Profession du père – Sébastien Gnaedig

Profession du père : agent secret ? Footballeur ? Chanteur au sein du groupe Les compagnons de la chanson ? Membre de l’OAS ? Émile Choulans ne sait pas ce qu’il doit écrire sur la fiche que son enseignant lui demande de compléter en cette rentrée scolaire 1959. Son père, André, s’invente des vies et l’embarque dans des histoires invraisemblables. Le petit garçon, lui, est persuadé que tout cela est vrai. Il doit distribuer des courriers en pleine nuit, écrire des noms sur les murs de la ville de Lyon, faire des pompes et des exercices pour se muscler, participer à une mission secrète de la plus haute importance. D’ami du Général de Gaulle, André Choulans est devenu son pire ennemi. Émile l’aide dans son entreprise contre celui qui a permis l’indépendance de l’Algérie.

Pire encore, le garçon subit des sévisses physiques lorsque son mythomane de père n’est pas content de lui. Et il ne faut pas grand chose pour que cela soit le cas… Privation de nourriture, coups de ceinture, nuit à genou enfermé dans une armoire : Émile encaisse sans rien dire et devient lui aussi affabulateur, embarquant un camarde de classe dans ses mensonges. Sa mère tente parfois de le protéger mais, humiliée et maltraitée par son mari, c’est quelqu’un d’effacé. Heureusement, Émile ne sombre pas dans la folie. En grandissant, il se rend compte de la maladie de son père et tente de se construire comme il peut.

Pour adapter ce roman de Sorj Chalandon en bande dessinée, le scénariste et dessinateur Sébastien Gnaedig a choisi le noir et blanc. Le trait, simple et sans fioritures, permet de mettre à distance la violence. Il la rend même plus supportable que dans le texte d’origine. Les personnages se reconnaissent à quelques caractéristiques physiques. Les décors sont simples. Il n’y pas besoin de spectaculaire. Sébastien Gnaedig montre ce qu’Émile vit, il met en scène ce père  tyrannique, mythomane et violent sans en rajouter. Si ma préférence va au roman parce qu’il en dit plus, notamment en ce qui concerne le ressenti d’Émile, la bande dessinée est incontestablement à découvrir.

GNAEDIG, Sébastien, Profession du père, Futuropolis, 2018.

Cette semaine, les bulleurs ont RDV chez Stephie !

28 réflexions sur « Profession du père – Sébastien Gnaedig »

  1. Je n’ai lu pour l’instant que des adaptations BD des textes de Chalandon. Qui m’ont plus. Je ne m’explique pas pourquoi je n’arrive pas encore à rentrer dans ses romans…

    1. J’ai découvert l’auteur avec Le quatrième mur, lu en version audio, et depuis je m’intéresse beaucoup à lui. Il est aussi journaliste. C’est quelqu’un d’intéressant.

  2. j’ai beaucoup aimé le roman, je lirais la BD à l’occasion, même si je ne suis pas sûre d’y retrouver la force.

    1. Oui, c’est vrai que c’est différent du point de vue de la force mais on trouve d’autres choses dans la BD.

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