« Sarah et le lieutenant français » de John Fowles

Angleterre, 1867. Sarah Woodruff est considérée comme folle par les habitants de Lyme. On dit qu’elle a été abandonnée par son amant, un lieutenant français, et qu’elle ne s’en est jamais remise… Charles Smithon apprend qui est cette jeune femme, croisée par hasard un jour en bord de mer, de la bouche de sa fiancée, Ernestina Freeman. Charles est intrigué. Sa curiosité le pousse à chercher à en savoir plus sur cette jeune femme énigmatique. Il la rencontre plusieurs fois et Sarah sollicite son aide. Pas facile de garder ses distances dans ces conditions, d’autant qu’Ernestina n’est absolument pas au courant de la situation… Charles joue avec le feu et semble courir tout droit à sa perte…

Sarah et le lieutenant français, un pavé entamé il y a trois semaines et dont je suis enfin venue à bout. Je vous rassure tout de suite, j’ai lu deux ou trois livres entre deux mais j’ai  tout de même eu du mal à m’enfiler les 670 pages. Je ne suis plus habituée à lire des textes aussi longs… Ceci dit, c’est une lecture qui vaut vraiment le coup !

Sarah et le lieutenant français  a été publié en 1969 mais l’auteur fait preuve d’une telle connaissance de l’époque victorienne qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’un livre écrit à la fin du XIXème siècle. Les remarques sur la société de l’époque sont nombreuses et variées : mariage, convenances, religion, classes sociales, darwinisme, etc.

John Fowles intervient à plusieurs reprises dans le roman en s’adressant directement au lecteur et en lui proposant un réflexion sur le travail de l’écrivain ou sur l’évolution de ses personnages. Ainsi, il écrit trois fins. Au lecteur de garder celle qui lui convient même si la dernière est souvent considérée comme « la vraie, » l’auteur le sait…

Seul petit bémol de ce beau roman : les digressions sont nombreuses et m’ont tout de suite fait penser à certains romans français du XIXème. Des vieux souvenirs du bac ou de la fac de lettres ont ressurgi… C’est vrai que depuis que j’ai terminé mes études, je n’ai pas dû ouvrir beaucoup de classiques…

Après une lecture aussi dense -difficile à apprécier sans une solide culture littéraire- j’ai envie de quelque chose de plus léger, sans digressions à rallonge sur les fossiles ou que sais-je encore !

Fowles, John, Sarah et le lieutenant français, Points.

« Les larmes de Tarzan » de Katarina Mazetti

Son vrai nom, c’est Mariana, et son surnom, c’est Tarzan. Elle vit seule avec ses deux enfants depuis que son mari schizophrène est parti sans laisser d’adresse. Son boulot de prof d’arts plastiques à mi-temps ne lui permet pas de rouler sur l’or et le moins qu’on puisse dire, c’est que les fins de moi sont très difficiles. Mais Tarzan est une femme bien qui a envie de voir grandir ses mômes et qui  fait tout pour les rendre heureux.

Lui, c’est Janne. Il est bourré de fric, fréquente des gens bien comme il faut et roule dans une superbe Lamborghini. Un jour, par hasard, il rencontre Tarzan puis, ses mômes qui -comme tous les mômes- enchaînent bêtises sur bêtises. Elle ne ressemble en rien aux femmes bon chic bon genre avec qui il sort habituellement. Pourtant, il tombe amoureux d’elle au point de ne pas pouvoir l’oublier. Car c’est bien là le problème, Tarzan ne veut pas de Janne…

 

Cette formidable histoire d’amour entre deux êtres que tout oppose m’a tenue en halène pendant quelques heures. Deux jours de suite, je me suis couchée tard car je voulais connaître la fin ! J’ai beaucoup aimé les remarques acerbes et pleines de lucidité que Tarzan fait à Janne, des remarques qui montrent combien il est difficile de se comprendre quand on ne vit pas dans le même milieu social. Parfois, j’ai eu aussi envie de mettre des claques à Tarzan, de lui dire d’oublier toutes les difficultés de la femme qui assume tout toute seule et à peur de se faire avoir, de la convaincre de se laisser aller car finalement, ce Janne a l’air d’être un type bien…

Un livre doudou (concept inventé par Clarabel, repris par Keisha et maintenant par moi) à lire pour se remonter le moral, pour se changer les idées ou pour toute autre raison mais un livre à lire absolument -si on aime ce genre d’histoire, bien entendu !

