L’ours qui jouait du piano – David Litchfield

Un matin, un ours découvre un objet étrange au milieu de la forêt. Intrigué, il s’approche et pose sa patte dessus. Un bruit terrifiant en sort. L’ours s’en va mais revient les jours suivants, piqué par la curiosité.

Au fils des saisons, seul au milieu de la forêt, il apprivoise le piano et produit de jolis sons. Les autres ours viennent l’écouter, chaque soir de plus en plus nombreux.

Un jour, un papa et sa fille découvre par hasard l’ours virtuose et lui propose de venir donner des concerts en ville. C’est une nouvelle vie qui démarre. L’ours rencontre un grand succès. Il fait la Une des journaux et obtient des récompenses prestigieuses mais ses amis et la forêt finissent par lui manquer.

L’ours doit alors prendre une nouvelle décision importante.

L’ours qui jouait du piano est le premier album du britannique David Litchfield. Que de talent ! Les illustrations au cadre large sont époustouflantes de beauté. A l’image du texte, elles regorgent de tendresse et de poésie.

L’ours, qui vit pleinement sa passion pour un instrument qu’il découvre par hasard, est un personnage attachant. A deux reprises, il doit prendre des décisions importantes mais n’oublie jamais l’essentiel : être heureux et vivre en accord avec lui même.

Un bel album sur l’importance d’aller jusqu’au bout de ses rêves et sur la force de l’amitié.

LITCHFIELD, David, L’ours qui jouait du piano, Belin Jeunesse, 2016.

Le coeur en braille – Pascal Ruter

Voir de nouvelles acquisitions comme Le coeur en braille rester sur les rayons du CDI sans trouver de lecteur me chagrine toujours. Dans ce cas, une seule solution, lire le livre en question et en faire la promotion auprés des élèves. C’est dur la vie de professeur documentaliste 😉 !

L’année scolaire commence à peine et déjà Victor rencontre des difficultés. Les équations de math sont du chinois et, malgré les efforts qu’il fait et les bonnes résolutions qu’il a prises pour cette nouvelle année, il n’arrive pas à faire ses exercices. Son père lui a offert Les trois mousquetaires mais malheureusement il ne comprend pas grand chose à ce roman. Tout ce qu’il entreprend pour être meilleur en classe semble voué à l’échec.

Victor, qui vit seul avec son père, est désespéré. Luckie Luke, le CPE, l’a a l’oeil depuis l’année précédente car il a fait pas mal de bêtises. Les seuls moments de bonheur pour l’adolescent sont les moments passés en compagnie d’Haïçam, son meilleur copain, les répétitions de musique avec son groupe et les discussions avec son père autour de la mécanique des Panhard (pour ceux qui, comme moi, sont incultes en matière automobiles, ce sont de vieilles voitures).

La vie de Victor bascule le jour où l’intelligente Marie-José entre dans sa vie en plein contrôle de math.

Le coeur en braille est un roman jeunesse comme je les aime : drôle, intelligent et plein d’émotions. Pascal Ruter dépeint à merveille ce qui peut se passer dans la tête d’un ado mal dans sa peau et prisonnier de son rôle de cancre. Victor devient un autre dès lors que sa camarade s’intéresse à lui et l’aide à progresser.

Mais le texte ne se réduit pas à cela. Le titre du livre prend tout son sens dans la deuxième partie. Sans en dévoiler trop, je peux dire que le mot « braille » n’a pas été choisi au hasard et que la question de la cécité est abordée avec beaucoup de tact et de délicatesse.

Un roman jeunesse sur la force de l’amitié et de l’amour à découvrir à partir de la sixième pour les bons lecteur et un peu plus tard pour les autres.

RUTER, Pascal, Le coeur en braille, Didier Jeunesse, 2012.

Danser les ombres – Laurent Gaudé

Lucine habite à Jacmel, en Haïti. Célibataire, elle tient une échoppe dans la rue Veuve. Elle s’ocuppe aussi de son neveu et sa nièce, Georges et Alcine, avec sa soeur aînée.La vie est dure. La mère des enfants court les hommes et ne s’est jamais vraiment occupée d’eux. Elle décède dès le début du roman, emportée par ses démons.

Lucine part alors à Port-au-Prince pour annoncer le décès au père de Georges et lui demander de l’argent. Elle se rend rapidement compte qu’elle ne quittera plus cette ville dans laquelle elle se sent si bien. Thérèse s’occupera des enfants. Elle ne veut plus se sacrifier pour les autres. Elle veut enfin penser à elle.

