TMLP – Gilles Rochier

 Début des années 1970, dans un cité comme beaucoup d’autres. Des barres d’immeubles, des terrains vagues et des jeunes qui n’ont pas grand chose à faire. « Nous à la base on n’est pas des méchants ni des dangereux… tout juste des branleurs des fumistes disaient nos profs, mais pas des mômes méchants. » Les traditionnelles parties de foot et l’échange de compilations de musique sur K7, quelques bêtises parfois, permettent de tuer le temps et de se changer les idées.

Car vous vous en doutez bien, la vie n’est pas toujours rose à la cité. Il y a les autres devant lesquels il faut jouer un rôle pour ne pas se laisser marcher sur les pieds, les grands qu’il vaut mieux éviter car ils ont tendance à prendre les plus petits pour des souffre douleur, le pervers qui se cache dans la foêt, etc.

L’équilibre est fragile. Il ne faut pas grand chose pour tout faire basculer. Une simple insulte fondée ou non, TMLP -Ta Mère La Pute- par exemple, et tout peut dérailler.

Si Lunch ne m’avait pas offert cet album dans le cadre du dernier loto BD, je crois que je ne l’aurais sans doute jamais lu. Le dessin est peu attrayant, les personnages vraiment moches et les couleurs -principalement un dégradé de marron- tristes. Le titre, un brin provocateur, m’a en revanche intriguée.

Au final, je ne regrette absolument pas cette découverte. TMLP est un album poignant dans lequel les conséquences de ces adolescences tourmentées sont suggérées avec beaucoup de finesse. L’auteur, Gilles Rochier, sait de quoi il parle puisqu’il est lui même originaire d’une banlieue et ça se sent dans sa façon d’aorder le sujet. Si je n’ai pas aimé la façon dont les personnages sont dessinés, les barres d’immeubles, la cité et les terrains vagues sont en revanche trés réussis. Quand au fond, on ne peut pas y rester insensible, à moins d’être un monstre d’égoisme.

Une BD à découvrir donc !

ROCHIER, Gilles, TMPLP : Ta mère la pute, 6 Pieds Sous Terre éditions, 2011.

La journée de la jupe

 

Depuis 2009, année de sa sortie au cinéma et en DVD, j’ai entendu parler de La journée de la jupe de nombreuses fois. J’avais envie de le voir et pourtant, je viens tout juste de le découvrir. Comme vous pouvez le constater, je suis toujours l’actualité cinématographique de très près !

Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, c’est l’histoire de Sonia Bergerac -Isabbelle Adjani- une jeune prof qui enseigne le français dans une banlieue difficile. Son mari vient de la quiiter, ses élèves ont d’autres préoccupations que l’école, elles est sans cesse chahutée et elle n’arrive pas à prendre le dessus. Alors qu’elle tente de faire un cours sur le théâtre, elle surprend un élève avec une arme dans son sac. Elle veut la récupérer, un coup part, Sonia Bergerac est à bout de nerfs, elle pête un plomb et se sert de l’arme pour prendre ses élèves en otage.

Raconté comme ça, ça ne donne peut être pas trés envie. Vous en avez peut être un peu marre de ces films où il est question de profs, d’élèves difficiles, de banlieue, etc. Mais La journée de la jupe vaut vraiment le coup d’être vu. A travers cette prise d’otage, c’est le combat d’une jeune femme pour le respect de la laicité et de l’égalité entre les hommes et les femmes qui est raconté. Les filles qui ne peuvent pas s’habiller comme elles veulent par peur d’être considérées comme des putes, les plus faibles qui se font marcher dessus par les plus forts, la peur, le chantage, la manipulation : tout cela est inadmissible à l’école comme en dehors.

Bien entendu, c’est parfois un peu caricatural, notamment au niveau de la réaction des collègues d’Isabelle Bergerac, de la gestion de la prise d’otage par les flics ou encore de l’attitude de la ministre qui se rend sur les lieux. Mais Isabelle Adjani, et surtout les élèves, sont formidables. Et puis, le message est important, trés important.

La journée de la jupe, un film de Jean-Paul Lilienfeld.

« Chroniques de l’asphalte » de Samuel Benchetrit

Ecrivain, acteur, réalisateur et metteur en scène, Samuel Benchetrit consacre ce premier tome des Chroniques de l’asphalte à son enfance en banlieue dans les années 1970-1980. L’ascenseur est son fil conducteur. A chaque étage ou presque, il s’arrête pour nous raconter un peu de la vie des habitants et un peu de la sienne aussi. De Monsieur Stern qui refuse  de  participer au financement du nouvel l’ascenseur sous prétexte qu’il habite au premier  étage et ne l’utilise quasiment jamais (mais va se trouver bien embêté le jour où il se voit obliger de se déplacer en fauteuil roulant…), à l’arrivée des correspondants italiens dans plusieurs familles de la cité, en passant par le glandage au pied de l’immeuble avec les copains, ce sont des tranches de vie bien réelles que l’auteur nous fait partager.

On rit beaucoup même si parfois certains évènements tournent au tragique. Quoiqu’il arrive la vie continue… sans doute parce qu’il n’y a pas d’autre choix… Le langage est oral, l’argot a tout à fait sa place et certaines chroniques m’ont fait penser aux premières chansons de Renaud : « Dans mon H.L.M », « Viens chez moi j’habite chez une copine », « La chanson du loubard », « Laisse béton » ou encore « Les aventures de Gérard Lambert ».

C’est authentique, très loin des récits moralisateurs et caricaturaux sur la banlieue. Bref, ce livre est un vrai régal et j’ai hâte de lire la suite !

Lire l’avis de Yue yin et d’Yspaddaden.

BENCHETRIT, Samuel, Chroniques de l’asphalte 1/5, Pocket, 2007.

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