Les équinoxes – Pedrosa

Chaque être humain a en lui une part d’ombre et une autre de lumière. Les doutes, les incertitudes sont inhérents à la vie et trouver l’équilibre n’est pas simple.

Les personnages des équinoxes ne font pas exception. Complètement différents les uns des autres, ils se cherchent tous. La vie, le parcours de chacun d’entre eux sont l’ocasion d’autant de digressions. On découvre alors des monologue intérieurs, des moments de doute, de désarroi ou de désespoir.

De la douceur et de l’humanité se dégagent cependant de l’ensemble. Les équinoxes n’est pas une bande dessinée sombre. Au contraire, c’est un subtil équilibre entre le jour et la nuit que nous propose Cyril Pedrosa.

Du point de vue graphique, c’est une vraie réussite. J’ai retrouvé le trait que j’avais déjà apprécié dans Portugal. Le dessin ne suffisant pas toujours, quelques pages d’écriture pure viennent compléter le propos.

Véritable roman graphique de plus de 300 pages, Les équinoxes se déguste. Il est même nécessaire d’y revenir plusieurs fois pour tout saisir car l’enchevêtrement des tranches de vie fait que l’on s’y perd un peu à la première lecture et le propos est multiple.

C’est un vrai régal de découvrir tous ces personnages dont certains sont particulièrement attachants. Le temps qui passe, les désillusions, l’amour, l’amitié, l’engagement :  les sujets traités sont nombreux. Comment alors ne pas se retrouver dans ce merveilleux récit choral introspectif ?

PEDROSA, Cyril, Les équinoxes, Dupuis, 2015.

Magasin Général tome 7 à 9 – Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

C’est avec regret que j’ai refermé le neuvième et dernier tome de la série Magasin Général. On m’avait prévenu, une fois commencé, il est difficile de lâcher les habitants de Notre-Dame-des-Lacs. La vie, dans ce petit village du Québec, est on ne peut plus banale mais un souffle d’émancipation et une envie de liberté viennent troubler la routine quotidienne en cette première moitié du vingtième siècle.

Les hommes et les femmes sont attachants, à l’image de Marie, l’heroïne de cette bande dessinée. Les personnages secondaires sont nombreux et permettent de mettre en scène une galerie de personnalités et de comportements intéressante et variée.

Si vous voulez découvrir les tomes 1 à 3 et 4 à 6, il suffit de suivre les liens. Si vous avez l’intention de lire la série, passez les lignes qui suivent pour aller directement au dernier paragraphe. Sinon, votre plaisir risque d’être gâché…

Depuis que Marie est rentrée au village, c’est la fête à Notre-Dame-Des-Lacs. Ces dames se font coudre de jolies robes et tout le monde danse le charleston au Magasin Général certains soirs. L’ambiance est au beau fixe et Marie s’affirme de plus en plus. Elle ne se laisse plus marcher sur les pieds et l’avis des autres lui importe peu.

Elle tombe sous le charme des frères Latulippe qui se sont lavés et ont coupé leur barbe pour lui plaire. Ce n’est qu’une fois leur départ en fôret pour la saison d’hiver qu’elle se rend compte qu’elle est enceinte. Elle ne sait pas qui est le géniteur de son enfant mais décide que Serge sera la père.

Après une longue période de mal-être et d’hésitations, le curé décide lui aussi de s’émanciper. Il ne dira plus la messe qu’une fois par mois. Cela arrange certains mais les Dames Gladu sont outrées. Tant pis pour elle, Réjean préfère aider Noël à fabriquer son bateau.

Les hommes du village ne sont pas toujours agréables avec les femmes mais ces dernières leur donnent quelques belles leçons et eux aussi finissent par changer.

En refermant la série, on se dit que Loisel et Tripp sont vraiment forts car, même si les habitants de Notre-Dame-des-Lacs vivent dans les années 1920, les sujets abordés dans Magasin Général sont cruellement d’actualité. Si la société change, les comportements humains sont toujours plus ou moins les mêmes. Le combat contre l’intolérance, la lutte contre le conformisme, l’aspiration à la liberté et au bonheur sont intemporels. Et quand en plus, ces sujets là sont traités avec humour, finesse et sensibilité, on en redemande !