Saul vit à Port-au-Prince. Enfant illégitime, il a été malmené par la vie et a du mal à se trouver, à faire ses propres choix. Médecin raté, il vit dans l’ombre de la famille de son père. Il se rend régulièrement dans une ancienne maison close pour se réunir avec un groupe d’amis. Là, il joue aux dominos, discute et refait le monde. La vie est presque agréable.

Autour de ces deux personnages principaux, gravitent tout une galerie de personnages secondaires. Matrak, l’ancien tortionnaire devenu chauffeur de Taxi. Le vieux Tess qui tient la maison Fessou. Le facteur Sénèque qui retarde parfois la distribution du courrier pour apporter les bonnes nouvelles au bon moment. Ti Sourire l’infirmière. Ou encore Lily, venue vivre les dernières heures de sa vie en Haïti contre l’avis de sa mère.

Le jour où la terre se met à trembler, elle avale tout. La ville s’écroule tel un château de cartes. Les survivants sont anéantis. Qui est vivant ? Qui est mort ? On ne le sait même plus. Les esprits et les ombres sont omniprésents et se mêlent à la vie.

Roman choral, Danser les ombres propose une galerie de personnages dont l’instinct de vie est plus fort que tout. Ils dégagent cette force incroyable qui fait qu’on est parfois capable de déplacer des montagnes pour affronter le pire.

Cette atmosphère envoûtante dans laquelle l’amitié, l’amour, la haine, la vie et la mort se côtoient colle à la peau. Une large place est accordée à la culture locale : les démons, les monstres, les vaudoux font partie de la vie. Il faut donc accepter de se laisser emporter par cette histoire qui prend parfois des allures un peu surnaturelles.

Laurent Gaudé rend ici un magnifique hommage à Haïti et à ses habitants. On referme le livre en se disant que, si la vie est bien triste et cruelle, elle est aussi plus forte que tout.

GAUDÉ, Laurent, Danser les ombres, Actes Sud, 2015.

1, 2, 3 soleil ! – Gaëtan Dorémus

Le crocodile en a assez des contes de fées et des histoires. Il voudrait vivre des vraies aventures plutôt que de regarder les autres les vivre dans les livres.

L’ours a une vie bien rangée et très routinière. Il passe ses journées devant un écran d’ordinateur et mange des sandwichs tous les midis. Il aimerait que cela change.

Le cochon est un doux rêveur et il voudrait bien partir ailleurs pour de vrai.

Les trois animaux, tous différents mais tous insatisfaits de leur quotidien, se retrouvent par hasard au bord de l’eau devant un bateau à vendre. C’est le début d’une grande aventure qui va changer leur vie.

1, 2, 3, Soleil ! est un petit album au format carré destiné aux jeunes enfants. Le texte est court et les illustrations très expressives. Les petits lecteurs se reconnaîtront sans doute derrière le crocodile, l’ours ou le cochon. Ou peut être derrière les trois d’ailleurs. Ne sont-il tous pas à la fois aventuriers, routiniers et rêveurs ?

L’originalité de ce livre réside dans les illustrations colorées de Gaëtan Dorémus qui sortent de ce que l’on a l’habitude de voir et dans la poésie qui se dégage de l’histoire. C’est une belle invitation au voyage, à l’amitié et à la solidarité.

DOREMUS, Gaëtan, 1, 2, 3, Soleil !, Autrement jeunesse, 2015.

Si j’étais un rêve – Charlotte Bousquet

Lina vit en Bulgarie, à Sofia. Nour, elle, habite en Seine-Saint-Denis. Pendant toute l’année scolaire, elles doivent correspondre par lettres, c’est ce que leurs professeurs de français ont décidé. A l’heure d’Internet, écrire des courriers est plutôt surprenant. En tous cas, c’est ce que pense Nour. Elle est loin d’imaginer que c’est le début d’une longue histoire d’amitié.

Nour est une écorchée vive. Elle voudrait se tatouer la peau ou se scarifier pour dompter son corps et lui donner une apparence qu’elle a choisie. Ses lettres laissent transparaître son mal être. Lina essaie de la comprendre et de l’aider mais Nour se referme très vite. Elle est assez solitaire et se met volontairement à l’écart par rapport aux autres élèves de sa classe.

Lina est fille de diplomate. Elle a une vie facile par rapport à la majorité des bulgares mais cela ne l’empêche pas de s’intéresser à ce qui se passe autour d’elle. Elle est révoltée par la misère et la corruption qui règnent à Sofia. Quand les manifestations éclatent dans la capitale bulgare, elle descend dans la rue avec ses camarades malgré les risques. Ses lettres témoignent de son engagement. Nour, dans ses réponses, tente de la soutenir.

