Louis parmi les spectres – Fanny Britt et Isabelle Arsenault

Louis est suffisamment grand pour comprendre que si son père pleure aussi souvent, c’est à cause de l’alcool. Une maladie lourde de conséquences pour le malade comme pour son entourage. Une maladie qui détruit tout, à petit feu. A tel point qu’avec sa mère et son frère, ils ont quitté la maison familiale, à la campagne, pour « la cabane dans l’arbre », un appartement avec vue sur l’autoroute. Sur le balcon, accompagné de son copain Boris, Louis espionne les voitures de police fantômes et discute de Billie.

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En finir avec Eddy Bellegueule – Édouard Louis – Lu par Philippe Calvario

En finir avec Eddy Bellegueule a fait couler beaucoup d’encre l’année dernière, au moment de sa sortie. Tellement même que je n’avais plus envie de le lire. L’impression d’en savoir déjà beaucoup trop sur le livre. Et puis, sans doute, la peur de ce que je pourrais ressentir.

Il y a d’un côté ceux qui adorent et se retrouvent de près ou de loin dans ce transfuge de classe. Et de l’autre ceux qui détestent, se sentent mal à l’aise face à ce récit autobiographique ou pensent que l’image du milieu social dont il est question ici est caricaturale. Cette version audio m’a très vite permis de comprendre que je ferai plutôt partie de la première catégorie.

Édouard Louis raconte dans ce roman son enfance dans la campagne picarde. Très jeune, il comprend qu’il est différent des autres et fait tout pour ressembler aux garçons de son milieu. Ses parents, eux, n’acceptent pas ses manières efféminées et ses goûts différents. Les mots qu’ils prononcent à son égard sont aussi violents que des gifles ou des coups. Misère, alcoolisme, racisme puis, au collège, harcèlement en raison de son homosexualité, font partie du quotidien d’Eddy Bellegueule. Certaines scènes sont d’une violence effroyable, tant sur le plan physique que psychologique.

Le milieu décrit par Édouard Louis, je l’ai côtoyé de loin pendant mon enfance dans la campagne normande. J’en perçois encore aujourd’hui quelques signes chez certains de mes élèves. Et je sais à quel point ce qu’il raconte est vrai, à quel point ce monde est difficilement compréhensible. Les mots  sont souvent vains. Le fossé qui nous sépare infranchissable.

On a comparé Édouard Louis à Annie Ernaux. Si la seconde a nettement ma préférence, je ne peux qu’être admirative devant ces écrivains qui n’hésitent pas à se mettre à nu et à essayer de comprendre leur milieu et leur parcours.

J’ai beaucoup aimé le texte, le lecteur de la version audio m’a nettement moins convaincue par contre. Contrairement à Enna, Sylire et Sandrine, je trouve que certaines intonations sont forcées et que la lecture manque de naturel. Reconnaissons tout de même que la tâche était rude pour Philippe Calvario. Passer du langage populaire à un langage plus classique aussi fréquement n’est pas chose aisée.

Je pense que j’aurai beaucoup de mal à classer ce titre par rapport aux autres de la sélection du prix audiolib 2015. C’est un livre à part, inclassable. Il est impossible pour moi d’avoir un coup de coeur en raison du sujet. En revanche, je pense qu’il est important de le lire et de le faire lire.

LOUIS, Édouard, CALVARIO, Philippe, En finir avec Eddy Bellegueule, Audiolib, 2014.

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