Mon petit cœur imbécile – Xavier-Laurent Petit

Mon petit cœur imbécile, c’est comme cela que Sisanda, qui souffre de problèmes cardiaques depuis sa naissance, a surnommé l’organe qui lui permet de vivre. La jeune fille va à l’école, comme les enfants de son âge, mais elle se déplace sur le dos de son oncle ou de sa mère pour ne pas fatiguer son cœur. Elle ne peut ni jouer avec les autres ni courir et doit souvent rester dans sa keja (une sorte de hutte composée d’une seule pièce) pour se reposer.

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Petit pays – Gaël Faye

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Gabriel vit confortablement dans un quartier d’expatriés de Bujumbura, la capitale du Burundi, avec sa mère, une rwandaise d’origine tutsi, son père, un français installé dans le pays depuis longtemps et sa petite sœur Ana. Le jeune garçon passe son temps à traîner  avec sa bande de copains. Ils se réunissent dans un combi Volkswagen échoué sur un terrain vague ou volent des mangues dans les jardins. A la maison, les domestiques lui servent les petits plats qu’il aime bien et font partie de son quotidien. C’est le temps des bêtises et de l’insouciance.

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Je ne suis pas sorcier ! – Pie Tshibanda

Ngeleka vit dans un village congolais. Parce qu’il est bossu, tout le monde se moque de lui et le prend pour un sorcier. Un jour, un enfant meurt de façon inexpliquée et plutôt que de chercher la véritable cause on accuse le sorcier -ou celui que l’on considère comme tel- qui n’est autre que le père de Ngeleka.Toute la famille est bannie de la tribu et part sur les routes à la recherche d’un nouvel endroit pour vivre. Ngeleka, encore enfant, ne comprend pas pourquoi son père ne cherche pas à se défendre. « la souffrance fait partie de la vie. Où que nous soyons, qui que nous soyons, la croix de la souffrance pèse sur nos épaules. » (p. 80). Dans ce cas, rien ne sert de se battre… Tel semble être la philosophie du patriarche.

Depuis son enfance jusqu’à son entrée dans l’âge adulte -époque où se termine le roman-, Ngeleka se pose beaucoup de questions sur la sorcellerie et toutes les histoires qu’il entend à droite et à gauche à ce sujet. Il ne trouve pas toujours de réponses mais une chose est certaine : la nature humaine a besoin de boucs émissaires responsables des maux que personne ne peut expliquer ou ne veut assumer. Et les boucs émissaires sont toujours les plus faibles, bien entendu !

Au sujet de la sorcellerie, ces quelques lignes m’ont frappée. Elles sont exprimées par le père de Ngeleka, juste avant sa mort. Les voici : « Cherche les fils conducteurs qui vont du sorcier à la victime et qui permettent l’ensorcellement. Et si le grand fil conducteur est la foi, la crainte, la culpabilité, explique alors comment ça se fait que le sorcier agisse à distance sur quelqu’un qui ne croit pas en lui. Y aurait-il des fils conducteurs inconscients ?  » (p. 125-126).

Avec Je ne suis pas sorcier, Pie Tshibanda nous conte une Afrique traditionnelle où les croyances ont encore la vie dure. De nombreuses scènes de vie mettent également en avant la dureté de la vie, la corruption qui est monnaie courante tout comme le racket ou les enseignants vivant dans la misère parce que sans salaire depuis plusieurs mois. Un roman authentique et captivant !

TSHIBANDA, Pie, Je ne suis pas sorcier !, Pocket, 2010.

Les amants de la terre sauvage – Katherine Scholes

Mara est mariée depuis trois ans à John. Elle a quitté sa Tasmanie natale pour venir vivre à ses côtés en Tanzanie. Ensemble, ils tentent de faire de leur lodge un magnifique lieu de repos pour amoureux de la faune sauvage. Mais très vite, Mara déchante et John, au lieu d’accueillir des touristes amoureux de l’Afrique, emmène des chasseurs sur les traces des éléphants, des lions et autres animaux de la savane. Les deux jeunes époux s’éloignent l’un de l’autre et les belles promesses du début de la vie à deux ont disparu.

Le lodge est au bord de la faillite lorsqu’une équipe de cinéma débarque complétement par hasard. John est absent et Mara doit prendre les choses en mains. Elle découvre qu’elle peut compter sur ses employés et devient une vraie « Bwana Memsahib ». Très vite, elle tombe sous le charme de Peter Heath, l’acteur principal.

 

Je vous l’accorde le titre, Les amants de la terre sauvage, est un peu craignos. Il est sans aucun doute digne des meilleurs Harlequins ! Mais le contenu est tout de même meilleur. Certes, ce n’est pas le roman du siècle mais parfois, ça fait du bien de ne pas trop réfléchir et de s’évader dans de magnifiques contrées. La vie quotidienne est décrite avec précisions, le thème du cinéma miroir aux alouettes esquissé et le cheminement intérieur de Mara réellement intéressant. Par contre, le happy end ressemble tellement à un conte de fées que c’est un peu énervant. Ben oui, quoi, ça se passe jamais comme ça dans la vraie vie ! Finalement, ce qui m’a le plus intéressée dans ce roman, ce sont les descriptions des paysages et les relations entre les différents personnages.

