Rouge Bala – Cécile Roumiguière et Justine Brax

Bala vit dans un village d’Inde en compagnie de sa famille. Avec sa grande soeur Lali et son petit frère Tarun, elle passe son enfance à faire la course et à jouer au bord de la rivière en rêvant au prince charmant. C’est le temps de l’insouciance….

Malheureusement, cette époque là est révolue. Lali a eu treize ans et son père lui a choisi un mari. La fête est belle et la mariée magnifique mais Bala a du mal à comprendre pourquoi on lui a arraché sa soeur du jour au lendemain. Fini les jeux. Place à la vie d’épouse soumise à son mari.

Bala, elle, a douze ans et voit bien que ses formes évoluent. Elle a envie de continuer à apprendre à lire et à écrire. Le mariage, ce sera pour plus tard. Va t-elle réussir à aller outre le poids des traditions ?

Cet album est un vrai petit bijou. Le texte de Cécile Roumiguière est tout en finesse. A travers l’héroïne, le jeune lecteur découvre une tradition qui perdure encore aujourd’hui dans certains pays : marier des filles qui sont encore des enfants avec un mari qui leur est imposé. Bala refuse cette tradition sans que cela se fasse dans les larmes ou dans le sang. Le mariage de sa soeur et une mystérieuse rencontre avec une inconnue au bord de la rivière lui font prendre conscience de ce qu’elle désire réellement. Elle n’hésite pas à remettre en cause une coutume qui semble immuable pour aller jusqu’au bout de ce qu’elle veut. Pas de moralisme, de grande tragédie ni de fils blancs dans cette histoire. L’approche est délicate, vraiment réussie.

Les illustrations chatoyantes de Justines Brax emmènent le lecteur dans un pays lointain, l’Inde. Les couleurs sont là, tout comme l’atmosphère. C’est un vrai régal ! La première de couverture est particulièrement réussie je trouve. Ces cheveux noirs, cet oeil pensif plein de détermination et ces délicieuses couleurs vives en arrière plan : j’adore !

Moka, Clarabel, Gaelle et Théoma ont aimé elles aussi.

ROUMIGUIERE, Cécile, BRAX, Justine, Rouge Bala, Milan, 2014.

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Certaines n’avaient jamais vu la mer est un roman qui s’inspire de l’histoire vraie d’immigrantes japonaises qui arrivèrent aux USA au début du XXème siècle pour se marier avec des hommes qu’elles n’avaient vu qu’en photo.

Une fois arrivées sur place, elles se rendent compte que ces hommes auxquels elles sont promises sont totalement différents de ce à quoi elles s’attendaient. Leur avenir est également bien loin de ce qu’elles avaient imaginé mais il est impossible pour elles de retourner au Japon. Elles seraient rejetées par les leurs et par la société.

Certaines femmes sont obligées de travailler dans les champs, d’autres comme bonnes à tout faire et d’autres encore dans des hôtels de passe. Quelques mois ou années après leur arrivée aux États-Unis, elles donnent naissance à des enfants qui, contrairement à elles, s’adaptent très bien à la société américaine. En grandissant, ils deviennent tellement différents de leurs mères qu’elles n’arrivent même plus à les comprendre. Enfin, la guerre arrive et les japonais sont persécutés du jour au lendemain par les américains qui, pourtant, avaient des rapports cordiaux avec eux.

Écrit à la première personne du pluriel, Certaines navaient jamais vu la mer raconte la vie d’une multiplicité de personnages qui n’ont pas de liens entre eux si ce n’est leur origine. Cette absence de personnages principaux et ce « nous » m’ont beaucoup gênée si bien que je suis restée totalement insensible à ce roman. Un aspect positif tout de même : il m’a fait découvrir un aspect de l’Histoire que je ne connaissais pas.

OTSUKA, Julie, Certaines n’avaient jamais vu la mer, Phébus, 2012.

