Communardes ! : L’aristocrate fantôme – Lupano et Jean

Après Les éléphants rouges il y a quelques semaines, je poursuis ma découverte de la série Communardes avec un nouvel opus : L’aristocrate fantôme. Le contexte est toujours celui de la Commune de Paris et le principe est de mettre en avant l’engagement des femmes durant cette période de l’histoire de France.

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Garde-corps – Virginie Martin

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Gabrielle Claire n’a même pas 12 ans lorsqu’elle se fait violer par Patrick, un élève de son collège. Le roman s’ouvre sur cette scène d’une violence extrême. La jeune fille ne dit rien et encaisse les humiliations des autres. Parce que bien entendu, le violeur se vante… Les parents de l’adolescente, trop préoccupés par eux-mêmes, ne voient rien, comme d’habitude.

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L’élégance des veuves – Alice Ferney – Lu par Dominique Reymond

9782367621128-001-xDans une famille bourgeoise, au début du XXème siècle, les mariages, les naissances et les décès se succèdent au fil des ans. Le destin des femmes, lui, semble immuable. Vouées à se marier sans qu’on leur demande forcément leur avis puis à enfanter,  elles se transmettent de manière inconsciente le renoncement et la foi dans le recommencement éternel du cycle de la vie. Alice Ferney leur rend, à travers son roman, un bien bel hommage.

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Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

un-paqubot-dans-les-arbres-valentine-gobyMathilde Blanc est la cadette d’une famille de trois enfants. A sa naissance, son père espérait un garçon pour remplacer celui qui est mort cinq années auparavant. Annie, l’aînée, est celle qui a tous les droits, et notamment celui de danser avec le père les soirs de bal au café familial de La Roche-Guyon. Jacques est encore un bébé. Au milieu, Mathilde essaie d’exister aux yeux de son père. Elle rêve de danser avec lui, elle aussi.

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Giboulées de soleil – Lenka Horňáková-Civade

Giboulées de soleil

Magdalena, Libuse, Eva. Trois narratrices, trois femmes, trois générations et un destin commun. De mère en fille, elles naissent bâtardes et reproduisent le schéma familial dans la Tchécoslovaquie des années 1930 aux années 1980.

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Une femme simple – Cédric Morgan – Lu par Marc Hamon

Jeanne Le Mithouard est une femme à la fois simple et moderne pour son époque. Elle vit en Bretagne à la fin du XVIIIème et au début du XIXème siècle. Sa taille, sa corpulence et sa force physique font d’elle une femme atypique qui attire tout autant qu’elle effraie. Elle se loue pour les travaux des champs et comme elle travaille bien mieux que la plupart des hommes, elle ne chôme pas.

A l’occasion d’un mariage, elle rencontre Louis, un marin, qui tombe amoureux d’elle et devient son mari quelques temps plus tard. Louis est étonné par l’absence de pudeur de sa femme qui n’hésite pas à se montrer nue pendant et après l’amour. Il n’était pas habitué à cela lors des quelques expériences qu’il a eues auparavant.

Louis part en mer pour de longues périodes. Jeanne refuse de l’attendre à la maison et décide de s’installer comme batelière afin de transporter passagers, animaux et marchandises dans le golfe du Morbihan. Elle est beaucoup sollicitée, surtout en hiver quand les chemins pour se déplacer d’un village à un autre sont difficilement praticables. Elle risque sa vie en sauvant plusieurs marins de la noyade par gros temps. Pour elle, c’est naturel. Elle ne comprend pas qu’on l’admire pour cela.

Chose rare pour les femmes à cette époque, Jeanne sait lire. Elle décide que ses filles apprendront elles aussi. L’aîné se destine assez vite à reprendre le travail de sa mère. La plus jeune semble aimer la religion.

La vie de Jeanne est faite de labeur et de plaisirs aussi simples que rares. Elle aime le dimanche car elle va à la messe et a un peu de temps pour elle. Lors d’une des longues absences de Louis, elle rencontre une femme qui va lui faire entrevoir un vie différente de celle que les curés veulent imposer au peuple et plus particulièrement aux personnes de son sexe.

A l’image de cette femme d’une autre époque dont il nous fait partager la vie et les pensées, le style de Cédric Morgan est simple et efficace. Il nous plonge dans une atmosphère rude et pauvre sans jamais tomber dans le misérabilisme. On imagine sans peine la petite maison de Jeanne et de Louis, leur coin de Bretagne, la mer et ses dangers, etc.

