La guerre des Lulus 2 : 1915 : Hans – Régis Hautière et Hardoc

Les Lulus, c’est Lucien, Lucas, Luigi et Ludwig, quatre gamins qui se retrouvent seuls, à l’arrière des lignes allemandes, pendant la Première Guerre mondiale. Ils sont rejoints dans le premier épisode dont je vous parlais ici par Luce, une autre réfugiée. A la fin de ce premier opus, ils se retrouvent face à Hans, un soldat allemand.

Le second tome débute donc sur la cohabitation entres les Lulus et Hans, devenu leur prisonnier. Les enfants se rendent compte que, contrairement à ce qu’ils pensaient, l’allemand n’est pas leur ennemi. Sans son aide, Luce n’aurait peut être pas survécu au froid et à l’humidité de ce début 1915. La cabane dans laquelle ils vivent prend l’eau et les conditions de vie sont vraiment difficiles. Hans, qui représente la figure paternelle qui leur a toujours manqué, les aide à subvenir à leurs besoins.

Le printemps puis l’été arrivent et la BD prend une tonalité plus légère. Un anniversaire, une baignade dans le lac : les Lulus retrouvent pour un temps un peu de leur insouciance. Hans est là pour leur rappeler qu’il faut faire des provisions pour l’hiver. Ils s’y attellent de bonne grâce, en mangeant de temps en temps un peu plus de confiture que de raison !

Malheureusement, ce second tome se termine mal et n’augure rien de bon pour la suite. Que deviendront les Lulus dans le troisième tome ?

J’ai dévoré cette BD avec le même enthousiasme que la première. Enthousiasme que j’ai d’ailleurs réussi à communiquer puisqu’on se l’arrache désormais autour de moi. Dans ce deuxième tome, le personnage de Hans a une importance capitale. Non seulement parce qu’il aide les Lulus mais aussi et surtout parce qu’il les aide à comprendre que la réalité de la guerre n’est pas si simple qu’ils le pensaient au départ.

Régis Hautière et Hardoc ont vraiment du talent : ils réussissent à parler d’un sujet grave de manière vraiment abordable pour les jeunes lecteurs, sans entrer dans les détails sordides de la guerre ni tomber dans la mièvrerie. Vivement le tome 3 donc !

L’avis de Moka.

HAUTIERE, Régis, HARDOC, La guerre des Lulus 2 : 1915 : Hans, Casterman, 2014.

Quatre soeurs 1 : Enid – Malika Ferdjoukh et Cati Baur

Alors que le deuxième tome de Quatre soeurs vient de sortir il y a quelques semaines, je découvre enfin Enid, le premier.

Les quatre soeurs Verdelaine sont en réalité cinq. Elles ont perdu leurs parents dans un accident de voiture et vivent seules à la Vill’ Hervé, la grande villa familiale qui prend parfois des allures de maison hantée les nuits de tempête. Enid, héroïne éponyme de ce premier tome, est une gourmande. Elle ne sait pas s’arrêter de manger quand il y a du cake aux noix pour le goûter. Hortense, 11 ans, passe son temps à dévorer des livres où à écrire son journal intime. Charlie, l’aînée de la tribu, a 23 ans. « Elle bricole, cuisine, travaille dans un labo, aime Basile, et prend soin de tout le monde » p. 11. Geneviève, 16 ans, s’occupe de l’intendance pour toute la famille. Enfin, Bettina, 14 ans, passe son temps dans la salle de bain ou avec ses copines et aime bien embêter le monde.

Adaptée du roman de Malika Ferdjoukh, cette bande dessinée met en scène la vie bien remplie de la tribu Verdelaine. Les cinq soeurs s’entraident et sont complices, surtout quand c’est pour se moquer de tante Lucrèce, leur tutrice qui ne s’occupe d’elles que pour les enquiquiner. Elles se chamaillent aussi souvent, comme tous les frères et soeurs ou presque. Leurs parents les aident de temps en temps quand elles sont sur le point de faire une bêtise en faisant quelques apparitions sous le forme de fantômes. Les histoires de coeur et d’amitié sont au coeur de leurs préoccupations. Bref, leur vie ressemble à celle de pas mal de jeunes gens de leur âge sauf qu’elles doivent se gérer seules et qu’elles sont encore un peu jeunes pour cela.

Si vous ne l’avez pas encore lue, je vous conseille vivement cette bande dessinée dans laquelle on ne s’ennuie pas un seul instant. Les soeurs Verdelaine sont un peu déjantées mais ne manquent pas d’humour. Les dessins de Cati Baur sont vraiment réussis. J’ai beaucoup aimé le physique des cinq soeurs et notamment les expressions des visages. Son coup de crayon restitue à merveille toutes les aventures qu’elles vivent. Maintenant, je n’ai plus qu’une envie : découvrir le roman.

FERDJOUKH, Malika, BAUR, Cati, Quatre soeurs 1 : Enid, Delcourt, 2011.