Pour Keisha, c’est « une lecture sympathique pour l’été ». La photo qu’elle a ajouté à son billet donne une bonne idée du cadre dans lequel se déroule le roman. Elle fait rêver.

Merci à et aux Éditions Belfond pour l’envoi de ce livre.

SCHOLES, Katherine, Les amants de la terre sauvage, Belfond, 2010.

« Les belles choses que porte le ciel » de Dinaw Mengestu

Dans la deuxième moitié des années 1970, Sépha, jeune immigré d’origine éthiopienne, a fuit la révolution et les massacres de son pays et s’est retrouvé aux États-unis avec pour seule famille un oncle. Il a commencé par travailler pour un patron qui l’exploitait puis, a décidé de tenir une petite épicerie dans un quartier pauvre de Washington. Des années plus tard, il est toujours au comptoir de sa boutique et passe son temps à lire, à attendre de rares clients et à porter sur le monde un regard nostalgique et triste en compagnie de Joseph et Kenneth, ses deux amis africains.

L’arrivée dans le quartier de Judith, une femme blanche, et de sa fille métisse, Naomi, va bouleverser le petit univers de Sépha et aussi celui du quartier. Mais Sépha sait très bien quelle est sa place en ce monde. Son regard sur la relation qu’il entretient avec Judith et Naomi est tout à fait lucide.

Que disait toujours mon père, déjà ? Qu’un oiseau coincé entre deux branches se fait mordre les ailes. Père, j’aimerais ajouter mon propre adage à ta liste : un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Cela fait assez longtemps que je vis ainsi, en suspension. p. 281

 

Sépha fait partie de ces êtres blessés sur qui la vie glisse, de ces êtres à l’existence anonyme mais dont le regard sur le monde est ô combien juste et plein de sagesse. Pris entre l’Éthiopie, son pays d’origine dans lequel vivent encore sa mère et son frère mais où il ne retournera sans doute jamais, et les États-Unis où les pauvres et les noirs subissent désillusions sur désillusions, Sépha se sent seul. Ses quelques amis, sa petite boutique et les livres lui permettent de trouver un peu de bonheur au quotidien mais l’exil restera toujours une souffrance pour lui.

Un beau roman plein de poésie et réflexions très intéressantes sur l’Afrique, les États-Unis et l’exil.

Merci à   pour l’envoi de ce livre.

MENGESTU, Dinaw, Les belles choses que porte le ciel, Le livre de poche, 2009.

« Le collier de paille » de Khadi Hane

Cadre dans une ONG et femme indépendante, la narratrice de ce roman  a tout pour être heureuse : un mari monogame qu’elle a choisi et qu’elle aime dans une société polygame où les femmes se voient parfois imposer un époux qu’elles ne connaissent même pas, un travail qui lui plaît, de l’argent,  une maison. Bref, elle vit presque comme une occidentale alors qu’elle habite au Sénégal, à Dakar, et que beaucoup de ses concitoyens aimeraient sans doute avoir une vie aussi moderne que la sienne.

Son existence bascule le jour où elle est envoyée en mission dans un petit village de campagne pour mettre au point un projet de construction de dispensaire. Là-bas, elle tombe folle amoureuse d’un homme qu’elle rencontre par hasard alors qu’il est en train de travailler dans un champ et qu’elle se promène. La force et la musculature de ce villageois prénommé Diogoye l’impressionne.

Consciente qu’elle commet quelque chose de mal, elle ne peut s’empêcher de tromper son mari -un homme pourtant parfait- alors que  quelques années plus tôt elle faisait la morale au mari de sa meilleure amie qui avait fait la même chose…

De retour à Dakar, elle ne peut plus manger ni travailler et toute sa famille s’inquiète. Son mari, Karim, ne comprend rien à ce qui se passe. Elle passe ses journées dans son lit, incapable de penser à autre chose qu’à sa passion pour Diogoye…

Le collier de paille est un roman sur l’adultère et la passion amoureuse mais aussi et surtout sur le tiraillement entre tradition et modernité dans un pays où les carcans familiaux, religieux et sociétaux sont encore nombreux. Le mariage, le divorce, les relations familiales, la polygamie sont des thèmes qui font encore débat et, même quand on décide résolument d’être une femme indépendante, comme la narratrice, on ne peut complètement s’affranchir du contexte dans lequel on vit… La preuve : elle a choisi son mari mais n’a pas pu organiser son mariage ni y participer, elle a refusé la polygamie mais c’est elle qui a trompé celui qu’elle pensait aimer avec un homme qui a déjà deux femmes… Pas toujours simple, la vie !

Merci à BOB et à Pocket pour l’envoi de ce livre.

HANE, Khadi, Le collier de paille, Pocket, 2009.

