Quand Dieu boxait en amateur – Guy Boley

Quand Dieu boxait en amateur est un vibrant hommage posthume rendu par Guy Boley à son père, un forgeron atypique né en 1926 dans un quartier populaire de Besançon.

René Boley connaît une vie de travailleur, de boxeur et d’artiste amateur. Orphelin de père, élevé par une mère qui passe son temps à cirer ses meubles et rêve d’un fils viril, René apprend très tôt que les moments de bonheur sont rares dans la vie. A quatorze ans, il commence à travailler comme forgeron à côté du dépôt de locomotives, centre névralgique du quartier. Amoureux des mots, il est souvent freiné dans ses ardeurs littéraires. A l’époque, on pense encore dans certains milieux que la lecture est une connerie qui abîme les yeux ! Pour qu’il apprenne à se défendre et devienne un homme, sa mère l’envoie prendre l’air et l’inscrit à la boxe. René aime frapper autant que respirer l’odeur du linge qui sèche dans la cour. Plus tard, il deviendra champion de France amateur. Il montera aussi sur scène pour interpréter Jésus, grâce à Pierrot, son ami d’enfance, qui s’est tourné vers la religion.

Les lecteurs de Fils du feu retrouveront ici des thèmes déjà abordés dans le premier roman de Guy Boley. Les deux textes se font écho et fonctionnent un peu à la manière d’un diptyque. Le dépôt SNCF pèse une nouvelle fois de tout son poids sur la vie des habitants du quartier. Le charbon, la forge, la grisaille : l’horizon est bien triste mais on ne s’en plaint jamais. De plus, le deuil vient broyer l’homme, le rendre aussi faible qu’une brindille, mais en dire plus à ce sujet reviendrait à spoiler les futurs lecteurs ! Sachez cependant qu’un bel hommage est rendu ici à tous ces travailleurs infatigables, à toutes ces vies si simples mais si belles.

Avec un sens des mots justes et une écriture sublime, Guy Boley rend justice à ce père qu’il a si souvent mal jugé et nous offre une véritable déclaration d’amour. Il en profite pour porter un regard caustique sur la religion. Le discours qu’il prête au curé lorsqu’un majorette vient le voir pour lui demander l’autorisation de monter une troupe et de répéter dans la salle paroissiale est jubilatoire !

Quand Dieu boxait en amateur regorge donc de qualités. Si je l’ai énormément apprécié, je n’ai cependant pas réussi à entrer pleinement dedans, à ressentir de l’émotion autant que je l’aurais souhaité. Je suis restée spectatrice, sans savoir pour quelle raison. Dommage car intellectuellement, le roman m’a beaucoup plu !

BOLEY, Guy, Quand Dieu boxait en amateur, Grasset, 2018.

16 réflexions sur « Quand Dieu boxait en amateur – Guy Boley »

  1. Cette « plume » m’avait un poil agacée lors de la lecture du premier roman. J’avais été partagée entre le côté j’en fais trop dans l’écriture et le fait que malgré tout, il y ait une beauté quasi indiscutable du roman.
    Je ne retenterai pas l’aventure avec lui je crois.

    1. L’écriture est la même donc ton avis risquerait d’être exactement le même !
      Je ne trouve pas qu’il en fait trop dans l’écriture mais j’ai souvent du mal avec ce genre de style.

  2. J’en ai lu un extrait à mes élèves ce matin, je ne suis pas sûre que ce soit vers ce titre qu’ils se tourneraient d’emblée. Je vais donc découvrir cet auteur avec ce titre.

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