Chaque soir à onze heures – Camille Benyamina et Eddy Simon d’après le roman de Malika Ferdjoukh

Chaque soir à onze heures, c’est d’abord le titre d’un roman de Malika Ferdjoukh découvert il y a un peu plus de deux ans et dont je garde un excellent souvenir. C’est aussi un livre que je conseille souvent à mes élèves et à propos duquel une petite sixième m’a dit récemment : « il est génial Madame ! ». Alors, bien entendu, quand j’ai su qu’une adaptation en bande dessinée venait de sortir, j’ai eu envie de la découvrir.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé le personnage de Willa, cette adolescente amoureuse de Iago qui rencontre Edern Fils-Alberne lors de la soirée d’anniversaire de l’excentrique Fran.

Edern a perdu ses parents et habite avec son frère et sa soeur dans une maison bourgeoise qui semble appartenir à une autre époque. Le mystère plane autour de cette famille au comportement parfois étrange. En acceptant de jouer de la musique avec Marni, la benjamine, Willa ne se doute pas que des indices vont lui donner la puce à l’oreille et qu’elle va avoir envie d’en savoir plus sur ce qui se passe dans cette maison.

Iago, lui, est de plus en plus distant et refuse carrément de voir Willa pendant plusieurs jours sous prétexte qu’il est malade. Ceci n’est pas du tout du goût de la jeune fille qui compte bien demander des explications.

Le scénariste Eddy Simon a su adapter avec brio les passages clés du roman même si, bien entendu, il a dû faire des choix. La relation entre Willa et Iago, par exemple, est moins développée. Outre les personnages principaux et leurs caractères bien marqués, on retrouve l’atmosphère à la fois étrange et fantaisiste qui fait la saveur du récit de Malika Ferdjoukh. L’humour aussi est au rendez-vous comme dans ce passage qui m’a fait éclater de rire : « Doucement sur les macarons. C’est juste du sucre et du blanc d’oeuf. Pas de l’amour ».

Si les dessins de Camille Benyamina paraissent sombres au premier abord, je les ai finalement trouvés très réussis. La silhouette de Willa, la personnalité de Fran qui ressort à travers son attitude et sa tenue vestimentaire, les expressions des visages, cette magnifique première de couverture, c’est un travail remarquable que nous offre la dessinatrice.

A la fin de la bande dessinée, un petit cahier graphique permet de découvrir la progression de son travail, du crayonné jusqu’à la dernière mise en couleur. J’ai trouvé cela trés intéressant.

Une BD à découvrir absolument !

BENYAMINA, Camille, SIMON, Eddy, Chaque soir à onze heures, Casterman, 2015.

Aliénor Mandragore : Merlin est mort, vive Merlin ! – Séverine Gauthier et Thomas Labourot

Aliénor, la fille du célèbre druide Merlin, suit les enseignements de son père dans la forêt de Brocéliande. Les exposés détaillés sur les champignons ne la passionnent pas comme le montre la première planche de cette sympathique BD jeunesse. Commencer un ouvrage pour jeunes lecteurs par des informations mycologiques aussi poussées, il faut oser !

Heureusement, la découverte d’une mandragore interrompt le monologue de Merlin. Celui-ci meurt terrassé par le cri de la racine de la plante. Il ne compte cependant pas en rester là puisqu’il réapparaît immédiatement sous la forme d’un fantôme et refuse d’être mort. Il demande à Aliénor de suivre les enseignements de le fée Morgane qui est pourtant son ennemie jurée. La jeune fille trouvera peut être dans les livres de la bibliothèque de Morgane le moyen de faire ressusciter son père.

La scénariste Séverine Gauthier se sert habillement des personnages bien connus de la légende arthurienne pour inventer une histoire originale, dynamique et pleine d’humour malgré la thématique de la mort présente de la première à la dernière page. Outre les personnages cités ci-dessus, on retrouve le jeune chevalier Lancelot et Viviane, la Dame du lac. L’ankou fait également son apparition à plusieurs reprises.

Les dessins de Thomas Labourot fourmillent de détails et les personnages sont très expressifs. J’ai beaucoup aimé les couleurs vives et l’impression de peps qui se dégage de l’ensemble.

Cette bande dessinée est à glisser sous le pied du sapin pour les jeunes lecteur friands d’aventure et de merveilleux. Ils ne seront pas déçus !

GAUTHIER, Séverine, LABOUROT, Thomas, Aliénor Mandragore : Merlin est mort, vive Merlin !, Rue de Sèvres, 2015.