La femme gelée – Annie Ernaux

 

Dans La femme gelée, Annie Ernaux revient sur son enfance dans les années 1940 à Yvetot, en Haute-Normandie. Elle raconte également son adolescence et ses années d’étude à Rouen puis son mariage et la naissance de ses enfants. Elle essaie d’expliquer comment la petite fille dévoreuse de livres qui travaillait bien à l’école et qui a été éduquée pour être indépendante et libre est devenue une femme débordée menant de front vie professionnelle et familiale, sans avoir une minute pour elle. A la différence de son mari, elle ne met pas les pieds sous la table en rentrant du travail et n’a pas le temps de lire Le Monde : elle doit s’occuper des enfants, de la gestion quotidienne de la maison et aussi préparer ses cours puisqu’elle est enseignante. On est bien loin de l’égalité entre les sexes…

Annie Ernaux avait pourtant un bel exemple sous les yeux quand elle était jeune : son père cuisinait et sa mère ne ressemblait absolument pas à la maîtresse de maison idéale. Elle a tout de même reproduit le modèle de la société de son époque et a fini, malgré elle, par se résoudre à accepter son sort.

« Obscurément, en ces occasions, je sentais avec malaise que ma mère n’était pas une vraie mère, c’est-à-dire comme les autres. Ni pleureuse ni nourrircière, encore moins ménagère, je ne rencontrais pas beaucoup de ses traits dans le portrait-robot fourni par la maîtresse. » p. 55

« Dix ans plus tard, c’est moi dans une cuisine rutilante et muette, les fraises et la farine, je suis entrée dans l’image et je crève. » P. 57

« Elles ont fini sans que je m’en aperçoive, les années d’apprentissage. Après c’est l’habitude. Une somme de petits bruits à l’intérieur, moulin à café, casseroles, prof discrète, femme de cadre vêtue Cacharel ou Rodier au-dehors. Une femme gelée. » p. 178

La femme gelée a été pour moi une lecture coup de poing. Si on regarde la vérité en face, beaucoup de choses ont changé depuis l’époque dont Annie Ernaux nous parle dans ce livre mais il reste encore de très nombreux progrès à faire. L’égalité entre les hommes et les femmes, même dans notre société moderne, est encore bien loin d’être une réalité. Et je crois qu’il ne faut pas avoir honte de le dire, je partage certains de ces sentiments, je me suis même parfois retrouvée à travers elle…

ERNAUX, Annie, La femme gelée, Folio, 1988.

« Les pintades à Téhéran » de Delphine Minoui

Quatrième de couverture :

« Non, à Téhéran les femmes ne sont pas toutes voilées de noir de la tête
aux pieds. Oui, elles ont le droit de vote et peuvent même être élues.
Non, elles ne sont pas cloîtrées à la maison, et 60 % des étudiants
sont des étudiantes. C’est sûr, la vie des pintades téhéranaises est
pleine de contraintes et d’interdits. Au regard de la loi, elles ne
valent que la moitié d’un homme. Leur quotidien est un pied de nez
permanent à la censure,
une lutte de tous les instants contre une
république islamique qui ne leur fait pas de cadeaux. Découvrez une
basse-cour voilée, mais pas prude !
Plongez sous les voiles et derrière
les portes, dans l’intimité de femmes ultra féminines, bourrées de
contradictions, et pénétrez dans leur univers, à travers des
chroniques, des anecdotes, leurs bons plans et leurs meilleures
adresses remises à jour.
« 

Sans Keisha qui fait voyager ce livre depuis quelques temps, je serais sans doute passée à côté et vraiment ça aurait été dommage. Le titre et l’illustration de la première de couverture laissent à penser qu’il s’agit de quelque chose de superficiel mais ce n’est absolument pas le cas. Les pintades à Téhéran donnent une autre image des femmes iraniennes, bien loin de ce que laissent entendre les médias. Ce livre ne fait que confirmer ce que les courageux voyageurs qui se sont rendus là-bas ont pu me dire.

Un livre dont il faut parler et qui mérite vraiment d’être lu car un sujet aussi sérieux traité avec autant d’humour, c’est assez rare ! Attention tout de même, le ton léger ne doit pas faire oublier la réalité de la condition de la femme dans ce pays et dans d’autres…

MINOUI, Delphine, Les pintades à Téhéran, Le livre de poche, 2009.

« Broderies » de Marjane Satrapi

Neuf femmes iraniennes (dont Marjane Satrapi elle-même) profitent de l’heure du thé pour raconter les derniers ragots du quartier et se faire des confidences. Les hommes, l’amour, la sexualité, la virginité, le mariage, le divorce : tels sont leurs thèmes privilégiés de discussion.

