Le coeur en braille – Pascal Ruter

Voir de nouvelles acquisitions comme Le coeur en braille rester sur les rayons du CDI sans trouver de lecteur me chagrine toujours. Dans ce cas, une seule solution, lire le livre en question et en faire la promotion auprés des élèves. C’est dur la vie de professeur documentaliste 😉 !

L’année scolaire commence à peine et déjà Victor rencontre des difficultés. Les équations de math sont du chinois et, malgré les efforts qu’il fait et les bonnes résolutions qu’il a prises pour cette nouvelle année, il n’arrive pas à faire ses exercices. Son père lui a offert Les trois mousquetaires mais malheureusement il ne comprend pas grand chose à ce roman. Tout ce qu’il entreprend pour être meilleur en classe semble voué à l’échec.

Victor, qui vit seul avec son père, est désespéré. Luckie Luke, le CPE, l’a a l’oeil depuis l’année précédente car il a fait pas mal de bêtises. Les seuls moments de bonheur pour l’adolescent sont les moments passés en compagnie d’Haïçam, son meilleur copain, les répétitions de musique avec son groupe et les discussions avec son père autour de la mécanique des Panhard (pour ceux qui, comme moi, sont incultes en matière automobiles, ce sont de vieilles voitures).

La vie de Victor bascule le jour où l’intelligente Marie-José entre dans sa vie en plein contrôle de math.

Le coeur en braille est un roman jeunesse comme je les aime : drôle, intelligent et plein d’émotions. Pascal Ruter dépeint à merveille ce qui peut se passer dans la tête d’un ado mal dans sa peau et prisonnier de son rôle de cancre. Victor devient un autre dès lors que sa camarade s’intéresse à lui et l’aide à progresser.

Mais le texte ne se réduit pas à cela. Le titre du livre prend tout son sens dans la deuxième partie. Sans en dévoiler trop, je peux dire que le mot « braille » n’a pas été choisi au hasard et que la question de la cécité est abordée avec beaucoup de tact et de délicatesse.

Un roman jeunesse sur la force de l’amitié et de l’amour à découvrir à partir de la sixième pour les bons lecteur et un peu plus tard pour les autres.

RUTER, Pascal, Le coeur en braille, Didier Jeunesse, 2012.

Ma mère, le crabe et moi – Anne Percin

Tania et sa mère vivent seules depuis le départ du père de Tania avec une autre femme. La jeune fille, qui est en troisième, porte un regard critique sur sa mère et ne lui épargne pas grand chose, comme beaucoup d’ados avec leurs parents. Elle se moque notamment de son blog dans lequel elle enjolive la réalité et de ses copines virtuelles qui sont un bon substitut au désert affectif dans lequel elle est enfermée.

Mais depuis quelques temps, la mère de Tania a des comportements inhabituels. Elle est ailleurs ou ne se rend pas au travail. Cela ne lui ressemble pas. Un jour, alors qu’elle est partie a un rendez-vous médical, Tania fouille dans l’historique de navigation de l’ordinateur et découvre que sa mère a fait des recherches sur le cancer du sein. Pas besoin de plus d’explications, Tania comprend.

Ensemble, la mère et la fille vont se battre contre la maladie. Tania est prise entre ses préoccupations d’adolescente et les difficultés liées au cancer de sa mère. Elle qui n’aimait pas courir découvre que la course à pied lui fait un bien fou. Elle tombe également amoureuse d’un garçon de sa classe. A côté de cela, il y a sa mère qui rentre épuisée des séances de chimio, qui perd du poids et dont les cheveux tombent les uns après les autres. Tania a la rage. Les autres ne peuvent pas comprendre, ils ne vivent pas avec sa mère au quotidien.

N’ayez crainte, nul apitoiement ou larmoiement dans ce roman, bien au contraire. Tania est une battante et son sens de l’humour lui permet de faire face à la situation avec brio. Anne Percin dépeint à merveille ce qui se passe dans la tête de l’adolescente. Certains passages sont terriblement émouvants et criants de vérité.

Une belle complicité se met en place au fil des pages entre la mère et la fille. Tania mûrit, elle est moins critique vis à vis de sa mère et porte sur elle un regard plein de bienveillance et d’humanité. Ensemble, elles vivent et vont de l’avant. C’est cela le principal.