MAZETTI, Katarina, Les larmes de Tarzan, Gaïa, 2007.

« Je ne sais plus pourquoi je t’aime » de Gabrielle Zevin

Naomi Porter devient amnésique suite à une chute dans l’escalier du lycée. Elle ne se souvient absolument plus des quatre dernières années de sa vie. Pourquoi refusait-elle de voir sa mère ? Pourquoi aimait-elle Ace et trainait-elle avec toute cette bande de gars et de filles tous aussi superficiels les uns que les autres ? Pourquoi prenait-elle du plaisir à être co-rédactrice en chef de l’album du lycée ? Pourquoi ne s’entendait-elle pas avec la nouvelle copine de son père ? En plus, de toutes ces questions auxquelles elle veut trouver des réponses, Naomi doit affronter le regard des autres et s’accrocher pour suivre en cours. Pas facile de se construire dans ces conditions… Heureusement, son père et surtout son meilleur ami, Will, sont là pour la soutenir.

De l’herbe grasse, une jolie jeune fille allongée, les yeux fermés, en train d’écouter de la musique, du rose tape à l’œil : cette couverture m’a tout de suite attirée ! Et le roman a été à la hauteur de mes espérances. Il ne s’agit pas d’un énième livre sur l’amnésie, ou d’une histoire de plus sur les amours torturés d’une adolescente mais d’un beau roman sur la recherche de soi-même et la construction de la personnalité à un âge ou les choses ne sont jamais simples. 

Cuné, Clarabel, Amanda l’ont lu aussi.

ZEVIN, Gabrielle, Je ne sais plus pourquoi je t’aime, Albin Michel, 2009.

« Le temps des miracles » d’Anne-Laure Bondoux

Quatrième de couverture :

« Lorsque les douaniers m’ont
trouvé, tapi au fond d’un camion à la frontière française, j’avais
douze ans et j’étais seul. Je n’arrêtais pas de répéter « jemapèlblèzfortunéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurvérité « .

Je
ne savais pas que mon passeport était trafiqué, et en dehors de ces
quelques mots, je ne parlais que le russe. Je ne pouvais pas expliquer
comment j’étais venu du Caucase jusqu’ici, dans le pays des droits de
l’homme et de Charles Baudelaire.

Surtout, j’avais perdu Gloria. Gloria
Bohème, qui s’était occupée de moi depuis que ma mère avait disparu.
Avec elle, j’avais vécu libre, malgré la guerre, malgré les frontières,
malgré la misère et la peur. Elle me manquait terriblement, mais j’ai
toujours gardé l’espoir de retrouver cette femme au cœur immense, qui
avait le don d’enchanter ma vie.
« 

Comme Blaise-Koumaïl, le héros de ce magnifique roman, j’ai failli « attraper un désespoir ». Pas pour les mêmes raisons, pas parce que j’ai vécu la guerre, pas parce que j’ai connu l’exil, la misère, la faim, la solitude, la peur… mais parce que cette histoire est triste à en mourir. Comment un si jeune garçon peut-il subir autant d’horreur ? Forcément, on pense aux milliers d’autres enfants qui vivent dans des pays en guerre et dont l’histoire est semblable à la sienne…

Et puis, à la fin du roman, j’ai retrouvé l’espoir. Parce que l’amour d’une mère pour son enfant est plus fort que tout, parce qu’une femme est capable de déplacer des montagnes pour celui qu’elle a mis au monde, cette histoire est tragique et belle à la fois. Les dernières pages sont bouleversantes….

Si ce n’est pas déjà fait, je ne peux que vous recommander de lire Le temps des miracles.

Extraits :

« Chacun de nous cohabite avec ses fantômes, je le sais, et il ne faut pas trop les déranger, sous peine de réveiller les chagrins qui labourent la poitrine. » p.112

« Il faut bien inventer des histoires pour que la vie soit supportable, pas vrai ? » p.107

Lael, Clarabel, Lucie, BelleSahi, Gawou, Sylvie, Stephie et Leiloona l’ont lu aussi.

