Le fils de l’Ursari – Xavier-Laurent Petit

Le père de Ciprian est un Ursari, un montreur d’ours. La famille vit dans une caravane et voyage de villes en villes, organisant des combats en échange de quelques pièces. Pour survivre, le frère de Ciprian « emprunte » de la nourriture là où il en trouve. La famille, sans cesse chassée, ne reste jamais bien longtemps au même endroit. La population n’aime pas les gens comme Ciprian et les siens.

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Gabacho – Aura Xilonen

Liborio a fui son Mexique natal dans l’espoir d’une vie meilleure aux Etats-Unis. Clandestin, il vit et travaille dans une librairie hispanique et lit tout ce qui lui tombe sous la main, même ce qu’il ne comprend pas. Son patron, qui le prend pour un idiot et l’appelle par des noms très agréables comme « gros bêta », « oiseau du diable »,  « l’abruti à la mords-moi le nœud » ou « le macaque », a peur qu’il abîme les livres. Liborio attend donc d’être seul, le soir, dans la mezzanine qui lui sert de chambre, pour lire en cachette.

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Kotchok : Sur la route avec les migrants – Claire Billet et Olivier Jobard

A l’heure où je lisais les dernières pages de Kotchok, sur la route des migrants des fondamentalistes commettaient des attentats faisant 129 morts à Paris. Je n’avais pas prévu de publier une chronique sur ce livre tout de suite mais aujourd’hui il me paraît important de le faire.

Des réactions entendues ici ou là me font froid dans le dos. Céder à l’obscurantisme et à la peur de l’autre est la pire des solutions. Ce que nous avons vécu vendredi dernier, des hommes et des femmes comme vous et moi le vivent tous les jours. Il n’y a pas besoin de plus d’explications pour comprendre pourquoi ils veulent fuir leur pays.

En 2013, la journaliste Claire Billet et le photographe Olivier Jobard ont suivi la route des plusieurs migrants, de l’Afghanistan jusqu’à la France, se faisant passer eux mêmes pour des clandestins auprès des passeurs. Un petit précision, je trouve que le terme de migrant, utilisé dans ce livre et dans les médias en général, n’est pas adapté à la situation. On peut être migrant sans être clandestin et employer le terme de migrant est à mon sens une façon de minimiser la réalité sans forcément que cela soit intentionnel.

Kotchok, sur la route des migrants retrace les 12 000 kilomètres parcourus et les 6 frontières traversées clandestinement par cinq hommes qui ont fuit leurs pays. Ils mettront presque 120 jours pour relier Kaboul à Paris, entassés dans des véhicules, à marche forcée dans la montagne ou encore sur la mer, dans une embarcation de fortune.

Le plus long, ce sont les heures passées dans les planques à attendre le signal du passeur pour avancer. Les tensions sont croissantes au fil des jours, notamment avec les deux journalistes qui achètent un sandwich à leurs compagnons de route de temps en temps et se sont engagés à les aider dans les démarches administratives une fois en France mais se refusent à faire plus, éthique oblige.

Au delà du parcours de ces hommes pendant les 120 jours, Claire Billet et Olivier Jobard nous livre des informations essentielles pour comprendre les raisons de leur fuite et leur culture. En refermant ce livre, comment ne pas penser qu’à leur place on ferait sans doute pareil ? Comment ne pas ressentir de l’empathie pour ces personnes pour qui l’hospitalité est un honneur et qui ne peuvent pas comprendre qu’en Europe toutes les portes leur sont fermées ?

Les photos prises Olivier Jobard et par certains clandestins eux même apportent un vrai plus aux propos de Claire Billet. Certaines pourraient même se passer de mots tellement tout est dit.

Un livre essentiel à mettre entre toutes les mains.

BILLET, Claire, JOBARD, Olivier, Kotchok : Sur la route avec les migrants, Robert Laffont, 2015.