Le vieil homme et la mer – Thierry murat, d’après le roman d’Ernest Hemingway

Est-il nécessaire de présenter Le vieil homme et la mer, célèbre roman -ou nouvelle diront certains- d’Ernest Hemingway ? Cette oeuvre est tellement connue que même ceux qui ne l’ont pas lue savent de quoi il est question. L’adaptation en bande dessinée de Thierry Murat me semble assez fidèle au texte d’origine mais je dois avouer que je l’ai lu il y a tellement longtemps que mes souvenirs sont imprécis.

Santiago est un vieux cubain maigre et sec qui pêche pour survivre. Cela fait des jours et des jours qu’il n’a pas pris un seul poisson, à tel point que les parents du petit garçon qui travaillait avec lui l’ont fait embaucher sur un équipage plus grand et surtout, qui rapporte mieux.

Un jour, alors qu’il est seul en mer sur sa petite barque, Santiago ferre un poisson. Depuis l’aube, il pressentait que quelque chose allait se passer. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, il lutte jusqu’à l’épuisement pour arracher la vie à celui dont la geule est accrochée à l’hameçon. Si dans un premier temps, Santiago semble sortir victorieux du combat, des prédateurs auxquels il n’avait pas pensé rendent sa lutte complètement vaine.

Thierry Murat, grâce à des dessins sobres et épurés aux tons tons ocres ou bleus, restitue bien le rythme lent, la solitude de Santiago, le calme et l’immensité de la mer, la lumière du jour et la noirceur de la nuit ainsi que l’acharnement dans la lutte. La sobriété des dessins laisse une grande place au texte et à son interprétation.

L’épilogue donne d’ailleurs la clé du récit d’Hemingway : Le vieil homme et la mer n’est pas un histoire mais la vie elle-même. Quant à Santiago, c’est vous, c’est moi, c’est l’être humain en général, incroyablement seul et luttant au quotidien. Une oeuvre intemporelle donc que Thierry Murat a su faire vivre ou revivre avec brio en mettant en adéquation le fond et la forme de manière remarquable.

MURAT, Thierry, Le vieil homme et la mer, Futuropolis, 2014.

Vivre à en mourir – Jeanne Pucho et Laurent Galandon

Marcel Rayman, juif polonais vivant en France, voit les siens arrêtés arbitrairement et ne supporte pas les injustices commises vis à vis de son peuple pendant l’occupation allemande. Il commence par déchirer des affiches ou distribuer des tracts puis rejoint les FTP-MOI, un groupe de résistants constitué de communistes étrangers. Aux côtés de Missak Manouchian et d’autres hommes, il prend les armes et combat l’armée allemande dans la clandestinité. 

Le 21 février 1944, Rayman est fusillé avec 21 membres du groupe Manouchian. Il figure sur la fameuse Affiche rouge placardée dans Paris par le régime de Vichy et les allemands. C’est d’ailleurs la reproduction d’une partie de cette afiiche de propagande que l’on retrouve sur la première de couverture.

Vivre à en mourir est une bande dessinée tout à fait fidèle à la réalité historique. Laurent Galandon a travaillé avec Elise Cousens/Frydman, la cousine de Marcel Rayman, pour écrire le scénario.

Le lecteur découvre  la vie de Rayman à partir de 1941, année pendant laquelle son père est raflé en même temps que d’autres habitants de leur immeuble. Cet évènement entraîne un engagement plus fort de Marcel Rayman avec plusieurs attentats commis de 1942 à 1944.

Les dessins de Jeanne Puchol sont très réalistes et vont dans le sens du documentaire. Des affiches d’époque sont d’ailleurs reproduites de manière remarquable.

Si le scénario est intéressant, je trouve que les personnages manquent de profondeur psychologique. Les sentiments de Rayman tout comme ceux de sa mère, de son frère ou de ses compagnons résistants mériteraient d’être plus fouillés. La BD prendrait alors une autre dimension. Elle reste cependant trés intéressante, notamment pour les personnes qui ne connaissent pas le rôle de Rayman et du groupe Manouchian pendant le Seconde Guerre mondiale.

PUCHOL, Jeanne, GALANDON, Laurent, Vivre à en mourir, Le lombard, 2014.

Le chateau des étoiles 2 -Alex Alice

J’ai découvert le premier opus du Château des étoiles il y a presque un an et je n’ai pas pu résister à l’appel du second tome !