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 7 : Charleston, Casterman, 2011.

Magasin Général tomes 1 à 3 – Loisel & Tripp

Notre-Dame-des-Lacs est un petit village québecquois perdu dans la campagne. La bande dessinée Magasin Général nous propose de partager le quotidien des habitants dans les années 1920. 9 tomes ont été publiés. Je vous présente aujourd’hui les 3 premiers. Attention, si vous êtes en train de les lire ou si vous avez l’intention de le faire, ne lisez pas les lignes qui suivent.

Dans le premier tome, Marie perd son époux et doit gérer seul le magasin qui leur appartient. Seule source d’approvisionnement en tissu, outillage ou nourriture des environs, la clientèle du Magasin Général est nombreuse et habituée à se faire servir. Marie a du mal à satisfaire tout le monde et les clients ne sont pas toujours trés tendres avec elle même en ces circonstances. Mais c’est une femme moderne qui n’hésite pas à prendre le volant de la voiture pour aller s’approvisionner dans la grande ville voisine. Gaétan, un jeune homme simple d’esprit âgé d’une trentaine d’années, lui donne un coup de main. Il est considéré comme l’idiot du village mais c’est un personnage attachant qui trouve sa place parmi les habitants et apporte une touche d’humour et de légèreté de par son comportement.

A la fin du premier opus, Marie accueille chez elle un homme prénommé Serge qui est tombé en panne de moto et ne peut pas repartir. Le deuxième tome a pour titre le nom de cet homme qui reste finalement au village et ouvre un restaurant. Les villageois n’ont jamais mangé dans un tel endroit mais ils apprécient les talents de cuisinier de Serge. La relation entre Serge et Marie évolue au fil du temps. Elle l’aide en cuisine et devient plus joyeuse, plus épanouie à ses côtés.

Dans le troisième tome, les hommes reviennent au village après avoir passé l’hiver à travailler loin de leur famille. Ils sont jaloux de Serge qui fait l’unanimité auprès des femmes et lui font savoir. Marie, folle de rage, décide de fermer le magasin et, pour la première fois, les femmes disent non à leurs maris et les laissent se débrouiller seuls. La guerre est déclarée.

Cette série est un vrai régal. La galerie de personnages, trés développée, permet à Loisel et Tripp de dépeindre de nombreux caractères différents et de brosser un portrait complet de la vie dans ce village québécois de la première moitié du 20ème siècle. Je n’ai pas parlé du curé, personnage central mais un peu atypique, des bigotes toujours là pour sauvegarder les bonnes moeurs, de Noël qui construit seul son bateau loin de tous ou encore du défunt époux de Marie qui commente parfois -du ciel sans doute !- ce qui arrive à sa femme et notamment sa relation avec Serge.

L’humour est omniprésent, notamment grâce aux expressions et aux savoureux dialogues en québécois qui ont été adaptés pour faciliter la compréhension. Certains passages du tome 3 dans lequel les femmes se révoltent vis à vis des hommes sont à mourir de rire.

Pour réaliser cette BD, Loisel et Tripp ont tous les deux travaillé au scénario et au dessin. C’est assez rare pour être souligné. Une double page explique d’ailleurs au début de chaque tome comment ils ont procédé. Les illustrations fourmillent de détails et nous plongent dans un autre univers et une autre époque. Quant au scénario, vous l’aurez compris, il m’a totalement séduite. Maintenant, il ne me reste plus qu »à découvrir la suite !

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Laurie.

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 1 : Marie, Casterman, 2006.

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 2 : Serga, Casterman, 2006.

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 3 : Les hommes, Casterman, 2007.

La BD du mercredi, c’est chez Yaneck cette semaine.

L’arabe du futur : Un jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) – Riad Sattouf

Riad Sattouf est né en 1978 d’un mère bretonne et d’un père syrien. Ses parents se sont rencontrés à l’université alors que son père séjournait en France pour poursuivre des études. Après sa thèse, ce dernier ne trouve pas de travail et postule auprès de plusieurs universités étrangères. C’est ainsi que toute la famille se retrouve à Tripoli.

