Jules B : L’histoire d’un Juste – Armelle Modéré

Jules B, cordonnier, semble plus préoccupé par ses problèmes personnels que par la guerre. Les réquisitions allemandes et le retard dans la livraison du cuir l’empêchent de travailler correctement et il noie son chagrin dans l’alcool pour oublier que sa femme est partie avec un baron. C’est d’ailleurs après avoir été viré du bistrot suite à une altercation un peu trop musclée avec le boucher qu’il assiste à un accident de voiture.  Continuer la lecture de « Jules B : L’histoire d’un Juste – Armelle Modéré »

L’enfant cachée – Loïc Dauvillier

Elsa se réveille en pleine nuit et aperçoit de la lumière dans le salon. Sa grand-mère est assise sur le canapé, les larmes aux yeux. La petite fille lui explique que quand elle fait des cauchemars, elle les raconte à sa mère et après, ça va mieux. Dounia décide alors de lui parler de ce qu’elle a vécu, il y a très longtemps, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. C’était pendant la Seconde Guerre mondiale, juste après la défaite de 1940. Dounia est d’origine juive. Je ne vous raconte pas la suite, je pense que vous l’imaginez sans problème…

L’enfant cachée est une bande dessinée destinée aux jeunes lecteurs à partir de la fin de l’école primaire. Le livre aborde la question de l’antisémitisme et de la déportation des juifs avec beaucoup de finesse, sans rentrer dans le détail de tout ce que ce peuple a subi. Le point de vue adopté est celui de la petite fille cachée par ses parents pour être sauvée. On ne peut rester insensible à tout ce qu’elle ressent et d’ailleurs, les larmes me sont montées aux yeux plusieurs fois.

Le jeune lecteur qui ne connaît pas bien la Seconde Guerre mondiale ne manquera pas de se poser des questions sur les raisons de cette histoire. En tant qu’adulte, je regrette tout de même qu’Elsa, la petite fille de Dounia, ne soit qu’un prétexte. Elle n’est présente qu’au début et à la fin du récit. Je n’ai pas aimé non plus la façon dont sont dessinés les personnages. Ils ont tous une tête proportionnellement beaucoup plus grosse que le reste du corps.

Il n’en reste pas moins que L’enfant cachée est un très bon livre pour permettre aux enfants de comprendre une période de l’histoire si difficile, sans pour autant les choquer avec des détails ou des images sordides. 

Edit du 28 mai : voici le commentaire posté par Loïc Dauvillier suite à ce billet. Vous trouverez ma réponse dans les commentaires.

Bonjour,
Je suis Loîc, le scénariste de la bande dessinée.
Merci pour votre lecture et votre note.
Pour Elsa, certes, nous aurions pu lui donner plus d’ampleur dans cette histoire mais ce n’est pas le sujet. Elsa n’est pas un prétexte. Comme bien souvent, les personnes dans la situation de Dounia ont gardé le silence. Elles n’ont pas parlé à leurs enfants. Il a fallu une génération pour pouvoir libérer la parole. Ceci explique l’importance de la place d’Elsa dans cette histoire.
Développer le personnage d’Elsa, ce serait s’intéresser à sa réaction vis à vis de la confidence de sa grand-mère. Ce n’est pas le sujet.
Pour le graphisme… on pourrait croire que l’utilisation des grosses têtes (et donc des petits corps) n’a qu’un sens esthétique. Ce n’est pas le cas. Nous nous adressons à des enfants. Notre intention est de travailler sur l’humain. Par le dessin, nous devons réussir à faire passer les émotions. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. L’enfant doit immédiatement comprendre le sentiment du personnage. En maternelle, on apprend aux enfants à lire sur le visage les émotions… On sait que la position des yeux et de la bouche nous indique clairement ce que ressent la personne en face de nous.
En partant de ce postulat, il nous a semblait évident que le graphisme devait mettre en évidence les yeux et la bouche…. le meilleur moyen est de les mettre bien en évidence par une augmentation de la dimension.
Marc Lizano n’a rien inventé. C’est une technique qui se pratique dans de nombreuses bande dessinée comme peanuts (snoopy).

loïc

DAUVILLIER, Loïc, LIZANO, Marc, SALSEDO, Greg, L’enfant cachée, Le Lombard, 2012.

La Désobéissance d’Andreas Kuppler – Michel Goujon

1936. Andreas Kuppler est journaliste sportif pour un grand quotidien berlinois et n’a plus à faire ses preuves depuis bien longtemps. Son talent est reconnu par tous. Il est considéré comme l’un des meilleurs chroniqueurs de son domaine. Pendant quelques jours, il s’absente de la capitale allemande pour couvrir les jeux olympiques d’hiver de Garmisch-Partenkirchen. Là-bas, il assiste au numéro de démonstration du Troisième Reich qui se sert de ce grand évènement pour faire de la propagande et se montrer sous son meilleur jour.

Mais Andreas n’est pas dupe. Depuis quelques temps déjà, il a du mal à adhérer aux idées du national-socialisme, ce qui n’est pas le cas de sa femme et surtout de sa belle-famille. Les déaccords au sein du couple à ce sujet sont nombreux mais Andreas a tendance à laisser dire sa femme et à cacher une bonne partie de ce qu’il pense. Magdalena a été élevée dans une famille bourgeoise et son père, un ancien militaire membre actif du NSDAP (parti national-socialiste des travailleurs allemands) a toujours une très forte influence sur elle. Il l’a convaincue sans problème de la supériorité de la race aryenne.