L’album commence par le départ de l’éthernef vers l’espace. A son bord se trouvent le Roi, Séraphin dont la mère était une pionnère dans l’exploration de l’éther céleste, ses amis Hans et Sophie ainsi que son père qui pilote les opérations. A terre, le chambellan est hors de lui.

L’objectif est de monter jusqu’à 13 000 mètres pour atteindre l’éther, de rester une heure sur place puis de redescendre. Enfin, ça c’est ce que souhaite le père de Séraphin mais les expéditions scientifiques ne se déroulent pas toujours comme prévu et celle-ci en est une fois de plus la preuve.

Une avarie oblige les chevaliers de l’éther à se poser dans un endroit imprévu. Les péripéties s’enchaînent et l’album prend une tournure beaucoup plus scientifique que dans le premier volume. Le père de Séraphin, seul véritable maître à bord, tente de résoudre les problèmes les uns après les autres. Il est assisté par son fils, qui aimerait bien profiter de l’expédition pour en savoir plus sur la disparition de sa mère, et aussi par Sophie. Hans est beaucoup plus en retrait. Quant au roi, on ne le voit pas souvent -il semble aspirer à autre chose- mais il est bel et bien là dans les passages clés.

Je regrette un peu le huit-clos et la nature nettement plus scientifique de ce volume. J’avais apprécié le contexte historique et tout ce qui touchait aux relations humaines dans le tome 1. Cette fois-ci, j’ai moins adhéré au scénario.

Cependant, cet opus vaut le détour. La mise en page destructurée des cases est toujours présente et les dessins toujours aussi magnifiques. On s’attarde sur de nombreuses pages les yeux émerveillés par tous les détails et les couleurs pastels si douces et si agréables.

L’avis de Leiloona.

ALICE, Alex, Le chateau des étoiles : 1869 : La conquête de l’espace, Seconde Partie, Rue de Sèvres, 2015.

Ulysse : Les chants du retour – Jean Harambat

Un rapide coup d’oeil sur le présentoir des nouveautés de la médiathèque et j’emprunte ce livre sans même le feuilleter. L’iliade et L’Odyssée d’Homère font partie du programme de français de sixième et je suis toujours à la recherche de nouvelles ressources sympas pour mes élèves. Cette fois-ci, c’est une mauvaise pioche pour eux mais pas pour moi ! En effet, cette adaptation en bande dessinée des poèmes homériques, destinée aux adultes, est une vraie pépite.

Ulysse, roi d’Ithaque, permet aux siens de gagner la guerre que se livrent les Achéens et les habitants de Troie depuis des années et des années grâce à la ruse désormais célèbre du cheval de Troie. De nombreux obstacles rendent son retour à Ithaque long et éprouvant. Sa femme Pénélope et son fils Télémaque désespèrent de le voir revenir un jour. Ce n’est qu’au bout de dix ans qu’il met enfin le pied sur l’île. C’est à partir de ce moment là que commence la bande dessinée de Jean Harambat.

Très fidèle au texte d’origine, elle permet au lecteur de découvrir un Ulysse qui ne reconnaît plus son île. Vieilli et déguisé en mendiant, les siens ne le reconnaissent pas non plus. Le roi d’Ithaque va donc devoir encore une fois surmonter des obstacles avant de retrouver sa place.

Les dessins à l’aquarelle sont fidèles à la dimenson épique du texte et aux émotions du héros. Le style est dépouillé. Les couleurs sombres, les visages anguleux, les regards durs montrent à quel point le retour est difficile pour Ulysse. La nature est agréablement mise en valeur, calme, apaisante.

L’oeuvre de Jean Harambat est passionnante mais son originalité réside dans les passages qui laissent la parole à des spécialistes d’Homère, des penseurs ou de simples anonymes. Ces pauses dans le récit permettent de prendre du recul sur l’oeuvre, de la replacer dans le contexte et de mieux comprendre sa portée universelle. On referme le livre grandi et avec l’envie de se plonger dans le texte intégral !

HARAMBAT, Jean, Ulysse : Les chants du retour, Actes Sud BD, 2015.

Greffier – Joann Sfar

Le dessinateur de bandes dessinées Joann Sfar a assisté en 2007 au procès intenté à Charlie Hebdo suite à la publication des caricatures de Mahomet. Greffier est le compte-rendu des débats qui ont eu lieu pendant ce procès. Plus qu’un plaidoyer pour la liberté de la presse, ce livre permet de comprendre tous les enjeux qui se cachent derrière le procès.