Debout-payé – Gauz

On a beaucoup entendu parler de ce petit livre depuis sa sortie, en septembre 2014, si bien que je me suis laissée tenter quand je suis tombée dessus sur le présentoir des nouveautés à la médiathèque.

Debout-payé raconte l’histoire d’Ossiri, un jeune ivoirien arrivé en France en 1990. Au départ, son visa touristique lui permet de circuler librement mais très vite il perd ses illusions, ne trouve pas de travail et se retrouve sans papiers. C’est le début de la galère. Grâce à une connaissance, il trouve finalement un emploi de vigile. Dans sa famille et son entourage, tous les hommes ou presque exercent ce métier. Les employeurs ferment les yeux sur leurs faux vrais papiers du moment qu’ils font leur travail correctement c’est-à-dire restent debout toute la journée.

Employé dans le magasin Séphora des Champs-Elysées et au Camaïeu de Bastille, Ossiri observe avec perspicacité et humour les clients, les employés et les patrons. Rien, ou du moins pas grand chose, ne lui échappe. La société de consommation et les comportements qu’elle entraînent sont pointés du doigts.

Ossiri propose également une petite histoire de l’immigration à travers son parcours et celui de sa famille. Sa mère, par exemple, est revenue vivre en Côte d’Ivoire après avoir séjourné en France pendant plusieurs années. Elle se bat pour sauvegarder les valeurs et les modes de vie traditionnels. Quelque part, elle m’a fait penser à Ifemelu dans Americanah. Ossiri, lui, préfère rester en France et, comme beaucoup de clandestins, vit dans un immeuble parisien surpeuplé et délabré. Les menaces d’expulsion sont une triste réalité. Il fait part au lecteur de sa vision de notre pays, des années 1960 à l’après 11 septembre.

Le regard d’Ossiri est juste et fait réfléchir. Je regrette cependant que le roman n’aille pas un peu plus au fond des choses. Les remarques sur les clients dans les magasins sont marrantes mais finalement un peu trop superficielles. Les parties dans lesquelles Ossiri raconte son parcours et celui de son entourage m’ont plus intéressée.

Souvent, on ne fait pas attention aux vigiles quand on entre dans un magasin. Je n’avais jamais pensé qu’ils pouvaient être aussi satiriques. Désormais, je vais les regarder d’un autre oeil !

L’avis enthousiaste d’Enna.

GAUZ, Debout-payé, Le Nouvel Attila, 2014.

Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire – Sarah Kaminsky

Adolfo Kaminsky est un homme au destin hors du commun. Interné à Drancy pendant la Seconde Guerre mondiale, il doit le fait de ne pas avoir été déporté vers les camps de la mort uniquement à sa nationalité argentine. Ses parents, juifs d’origine russe, se sont exilés en France au début des années 1930. Trés tôt, Adolfo Kaminsky se passionne pour la chimie et dès l’âge de dix-sept ans il se sert de ses connaissances pour fabriquer des faux-papiers aux juifs. Chaque minute de sommeil est pour lui du temps de travail en moins et donc des vies de perdues.

« Mais je défendais fermement l’idée que chaque individu, particulièrement s’il est traqué et que sa vie est en danger, puisse jouir du droit de circuler librement, de traverser les frontières, de choisir la destination de son exil. » p.110

A la fin de la guerre, il continue son activité pour le compte de l’espionnage et du contre-espionnage français. Ainsi, il permet à des espions de s’infilter en Allemagne pour récupérer des preuves de l’existence des camps avant que l’ennemi ne détruise tout. Anti-colonialiste avant l’heure, il arrête de travailler pour l’État au moment de la guerre d’Indochine. Il aide ensuite un réseau clandestin d’imigration des rescapés des camps en Palestine.

Adolfo Kaminsky rencontre lui-même des problèmes pour obtenir un permis de séjour en France. Il lui faut des papiers argentins et aussi les preuves d’un travail légal.

