Profession du père – Sorj Chalandon

Premier roman de la rentrée littéraire pour moi et premier coup de coeur !

Profession du père ? C’est une question que les enseignants posent souvent aux enfants dans les fiches de renseignement de début d’année scolaire. Émile, le narrateur, pourrait écrire parachutiste, agent secret, footballeur ou encore professeur de judo. Mais jamais il ne connaîtra le vrai métier de ce père qui vit dans un autre monde et l’entraîne avec lui dans sa folie.

André Choulans impose aux siens un huit-clos, une prison en guise d’appartement. Pas de liens avec la famille, jamais personne à la maison, uniquement le père, la mère et le fils. Avant de rentrer chez lui, il s’assure que personne ne le suit, écoute aux portes pour vérifier que tous les bruits de l’immeuble sont habituels.

Émile et sa mère s’efforcent de ne pas faire de bruits et de ne pas attiser sa colère. André peut entrer sans prévenir dans une colère monstrueuse et devenir violent dans les mots comme dans les actes. Émile en fait régulièrement les frais.

Le roman pourrait alors tomber dans le pathos. Mais la force de l’écriture de Sorj Chalandon, surtout lorsque l’on sait que ce livre est en partie autobiographique, est d’éviter cet écueil. André entraîne son fils dans des histoires d’espionnage qui n’ont ni queue ni tête pour le lecteur adulte. Pour le narrateur, c’est tout autre chose. Il y croit tellement dur comme fer qu’il est bien décidé à participer à l’assassinat du Général de Gaulle.

Dans la dernière partie, le récit laisse une large place à la voix d’Émile devenu adulte. On pense alors à la force de résilience de cet homme qui s’en veut de toujours d’aimer son père. Mais là encore, nulle haine, nul pathos.

L’écriture est d’une force incroyable. On partage les crises d’asthme de l’auteur, on souffre avec lui, on tremble. Mais on a parfois aussi envie de rire (jaune) des histoires folles inventées par ce père malade.

J’ai eu un véritable coup de coeur pour ce roman et j’ai envie de dire à tous ceux que l’aspect autobiographique fait fuir qu’il faut oublier cela. Pas un seul instant je me suis demandée si tel ou tel épisode était réel ou non. Je l’ai lu en apnée et ce n’est qu’après l’avoir refermé que j’ai fait quelques parallèles avec les autres romans de Sorj Chalandon. Ce que je retiendrai finalement de cette histoire c’est que le narrateur a réussi à devenir un homme heureux et profondément humain malgré tout.

Une lecture commune avec Enna et de Thiphanie.

Leiloona et Laure ont également eu un coup de coeur pour ce livre. Gambadou a beaucoup aimé.

CHALANDON, Sorj, Profession du père, Grasset, 2015.

20 réflexions sur « Profession du père – Sorj Chalandon »

  1. Il y a des années que je n’ai pas demandé ‘profession du père’ (et même plus de fiches, on a tous les renseignements ailleurs)(sauf les 6èmes peut-être, la fiche servant à détecter s’ils savent suivre une consigne), car tu sais, avec les familles recomposées décomposées, le chômage, etc. Je craignais de gêner les élèves…

  2. Pour moi, ces fiches n’ont que peu d’intérêt depuis que toutes les infos
    sont accessibles via Pronote ou autre logiciel du même genre. C’est
    important de connaître les enfants que l’on a en face de soi mais il y a
    des moyens plus effaces que cela.

  3. Je ne savais pas du tout que c’était en partie autobiographique!!! En tout cas j’ai eu raison de me préserver de toute lecture de billets au sujet du livre, ou des émissions qui en parlaient, j’avais tellement envie de le découvrir « comme un terrain vierge » (il va maintenant falloir que je rattrape mon retard!) Ce fût une lecture touchante, pleine d’émotions.

  4. Tu es la première à me donner très envie de le lire, j’avais peur que ce soit vraiment trop glauque mais ça fait trop longtemps que je tourne autour de cet auteur, ça serait peut-être une bonne idée de commencer par celui là. Je mets ce billet ci aussi dans vos billets tentateurs

  5. Je viens de le terminer et ta chronique reflète exactement mes pensées. Ce pourrait être un livre drôle, on ne pense pas une seconde qu’il est autobiographique, il y a beaucoup d’amour dans ce livre. Il est incroyable. Quand j’ai rencontré ensuite Sorj alors que je l’avais terminé et qu’il en parlé, ses yeux pétillaient encore de joie, d’amour et bien-sûr de folie devant ce père…et je lui ai demandé « et la mère dans le livre c’est… » « oui c’est bien ma mère. » ça m’a soufflée aussi. bravo pour ta chronique. Pas sûre d’être aussi juste dans la mienne, je la travaille

La parole est à vous !

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