Kinderzimmer – Valentine Goby

Pendant la Seconde Guerre mondiale, au camp de Ravensbruck, la Kinderzimmer est une pièce réservée aux nourrissons. Pour les rares femmes qui accouchent là-bas, c’est une lueur d’espoir.

Mila -Suzanne Langlois de son vrai nom- travaille dans un magasin de musique quand elle se fait arrêter en 1944. Résistante, elle codait des messages sur des partitions de musique et cachait ceux qui s’opposaient à l’ennemi. Après un court séjour à Fresnes, elle arrive à la mi-avril en Allemagne, à Ravensbruck. Elle sait qu’elle est enceinte mais fait tout pour le cacher. Elle est tellement occupée par sa survie au quotidien qu’elle pense peu à ce bébé qui va bientôt naître. Elle se demande même si elle ne s’est pas trompée. Au camps, plus aucune femme n’a ses règles alors…

Mila perd pourtant les eaux au travail, dans l’atelier de couture dans lequel elle a été affectée, et donne naissance à un petit James qui la raccroche à la vie. Désormais, elle a une deuxième bouche à nourrir. Le lait manque, les changes aussi. Les bébés ne sont pas les mieux lotis, loin de là : « James boit du lait en poudre quand un cadavre est porté à la morgue et que les chatons de la Schewster ont suffisamment déjeuné. » (p.100 de la version numérique).

Kinderzimmer fait partie de ces romans qu’on ne lit pas par plaisir mais qu’il faut lire. Parce qu’on ne dira jamais assez l’horreur, parce qu’on ne décrira jamais assez les conditions de vie et de mort de ces hommes et de ces femmes traités moins bien que des animaux. « Maintenant, dit une femme, chui marquée comme mes vaches. » (p.23 de la version numérique). L’auteur résume très bien son objectif dans les dernières pages du livre : « il faut des historiens pour rendre compte des évènements; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent. » (p154-155 de la version numérique).

Et effectivement, dans Kinderzimmer, c’est le quotidien de Mila qui est décrit. Ses pensées, ses peurs, sa lutte pour sa propre survie puis celle de son fils, la maladie, les appels en pleine nuit, le froid, la vermine, la merde, la faim, les coups. « Mais rien n’y fait. Sous leurs coudes pliés, les prisonnières françaises encaissent les coups et achèvent la Marseillaise. De toute façon, qu’ont à perdre des condamnés à mort ? » (p.55-56 de la version numérique).

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce roman. On ne peut pas aimer un tel livre. Mais Valentine Goby a eu raison de l’écrire. Comme tous les auteurs qui ont écrit avant elle. Comme tous ceux qui écriront après.

« elle n’a pas oublié que le chien n’a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, le vie tient à si peu de chose, à un pari. La vie est une croyance. » (p.154-155 de la version numérique).

« ne pas mourir avant la mort. Vivre, dit-on. » (p.103 de la version numérique).

Une lecture commune avec Noukette, Jérôme, Sandrine, Hérisson et Valérie.

Merci Véro 🙂 !

GOBY, Valentine, Kinderzimmer, Actes Sud, 2013.

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