Sables noirs : 20 semaines au Turkménistan – Troubs

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Avant mon voyage en Asie centrale, je crois que j’aurais été bien incapable de situer le Turkménistan sur une carte. Depuis, je m’intéresse à toutes ces anciennes républiques soviétiques qui ont acquis leur indépendance dans les années 1990. Cette BD me tendait les mains sur une table de présentation à la médiathèque. Impossible de ne pas l’emprunter.

Le Turkménistan est un pays très fermé. Pour Reporter Sans Frontières, c’est « l’un des trous noirs de l’information de la planète ». Les médias sont contrôlés par le chef du parti unique, Gurbanguly Berdimuhamedow, les journalistes risquent la prison et la torture, les antennes paraboliques sont démontées pour que les habitants ne puissent pas suivre les médias étrangers.

Troubs, l’auteur de cette bande dessinée, a reçu l’autorisation de se rendre au Turkménistan parce qu’il a accepté de participer à la traduction de textes de Prévert. Le projet peut paraître étonnant mais le pays entretient des liens culturels et commerciaux avec la France.

Dans cet album, l’auteur s’attache à décrire le Turkménistan, son architecture, ses habitants.  Si les photos sont interdites, la loi ne dit rien au sujet du dessin et les autorités ne semblent pas avoir déjà été confrontées à une telle pratique. Troubs profite donc de ce vide juridique. Au gré de ses pérégrinations en ville, il reproduit par exemple un statue de Niazov, l’ancien président et dictateur, qui tourne avec le soleil. La « légende » raconte que c’est le soleil qui tourne autour de lui !!! Là-bas, l’histoire est complètement récrite.

Des barres d’immeubles impressionnantes s’élèvent au dessus du sable noir. A leurs pieds, d’énormes chaudières permettent de chauffer les appartements. Les habitants souffrent d’un taux de chômage énorme et d’un manque de liberté. Impossible, par exemple, d’accueillir un étranger chez soi. La discrétion est de mise, surtout pour les adultes qui risquent à tout moment la prison, un lieu dans lequel on ne sait pas très bien ce qui se passe…

Troubs aborde également la question de la présence française, et notamment celle de Bouygues qui est décriée car l’entreprise fait du business avec un pays qui ne respecte pas du tout les droits de l’homme. Le lecteur découvre avec lui que le problème est bien plus complexe que cela. Sans Bouygues, pas de diplomates français sur le sol turkmène et donc pas de regard sur ce qui se passe sur place.

J’ai eu un peu de mal au départ avec le dessin en noir et blanc et au trait tantôt fin, tantôt épais mais je l’ai finalement apprécié. Troubs s’affranchit régulièrement des cases traditionnelles, certaines planches n’en comportant d’ailleurs aucune. Ce procédé est assez agréable.

Sables noirs : 20 semaines au Turkménistan est une bande dessinée intéressante grâce à laquelle on apprend beaucoup de choses. Je regrette cependant le peu de place laissé à l’émotion, au ressenti des turkmènes. Mais l’auteur lui même n’y a sans doute eu que très peu accès, le dialogue avec la population étant compliqué dans une dictature.

TROUBS, Sables noirs : 20 semaines au Turkménistan, Futuropolis, 2015.

La BD du mercredi, cette semaine c’est chez Noukette.

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24 pensées sur “Sables noirs : 20 semaines au Turkménistan – Troubs”

  1. C’est intriguant cette BD. C’est bien de dire que les entreprises étrangères maintiennent aussi la diplomatie et parfois même quelques programmes humanitaires, même si on peut critiquer d’autres actions. Je la note en tout cas.

  2. Souvenirs de lecture mitigés. Il me reste bien peu de souvenirs si ce n’est ses dessins, je m’étais perdue dans la contemplation, à scruter les détails

    1. Mince ! Comme je le dis dans la fin de ma chronique, le contexte du pays est si particulier que ce n’est pas évident de travailler sur un tel sujet.

  3. J’aime ce genre de BD, et figure toi que je sais situer le turkmenistan, j’y ai passé une journée (et crois moi ça suffisait amplement!!!). Même nous petits touristes on a senti que le pays n’était pas une grande démocratie! je n’ai pris aucune photo! Notre guide oscillait entre le côté cheftaine et le côté craintif que son groupe ne soit pas visible à tout moment dans les radars (enfin, on l’a pris comme ça). Entrer dans le pays (en venant de l’iran) était un chouette condensé de la bureaucratie stalinienne, genre 6 fonctionnaires, un pour regarder le passeport, un pour tamponner, etc, tu imagines le genre. On a vu quelques bâtiments anciens, un site aussi (Mari?)(Merv?) et pas mal d’ambiance soviético stalinienne. On en est sortis à pied sur un pont traversant l’amou daria, et fallait pas trop trainasser je t’assure.
    Souvenirs souvenirs…

    1. Je suis allée en Ouzbékistan et au Tadjikistan. Ce ne sont pas des modèles de démocratie mais pas au point du Turkménistan quand même. En tant que touristes, il n’y avait aucun stress. Par contre, en discutant un peu avec la population, on voyait bien que tout n’était pas rose. Ce sont de beaux pays dans lesquels je retournerais bien. C’est une zone du globe que j’aime tout particulièrement. Mais il y a tellement d’autres endroits à voir !

    1. Oui, c’est exactement ça. Et ça évite de se retrouver trop envahi par les livres aussi. La mienne n’a pas un très grand fonds BD mais je fais avec !

La parole est à vous !