Un très beau roman dédié aux « courageuses Amazones en lutte contre le crabe » qu’il est important de lire et de faire lire parce que bien évidemment ça n’arrive pas qu’aux autres.

PERCIN, Anne, Ma mère, le crabe et moi, Rouergue, 2015.

Toile d’@raignée – Calouan

Les risques liés à l’Internet, voilà un sujet sur lequel il est important de dialoguer avec les adolescents et dont on ne parle pas assez malgré les efforts faits en ce sens ces dernières années. Aujourd’hui encore, une collègue me parlait d’une élève de 6ème qui tchatait avec un jeune homme de 17 ans sur je ne sais quel réseau social et qui ne voyait pas où était le problème.

Toile d’@raignée met en scène Sancie, une jeune fille de treize ans qui vit avec ses parents et sa soeur dans une famille tout à fait ordinaire. L’adolescente est passionnée par une série télévisée, collectionne les disques d’une chanteuse à la mode et aime passer du temps avec ses amies.

Un jour, elle fait par hasard la connaissance d’une jeune homme plus âgé qu’elle sur Internet. Elle en a marre que son entourage la considère comme une gamine alors, pour paraître plus vieille et donc plus mature, elle ment sur son âge.

Petit à petit, Sancie se lie d’amitié avec ce jeune homme et se confie à lui en toute sincérité sans l’avoir jamais rencontré. Elle lui parle de ses disputes avec ses parents ou sa soeur, d’une garçon qu’elle voit chez le disquaire de temps en temps et qui l’attire, de ses doutes d’adolescente par rapport à l’amour et à la vie en général.

Le jour où elle décide d’accepter une rencontre, rien ne se passe comme prévu…

Si j’ai trouvé le dénouement un peu « too much » , il reste néanmoins tout à fait vraisemblable et Toile d’@raignée fait partie de ces livres à travers lesquels les collégiens peuvent tout à fait s’identifier. Les sentiments de Sancie, sa vie de tous les jours et ses maux d’ados sont dépeints avec brio.

Le roman a également le mérite de traiter d’un sujet important, celui des risques liés à l’Internet. L’adolescence étant un âge où l’on se sent immortel et où l’on a tendance à faire peu de cas des paroles de l’adulte, je ne suis pas persuadée que sa lecture suffira à elle seule à la prise de conscience mais cela peut être un bon point de départ pour amorcer le dialogue. A lire et à faire lire donc.

CALOUAN, Toile d’@raignée, Rémanence, 2014.

Cet été là – Jillian et Mariko Tamaki

Awago Beach. C’est la destination de vacances des Wallace depuis X années. Chaque été, Rose y retrouve Windy, son amie de vacances. Elles se connaissent depuis qu’elles ont quatre ou cinq ans. Windy est plus jeune que Rose d’un an et demi. Elle a une silhouette un peu potelée et encore enfantine tandis que Rose, 13 ans, est déjà entrée dans la pré adolescence. Ensemble, elles se promènent à vélo, profitent du bord de mer et louent des films d’horreur qu’elles regardent quand les adultes ont le dos tourné.

Windy et surtout Rose quittent peu à peu le monde de l’enfance. Elles observent les relations entre garçons et filles d’une bande de jeunes plus âgés. Rose découvre aussi le monde compliqué des adultes. Ses parents on essayé d’avoir un deuxième enfant et n’y sont pas arrivés. Depuis, ils ne s’entendent plus. Sa mère est replié sur elle-même et ne profite pas des vacances.

Cet été là est une bande dessinée agréable à lire dans laquelle règne un parfum de nostalgie. Celle de l’enfance, de l’innocence et des vacances. Windy et Rose vivent éloignées de la complexité du monde des adultes mais s’en rapprochent petit à petit. Enfin surtout Rose. Son regard n’est plus tout à fait celui d’une enfant. Elle s’intéresse aux garçons alors que Windy pense plus à jouer. On sent qu’elle est vraiment à un âge charnière, celui où on fait la grande devant les copains mais où on joue aussi à la poupée Barbie quand la porte de la chambre est refermée.

Si j’ai moins adhéré au graphisme, le scénario, lui, m’a convaincue. Derrière l’apparente légèreté, des sujets importants sont abordés avec naturel et justesse. Le rire se mêle aux larmes. Le bonheur aux petits ou grands malheurs. La vie quoi !

