« Le prince bégayant » de François Place

Quelque part dans un pays d’Afrique, on fête une naissance royale en répandant du lait partout et en chantant : un jeune prince vient de voir le jour. Le prince grandit. Il est beau, fort et plein de talents. Mais « Parfois on préfèrerait ne pas être né
                          Ou alors seulement
                                      Pour se laisser vivre

                                    Juste manger boire dormir
                                    Sous les étoiles
                                     Comme un animal
                                     Ne pas rendre compte
                                     Ni aux dieux ni aux hommes
                                                             Etre simplement
                                                            Sans avant ni après
                                                            Une respiration un souffle
                                                      Et puis disparaître

                                                          Sans laisser d’autres traces

                                                            Qu’un pas sur l’herbe
                                                            Aussitôt effacé »

Si le jeune prince préfèrerait ne pas être né, c’est parce que son bégaiement le rend fou de colère. C’est un redoutable guerrier, fort et courageux, qui remporte de nombreuses victoires, mais dès qu’il prend la parole
                                                  « Il perd en un instant
                                                                 Les effets de la gloire
                                                                 Et de la majesté »

Heureusement, un jour, au moment de donner la mort à un ennemi, le jeune prince se rend compte qu’il est en train de perdre toute humanité. Il décide alors de s’exiler et découvre un monde où les mots ne sont pas indispensables pour communiquer : celui des animaux et de la nature.

                                                                  « Le bonheur est ici
                                                                                    Loin du fracas des armes
                                                                                    Le bonheur est ici
                                                                                    Loin des regards fuyants
                                                                                    Et des sourires serviles »

                                             

Le prince bégayant est une belle histoire, pleine de sagesse, d’humanité et de poésie, qui s’inscrit dans la tradition des récits initiatiques. Les illustrations sont magnifiques et pleines de vie : en les regardant, on se retrouve directement en Afrique ! J’ai beaucoup aimé l’écriture en vers et la « morale » de ce conte mais je ne vous en dis pas plus… A vous de le lire et d’en retenir ce qui vous parle !

PLACE François, Le prince bégayant, Gallimard jeunesse, 2006.

Un dimanche matin de janvier dans le Pays de Caux

Quelques photos prises ce matin dans le Pays de Caux (Seine-Maritime), dans un petit village nommé Sainte Gertrude. Il faisait froid et le ciel était brumeux au réveil…

… mais petit à petit, le soleil a réussi à percer.

Ah, ce qu’il est agréable de se promener dans la campagne ! Prendre son temps, profiter du calme et admirer le paysage…

Voyage dans l’Himalaya

Quatrième de couverture :

« Au cœur de l’Himalaya est un voyage de plus de six mois au travers d’une des régions les plus sublimes et les plus étonnantes au monde. Les photographies se succèdent et découvrent un paysage inoubliable : celui de monts enneigés et de pentes vertigineuses. Un univers qui offre la surprise de se colorer dès que l’humain surgit : robe des moines, drapeaux de prières, saris aux riches coloris… La fascination pour cette région retirée naît du contraste entre la toute-puissance de la montagne et l’humble présence humaine, qu’elle prenne la forme de rizières en terrasses au bord du roc escarpé, ou celle d’une vieille femme portant son propre poids de bois mort. Propice à une intense vie spirituelle et religieuse, cette immense chaîne de montagnes est également parsemée de monastères isolés et d’existences résistant inlassablement à la rudesse du climat et à la géographie du lieu… »

                                                              

Pakistan, Inde, Népal, Tibet, Chine, Bhoutan et Bangladesh, c’est un magnifique voyage dans les différents pays qui composent l’Himalaya que nous offre le photographe Basile Pao. Difficile pour moi de décrire ses photos, toutes plus magnifiques les unes que les autres ! Je préfère ne rien dire et vous laissez découvrir par vous même…

Notre prochain voyage est déjà programmé  (ce sera La Réunion) mais l’Himalaya sera sans doute le suivant, du moins nous l’espérons. Reste à choisir le pays. Et ce n’est pas une tâche facile tant cette chaine montagneuse possède de trésors…

PAO, Basil, Au cœur de l’Himalaya, National Géographic, 2005.

« Une bouteille dans la mer de Gaza » de Valérie Zenatti

Tal est une jeune israélienne de 17 ans. Un jour, elle confie une bouteille avec une lettre à son frère, militaire dans la bande de Gaza, pour qu’il la jette à la mer. Elle espère que quelqu’un, en Palestine, lui répondra.