A travers le regard naïf de Riad et des souvenirs reconstitués à posteriori, on découvre une Libye où chacun peut s’installer dans une maison si personne ne se trouve à l’intérieur. Il suffit juste de mettre les valises du précédent occupant devant la porte ! Pour se nourrir, il faut se rendre dans une coopérative et faire la queue. Pas question bien entendu de choisir la quantité et le type d’aliments.

Pourtant, le père de Riad ne renonce pas à ses idéaux. Laïc et défenseur du panarabisme, il ne remet pas en question la dictature. L’album est essentiellement centré sur lui. Sa femme reste à la maison pour s’occuper de Riad et apparaît comme effacée.

Au bout de deux ans, Riad et sa mère retournent en France. Le père les rejoint quelques temps après puis, trouve un nouveau poste en Syrie. Là-bas, Riad rencontre sa famille paternelle et reçoit des insultes et des coups de la part de ses cousins car il est blond et considéré comme juif.

A travers cette bande dessinée autobiographique, on découvre la Lybie et la Syrie du début des années 1980. Le regard de Riad, alors enfant, est forcément naïf et caricatural. La violence du monde extérieur apparaît d’autant plus dure pour le lecteur adulte qui a du recul et sait comment ces pays ont évolué. On ne peut s’empêcher de condamner ce père de famille idéaliste qui décide de tout et ne laisse pas la parole à sa femme.

Les rapprochements avec le travail de Marjane Satrapi -pour la découverte d’un pays et d’une culture à travers le regard d’un enfant- et d’Art Spiegelman -pour le rapport au père- sont assez faciles à faire. J’ai aussi pensé aux bandes dessinées de Guy Delisle à plusieurs reprises.

Du point de vue graphique, le trait est assez simple tout comme la palette des couleurs mais cela fonctionne plutôt bien. J’ai donc déjà réservé le tome 2 à la médiathèque. Un troisième et un quatrième tome sont annoncés.

SATTOUF, Riad, L’arabe du futur : Un jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), Allary Editions, avril 2014.

Aliénor Mandragore : Merlin est mort, vive Merlin ! – Séverine Gauthier et Thomas Labourot

Aliénor, la fille du célèbre druide Merlin, suit les enseignements de son père dans la forêt de Brocéliande. Les exposés détaillés sur les champignons ne la passionnent pas comme le montre la première planche de cette sympathique BD jeunesse. Commencer un ouvrage pour jeunes lecteurs par des informations mycologiques aussi poussées, il faut oser !

Heureusement, la découverte d’une mandragore interrompt le monologue de Merlin. Celui-ci meurt terrassé par le cri de la racine de la plante. Il ne compte cependant pas en rester là puisqu’il réapparaît immédiatement sous la forme d’un fantôme et refuse d’être mort. Il demande à Aliénor de suivre les enseignements de le fée Morgane qui est pourtant son ennemie jurée. La jeune fille trouvera peut être dans les livres de la bibliothèque de Morgane le moyen de faire ressusciter son père.

La scénariste Séverine Gauthier se sert habillement des personnages bien connus de la légende arthurienne pour inventer une histoire originale, dynamique et pleine d’humour malgré la thématique de la mort présente de la première à la dernière page. Outre les personnages cités ci-dessus, on retrouve le jeune chevalier Lancelot et Viviane, la Dame du lac. L’ankou fait également son apparition à plusieurs reprises.

Les dessins de Thomas Labourot fourmillent de détails et les personnages sont très expressifs. J’ai beaucoup aimé les couleurs vives et l’impression de peps qui se dégage de l’ensemble.

Cette bande dessinée est à glisser sous le pied du sapin pour les jeunes lecteur friands d’aventure et de merveilleux. Ils ne seront pas déçus !

GAUTHIER, Séverine, LABOUROT, Thomas, Aliénor Mandragore : Merlin est mort, vive Merlin !, Rue de Sèvres, 2015.

%d blogueurs aiment cette page :