« Je me suis souvenu de mon premier faux. Le bien-fondé de mon action était alors incontestable. Transgresser la loi, il le fallait. Mais n’avais-je pas ainsi basculé sans retour dans l’illégalité ? J’avais toujours veillé à ce que mon savoir et mes techniques ne servent que des causes légitimes. J’avais toujours veillé à ne jamais transiger avec mon sens de l’éthique et de la moralité. Mais j’étais à nouveau hors la loi, et je me demandais si, du jour où j’avais réalisé mon premier faux, je n’étais pas tombé dans un engrenage dont j’aurais toute ma vie du mal à me défaire. » p.120

Après plusieurs années d’interruption, l’homme poursuit son activité de faussaire pour le FLN. Les accords d’Évian signés, il aide de nombreux hommes et femmes qui combattent la dictature en Amérique du Sud, en Afrique, etc.

Adolfo Kaminsky ne fait jamais de profits. Grand défenseur des droits de l’Homme, il souhaite garder sa liberté et son indépendance. Il vit donc très pauvrement et exerce une double activité : photographe le jour pour gagner un peu d’argent et faussaire la nuit. Sa vie sentimentale est des plus chaotiques car il doit toujours vivre dans le secret, l’urgence et le danger.

Écrit par sa fille, ce livre retrace la vie extraordinaire d’un homme de conviction.

KAMINSKY, Sarah, Adlofo Kaminsky, une vie de faussaire, Calmann-Lévy, 2009.

« Le temps des miracles » d’Anne-Laure Bondoux

Quatrième de couverture :

« Lorsque les douaniers m’ont
trouvé, tapi au fond d’un camion à la frontière française, j’avais
douze ans et j’étais seul. Je n’arrêtais pas de répéter « jemapèlblèzfortunéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurvérité « .

Je
ne savais pas que mon passeport était trafiqué, et en dehors de ces
quelques mots, je ne parlais que le russe. Je ne pouvais pas expliquer
comment j’étais venu du Caucase jusqu’ici, dans le pays des droits de
l’homme et de Charles Baudelaire.

Surtout, j’avais perdu Gloria. Gloria
Bohème, qui s’était occupée de moi depuis que ma mère avait disparu.
Avec elle, j’avais vécu libre, malgré la guerre, malgré les frontières,
malgré la misère et la peur. Elle me manquait terriblement, mais j’ai
toujours gardé l’espoir de retrouver cette femme au cœur immense, qui
avait le don d’enchanter ma vie.
« 

Comme Blaise-Koumaïl, le héros de ce magnifique roman, j’ai failli « attraper un désespoir ». Pas pour les mêmes raisons, pas parce que j’ai vécu la guerre, pas parce que j’ai connu l’exil, la misère, la faim, la solitude, la peur… mais parce que cette histoire est triste à en mourir. Comment un si jeune garçon peut-il subir autant d’horreur ? Forcément, on pense aux milliers d’autres enfants qui vivent dans des pays en guerre et dont l’histoire est semblable à la sienne…

Et puis, à la fin du roman, j’ai retrouvé l’espoir. Parce que l’amour d’une mère pour son enfant est plus fort que tout, parce qu’une femme est capable de déplacer des montagnes pour celui qu’elle a mis au monde, cette histoire est tragique et belle à la fois. Les dernières pages sont bouleversantes….

Si ce n’est pas déjà fait, je ne peux que vous recommander de lire Le temps des miracles.

Extraits :

« Chacun de nous cohabite avec ses fantômes, je le sais, et il ne faut pas trop les déranger, sous peine de réveiller les chagrins qui labourent la poitrine. » p.112

« Il faut bien inventer des histoires pour que la vie soit supportable, pas vrai ? » p.107

Lael, Clarabel, Lucie, BelleSahi, Gawou, Sylvie, Stephie et Leiloona l’ont lu aussi.

BONDOUX, Anne-Laure, Le temps des miracles, Bayard jeunesse.

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