L’idée d’écrire cette lettre lui est venue à la suite d’un attentat qui a eu lieu à deux pas de chez elle. Tal veut avoir un avenir, grandir dans un monde en paix et vivre vieille. Elle n’en peut plus d’avoir peur et de vivre dans cette ambiance. Peut être qu’en lisant sa lettre, quelqu’un, dans l’autre camp, comprendra qu’elle aussi trouve cette guerre absurde et qu’elle ne souhaite qu’une seule chose : sa fin.

Un jeune palestinien trouve la bouteille sur la plage et de nombreux échanges par mail commencent entre « Gazaman » et Tal. Au début, Gazaman est très distant, moqueur, et même méchant. Mais petit à petit, grâce à la persévérance de Tal, il se dévoile : comme elle, il souffre, ne peut pas vivre comme il le souhaiterait, a peur à cause des attentats, etc.

                              

Tal est une jeune fille très intelligente qui a beaucoup de recul sur tout ce qui se passe autour d’elle. Ses échanges avec Gazaman montrent que les palestiniens ne sont pas tous des extrémistes et veulent vivre en paix, tout comme les israéliens. Ils permettent aussi de dépasser la haine et la violence. Grâce au dialogue, les deux adolescents arrivent à se comprendre mutuellement. Une belle note d’espoir dans un conflit qui s’enlise!

« Un jour, vous, nous, nous nous apercevrons qu’il n’y a pas de gagnant possible dans la violence, que c’est une guerre de perdant. Un gâchis. » (p166).

ZENATTI, Valérie, Une bouteille dans la mer de Gaza, L’école des loisirs, 2005.

« Chagrin d’école » de Monsieur Pennac

Celles et ceux qui suivent l’actualité littéraire ont sans doute beaucoup entendu parler du dernier Pennac, récompensé par le prix Renaudot 2007 à la surprise générale. En effet, Chagrin d’école ne faisait même pas partie de la dernière sélection des jurés. Pourtant, il a été élu !

Généralement, je ne lis pas les livres récompensés dans les divers prix car les magouilles éditoriales m’énervent à un point inimaginable. Mais bon, cette fois je me suis dit : « un roman de Monsieur Pennac, je ne peux pas le laisser de côté ». Alors, voilà mon petit compte rendu de lecture !

Daniel Pennac, ancien cancre devenu professeur de français et écrivain de renom, raconte sa douloureuse expérience de mauvais élève puis celle, beaucoup plus épanouissante, d’enseignant. « [L]a solitude et la honte de l’élève qui ne comprend pas, perdu dans un monde où tous les autres comprennent » (p.41), il les a beaucoup ressenties. Heureusement, au lycée, quatre profs l’ont sauvé du gouffre en lui donnant l’envie d’apprendre. Et puis, il a aussi rencontré l’amour. Ce sont, selon lui, les deux raisons qui ont permis à l’ancien cancre de s’en sortir dans la vie et de de devenir prof.  Et pas n’importe quel prof : Monsieur Pennac est un passionné de littérature : il aime décortiquer les textes des grands auteurs, s’en imprégner, les apprendre par cœur… L’amour des mots, de la langue et des livres : c’est cela qu’il veut transmettre à ses élèves. Bien sûr, réfléchir, analyser, apprendre, tout cela ne se fait pas sans efforts mais ça en vaut la peine. Même les cancres en sont capables. Daniel Pennac sait de quoi il parle !

                               

Chagrin d’école s’inscrit clairement dans la lignée de Comme un roman (vous vous souvenez, les 10 droits imprescriptibles du lecteur….) : l’amour des livres et celui des élèves, voilà les deux recettes miracles de Monsieur Pennac. Bien entendu, le discours est (un peu) idéaliste, la prof que je suis ne vous dira pas le contraire. En lisant ce roman, on a l’impression qu’enseigner, c’est facile. Pourquoi y a t-il donc toujours autant d’élèves en difficulté ? Peut être parce que la « méthode » préconisée par l’auteur repose essentiellement sur le charisme de l’enseignant…

Il n’empêche, Chagrin d’école est un bon livre dans lequel je me suis laissée facilement emportée. Il m’a donné envie de (re)lire certains classiques de la littérature. Moi aussi, j’aimais analyser les textes quand j’étais au lycée et à la fac. Si aujourd’hui je n’ai plus vraiment le temps de le faire, j’aime toujours autant m’en imprégner ! Mes romans préférés sont ceux qui me parlent et résonnent en moi.