TAMAKI, Jillian, TAMAKI, Mariko, Cet été là, Rue de Sèvres, 2014.

Condamnée à écrire – Sylvie Baussier et Pascale Perrier

Emma a 14 ans et traverse une période difficile. Son père est en prison, sa mère n’est pas souvent là car elle travaille comme une folle pour maintenir le train de vie de la famille et son frère qui ne vit plus à la maison lui manque beaucoup. A l’école, rien ne va plus. Emma a tabassé une camarade et l’a sérieusement blessée. Elle se retrouve donc dans le bureau de la juge pour enfants qui, au lieu de la mettre dans un centre de détention pour mineurs, la condamne à écrire et à être suivie par un éducateur.

Emma aurait préféré être enfermée comme son père. La juge, elle, est convaincue que la prison n’est pas la bonne alternative pour des jeunes qui sont déjà au bord du gouffre. Pire, elle peut les faire sombrer définitivement dans la délinquance.

Le lecteur partage donc le quotidien d’Emma. Ses doutes, ses angoisses, sa haine. Sa relation avec son éducateur et avec Lucas, un autre adolescent en difficulté. Ses sentiments vis à vis de sa famille et d’elle-même. Sa difficulté à écrire.

Condamnée à écrire est un roman intelligent qui permet de réfléchir sur les alternatives à la prison et sur les chances que l’on donne aux jeunes pour repartir du bon pied. Les maux de l’adolescence sont décrits avec justesse. Emma gagne en maturité au fil des pages et sort petit à petit du gouffre. Le roman plaira certainement aux ados friands de récits de vie car, si ce n’est pas une histoire vraie, ça y ressemble tout de même beaucoup.

BAUSSIER, Pascale, PERRIER, Pascale, Condamnée à écrire, Oskar éditeur, 2012.

Si j’étais un rêve – Charlotte Bousquet

Lina vit en Bulgarie, à Sofia. Nour, elle, habite en Seine-Saint-Denis. Pendant toute l’année scolaire, elles doivent correspondre par lettres, c’est ce que leurs professeurs de français ont décidé. A l’heure d’Internet, écrire des courriers est plutôt surprenant. En tous cas, c’est ce que pense Nour. Elle est loin d’imaginer que c’est le début d’une longue histoire d’amitié.

Nour est une écorchée vive. Elle voudrait se tatouer la peau ou se scarifier pour dompter son corps et lui donner une apparence qu’elle a choisie. Ses lettres laissent transparaître son mal être. Lina essaie de la comprendre et de l’aider mais Nour se referme très vite. Elle est assez solitaire et se met volontairement à l’écart par rapport aux autres élèves de sa classe.

Lina est fille de diplomate. Elle a une vie facile par rapport à la majorité des bulgares mais cela ne l’empêche pas de s’intéresser à ce qui se passe autour d’elle. Elle est révoltée par la misère et la corruption qui règnent à Sofia. Quand les manifestations éclatent dans la capitale bulgare, elle descend dans la rue avec ses camarades malgré les risques. Ses lettres témoignent de son engagement. Nour, dans ses réponses, tente de la soutenir.

Les sujets traités dans Si j’étais un rêve sont intéressants : l’amitié, l’identité, la révolte adolescente. Pourtant, je n’ai pas réussi à m’intéresser vraiment à ce roman épistolaire et j’ai bien du mal à expliquer pourquoi. Je n’ai ressenti aucune empathie pour les deux personnages et je n’ai pas été touchée par le secret dévoilé dans les toutes dernières pages. Peut être parce que ce n’était pas le bon moment pour le lire, tout simplement. Si vous l’avez lu, n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. J’ai hâte d’avoir les avis d’autres lecteurs.

L’avis de Canel.

BOUSQUET, Charlotte, Si j’étais un rêve, Flammarion, 2015.

Frangine – Marion Brunet

Joachim et sa soeur Pauline ont deux mamans. Ils vivent heureux au sein d’une famille unie. Leur vie ressemble à celle de n’importe quel adolescent.

Pour Joachim, qui est actuellement en Terminale, l’homsexualité de ses parents n’a jamais été un problème dans ses relations avec les autres. Ses amis proches sont au courant et s’il a dû faire face à quelques remarques désagréables durant sa scolarité, il ne s’est jamais laissé faire.