Joann Sfar revient sur les raisons de la publication des caricatures dans la presse danoise puis française. Il rappelle également que les plaignants (la mosquée de Paris, l’UOIF et la ligue islamique mondiale) ont attaqué uniquement Charlie Hebdo alors que ce n’est pas le seul journal à avoir publié les dessins.

Les propos de Philippe Val, de l’avocat Richard Malka, d’Elisabeth Badinter et des autres appelés à la barre montrent que si le tribunal donne raison aux plaignants, le résultat de ce procès aura des conséquences graves pour les musulmans non extrémistes et pour la liberté partout dans le monde.

Lire ce livre quelques mois après les attentats de janvier dernier contre Charlie Hebdo lui donne bien entendu une résonance toute particulière. Les mots me manquent pour décrire ce que l’on peut ressentir. Comment combattre l’islamisme radical ? Quelle issue à ce combat ? Combien de morts pour que la lumière émerge enfin des ténèbres ?

La dernière partie de Greffier est consacrée aux chroniques publiées dans l’hedomadaire satirique par Joann Sfar deux ans avant le procès. Je les ai trouvées beaucoup moins intéressantes et j’ai même fini par abandonner le livre. Par contre, le compte-rendu des débats qui se sont déroulés pendant les procès est passionnant. L’écrit prend tellement de place -dommage d’ailleurs que le dessinateur ait une écriture si compliquées à lire- qu’on en oublie presque les dessins.

C’est une lecture exigeante mais indispensable pour qui s’intéresse aux enjeux et à l’avenir de notre monde.

SFAR, Joann, Greffier, Delcourt, 2007.

Anne Frank au pays du manga

C’est un type de lecture nouveau pour moi dont je vous parle aujourd’hui. Anne Frank au pays du manga est une bande dessinée documentaire interactive que j’ai découverte grâce à la chronique numérique d’Erica sur La mare aux mots. Mais qu’est-ce qu’une bande dessinée documentaire interactive ? Comme son nom l’indique, c’est une BD mais qui a la particularité d’apporter des informations au lecteur à l’aide de textes, de dessins, de son et de vidéos. Anne Frank au pays du manga propose une mine d’informations passionnantes !

Depuis sa première publication en 1952, le Journal d’Anne Frank est le plus lu et le plus étudié des livres étrangers au Japon. Pourtant, les japonais ne connaissent pas ou peu l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et ne peuvent pas faire le lien avec la Shoah puisque, bien souvent, ils ne savent même pas ce que c’est. Il faut dire qu’au Japon, l’enseignement de l’histoire ne ressemble pas au notre. Les élèves apprennent une succession de dates et remplissent des QCM lors des évaluations.

Comme vous le savez certainement, c’est le pays du manga et il en existe sur tous les sujets. Ainsi, il n’est pas rare pour les habitants de découvrir le Journal d’Anne Frank à travers ce type de publication. Personnellement, j’ai été assez étonnée par les quelques planches de celui sur Hitler. Le visage du Fuhrer défiguré par la colère ressemble à celui du méchant typique du manga. Les japonais semblent penser qu’il vaut mieux découvrir l’histoire ainsi que ne pas la connaître. Certes… mais cela me laisse tout de même perplexe !

Anne Frank au pays du manga permet de confronter la vision de l’histoire des occidentaux à celle des japonnais. Au pays du soleil levant, on ne considère pas les responsables des crimes contre l’humanité comme chez nous. L’extrême droite tient une place importante et n’hésite pas à remettre en question certains faits historiques quand cela l’arrange. Pour autant, nous ne sommes pas exempts de reproches. Comme le fait remarquer un des personnages à l’auteur, connaissons nous Sadako Sasaki, petite fille décédée d’une leucémie suite au bombardement d’Hiroshima ?

La conception de cette bande dessinée documentaire interactive est parfaitement réussie. Au fil des cases, on découvre de temps à autre une petit signe + derrière lequel se trouvent des diaporamas, des interviews, etc. J’ai appris énormément de choses sur le Japon et cela m’a permis de réfléchir à notre façon d’enseigner en France. Même si les programmes en changent pas dans le bon sens et que les exigences baissent, je crois que nous avons de la chance de permettre à nos élèves de réfléchir.

Si mon billet vous a convaincu, vous pouvez découvrir Anne Frank au pays du manga pour PC ici ou le télécharger sur AppStore ou Google Play. Comme c’est gratuit, vous n’avez aucune excuse pour ne pas le faire !