Dernière petite remarque : l’optimisme de Daniel Pennac quand a l’avenir de nos élèves fait plaisir à entendre :
« pas d’affolement, rien ne se passe comme prévu, c’est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé » (réponse faite aux mamans de cancre qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants).

Mon ancien chef d’établissement, aujourd’hui à la retraite, avait une autre formule :

« le pire n’est pas certain ».

Si ce n’était pas le cas, je ne ferai pas ce métier là !

Frisette a beaucoup aimé ce livre.

PENNAC, Daniel, Chagrin d’école, Gallimard, 2007.

Opoul-Périllos

C’est presque par hasard que nous avons découvert pendant nos dernières vacances une petite commune perdue au milieu des Corbières nommée Opoul-Périllos. Ma cousine lisait un livre dont l’histoire se déroulait là-bas et avait envie d’aller y faire un tour. Pourquoi pas ?

Nous voilà sur des routes de montagne sinueuses, au milieu de la garrigue. Tout à coup, un château apparait au milieu de nulle part ! On s’arrête et malgré le vent qui souffle en très fortes rafales, nous montons, par un petit chemin caillouteux, pour aller voir cette ruine de plus près. Il fait froid mais la vue sur la plaine du Roussillon, le Canigou et la mer Méditerranée est tellement magnifique que nous sommes bien récompensés de notre effort !

Le château, construit en 1246 et aussi appelé forteresse de Salveterra, est accroché à la paroi rocheuse. De loin, on ne le distingue pas beaucoup du reste de la montagne et sur place, on a une vue époustouflante sur les alentours. Nos ancêtres étaient des gens malins : ils pouvaient voir sans être vu. Gare à l’ennemi !

Quand nous arrivons au pied du château, le jour décline petit à petit. L’atmosphère est étrange et il y a tellement de vent qu’on tient à peine debout. Nous ne restons donc pas longtemps (pas envie de se prendre une vieille pierre sur la tête !) et je regrette de ne pas avoir pu me balader un peu plus au milieu des ruines.

Après cette belle balade, nous reprenons la route vers Périllos. Tous ce que nous savons de ce village, c’est qu’il est rattaché à Opoul depuis 1972 et qu’il a été abandonné. Mais qu’en reste t-il ? Où se trouve t-il exactement ? Dans quel état est-il ? Sur une longue route sinueuse ou deux voitures se croisent avec beaucoup de difficultés, nous apercevons une lumière au loin. C’est la seule du village ! Et pour cause, ce village est en ruine, abandonné ! Un petite étoile est accrochée au clocher de l’église restaurée depuis peu par l’association Terre de Pierres. Cette association réhabilite petit à petit le village, en respectant les matériaux et les techniques de construction locales. Elle veut sauvegarder ainsi la mémoire de Périllos. Une buvette a même été installée pour que les touristes qui viennent se promener l’été puissent se rafraichir. Quelle bonne idée !

 

 

Les deux seuls monuments du village sont l’église et le château dont il ne reste plus grand chose. Quelques tombes témoignent de l’époque où le village était encore habité. Plusieurs causes sont avancées pour expliquer cet abandon progressif : exode rurale, mortalité infantile, crise du phylloxéra (maladie qui attaque la vigne), etc. Le dernier habitant, un berger, a quitté le village au début des années 1970.

 

J’ai adoré ce village et j’attends avec impatience le jour où je pourrai y retourner. Malheureusement, il est à plus de 900 kilomètres de chez moi. Il faudra donc attendre les prochaines vacances dans la région ! En attendant, il me reste de magnifiques souvenirs, quelques photos et aussi quelques sites de passionnés :celui ci , celui là ou celui là. Malgré ces quelques lectures, je n’ai pas réussi à répondre à toutes mes interrogations sur ce village. Le mystère, c’est peut-être ce qui contribue, pour une bonne part, à l’attrait de Périllos…

Le petit chaperon rouge revisité

Les contes populaires  et autres récits intemporels sont souvent l’objet de parodies, adaptations ou transgressions. Jean-Claude Grimberg, lui, a détourné Le petit chaperon rouge pour en faire une pièce de théâtre surprenante : le loup, prénommé Wolf, est déguisé en caporal et « parle français avec accent loup » et le petit chaperon rouge est une petite fille Uf. Quand Wolf lui demande ses papiers, le petit chaperon ne sait même pas qu’elle est Uf. Petit à petit, elle découvre des lois qui lui interdisent tout. Ainsi, elle doit « échanger » son capuchon rouge contre un jaune car le jaune est la couleur des Uf. Le plus absurde, c’est que ces lois semblent inventées au fur et à mesure par l’officier Wolf. Pour quelles raisons ?