Un bel album sur l’excision

C’est totalement par hasard que je suis tombée sur Maïmouna qui avala ses cris plus vite que sa salive à la médiathèque. L’auteur, Yves Pinguilly -une référence en littérature de jeunesse- et le prénom de l’héroïne, Maïmouna -une de mes copines de sport-étude s’appelait comme ça– m’ont attirée. Et le hasard fait parfois bien les choses !

Ce très joli album traite d’un sujet sérieux et grave : l’excision pratiquée sur les petites filles africaines. Les métaphores permettent d’aborder le sujet sans risquer de choquer les plus jeunes mais le discours est clair et explique bien que les corbeaux -les vieilles qui pratiquent l’excision- volent aux fleurs -les petites filles- leur enfance et leur innocence et les font souffrir inutilement. Les garçons, en revanche, sont un peu plus tranquilles…

Les illustrations de Caroline Palayer sont magnifiques et donnent tout sons sens au texte d’Yves Pinguilly et de N’naplé Coulibaly. C’est d’ailleurs l’histoire personnelle de cette dernière qui a été la source d’inspiration de cet album que j’ai lu deux fois de suite tellement j’ai aimé.

A recommander à partir de 8-10 ans en raison  du sujet abordé. C’est un livre qui a aussi toute sa place dans un CDI de collège.

Le site d’Yves Pinguilly et un entretien sur le site de Citrouille où l’auteur parle de l’Afrique.

PINGUILLY, Yves, COULIBALY, N’naplé, PALAYER, Caroline, Maïmouna qui avala ses cris plus vite que sa salive, Vents d’ailleurs, 2007.

Africa Trek : le DVD

Il y a un an et demi, je lisais le premier puis le deuxième tome d’Africa Trek. J’en garde un souvenir formidable ! Je pestais de ne pas pouvoir voir les émissions tv car je n’avais pas la satellite -et je ne l’ai toujours pas d’ailleurs car je refuse de payer pour une ou deux chaines que je vais regarder de temps en temps. Et il n’y a pas très longtemps, je suis tombée sur le DVD en promo pour cause de liquidation : j’ai littéralement sauté dessus !!! Non, non, je ne suis pas folle, juste admirative devant Sonia et Alexandre Poussin qui ont traversé l’Afrique à pied, du Cap de Bonne Espérance au lac Tibériade en Israël, pendant trois ans et trois mois.

Je ne vais pas faire un nouveau compte-rendu de ce périple : si ça vous intéresse, vous pouvez aller faire un petit tour sur les deux liens proposés plus haut. En tous cas, je n’ai pas été déçue, le DVD est un bon complément du livre. Un peu moins intimiste sans doute, mais on y découvre plein de choses sur les peuples africains, leurs coutumes, leur histoire, etc.

Le seul problème avec ce genre de film, c’est que ça donne envie de partir tout de suite en voyage…

« Le prince bégayant » de François Place

Quelque part dans un pays d’Afrique, on fête une naissance royale en répandant du lait partout et en chantant : un jeune prince vient de voir le jour. Le prince grandit. Il est beau, fort et plein de talents. Mais « Parfois on préfèrerait ne pas être né
                          Ou alors seulement
                                      Pour se laisser vivre

                                    Juste manger boire dormir
                                    Sous les étoiles
                                     Comme un animal
                                     Ne pas rendre compte
                                     Ni aux dieux ni aux hommes
                                                             Etre simplement
                                                            Sans avant ni après
                                                            Une respiration un souffle
                                                      Et puis disparaître

                                                          Sans laisser d’autres traces

                                                            Qu’un pas sur l’herbe
                                                            Aussitôt effacé »

Si le jeune prince préfèrerait ne pas être né, c’est parce que son bégaiement le rend fou de colère. C’est un redoutable guerrier, fort et courageux, qui remporte de nombreuses victoires, mais dès qu’il prend la parole
                                                  « Il perd en un instant
                                                                 Les effets de la gloire
                                                                 Et de la majesté »

Heureusement, un jour, au moment de donner la mort à un ennemi, le jeune prince se rend compte qu’il est en train de perdre toute humanité. Il décide alors de s’exiler et découvre un monde où les mots ne sont pas indispensables pour communiquer : celui des animaux et de la nature.

                                                                  « Le bonheur est ici
                                                                                    Loin du fracas des armes
                                                                                    Le bonheur est ici
                                                                                    Loin des regards fuyants
                                                                                    Et des sourires serviles »

                                             

Le prince bégayant est une belle histoire, pleine de sagesse, d’humanité et de poésie, qui s’inscrit dans la tradition des récits initiatiques. Les illustrations sont magnifiques et pleines de vie : en les regardant, on se retrouve directement en Afrique ! J’ai beaucoup aimé l’écriture en vers et la « morale » de ce conte mais je ne vous en dis pas plus… A vous de le lire et d’en retenir ce qui vous parle !

PLACE François, Le prince bégayant, Gallimard jeunesse, 2006.

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