Mais que pense vraiment Andreas de tout ce qui se passe en Allemagne ces derniers temps ? Il ne sait plus trop… Quand une jeune juive se fait tabasser, il la défend, il ne peut pas tolérer ça. D’un autre côté, depuis l’arrivée au pouvoir d’Hitler, c’est vrai que son pays va mieux. Au début, il adhérait un peu aux valeurs du national-socialisme. Aujourd’hui, il a des problèmes de conscience car il se rend compte que, s’il ne partage pas le point de vue de beaucoup de ses compatriotes, il ne fait rien non plus pour lutter contre le pouvoir en place et se tait.

A ces divergences d’idées au sein du couple, s’ajoute un problème de stérilité. Mariés depuis plusieurs années, ils n’arrivent pas à avoir d’enfant. Magda est obsédée par cela au point de s’engager uniquement par intérêt personel dans une association nazie qui vient en aide aux femmes enceintes et aux jeunes mères. Elle s’enfonce dans la dépression. Avec Andreas, ils ne se comprennent plus et envisagent de divorcer rapidement.

Parfois, les convictions politiques d’Andreas transparaissent dans ses articles et cela commence à lui causer des problèmes au journal. Ceux qui ne s’engagent pas de manière ostensible dans le nazisme sont très vite considérés comme suspects et opposants au régime. Sa femme saura t-elle le soutenir ? Ils vont devoir faire face tous les deux à leur propre conscience…

La désobéissance d’Andreas Kuppler est un roman passionnant dans lequel un couple lamba se trouve confronté à l’Histoire. Il aborde les thèmes de la conscience politique, du compromis et de la compromission, de la propagande mais aussi de la trahison. L’auteur, Michel Goujon, est journaliste et on sent bien qu’il s’est documenté sur son sujet avant d’écrire.

La première partie, qui raconte le passé récent d’Andreas ainsi que ses rapports avec ses beaux-parents et sa femme est un peu longue à mon goût mais très vite, le livre prend une autre dimension. L’histoire de ce couple n’est en fait qu’un prétexte pour appréhender une période sombre de l’histoire et montrer que, malheureusement, nous n’arriverons jamais à comprendre vraiment comment la dictature a pu arriver à ses fins.

GOUJON, Michel, La Désobéissance d’Andreas Kuppler, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2013.

« Ritournelle de la faim » de JMG Le Clézio

Ethel grandit pendant l’entre-deux guerres, dans une famille bourgeoise originaire de l’île Maurice. Sa meilleure amie, Xénia, qu’elle admire profondément, vit dans un contexte beaucoup plus difficile : son père est mort en prison et sa mère a dû fuir son pays d’origine, la Russie, juste après la Révolution. Depuis, la misère fait partie du quotidien.

Ethel assiste aux premières conversations de son père et de ses invités du dimanche sur Hitler. Au début, elle ne comprend pas tout mais petit à petit, elle se rend compte que les gens qui l’entourent sont égoïstes, profiteurs et orgueilleux.

Quand la jeune fille hérite d’un terrain magnifique, arboré et calme, en plein cœur de Paris où son grand oncle, Monsieur Soliman, rêvait de faire installer un pavillon indien acheté à l’exposition universelle, son père profite du fait qu’elle soit mineure pour lui faire signer un pouvoir. A la place du pavillon, il fait construire un immeuble hideux. Ethel le vit comme une véritable trahison, d’autant plus que son père investit l’argent n’importe comment et entraîne la banqueroute de toute la famille. Quand elle commence à se rendre compte de la situation, elle essaie de prendre les choses en main mais il est déjà trop tard : la guerre arrive.

 

Je suis tombée par hasard sur ce livre en regardant le présentoir des nouveautés à la médiathèque et j’ai profité de l’occasion car je n’ai jamais lu de livre de Monsieur le Prix Nobel de littérature. Je savais à peine de quoi ça parlait et généralement, dans ce cas là, je ne prend pas de risque car j’ai toujours peur de perdre mon temps avec un navet… Mais là, je me suis dit que je ne voulais pas mourir bête !!!!! Et j’ai bien fait car il s’agit d’un magnifique roman sur la grandeur et la décadence de la bourgeoisie. Par certains aspects, il m’a fait penser à Suite française d’Irène Némirovsky. Pour ne rien gâcher au plaisir, JMG Le Clézio écrit très bien : c’est de la grande littérature !

Un extrait :

« De Londres, Laurent Feld lui avait rapporté des disques inconnus en France, Rhapsody in blue de Gershwin, Dimitri Tiomkin, et aussi Dizzy Gillespie, Count Basie, Eddie Condon, Bix Beiderbecke. C’était sans doute la réponse de Laurent aux plaintes récurrentes des invités d’Alexandre sur les nègres et les métèques qui envahissaient la France, qui allait transformer Notre-Dame en synagogue ou en mosquée. » p. 94

Lire l’avis d’Amanda Meyre.

LE CLEZIO, JMG, Ritournelle de la faim, Gallimard, 2008.

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