                                          

Vous l’aurez compris Le petit chaperon Uf traite de l’antisémitisme et des lois anti-juives pendant la Seconde Guerre mondiale. Si le thème est sérieux, l’auteur a su l’aborder avec beaucoup d’humour et de finesse. Je pense que cette pièce de théâtre est un bon moyen pour parler d’un sujet grave avec de jeunes enfants (à partir de 7-8 ans). J’aimerais beaucoup voir l’adaptation sur scène !

Un extrait de l’introduction de Jean-Claude Grimberg :

« Connaître l’histoire, les histoires, la vraie Histoire, à quoi cela sert-il ? Sinon à alerter les chaperons d’aujourd’hui, à avertir les enfants que la liberté de traverser les bois pour porter à sa grand-mère un pot de beurre et une galette n’est jamais définitivement acquise… Hier ce furent les enfants Ufs et Oufs, ainsi que leurs parents et grands-parents, qui durent fuir, se cacher changer de noms et de papiers afin d’échapper aux griffes du loup. […] . Demain, si l’on n’y prend garde, les loups s’attaqueront peut-être aux enfants Ifs ou Gnoufs, les loups eux seront toujours les loups et vous savez comme ils savent dissimuler leur bave et leurs grandes dents sous de belles et trompeuses paroles avant de se mettre à hurler et à mordre. »

Grumberg, Jean-Claude, Le petit chaperon Uf, Actes Sud, 2005.

« La belle vie » de Jay McInerney

J’ai trouvé la présentation de l’éditeur très bien faite pour ce roman (ce qui n’est pas toujours le cas !) et comme je suis un peu fainéante aujourd’hui, je préfère la recopier plutôt que de faire mon propre résumé… oui, je sais c’est pas très sérieux mais il y a des jours où je n’ai pas envie de me creuser les méninges !

Présentation de l’éditeur :

Ils avaient trente ans et des poussières. Le monde leur appartenait. Ils étaient, disait-on, le plus beau couple de New-York. C’était en 1987.

Quatorze ans plus tard, Corinne et Russell Calloway ont deux enfants et vivent dans un loft, à TriBeCa. Ce soir-là, ils ont invité des amis à dîner (Salman Rushdie vient de se décommander). Nous sommes le 10 septembre 2001. Dans quelques heures, le monde va basculer dans l’horreur. Cette horreur, Jay McInerney se garde bien de nous la montrer. Ce livre n’est pas le roman du 11 septembre. Il nous parle de ce qui se passe après, quand l’onde de choc de l’attentat du World Trade Center vient percuter des millions d’existences. Une étrange atmosphère se répand, mélange de chaos et de responsabilité collective, d’angoisse et d’euphorie. L’impossible est devenu possible. Désormais, tout peut arriver.

Corrine fait du bénévolat sur le site de Ground Zéro. Elle y rencontre Luke. C’est le début d’une passion qui, elle aussi, va tout balayer sur son passage. Dans cette ville qui ne ressemble plus à rien, sinon, peut-être, au Londres de La fin d’une liaison, ils cachent leurs amours clandestines, au point d’oublier ce qui les entoure : le fric, le toc et le chic auquel ils appartiennent, l’érosion des sentiments, le poids des habitudes. Jusqu’au moment où…

                                    

C’est par un pur hasard que j’ai découvert ce roman (et par la même occasion son auteur) en feuilletant un magazine littéraire. C’est la suite de Trente ans et des poussières mais on peut le lire indépendamment sans aucun problème.

Dans La belle vie, Jay McInerney explore les conséquences de l’après 11 septembre mais très vite on comprend que cet évènement ne changera pas grand chose dans la vie des deux couples de bobos new-yorkais qui sont au centre de cette histoire. Bien sûr, ils sont fortement déstabilisés, se posent beaucoup de questions, regrettent leurs proches disparus, font des cauchemars…. mais au final ils vont reprendre leur vie de tromperie, d’apparats et d’apparences comme si rien ne s’était passé ou presque.

Pourtant, je me suis attachée aux personnages de Corrine et Luke et à leur amour clandestin. Même s’ils trompent leurs conjoints respectifs, même s’ils mettent leurs familles en péril et culpabilisent énormément, même s’ils n’arrivent pas à prendre la décision de tout plaquer pour vivre leur amour au grand jour, ils vivent une histoire sincère, à mille lieux du monde absurde dans lequel ils évoluent habituellement. En y réfléchissant, j’ai presque mal pour eux : ils sont prisonniers d’un monde insensé et ne semblent pas avoir ni la force ni le courage de s’en sortir.