Pour Pauline, qui vient d’entrer en seconde, c’est plus compliqué. Jusqu’à la fin du collège, elle a vécu dans un cocon. Au lycée, ce n’est plus la même chose. Elle est victime de harcèlement et ne sait pas comment s’en sortir. Elle a honte et n’ose rien dire à son frère ou à ses parents.

Joachim, occupé par sa relation amoureuse avec Blandine, ne voit rien ou du moins, ne veut rien voir. Jusqu’au jour où il ne peut faire autrement que d’ouvrir les yeux.

S’il est question d’homoparentalité dans ce roman, ce n’est pas le seul thème intéressant. Le harcèlement est également traité avec beaucoup de justesse tout comme la relation entre frère et soeur ou la vie lycéenne.

Ce qui fait à mon sens la grande réussite de ce roman, c’est le point de vue narratif adopté. C’est Joachim qui raconte l’histoire, explique ce qu’il ressent et décrit les sentiments de sa soeur ou de ses parents. Le lecteur découvre donc le point de vue d’un enfant sur l’homoparentalité et d’un frère impuissant face au harcèlement dont sa soeur est victime mais aussi celui des différents protagonistes.

Les chapitres sont courts et il est difficile de refermer le livre avant la fin tant on a envie de savoir comment Pauline va s’en sortir ou comment son frère va réagir. Les deux personnages évoluent et grandissent au fil des pages. Ils sont vraiment intelligents et attachants.

Si vous n’avez pas encore lu ce livre, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

L’avis de Mirontaine.

BRUNET, Marion, Frangine, Sarbacane, 2013.

La bulle de secrets

Pierre-Yves revient de son footing quotidien quand il aperçoit un ado en pull-over rouge plaqué contre le mur en crépis d’une maison. Il n’y fait pas plus attention que cela mais le reconnaît bien quand il le retrouve… sur le fauteuil de son salon. Le jeune homme est entré et s’est installé pendant que Pierre-Yves enlevait ses chaussures dans le garage. Pas gêné !

Polo a fugué suite à une énième engueulade avec son beau-père et il ne sait pas trop où aller. Alors il est entré et maintenant, il refuse de partir. Il profite d’ailleurs du fait que Pierre-Yves soit sous la douche pour attraper un paire de menotte accrochée dans l’entrée. Il s’attache au radiateur et menace d’avaler les clés si le retraité s’approche de lui.

S’engage alors un étrange dialogue placé sous le sceau du secret.

Polo explique à Pierre-Yves que son père est parti du jour au lendemain sans donner de nouvelles et qu’il l’a attendu pendant des jours et des jours. Sa mère a fini par lui faire un cadeau qui n’était pas du tout de son goût le jour de ses huit ans : un beau-père. Entre Polo et cet homme, le courant n’est jamais passé et l’adolescent n’en peut plus des remarques incessantes sur son comportement, ses résultats scolaires, etc. Il en veut à sa mère aussi. C’est pour cette raison qu’il a décidé de fuguer.

Pierre-Yves a lui aussi un secret bien caché. Et il faudra toute la ténacité de Polo pour qu’il réussisse à s’ouvrir enfin.

Je crois que c’est encore une fois chez Jérôme et Noukette que j’ai repéré ce roman. Les premières pages ne m’ont pas semblé très crédibles. Je les ai même trouvées un peu caricaturales. D’un côté, l’ado au vocabulaire bien de son âge en rébellion contre sa famille. De l’autre, le retraité bougon qui utilise des mots et des expressions de son temps. Et entre les deux, un dialogue impossible.

Puis au bout de quelques pages, la mayonnaise prend. Les blessures de chacun apparaissent et les personnages se révèlent tel qu’ils sont vraiment. Ils deviennent bien plus attachants une fois les carapaces tombées. Polo fait preuve de maturité dans ses réflexions. Pierre-Yves n’est pas si sûr de lui qu’il veut le faire croire. Et l’échange permet à chacun d’avancer. Un roman à découvrir donc !

BENASTRE, Sophie, La bulle de secrets, Oskar éditions, 2014.

Oublier Camille – Gaël Aymon

Yanis voudrait oublier Camille. Mais il n’y arrive pas. Impossible de se sortir cette fille de la tête. Ils ont passé toute leur scolarité au collège ensemble. Cette année, en seconde, ils ne sont plus dans le même établissement. Pourtant s’ils ne se voient plus, ce n’est pas dû à cette séparation physique.