C’est un panneau destiné aux touristes dans une petite rue portant le nom de Jeanne Le Mithouard qui a été le point de départ de ce roman. Les informations sur elle étant extrêmement peu nombreuses, l’auteur a imaginé son quotidien. Les propos sur la condition des femmes et la religion disséminés ça et là sont particulièrement intéressant. 

La voix de Marc Hamon transporte agréablement le lecteur dans un autre univers et un autre siècle. On passe un agréable moment en compagnie de cette version audio.

MORGAN, Cédric, HAMON, Marc, Une femme simple, Des oreilles, 2015.

Rouge Bala – Cécile Roumiguière et Justine Brax

Bala vit dans un village d’Inde en compagnie de sa famille. Avec sa grande soeur Lali et son petit frère Tarun, elle passe son enfance à faire la course et à jouer au bord de la rivière en rêvant au prince charmant. C’est le temps de l’insouciance….

Malheureusement, cette époque là est révolue. Lali a eu treize ans et son père lui a choisi un mari. La fête est belle et la mariée magnifique mais Bala a du mal à comprendre pourquoi on lui a arraché sa soeur du jour au lendemain. Fini les jeux. Place à la vie d’épouse soumise à son mari.

Bala, elle, a douze ans et voit bien que ses formes évoluent. Elle a envie de continuer à apprendre à lire et à écrire. Le mariage, ce sera pour plus tard. Va t-elle réussir à aller outre le poids des traditions ?

Cet album est un vrai petit bijou. Le texte de Cécile Roumiguière est tout en finesse. A travers l’héroïne, le jeune lecteur découvre une tradition qui perdure encore aujourd’hui dans certains pays : marier des filles qui sont encore des enfants avec un mari qui leur est imposé. Bala refuse cette tradition sans que cela se fasse dans les larmes ou dans le sang. Le mariage de sa soeur et une mystérieuse rencontre avec une inconnue au bord de la rivière lui font prendre conscience de ce qu’elle désire réellement. Elle n’hésite pas à remettre en cause une coutume qui semble immuable pour aller jusqu’au bout de ce qu’elle veut. Pas de moralisme, de grande tragédie ni de fils blancs dans cette histoire. L’approche est délicate, vraiment réussie.

Les illustrations chatoyantes de Justines Brax emmènent le lecteur dans un pays lointain, l’Inde. Les couleurs sont là, tout comme l’atmosphère. C’est un vrai régal ! La première de couverture est particulièrement réussie je trouve. Ces cheveux noirs, cet oeil pensif plein de détermination et ces délicieuses couleurs vives en arrière plan : j’adore !

Moka, Clarabel, Gaelle et Théoma ont aimé elles aussi.

ROUMIGUIERE, Cécile, BRAX, Justine, Rouge Bala, Milan, 2014.

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Certaines n’avaient jamais vu la mer est un roman qui s’inspire de l’histoire vraie d’immigrantes japonaises qui arrivèrent aux USA au début du XXème siècle pour se marier avec des hommes qu’elles n’avaient vu qu’en photo.

Une fois arrivées sur place, elles se rendent compte que ces hommes auxquels elles sont promises sont totalement différents de ce à quoi elles s’attendaient. Leur avenir est également bien loin de ce qu’elles avaient imaginé mais il est impossible pour elles de retourner au Japon. Elles seraient rejetées par les leurs et par la société.

Certaines femmes sont obligées de travailler dans les champs, d’autres comme bonnes à tout faire et d’autres encore dans des hôtels de passe. Quelques mois ou années après leur arrivée aux États-Unis, elles donnent naissance à des enfants qui, contrairement à elles, s’adaptent très bien à la société américaine. En grandissant, ils deviennent tellement différents de leurs mères qu’elles n’arrivent même plus à les comprendre. Enfin, la guerre arrive et les japonais sont persécutés du jour au lendemain par les américains qui, pourtant, avaient des rapports cordiaux avec eux.

Écrit à la première personne du pluriel, Certaines navaient jamais vu la mer raconte la vie d’une multiplicité de personnages qui n’ont pas de liens entre eux si ce n’est leur origine. Cette absence de personnages principaux et ce « nous » m’ont beaucoup gênée si bien que je suis restée totalement insensible à ce roman. Un aspect positif tout de même : il m’a fait découvrir un aspect de l’Histoire que je ne connaissais pas.