L’avis de Florinette.

McInerney, Jay, La belle vie, Editions de l’Olivier, 2007.

« échancrure » de Michel Le Bourhis

Thomas, dix-sept ans, est un jeune homme désoeuvré et révolté. Au lycée, il sèche les cours et la CPE lui fait la morale. A la maison, son beau-père passe ses journées devant la télévision pendant que sa mère s’use la santé à la caisse d’un grand hypermarché. Son seul rayon de soleil, c’est Marion. Mais le problème c’est qu’elle sort avec Tony, son meilleur ami. Thomas a un rêve : aller à la mer pour se vider de tous ses problèmes. Il a aussi une passion : les beaux livres. Il aime les toucher, les caresser, respirer leur odeur. Un jour, alors qu’il est sur le point de voler les oeuvres complètes de Maupassant, une vieille dame le surprend et lui offre l’édition de La Pléiade.
Une courte série de rencontres commence alors entre cette vieille dame et le jeune écorché vif. Mais Thomas reste très secret. Il va mal mais ne se livre pas. La vieille dame sent bien qu’un drame risque d’arriver. Malheureusement, elle est impuissante.

                                          

Il est difficile pour moi de décrire ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman. La détresse et le désœuvrement du héros m’ont laissé assez mal à l’aise. Thomas n’envisage aucun avenir heureux et tout le livre respire ce désespoir. La lumière n’a pas sa place dans cette histoire…

LE Bourhis, Michel, Echancrure, Seuil, 2007.

« Une veuve de papier » de John Irving

Comment résumer un roman de John Irving ? La juxtaposition du destin des multiples personnages et les nombreuses intrigues parallèles rendent la tâche difficile ! Je vais donc essayer de faire de mon mieux même si je sais d’avance que le résultat ne me satisfera pas…

Eddie, 16 ans, est embauché comme assistant par l’écrivain Ted Cole pour les vacances d’été. Il va passer deux mois dans les Hampton, dans une famille en souffrance : les Cole ont perdu leurs deux fils dans un accident de voiture. Par la suite, ils ont eu une petite fille, mais Marion, la femme de Ted, n’a jamais fait le deuil de ses fils et ne veut pas s’attacher à Ruth, sa fille, par peur de la perdre elle aussi. Le couple va mal. Ted boit. Il a de nombreuses maitresses et sa femme est parfaitement au courant.
Très vite Eddie est séduit pas Marion. Elle pourrait être sa mère. Cela ne l’empêche pas de découvrir l’amour et la sexualité dans ses bras. Mais la décision de la belle Marion est prise : à la fin de l’été, elle quitte son mari en même temps que son amant et abandonne sa fille, alors âgée de 5 ans, sans laisser d’adresse.

Une trentaine d’année plus tard…
Ruth a 36 ans. Elle est devenue une romancière célèbre mais elle est toujours célibataire et appréhende le mariage. Eddie est lui aussi devenu écrivain mais sa renommée n’a absolument rien à voir avec celle de Ruth. Il a 48 ans et n’a eu pour maitresse que des femmes plus âgées que lui. Ses romans ne sont que des réécritures masquées de son histoire d’amour avec Marion. La femme de Ted Cole est toujours présente dans son esprit. Jamais il ne l’oubliera.
Lors d’une soirée de lecture publique, Ruth et Eddie se (re)rencontrent, plus de 30 ans après l’été dans les Hampton. Bien entendu, ils parlent de Marion. Pour Ruth, qui jusqu’ici n’avait entendu que la version de son père sur le départ de sa mère, c’est un véritable révélation.
Par la suite, Eddie et Ruth deviennent amis. Au fond d’eux, ils attendent le retour de Marion.

 

Une veuve de papier est un roman aux thèmes multiples et variés : deuil, abandon, amour, métier d’écrivain, etc. Comme souvent chez John Irving, le burlesque côtoie le véritable drame et c’est un régal pour le lecteur. Les personnages sont nombreux, vivent des expériences incroyables et sont toujours décrits avec beaucoup de justesse. Les fréquents aller et retours entre le présent et le futur demandent une certaine attention mais dans l’ensemble les 600 pages se lisent facilement. Un petit bémol cependant : la fin est décevante, trop facile, pas crédible. Dommage !

Irving, John, Une veuve de papier, Seuil, 1999.

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