Yanis a toujours été secrètement amoureux de Camille. Il n’a jamais osé le lui avouer malgré les nombreuses tentatives de la jeune fille. Par peur d’être bête, de ne pas savoir comment faire. Il se cherche, il n’ose pas aborder ce genre de sujet avec les copains. Et encore moins avec sa mère. Son père, quand à lui, est absent. Yanis ne le connaît pas et vit seul avec sa mère qui est très prise par son travail et avec qui les relations sont parfois compliquées.

Alors à qui parler de cette lettre qui le met dans un état pas possible ? A qui avouer qu’il en veut à Camille d’être sortie avec d’autres garçons cet été ? A qui expliquer qu’il se sent coupable et que c’est pour cela qu’il se ramasse des sales notes en classe et se fait remarquer au lycée ?

Gael Aymon décrit avec brio les sentiments d’un adolescent dans lequel beaucoup de jeunes se retrouveront. Le ton est juste et l’écriture à la première personne favorise l’identification.

Yanis ne sait pas trop comment se situer par rapport à une fille et, de manière plus général, par rapport aux autres. Le doute, le fait de vouloir faire comme tout le monde pour s’intégrer au groupe, l’impression d’être incompris, les pensées nouvelles que l’on découvre et le corps qui se transforme font partie de son quotidien. Il découvre petit à petit que grandir c’est ne pas avoir peur de s’ouvrir aux autres et s’accepter tel que l’on est. Devenir un homme ou une femme ne se fait jamais sans difficultés. Pour un adulte, c’est une évidence. Pour un ado, nettement moins. Il n’est donc pas inutile de le rappeler, surtout quand c’est fait avec autant de réussite !

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Sandrine.

Je crois que c’est Jérôme, Noukette et Stephie qui m’ont fait découvrir ce livre.

AYMON, Gaël, Oublier Camille, Actes Sud Junior, 2014.

La décision – Isabelle Pandazopoulos

En cours de math, Louise ressent des douleurs insupportables dans le ventre. Elle demande à sortir et, l’infirmière n’étant pas là, elle se rend aux toilettes. Samuel, un camarade de classe qui l’accompagne, panique quand il s’aperçoit qu’elle ne répond plus. La porte est close et il y a du sang par terre. Le Proviseur du lycée pense immédiatement à une tentative de suicide. Il réussit à enlever les gonds de la porte et découvre la jeune fille inconsciente, un bébé sur le ventre.

A l’hôpital, Louise ne se souvient plus de ce qui s’est passé quelques heures plus tôt. Ses parents sont sous le choc. Ils ne se sont aperçus de rien et Louise non plus. Elle avait ses règles et son ventre est resté le même. La jeune fille est persuadée de ne jamais avoir eu aucun rapport sexuel. Bien entendu, personne ne la croit. Pire, on la prend pour une menteuse. Elle se demande si elle n’est pas devenue folle. Que va t-elle devenir, elle qui jusqu’à présent était une enfant et une camarade modèle ? Qui est le père de ce bébé ?

Une vraie claque. Je n’ai pas d’autres mots pour décrire ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman. Le ton est juste et on ne tombe jamais dans la caricature. Le personnel médical, les parents, Louise, ses camarades de classe font part de ce qu’ils ressentent face à cette situation. On découvre également la vie dans un foyer pour filles-mères. L’auteur semble s’être beaucoup documentée sur ce sujet à tel point qu’on a l’impression qu’il s’agit d’une histoire vraie.

La Décision traite du déni de grossesse mais pas seulement. Je ne veux pas révéler ici un élément essentiel de l’intrigue mais sachez que Louise est une fille bien qui fait ce qu’elle peut face à ce qui lui tombe dessus comme un coup de massue. Elle doit réapprendre à vivre et prendre une décision cruciale pour son avenir et celui de son fils.

Le lecteur partage son angoisse, son désespoir, son incertitude. Les dernières pages apportent quelques réponses aux questions que l’on se pose depuis le début mais l’important n’est finalement pas là. Impossible d’éprouver autre chose que de l’empathie  pour cette adolescente. Sa vie est un véritable champ de ruine. On referme le livre en souhaitant à Louise de devenir heureuse car franchement, elle le mérite.

PANDAZOPOULOS, Isabelle, La Décision, Gallimard, 2014.

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