Des situations graves -comme  cette femme à qui on propose de se couper avec un rasoir le jour de sa nuit de noce car elle n’est plus vierge ou cette autre qui n’a jamais vu de sexe masculin car elle n’a que des filles et son mari éteint la lumière à chaque fois qu’ils font l’amour, sans compter tous ces mariages que les jeunes filles n’ont d’autre choix que d’accepter – sont racontées avec beaucoup de distance et d’humour. Et de l’humour, on sait que Marjane Satrapi en a beaucoup ! Malgré la gravité des faits, les femmes restent optimistes et pleine de vie, à l’exemple de la grand-mère de l’auteur, une personne de caractère qui ne se laisse absolument pas marcher sur les pieds.

A lire sans hésitation !

Merci à Finette grâce à qui j’ai découvert l’existence de cette BD.

SATRAPI, Marjane, Broderies, L’Association, 2003.

« Mille soleils splendides » de Khaled Hosseini

En Afghanistan, dans un pays en proie à la guerre depuis des années et des années, les destins de deux femmes s’entremêlent.

La première, Mariam, passe son enfance dans la campagne des environs d’Herat avec sa mère. Son père, Jalil, ne vit pas avec elle car Mariam est une enfant illégitime, née d’une union hors mariage entre une gouvernante et son riche employeur. Le jour où la jeune fille se rend en ville pour retrouver son père -qui devait l’emmener voir un film au cinéma pour son anniversaire mais qui n’est jamais venu la chercher- sa mère se suicide. Elle n’a pas supporté que sa fille l’abandonne pour cet homme qui est son père mais qui a honte d’elle et n’a pas le courage d’assumer ses actes. Puisque Mariam est désormais orpheline, Jalil n’a pas d’autre choix que de la recueillir sous son toit. Ses femmes s’arrangent très vite pour se débarrasser d’elle en la mariant avec le premier venu. Il s’agit d’un homme veuf prénommé Rachid. Il est d’une trentaine d’année son aîné et habite à Kaboul, très loin d’Herat. A à peine 15 ans, Mariam se retrouve donc mariée de force avec un inconnu et part habiter dans un ville où elle ne connaît personne. L’enfer commence pour elle à ce moment là…

La deuxième femme de ce roman s’appelle Laila. Elle est élevée à Kaboul par ses parents, dans un famille cultivée où les femmes sont libres et non soumises au dictat des hommes. Son ami d’enfance, Tariq, est toujours à ses côtés. Ils grandissent ensemble et tombent amoureux l’un de l’autre. Mais la guerre fait rage en Afghanistan, les massacres sont incessants, les bombes pleuvent de partout et tout le monde meurt dans la capitale. Tariq décide donc de s’enfuir avec sa famille et demande Laila en mariage pour qu’elle puisse partir avec lui. La jeune fille ne peut se résoudre à quitter ses parents. Sa mère veut rester chez elle car ses deux fils sont des martyrs morts pour le pays et elle aurait l’impression des les trahir en s’enfuyant à l’étranger. Tarik et Laila sont donc séparés. Au moment où les parents de Laila se décident enfin à quitter Kaboul, une bombe s’abat sur leur maison. Laila, seule survivante, est recueillie par Mariam et Rachid. Elle aussi n’a plus de famille et se retrouve seule au monde, elle aussi se voit contrainte d’épouser Rachid…

C’est à partir de ce moment là que le destin de Mariam se mêle à celui de Laila. Au départ rivales, les deux femmes vont apprendre à se connaître et à s’entraider pour faire face à leur tyran de mari.

                              

J’ai beaucoup aimé ce roman même si au départ j’ai été un peu déçue par rapport à ce que j’ai lu sur la quatrième de couverture : je pensais que les destins de Mariam et Laila se croisaient dès le début mais ce n’est pas du tout le cas. Les 200 premières pages sont consacrées à leur vie chacune de leur côté.

Passé cette « déception », je me suis complètement laissée absorber par ce roman qui met en avant le destin tragique de deux femmes soumises à la brutalité de leur mari, à la folie d’un régime politique qui les considère comme des moins que rien et aux dures réalités de la vie en temps de guerre. Certains passages remuent les tripes et on se dit que de nombreuses femmes afghanes vivent sans doute les mêmes atrocités que les deux héroïnes. C’est un roman mais il pourrait s’agir de la réalité…

Solenn et Gambadou ont beaucoup aimé ce livre également.

HOSSEINI, Khaled, Mille soleils splendides, Belfond, 2007.

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