant la Seconde Guerre mondiale, puis dépôt des prisonniers de guerre capturés par l’armée française à partir de 1945, et enfin refuge pour les Harkis jusqu’à la fin des années 1960, l’histoire du camp de Rivesaltes est tragique. Triste ironie : aujourd’hui des gens du voyage campent régulièrement à sa périphérie.

Du bord de la route, on voit les nombreux baraquements regroupés en îlots sur 600 ha. Le camp de Rivesaltes a servi de lieu de regroupement pour les étrangers jugés indésirables par Vichy en 1941 et 1942 (Républicains espagnols, juifs, etc) puis, à partir d’août 1942, de centre national de rassemblement pour les israélites de la zone non occupée. C’était l’antichambre de la déportation, le Drancy du Sud.

A certains endroits les barbelés rouillés sont encore présents. ça donne la chair de poule. Le plus étrange, c’est que le camp est tellement immense que n’importe qui peut se promener en voiture ou à pied au milieu des baraquements. Tout est laissé à l’abandon, dans un état lamentable.

Je crois qu’on est bien loin de la vérité quand on essaie d’imaginer la vie des gens dans ce camp. Les conditions sanitaires étaient assurément déplorables. Les latrines en béton étaient situées au milieu des baraquements et les excréments étaient évacués par un simple trou à l’air libre. Il ne reste aucune trace des gens qui ont vécu à cet endroit car ils n’avaient absolument rien pour vivre.

Le camp Joffre est situé sur une plaine où il fait horriblement chaud l’été et froid l’hiver. Il n’y a pas un seul arbre et le vent souffle tellement qu’aujourd’hui, on y a installé des éoliennes.

Pendant longtemps, on a voulu oublié le camp de Rivesaltes. La honte était sans doute trop grande. Il y a eu les juifs mais aussi les harkis qui ont vécu pendant longtemps dans ces baraquements, en attendant un logement digne de ce nom. Aujourd’hui, le centre de rétention des sans-papiers est situé en périphérie du camp. Personne ne semble choqué. Surprenant non ?

Néanmoins, le Conseil Général des Pyrénées-Orientales construit un mémorial en hommage à tous ces hommes, femmes et enfants, pour que personne n’oublie. Cette période de l’histoire nous parait lointaine mais elle est en réalité très proche… Et sommes nous à l’abri d’une nouvelle horreur de ce genre ?

Pour en savoir plus :
Le Camp Joffre
Le mémorial de Rivesaltes

Balade avec vue sur le chateau de Quéribus

Me voici de retour de vacances. Et oui, toutes les bonnes choses ont une fin…

L’année a commencé pour nous d’une belle manière : petite balade dans la montagne et pique-nique au grand air avec pour compagnons de route le soleil, le ciel bleu, l’odeur du thym et une vue formidable.

Sur le chemin, perdue au milieu de nulle part, une ruine qui servait de garde-frontière entre deux provinces. La végétation commence à prendre le dessus mais il reste quand même les traces des fenêtres et des portes ainsi que la barrière qui marquait la frontière. On devine encore l’écurie et les pièces à vivre.

Mais les plus intéressant dans cette promenade, c’est sans doute la vue sur le château de Quéribus. Considérée comme le dernier bastion cathare, tombée aux mains des croisés en 1255, la citadelle du XIème siècle domine la plaine de Roussillon.

Quéribus est perché sur un étroit piton rocheux à 728 mètres d’altitude. Sa position est stratégique : on voyait l’ennemi venir de loin !
Pas la peine de vous dire qu’en plein vent, il faut s’accrocher pour tenir debout !

 

Petite pause…


J’espère que vous avez tous et toutes passé un joyeux Noël. J’en profite pour vous souhaiter dès maintenant un bon réveillon de la Saint-Sylvestre et une bonne année 2008 car je serai absente pendant une bonne semaine.

Et oui, on s’en va dans les Pyrénées-Orientales pour passer le jour de l’an chez ma cousine.  J’espère qu’il y aura de la neige à Font-Romeu et qu’on pourra aller skier une journée ou deux. Le reste du programme de la semaine, c’est un gros ? J’ai tellement l’habitude d’aller là-bas l’été que je ne sais pas trop ce qu’on va faire cette fois-ci.

A Bientôt avec de nouvelles lectures (pour les voyages et les balades, on attendra les beaux jours) et bonnes ripailles à tous !