BONDOUX, Anne-Laure, Le temps des miracles, Bayard jeunesse.

Premier abandon depuis très longtemps…

Comme beaucoup de blogueurs, j’ai reçu récemment ce livre. Merci les Presses de la Cité et Chez les filles !

Quatrième de couverture :

« Milanaise
    romantique, Emma décide de changer radicalement de vie en ouvrant une librairie de quartier baptisée Rêves&Sortilèges.

Le
charme et l’originalité de sa boutique résident dans sa spécialité :
les livres consacrés à l’amour. Emma, qui semble s’être résignée au
célibat depuis son divorce, n’a pas son pareil pour dénicher l’ouvrage
qui aidera un client perdu sur la carte du Tendre.
C’est évidemment par
l’intermédiaire d’un livre qu’Emma retrouvera Federico, son grand amour
de jeunesse. Alors qu’ils ne se sont pas vus depuis trente ans, tout se
passe comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Si ce n’est que Federico
vit à présent à New York, où il est architecte, marié et père d’une
adolescente. Malgré tout, Federico et Emma entament une relation
épistolaire, après avoir ouvert chacun une boîte postale dont ils sont
les seuls à connaître l’existence…
Dans ce roman hors normes, Paola
Calvetti rend un vibrant hommage au pouvoir des mots et de la
littérature. A lire pour rêver, les yeux ouverts, à toutes les
possibilités de l’amour. »

 

C’est très rare que j’abandonne un livre, mais hier soir, j’ai laissé tomber au bout de 80 pages. En ce moment, new baby oblige, j’ai beaucoup moins le temps de lire alors j’ai préféré ne pas insister.

Impossible de rentrer dans l’histoire ! L’écriture n’est pas géniale (mais c’est une traduction alors difficile de se faire un avis à ce sujet), les multiples digressions de Federico sur l’architecture m’ont vraiment ennuyée et j’ai trouvé  que les nombreux romans cités par Emma faisaient un peu catalogue. Peut-être que c’est parce que je n’ai même pas lu le tiers de tous ces livres… Et puis, l’histoire d’amour entre les deux quinquagénaires manque d’action à mon goût !

Les billets de Virginie, Brize, Aifelle, Pom’, LaelCuné. Les avis sont très contrastés, à vous de vous faire le votre ! J’espère ne pas avoir découragé ceux qui ne l’ont pas encore lu !

CALVETTI Paola, L’amour est à la lettre A, Presses de la cité, 2009.

« Diaporama » d’Agathe Colombier Hochberg

Quatrième de couverture :

« Quatre hommes et quatre femmes, quatre histoires d’amour à quatre âges
de la vie : Diaporama est une partition jouée par les
membres d’une même famille où les voix se croisent pour révéler huit vérités bien différentes.
Parce qu’il y a autant de versions d’une histoire que d’individus,
parce qu’un homme et une femme ne vivent jamais la même aventure, l’auteur leur donne la parole à tous, afin que chacun
exprime sa propre vision des faits.

Que peut attendre Chloé de
l’amour du haut de ses 15 ans ? Comment sa sœur Marion vit-elle le
naufrage de la relation de leurs parents, Claire et Sébastien
? Sébastien, qui n’éprouve plus de désir pour Claire, doit-il pour
autant renoncer aux émotions ? Quant à Danièle, sa mère, quel serait
son avenir sans Gérard, un second mari aussi exaspérant
qu’indispensable ? Autant de questions pour ces personnages qui
trébuchent, hésitent et se trompent, mais jamais ne renoncent.
« 

Croiser les regards sur des histoires d’amour, connaître les pensées intimes -y compris celle qu’on n’avoue qu’à soi-même- de chacun des partenaires, voilà une idée intéressante. Diaporama montre combien à 15-20 ans, 40 ou encore 60 ans, l’amour est une préoccupation majeure et la vie de couple un long parcours semé d’embuches. On croit tout savoir de l’autre mais bien souvent on ne le comprend pas totalement. Tout simplement parce qu’il y a beaucoup de non-dits, que chacun fait comme il peut et compose avec sa personnalité et son passé qui, immanquablement, rejaillissent dans la vie de tous les jours.