Les sujets traités dans Si j’étais un rêve sont intéressants : l’amitié, l’identité, la révolte adolescente. Pourtant, je n’ai pas réussi à m’intéresser vraiment à ce roman épistolaire et j’ai bien du mal à expliquer pourquoi. Je n’ai ressenti aucune empathie pour les deux personnages et je n’ai pas été touchée par le secret dévoilé dans les toutes dernières pages. Peut être parce que ce n’était pas le bon moment pour le lire, tout simplement. Si vous l’avez lu, n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. J’ai hâte d’avoir les avis d’autres lecteurs.

L’avis de Canel.

BOUSQUET, Charlotte, Si j’étais un rêve, Flammarion, 2015.

Mon oiseau… – Christian Demilly et Marlène Astrié

Un oiseau, un enfant et une belle histoire d’amitié : c’est ce que nous propose cet album publié chez Grasset Jeunesse.

L’oiseau est différent de l’enfant. Parfois il est triste mais le plus souvent, il est heureux. Il chante. Il vit sa propre vie. L’enfant, lui, aime cet oiseau qui est aussi son ami. Il lui vient en aide quand c’est nécessaire, le respecte, le comprend et se réjouit de sa liberté. En effet, aimer quelqu’un c’est le laisse libre

D’emblée, cet oiseau rouge aus yeux expressifs sur la première de couverture attire l’oeil. Ma fille a d’ailleurs finit par lui faire des bisous tant elle a aimé cette histoire. Quand je lui ai expliqué que cet album était un cadeau qu’on m’avait fait, elle a voulu que je le lui donne. Si elle commence à me piquer mes livres à 5 ans, qu’est-ce que ça va être dans quelques années !

Mon oiseau… est un album plein de douceur et de tendresse porteur d’un joli message sur l’amitié. Je l’ai lu aussi comme la relation entre un parent et son enfant : notre enfant est notre enfant mais il n’est pas vraiment à nous, il est avant tout à lui et vivra la vie qu’il souhaite. 

Merci Noukette de m’avoir permis de découvrir ce livre ! Tu as raison, c’est la plus belle des déclarations.

DEMILLY, Christian, ASTRIE, Marlène, Mon oiseau…, Grasset Jeunesse, 2014.

Les mémoires d’Adalbert – Angela Nanetti

Adalbert, 11 ans, avait une arrière grand-mère qui s’appellait Ada. Son grand-père, lui, se prénommait Albert. Son prénom a donc été choisi en l’honneur de ses deux ancêtres.

Le jeune garçon vit entouré de ses parents, de sa grand-mère et de ses tantes. Tout ce joli monde a trop souvent tendance à s’inquiéter pour lui et à le couver. D’ailleurs, Adalbert commence à en avoir marre et aimerait bien vivre sa vie. Il commence par décider d’aller à l’école publique alors qu’il a passé toute sa scolarité chez les bonnes soeurs. C’est le drame dans la famille : à l’école publique, on ne travaille pas bien et les enfants ne sont pas très fréquentables. Aldabert, déterminé, finit par convaincre ses parents et surtout sa mère. Il arrive aussi à obtenir l’autorisation de faire du foot et à inviter des copains pour son anniversaire.

Les Mémoires d’Adalbert raconte le passage de l’enfance à la pré-adolescence. Le besoin d’indépendance par rapport à la famille, l’importance des copains, les premières questions par rapport à la sexualité, ces thématiques parleront aux enfants en fin de primaire ou début de collège. Adalbert est un petit garçon courageux qui essaie de grandir et de gagner petit à petit en indépendance. Malheureusement, certains passages sont un peu caricaturaux, notamment ceux où ses parents sont effrayés à l’idée qu’il fasse du foot ou aille à l’école publique. Dans l’ensemble, ce roman est tout de même agréable à lire

NANETTI, Angela, Les Mémoires d’Adalbert, La joie de lire, 2013.

Gipsy – Marie-France Chevron et Mathilde Magnan

Faire d’une pie, cet oiseau à la réputation peu glamour, une héroïne d’album jeunesse, il fallait oser et Marie-France Chevron l’a fait avec brio !

Gipsy est un oiseau tombé du nid et recueilli par Manu, un petit garçon qui vit dans une roulotte. Avec son père, sa mère, sa soeur Luna, deux juments et un chien, Manu parcourt le monde et la pie le suit.  Elle se fait des amis de passage, découvre la neige ou la délicieuse saveur de la pastèque, profite des soirées douillettes dans la roulotte.

