Salam toubib : chronique d’un médecin appelé en Algérie, 1959-1961 – Claire Dallanges et Marc Védrines

A la gare, alors qu’ils s’apprêtent à prendre le train pour rejoindre leur famille en Touraine, Pauline et son père se font agresser à l’arme blanche. La jeune femme, âgée de 18 ans, est impressionnée par la réaction de son père qui réussit à mettre son agresseur hors d’état de nuire grâce à une prise de close combat. Elle apprend alors que sa formation militaire lui a aussi permis d’échapper à une tentative d’assassinat pendant la guerre d’Algérie. Le trajet en train est l’occasion pour Pauline de l’interroger sur cette guerre dont il ne parle jamais.

Jeune médecin, Gilles Tardieu (qui deviendra plus tard le père de Pauline) décide de résilier son sursis militaire en 1958 et de partir en Algérie pour pouvoir juger par lui-même de la véracité des propos du gouvernement français. La situation de l’Algérie est-elle si éloignée de celle de l’Indochine ? Le pays est-il complétement francisé comme on le prétend ? Faut-il accorder l’indépendance ? Bien entendu, les proches de Gilles ne comprennent pas sa décision. Sa famille, partisane de l’Algérie française, est inquiète de le voir partir dans cette pétaudière.

Sur place, le jeune médecin est d’abord affecté dans un endroit où il n’y a pas grand chose à faire. Les journées sont longues dans ce trou perdu dirigé par un Capitaine complètement fou. Dans d’autres cantonnements, le travail est beaucoup plus intense et il soigne aussi bien ses collègues blessés lors d’opérations militaires  que les nomades ou les habitants des villages alentour. La réalité du terrain et ses nombreux contacts avec la population locale lui permettent de comprendre un peu mieux la complexité du conflit qui oppose la France à l’Algérie et de répondre à ses questions.

Les souvenirs arrachés par la jeune Pauline à son père sont passionnants. La quatrième de couverture affirme que cela lui permet de mieux comprendre le rôle des traumatismes dans ce qu’il est devenu mais cet aspect est vraiment en arrière plan. L’accent est surtout mis sur le parcours de ce jeune médecin  qui sauve des vies, qu’elles soient d’un camp ou de l’autre.

Le trait fin et réaliste de Marc Védrines permet au lecteur de se plonger avec facilité dans cette Algérie de la fin des années 1950 et du début des années 1960. Les couleurs, le paysage, les villages, la population, les tenues vestimentaires, les armes, les véhicules militaires : tout y est.

Le scénario de Claire Dallanges, inspiré des souvenirs de son propre père, est une vraie réussite. Il évite le côté manichéen et ne porte pas de jugement que ce soit vis à vis des partisans de l’Algérie française ou des indépendantistes. A découvrir absolument !

DALLANGES, Claire, VEDRINES, Marc, Salam toubib : chronique d’un médecin appelé en Algérie, 1959-1961, Delcourt, 2016.

La BD du mercredi c’est chez Stephie aujourd’hui.

30 réflexions sur « Salam toubib : chronique d’un médecin appelé en Algérie, 1959-1961 – Claire Dallanges et Marc Védrines »

    1. Le point de vue de ce médecin est intéressant. Il permet de mieux comprendre le positionnement de certains de ceux qui ont fait la guerre d’Algérie.

  1. J’ai déjà lu d’autres articles sur cet album. Je suis tentée, je pense que le propos me plairait. Mais j’ai comme une retenue face à l’ambiance graphique que je ne parviens pas à dépasser

    1. Ce que je trouve intéressant dans cette BD, c’est qu’on est loin des cours d’histoire ou des reportages sur la guerre d’Algérie. On la découvre de l’intérieur, par quelqu’un qui l’a vécue. Bien entendu, la vision de ce médecin est personnelle mais ça permet de comprendre cette guerre différemment.

    1. Oui, c’est le problème avec les BD. Les médiathèques n’ont pas toujours un fonds très développé, le prix freine parfois et la place aussi !

  2. Un point de vue juste sur un fait historique, je connais plusieurs amoureux de BD qui apprécieraient, je crois que tu viens d’ajouter une ligne à mon carnet d’idées de cadeaux… 😉

    1. Je participe à un prix de la BD historique avec mes élèves alors j’en lis pas mal en ce moment et je fais de belles découvertes.

  3. Je suis contente que tu aies apprécié cette lecture ! C’est un album qui m’a beaucoup apporté et effectivement, aucun manichéisme ni jugement, ce qui est très appréciable.

  4. Pour tout t’avouer, je l’avais empruntée, et commencée, et j’ai trouvé ça un peu bavard et ennuyeux au départ… et comme je me méfie encore du retour de ma panne de lecture j’ai laissé tomber… Tant mieux si elle t’a plu !!

La parole est à vous !