C’est vraiment dommage qu’on ne connaisse pas l’issu de toutes ces vies de couples en souffrance… En laissant le lecteur sans réponse, l’auteur a peut être voulu montrer que les problèmes ne sont jamais totalement résolus et que vivre à deux c’est faire des réajustements permanents.

Les avis opposés de Lilly et de Lucie.

COLOMBIER HOCHBERG, Agathe, Diaporama, Fleuve noir, 2008.

« Haute Fidélité » de Nick Hornby

Rob Flemming, 35 ans, vient de se faire larguer par Laura, sa petite amie.  Elle est partie avec un autre. Et il y a de quoi au regard du comportement qu’il a vis à vis d’elle. Égoïste et d’une mauvaise foi à toute épreuve, Rob décide alors de revenir sur son passé, et en particulier sur ses conquêtes amoureuses, pour voir ce qui cloche et essayer d’en tirer des conclusions. Doutes et questionnements profonds l’envahissent alors.

Côté boulot, Rob tient un magasin de disque peu fréquenté dans un quartier Londres et, avec ses deux employés, il passe son temps à faire des listes (les cinq meilleurs…) et à dénigrer ceux qui ne partagent pas ses goûts musicaux. Son comportement relève plus de celui de l’éternel ado que de l’adulte… Cette séparation lui servira t-elle de leçon ? Pas certain !

Brossé comme ça, le portrait de Rob n’est pas très engageant, je vous l’accorde… Mais je n’arrive pas à le décrire autrement… Je n’ai pas réussi à partager les doutes et les questionnements de ce personnage à me sentir proche de lui, ni même à le comprendre un peu. Je dois dire quand même que l’auteur, Nick Hornby, a  toujours beaucoup d’humour et certains passages sont vraiment hilarants. Les amateurs de musique pop apprécieront sans doute les nombreuses références musicales mais là aussi, je suis passée à côté car je ne suis pas du tout spécialiste du sujet.

Du même auteur, j’avais beaucoup aimé Slam et A propos d’un gamin.

Lire l’avis d’Yspaddaden, beaucoup plus enthousiaste que le mien !

HORNBY, Nick, Haute Fidélité, 10/18.

« Un jour mes princes sont venus » de Jeanne Benameur

Ma récente lecture de Laver les ombres m’a donné envie de découvrir un peu plus Jeanne Benameur. Alors, quand je suis tombée sur Un jour mes princes sont venus, je n’ai pas hésité une seconde !

C’est l’histoire d’une jeune femme qui a perdu son père d’un cancer il y a pas mal de temps déjà. Depuis, elle multiplie les amants mais ne réussit jamais à se sentir bien avec quelqu’un. Toutes ses histoires d’amour sont vouées à l’échec parce qu’elle est torturée par le décès de ce père qui était assez distant et avec lequel elle a toujours eu une relation assez compliquée.

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce roman n’est pas triste. La relation entre la père et la fille est évoquée, mais seulement par petites touches, en creux. De même, pour le décès du papa. Si l’héroïne a du mal à se trouver et à se sentir bien dans sa peau, elle n’en reste pas moins pleine de vie. Les portraits qu’elle fait de ses amants sont souvent drôles et ses ami(e)s tiennent une place importante dans sa vie.

J’ai été beaucoup moins touchée par ce roman que par Laver les ombres, sans doute parce que je me suis sentie beaucoup moins proche du personnage principal. Je l’ai tout de même lu d’une traite et je suis bien décidée à lire d’autres Jeanne Benameur ! Elle a le don, par son écriture, de rendre les personnages sensibles et terriblement humains.

Un petit extrait (dans lequel je me suis reconnue !) :

« Je ne  suis bonne à rien le matin. Il me faut un temps de paix entre la nuit et le jour. Une trêve avant d’aborder le nouveau monde. J’aime prendre mon temps, rêvasser, laisser tiédir mon bol. La voix humaine, c’est pour après. » (p. 48).

Lire l’avis de Gawou.

BENAMEUR, Jeanne, Un jour mes princes sont venus, Denoël, 2001.

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