LEWKOWICZ, Alain, BOURGEAU, Vincent, POTT, Samuel, SAINSAUVE, Marc, Anne Frank au pays du manga, Arte France, Subreal productions, 2012.

Cet été là – Jillian et Mariko Tamaki

Awago Beach. C’est la destination de vacances des Wallace depuis X années. Chaque été, Rose y retrouve Windy, son amie de vacances. Elles se connaissent depuis qu’elles ont quatre ou cinq ans. Windy est plus jeune que Rose d’un an et demi. Elle a une silhouette un peu potelée et encore enfantine tandis que Rose, 13 ans, est déjà entrée dans la pré adolescence. Ensemble, elles se promènent à vélo, profitent du bord de mer et louent des films d’horreur qu’elles regardent quand les adultes ont le dos tourné.

Windy et surtout Rose quittent peu à peu le monde de l’enfance. Elles observent les relations entre garçons et filles d’une bande de jeunes plus âgés. Rose découvre aussi le monde compliqué des adultes. Ses parents on essayé d’avoir un deuxième enfant et n’y sont pas arrivés. Depuis, ils ne s’entendent plus. Sa mère est replié sur elle-même et ne profite pas des vacances.

Cet été là est une bande dessinée agréable à lire dans laquelle règne un parfum de nostalgie. Celle de l’enfance, de l’innocence et des vacances. Windy et Rose vivent éloignées de la complexité du monde des adultes mais s’en rapprochent petit à petit. Enfin surtout Rose. Son regard n’est plus tout à fait celui d’une enfant. Elle s’intéresse aux garçons alors que Windy pense plus à jouer. On sent qu’elle est vraiment à un âge charnière, celui où on fait la grande devant les copains mais où on joue aussi à la poupée Barbie quand la porte de la chambre est refermée.

Si j’ai moins adhéré au graphisme, le scénario, lui, m’a convaincue. Derrière l’apparente légèreté, des sujets importants sont abordés avec naturel et justesse. Le rire se mêle aux larmes. Le bonheur aux petits ou grands malheurs. La vie quoi !

TAMAKI, Jillian, TAMAKI, Mariko, Cet été là, Rue de Sèvres, 2014.

Un océan d’amour – Lupano et Panaccione

La Bretagne. La mer. Les bateaux. La pêche. Un homme allume se lampe de chevet, chausse ses grosses lunettes à hublots et s’étire dans sa maison décorée selon la mode traditionnelle (croix au dessus du lit, grosse armoire, lit en bois imposant, etc.). Sa femme, une bigoudène, est déjà dans la cuisine en train de préparer le petit-déjeuner. Au menu, une galette garnie de bacon, de gruyère et d’un oeuf. Et du café bien entendu. Muni de son panier repas, l’homme part en mer pour une journée de pêche. On imagine que toutes les journées se déroulent ainsi depuis des années et des années.

Aujourd’hui, l’homme croise malheureusement la route du Goldfish, un énorme bateau qui l’accroche dans ses filets sans s’en apercevoir.

La bigoudène attend son mari au port. La nuit tombe et elle ne le voit pas revenir mais elle est persuadée qu’il est encore en vie. Le lecteur suit tour à tour les aventures de l’homme et les réactions de sa femme. Elle qui semblait en avoir marre de faire à manger pour son mari et de ramasser ses vêtements sales par terre laisse transparaître à travers son attitude tout l’amour et la tendresse qu’elle éprouve pour lui.

Une précision importante, cette bande dessinée est totalement muette. Mais nul besoin de mots pour exprimer les sentiments. Le lecteur comprend très bien que malgré les années, ce couple qui parait si mal assorti -elle est aussi grande et corpulente qu’il est petit et gringalet- est toujours amoureux. La bigoudène semble avoir une sacré personnalité. En tous cas, elle n’a pas les deux pieds dans le même sabot.

Avec Lupano au scénario et Panaccione au dessin, Un océan d’amour est une véritable réussite. L’humour côtoie la réflexion de la première à la dernière page. Parmi les sujets abordés, il y a la vie de couple vous vous en doutez mais aussi le respect de l’environnement, la pêche industrielle et la pêche artisanale, les apparences parfois trompeuses, etc.

C’est une véritable BD d’aventure que nous proposent les deux auteurs. On voyage même de la Bretagne à Cuba ! Les rebondissements sont nombreux et on ne s’ennuie pas un seul instant. Une vraie réussite.

LUPANO, Wilfrid, Panaccione, Grégory, Un océan d’amour, Delcourt, 2014.

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