Portugal – Cyril Pedrosa

Simon Muchat est auteur de bandes dessinées. Il traverse une longue panne d’inspiration et donne des cours dans des écoles pour gagner un peu sa vie. Une vie à laquelle il a d’ailleurs beaucoup de mal à donner du sens. Il doute de la qualité de son travail et peine à s’engager dans sa vie de couple. Sa copine en a marre de le voir comme ça et ne sait pas trop quoi faire pour qu’il aille mieux.

Invité dans un salon de BD au Portugal, Simon se sent bien dans le pays de ses ancêtres. Il y retrouve le parfum de l’enfance et s’intéresse à sa famille alors qu’il ne l’avait jamais fait jusque là. Petit à petit, il commence à se (re)construire et à aller de l’avant.

J’ai entendu parler de Portugal de nombreuses fois et comme j’ai envie de retourner dans ce pays que j’ai découvert il y a un an et demi, cette bande dessinée était une bonne occasion ! On y retrouve les rues en pente, les nombreux escaliers, le linge qui pend aux fenêtres, le soleil, la chaleur et la simplicité des habitants, la sonorité de leur langue, etc. Le dessin et les couleurs restituent à merveille l’ambiance du pays.

Le personnage de Simon est intéressant. En pleine quête d’identité, il se pose de nombreuses questions, trouve quelques réponses et évolue au fil des pages. Il observe ceux qui l’entourent sans porter de jugement et se laisse porter par le Portugal et ses habitants.

Vous l’aurez compris, j’ai été conquise par ce livre et je vous le conseille vivement !

PEDROSA, Cyril, Portugal, Dupuis, 2011.

Les ignorants – Étienne Davodeau

L’auteur de bande dessinée Étienne Davodeau et le vigneron Bernard Leroy sont amis mais ne connaissent finalement pas grand chose au sujet de leurs métiers respectifs. Par contre, ils sont tous les deux curieux et aiment échanger. L’auteur de Lulu femme nue, inculte en matière de vin, prospoe donc à son ami de venir travailler avec lui pendant un an. En échange, Bernard Leroy devra s’initier à l’univers de la bande dessinée. C’est une décision importante car elle entraîne de nombreuses contraintes mais le vigneron accepte de se lancer dans l’aventure.

Étienne Davodeau se retrouve donc dans le vigne à tailler les pieds, piocher les ronces à la main, vendanger ou encore s’initier à la biodynamie -méthode sans engrais chimiques ni produits de synthèse, qui prend en compte les rythmes lunaires et qui préconise l’utilisation de préparations diluées à base animale ou végétale- . Il s’intéresse également à la vinification et fait de nombreuses dégustations. Les rencontres avec d’autres vignerons sont l’occasion d’échanges fructueux sur les raisons qui poussent à choisir ce métier, les méthodes de travail, la terre, etc. Étienne Davodeau découvre un univers de travailleurs acharnés désireux de partager leur passion.

Richerd Leroy, lui, se familiarise petit à petit avec les grands titres et les grands auteurs de la bande dessinée. Ses questions semblent naïves mais soulèvent en fait des aspects vraiment intéressants de la littérature. Il se rend compte que cet univers est riche et varié et que les auteurs sont des raconteurs d’histoire avant d’être des dessinateurs. Il suit Étienne Davodeau chez l’imprimeur, l’éditeur ou dans les salons de Saint-Malo et de Bastia. Il rencontre aussi certains de ses amis auteurs de bandes dessinées et leur pose des questions, échange sur leur métier, etc.

Les ignorants est pour moi un véritable coup de coeur. On apprend des choses sur la vigne et le vin mais on découvre aussi le point de vue d’Étienne Davodeau sur certains de ses confrères et sur son métier. Une véritable sensibilité et des valeurs importantes se dégagent de cet album. Le respect, la curiosité d’esprit, l’amour du travail bien fait, l’importance du dialogue et de l’échange, tout cela tient une place importante.

Le dessin en noir et blanc est vraiment formidable. On se croirait presque dans la vigne à observer les pieds et les raisins ou à table autour d’un bon verre de vin à discuter oenolgie ou littérature en compagnie de l’auteur et du vigneron.

En refermant cet album, j’ai eu l’impression de connaître un peu Étienne Davodeau et Richard Leroy alors qu’ils sont pourtant pour moi des inconnus. Et puis je crois que la bilbiographie qui se trouve en fin d’ouvrage va me servir pour découvrir un peu plus les grands titres et les grands auteurs de la bande dessinée. Pendant très longtemps, je ne me suis pas intéressée à ce genre littéraire et plus ça va, plus je me dis que je rate quelque chose…

Les avis de Sylire, d’Aifelle et de Mango ou vous trouverez d’autres liens.

DAVODEAU, Étienne, Les ignorants : Récit d’une initiation croisée, Futuropolis, 2011.

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