Éprise de liberté, Gipsy préfère voyager et rencontrer du monde plutôt que de rester avec ses semblables. Mais ce qui lui est le plus précieux au monde, c’est la relation d’amitié qui la lie à Manu.

« Pourtant, je n’emporte rien avec moi que mes rêves et mes souvenirs. Je me nourris de ce que je trouve sur le chemin. Je me nourris aussi de la liberté d’aller et venir où bon me semble. On n’a pas besoin de plus pour vivre bien.« 

Tendre, poétique, cet album est une vraie réussite. A peine terminé, on a envie de le relire une deuxième fois pour mieux profiter des mots et des illustrations. C’est donc avec beaucoup de bonheur que l’on retrouve le duo Marie-France Chevron / Mathilde Magnan qui nous avait déjà proposé un livre d’une grande qualité l’année dernière avec Le Héron et l’Escargot.

On sent l’influence d’Antoine Guillopé derrière certaines illustrations de Mathilde Magnan. Les oiseaux sont particulièrement réussis et les couleurs peu habituelles mais agréables et douces. Les visages des personnages sont souvent flous, comme pour mettre en avant leur rôle secondaire dans cette histoire.

Quant à Marie-France Chevron, son texte est magnifique. Elle possède un indéniable talent de conteuse.

L’ensemble offre un bel hommage au voyage, à la vie et à la liberté. A découvrir absolument.

CHEVRON, Marie-France, MAGNAN, Mathilde, Gipsy, Éditions Courtes et Longues, 2014.

Sur la route de Blue Earth – Joseph Monninger

Hattie et Dolorès s’ennuient ferme dans la petite ville du New Hamsphire dans laquelle elles habitent. Toutes les deux passionnées de chevaux, elles travaillent dans un ranch. Quand elles apprennent que Speed, le cheval préféré d’Hattie, va être euthanasié car il est trop vieux, les deux jeunes filles décident de s’enfuir avec lui.

A bord d’un vieux pick up, elles prennent la direction des grandes plaines de l’Ouest. Là bas, elles souhaitent trouver un endroit où Speed sera heureux au milieu des autres chevaux. L’animal a passé sa vie dans des centres équestres à tourner en rond dans des manèges, un enfant sur le dos. Hattie aimerait bien qu’une fois dans sa vie, il se sente libre.

Le sauvetage de Speed est également un prétexte pour fuir une vie compliquée. Dolorès a des relations très difficiles avec sa mère qui l’a jetée dehors depuis qu’elle a un nouvel homme dans sa vie. Ce road trip est l’occasion pour les deux amies de prendre du recul sur leur vie, de grandir et de prendre des décisions importantes.

Sur la route de Blues Earth est un roman jeunesse bien écrit et agréable à lire. C’est aussi une belle histoire d’amitié qui plaira aux amoureux des chevaux et aux ados qui se cherchent et ont soif de liberté. La première partie du voyage est malheureusement un peu longue. A partir, du moment où Hattie et Dolorès font des rencontres, le roman devient plus intéressant. Dommage que ces rencontres n’aient pas été exploitées plus tôt. L’emsemble est tout de même très bon et je ne manquerai pas de conseiller ce livre à mes élèves.

MONNINGER, Joseph, Sur la route de Blue Earth, Flammarion, 2014.

Western girl – Anne Percin

Élise est passionnée de chevaux, de western et de musique country. Vous ne serez donc pas étonné si je vous dis qu’elle ne connaît aucun adolescent de son âge qui, dans son coin de Bretagne, partage sa passion. Un jour, elle tombe sur une brochure publicitaire pour une colonie de vacances dans un ranch du Middle West. Le hic, c’est le prix ! Mais ses parents lui font un joli cadeau et son rêve se réalise.

Élise s’envole donc avec une bande d’ados direction le Dakota du Sud. Là-bas, elle découvre un univers qui la passionne mais se trouve aussi confrontée à des snobinards et des pestes qu’elle déteste et qui le lui rendent bien. Coups bas, mesquineries et méchanceté règnent. Mais Élise n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds et ne supporte pas l’injustice.

C’est un personnage attachant qui ne manque pas d’humour. Les adolescentes s’identifieront sans peine à elle, qu’elles aiment l’équitation ou non. Durant ce séjour en colo, la jeune fille gagne en maturité et se montre profondément humaine. Elle rencontre aussi l’amour et ça, c’est pas forcément plus simple que de devoir faire face aux « Con Fédérés » de son groupe !

Pour faire plaisir à notre jeune demoiselle, voici une de ses chansons préférées :

PERCIN, Anne, Western girl, Éditions du Rouergue, 2013.

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