Un critique de l’absurdité de notre monde

Je suis tombée par hasard sur La cité heureuse à la médiathèque. Je n’en avais jamais entendu parler mais c’est le texte de présentation de l’éditeur qui a attiré mon attention :

« Bienvenue à Town Park, le centre historique d’une
capitale de la vieille Europe ! Monuments, rues médiévales, jardins et
immeubles, tout a été racheté par la Compagnie, un groupe de loisirs.
Les
touristes affluent. Les habitants vivent au milieu d’une fête
permanente. En échange de certains avantages, ils doivent porter des
costumes d’époque : peintres impressionnistes, belles dames du temps
jadis…

Longtemps réfractaire à la privatisation de sa ville, le héros
de La cité heureuse a pourtant fini, comme les autres, par céder aux
sirènes du changement. Figurant résigné du spectacle touristique, il
écrit des scénarios pour la télévision et mène une existence tranquille
à Town Park.

Mais son bonheur est fragile. Dans sa vie comme dans sa ville, tout commence à se déliter. »

                                     

La cité heureuse est une critique ironique et grinçante de notre société. Les ressemblances entre Town Park et le monde dans lequel on vit actuellement sont nombreuses : privatisation du système de santé, retournements de veste des décideurs, hiérarchie de plus en plus pesante dans les entreprises, absurdité de certaines décisions… Cependant, je n’ai pas accroché plus que ça à ce roman. Les personnages manquent de profondeur. L’histoire m’a peu intéressée car elle semble être là uniquement pour permettre une critique de notre société. Dans ce cas, un essai n’est-il pas préférable à un roman ?

DUTEURTRE, Benoît, La cité heureuse, Fayard, 2007.

« Le chien de Noureev » de Elke Heidenreich

Après un soirée bien arrosée chez l’écrivain Truman Capote, le célèbre danseur Noureev repart avec un chien mou et pataud. Très vite, ce chien devient son fidèle compagnon. C’est un peu surprenant quand on sait les nombreux déplacements que Noureev doit effectuer pour ses spectacles de danse. Mais le chien, rebaptisé Oblomov, est un peu particulier : il a l’âme russe, adore regarder son nouveau maître à l’opéra, dort sur un coussin de Brocart, mange dans de la porcelaine très fine et boit du champagne.
A la mort de Noureev, Oblomov est recueilli par une ballerine russe qui le surprend, une nuit, en train d’effectuer des pas de danse…

                                             

Le chien de Noureev est un beau petit texte, léger et agréable à lire malgré certaines longueurs au milieu de l’histoire. Les références littéraires et musicales sont nombreuses. Les amateurs de danse et de ballets russes, adolescents ou adultes, seront sans doute enchantés par cette lecture !

Un cochon pour la vie, du même auteur et publié chez le même éditeur, est également un beau petit roman, illustré avec goût.

HEIDENREICH, Elke, Le chien de Noureev, Editions Sarbacane, 2007.

« Madame Gargouille » d’Orianne Charpentier

Ezéchiel, 13 ans, aime bien faire les pires vacheries dans son immeuble pour embêter la concierge, une vieille femme ridée et méchante que lui et ses copains surnomment Gargouille.
Pourquoi Gargouille ? Parce que quand elle n’est pas contente, elle grogne. Et chacun de ses grognements ressemble à un gargouillis.
Alors, le jour ou Ezéchiel doit se rendre chez la Gargouille avec Lucie, sa petite sœur de six ans, parce tout va mal entre ses parents et qu’il n’y a personne pour les garder, il se sent très mal à l’aise… Petit à petit, il s’aperçoit que, malgré les apparences, Madame Gargouille n’est pas si méchante que cela. Elle est même très humaine et très attentive. Elle console le jeune homme qui se sent mal dans sa peau depuis que son père est parti de la maison. Elle répond aussi à ses questions, le rassure, lui qui doute beaucoup, se trouve trop grand, maladroit (notamment avec les filles…) et se compare à une asperge.
La loge de madame Gargouille devient petit à petit un refuge pour Ezéchiel qui se rend compte qu’il a très mal jugé la vieille dame.

                                             

A la lecture de ce « résumé », vous allez peut être vous dire : « encore un roman jeunesse sur le divorce des parents et le mal être des enfants en pleine période de puberté ». Oui, c’est vrai, le sujet est classique mais il est traité avec beaucoup d’humour et de sensibilité. La fin du roman mérite un mention spéciale pour son originalité. A la place de la facilité et du classique « tout va bien dans le meilleur des mondes », Orianne Charpentier, dont c’est le premier roman jeunesse, a préféré faire preuve d’imagination.

CHARPENTIER, Orianne, Madame Gargouille, Gallimard jeunesse, 2006.

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