« Syngué sabour » d’Atiq Rahimi

Quatrième de couverture :

Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue  » pierre « , et sabour
 » patiente « ). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s’agit
d’une pierre magique que l’on pose devant soi pour déverser sur elle
ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères… On lui
confie tout ce que l’on n’ose pas révéler aux autres… Et la pierre
écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets
jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate… Et ce jour-là on est délivré.

La Syngué sabour, c’est cet homme qui respire mais ne réagit plus à aucune sollicitation. Il a reçu une balle dans la nuque et depuis, il est plongé dans le coma. Sa femme est seule avec ses deux filles pour gérer la situation. Toute la famille est partie pour fuir la guerre et l’a laissée seule. La quartier est détruit par les bombardements incessants, la maison est endommagée et la femme n’en peut plus. Elle est à bout de nerfs et finit par dire à son mari tout ce qu’elle a sur la cœur et qu’elle a dû taire pendant des années : ses fiançailles et son mariage forcé qui ont eu lieu en l’absence de l’intéressé puisque celui-ci était au front, les vexations en tous genres qu’elle a subies de la part de son mari et de ses frères mais aussi de sa belle-mère, la rencontre avec son époux trois ans après son mariage, etc.

 

Voilà un texte à l’écriture très particulière : on a l’impression de lire les didascalies d’une pièce de théâtre. C’est sans doute pour cette raison que j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Mais une fois les cinquante premières pages lues, Syngué sabour m’a réconciliée, au moins pour cette année, avec le prix Goncourt. C’est un beau roman qui laisse la parole à une femme musulmane qui subit le dictat des hommes dans un pays extrémiste. Ce sujet est désormais devenu (très) fréquent en littérature mais on ne dénoncera jamais assez les violences faites aux femmes par ces hommes là. Et puis ici, ce qu’il y a de bien, c’est que la parole est libératrice et redonne espoir :

« Tu me comprends ? … en fait, ce qui me libérait, c’était d’avoir parlé de cette histoire, l’histoire de la caille. Le fait de tout dire. Tout te dire à toi. Là, je me suis aperçue qu’en effet depuis que tu étais malade, depuis que je te parlais, que je m’énervais contre toi, que je t’insultais, que je te disais tout ce que j’avais gardé sur le cœur, et que toi tu ne pouvais rien me répondre, que tu ne pouvais rien faire contre moi… tout ça me réconfortait, m’apaisait. » p. 85

Pour lire d’autres avis, c’est par ici.

RAHIMI, Atiq, Syngué sabour : Pierre de patience, POL, 2008.

8 réflexions sur « « Syngué sabour » d’Atiq Rahimi »

  1. @leiloona : j’ai pas voulu l’acheter, justement à cause de l’écriture…
    @Emmynie : moi aussi j’ai beaucoup plus confiance dans le Goncourt des lycéens.
    @Aifelle : comme tu dis… Je reviens de la librairie et j’ai encore craqué alors je compatis…
    @La Pyrénéenne : Aifelle l’a rencontré, quelle chance !

La parole est à vous !

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