OTSUKA, Julie, Certaines n’avaient jamais vu la mer, Phébus, 2012.

La femme gelée – Annie Ernaux

 

Dans La femme gelée, Annie Ernaux revient sur son enfance dans les années 1940 à Yvetot, en Haute-Normandie. Elle raconte également son adolescence et ses années d’étude à Rouen puis son mariage et la naissance de ses enfants. Elle essaie d’expliquer comment la petite fille dévoreuse de livres qui travaillait bien à l’école et qui a été éduquée pour être indépendante et libre est devenue une femme débordée menant de front vie professionnelle et familiale, sans avoir une minute pour elle. A la différence de son mari, elle ne met pas les pieds sous la table en rentrant du travail et n’a pas le temps de lire Le Monde : elle doit s’occuper des enfants, de la gestion quotidienne de la maison et aussi préparer ses cours puisqu’elle est enseignante. On est bien loin de l’égalité entre les sexes…

Annie Ernaux avait pourtant un bel exemple sous les yeux quand elle était jeune : son père cuisinait et sa mère ne ressemblait absolument pas à la maîtresse de maison idéale. Elle a tout de même reproduit le modèle de la société de son époque et a fini, malgré elle, par se résoudre à accepter son sort.

« Obscurément, en ces occasions, je sentais avec malaise que ma mère n’était pas une vraie mère, c’est-à-dire comme les autres. Ni pleureuse ni nourrircière, encore moins ménagère, je ne rencontrais pas beaucoup de ses traits dans le portrait-robot fourni par la maîtresse. » p. 55

« Dix ans plus tard, c’est moi dans une cuisine rutilante et muette, les fraises et la farine, je suis entrée dans l’image et je crève. » P. 57

« Elles ont fini sans que je m’en aperçoive, les années d’apprentissage. Après c’est l’habitude. Une somme de petits bruits à l’intérieur, moulin à café, casseroles, prof discrète, femme de cadre vêtue Cacharel ou Rodier au-dehors. Une femme gelée. » p. 178

La femme gelée a été pour moi une lecture coup de poing. Si on regarde la vérité en face, beaucoup de choses ont changé depuis l’époque dont Annie Ernaux nous parle dans ce livre mais il reste encore de très nombreux progrès à faire. L’égalité entre les hommes et les femmes, même dans notre société moderne, est encore bien loin d’être une réalité. Et je crois qu’il ne faut pas avoir honte de le dire, je partage certains de ces sentiments, je me suis même parfois retrouvée à travers elle…

ERNAUX, Annie, La femme gelée, Folio, 1988.

« Les pintades à Téhéran » de Delphine Minoui

Quatrième de couverture :

« Non, à Téhéran les femmes ne sont pas toutes voilées de noir de la tête
aux pieds. Oui, elles ont le droit de vote et peuvent même être élues.
Non, elles ne sont pas cloîtrées à la maison, et 60 % des étudiants
sont des étudiantes. C’est sûr, la vie des pintades téhéranaises est
pleine de contraintes et d’interdits. Au regard de la loi, elles ne
valent que la moitié d’un homme. Leur quotidien est un pied de nez
permanent à la censure,
une lutte de tous les instants contre une
république islamique qui ne leur fait pas de cadeaux. Découvrez une
basse-cour voilée, mais pas prude !
Plongez sous les voiles et derrière
les portes, dans l’intimité de femmes ultra féminines, bourrées de
contradictions, et pénétrez dans leur univers, à travers des
chroniques, des anecdotes, leurs bons plans et leurs meilleures
adresses remises à jour.
« 

Sans Keisha qui fait voyager ce livre depuis quelques temps, je serais sans doute passée à côté et vraiment ça aurait été dommage. Le titre et l’illustration de la première de couverture laissent à penser qu’il s’agit de quelque chose de superficiel mais ce n’est absolument pas le cas. Les pintades à Téhéran donnent une autre image des femmes iraniennes, bien loin de ce que laissent entendre les médias. Ce livre ne fait que confirmer ce que les courageux voyageurs qui se sont rendus là-bas ont pu me dire.

Un livre dont il faut parler et qui mérite vraiment d’être lu car un sujet aussi sérieux traité avec autant d’humour, c’est assez rare ! Attention tout de même, le ton léger ne doit pas faire oublier la réalité de la condition de la femme dans ce pays et dans d’autres…

MINOUI, Delphine, Les pintades à Téhéran, Le livre de poche, 2009.

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