Le photographe de Mauthausen – Rubio, Colombo et Landa

En 1941, Francisco Boix, jeune espagnol réfugié en France pour fuir le franquisme, est déporté dans le camp de concentration de Mauthausen. Affecté au service d’identification, son travail consiste à développer des photos. Officiellement, pour identifier les prisonniers à leur arrivée au camp. Officieusement, Continuer la lecture de « Le photographe de Mauthausen – Rubio, Colombo et Landa »

Si c’est un homme – Primo Lévi – Lu par Raphaël Enthoven

LEVI

On ne peut sortir indemne de la lecture de Si c’est un homme. Découvert en 2009, ce témoignage écrit deux ans après son retour d’Auschwitz par Primo Lévi, m’avait marquée par la finesse de l’analyse des comportements humains.

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Kinderzimmer – Valentine Goby

Pendant la Seconde Guerre mondiale, au camp de Ravensbruck, la Kinderzimmer est une pièce réservée aux nourrissons. Pour les rares femmes qui accouchent là-bas, c’est une lueur d’espoir.

Mila -Suzanne Langlois de son vrai nom- travaille dans un magasin de musique quand elle se fait arrêter en 1944. Résistante, elle codait des messages sur des partitions de musique et cachait ceux qui s’opposaient à l’ennemi. Après un court séjour à Fresnes, elle arrive à la mi-avril en Allemagne, à Ravensbruck. Elle sait qu’elle est enceinte mais fait tout pour le cacher. Elle est tellement occupée par sa survie au quotidien qu’elle pense peu à ce bébé qui va bientôt naître. Elle se demande même si elle ne s’est pas trompée. Au camps, plus aucune femme n’a ses règles alors…

Mila perd pourtant les eaux au travail, dans l’atelier de couture dans lequel elle a été affectée, et donne naissance à un petit James qui la raccroche à la vie. Désormais, elle a une deuxième bouche à nourrir. Le lait manque, les changes aussi. Les bébés ne sont pas les mieux lotis, loin de là : « James boit du lait en poudre quand un cadavre est porté à la morgue et que les chatons de la Schewster ont suffisamment déjeuné. » (p.100 de la version numérique).

Kinderzimmer fait partie de ces romans qu’on ne lit pas par plaisir mais qu’il faut lire. Parce qu’on ne dira jamais assez l’horreur, parce qu’on ne décrira jamais assez les conditions de vie et de mort de ces hommes et de ces femmes traités moins bien que des animaux. « Maintenant, dit une femme, chui marquée comme mes vaches. » (p.23 de la version numérique). L’auteur résume très bien son objectif dans les dernières pages du livre : « il faut des historiens pour rendre compte des évènements; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent. » (p154-155 de la version numérique).

Et effectivement, dans Kinderzimmer, c’est le quotidien de Mila qui est décrit. Ses pensées, ses peurs, sa lutte pour sa propre survie puis celle de son fils, la maladie, les appels en pleine nuit, le froid, la vermine, la merde, la faim, les coups. « Mais rien n’y fait. Sous leurs coudes pliés, les prisonnières françaises encaissent les coups et achèvent la Marseillaise. De toute façon, qu’ont à perdre des condamnés à mort ? » (p.55-56 de la version numérique).

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce roman. On ne peut pas aimer un tel livre. Mais Valentine Goby a eu raison de l’écrire. Comme tous les auteurs qui ont écrit avant elle. Comme tous ceux qui écriront après.

« elle n’a pas oublié que le chien n’a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, le vie tient à si peu de chose, à un pari. La vie est une croyance. » (p.154-155 de la version numérique).

« ne pas mourir avant la mort. Vivre, dit-on. » (p.103 de la version numérique).

Une lecture commune avec Noukette, Jérôme, Sandrine, Hérisson et Valérie.

Merci Véro 🙂 !

GOBY, Valentine, Kinderzimmer, Actes Sud, 2013.

L’enfant cachée – Loïc Dauvillier

Elsa se réveille en pleine nuit et aperçoit de la lumière dans le salon. Sa grand-mère est assise sur le canapé, les larmes aux yeux. La petite fille lui explique que quand elle fait des cauchemars, elle les raconte à sa mère et après, ça va mieux. Dounia décide alors de lui parler de ce qu’elle a vécu, il y a très longtemps, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. C’était pendant la Seconde Guerre mondiale, juste après la défaite de 1940. Dounia est d’origine juive. Je ne vous raconte pas la suite, je pense que vous l’imaginez sans problème…

L’enfant cachée est une bande dessinée destinée aux jeunes lecteurs à partir de la fin de l’école primaire. Le livre aborde la question de l’antisémitisme et de la déportation des juifs avec beaucoup de finesse, sans rentrer dans le détail de tout ce que ce peuple a subi. Le point de vue adopté est celui de la petite fille cachée par ses parents pour être sauvée. On ne peut rester insensible à tout ce qu’elle ressent et d’ailleurs, les larmes me sont montées aux yeux plusieurs fois.

Le jeune lecteur qui ne connaît pas bien la Seconde Guerre mondiale ne manquera pas de se poser des questions sur les raisons de cette histoire. En tant qu’adulte, je regrette tout de même qu’Elsa, la petite fille de Dounia, ne soit qu’un prétexte. Elle n’est présente qu’au début et à la fin du récit. Je n’ai pas aimé non plus la façon dont sont dessinés les personnages. Ils ont tous une tête proportionnellement beaucoup plus grosse que le reste du corps.

Il n’en reste pas moins que L’enfant cachée est un très bon livre pour permettre aux enfants de comprendre une période de l’histoire si difficile, sans pour autant les choquer avec des détails ou des images sordides. 

Edit du 28 mai : voici le commentaire posté par Loïc Dauvillier suite à ce billet. Vous trouverez ma réponse dans les commentaires.

Bonjour,
Je suis Loîc, le scénariste de la bande dessinée.
Merci pour votre lecture et votre note.
Pour Elsa, certes, nous aurions pu lui donner plus d’ampleur dans cette histoire mais ce n’est pas le sujet. Elsa n’est pas un prétexte. Comme bien souvent, les personnes dans la situation de Dounia ont gardé le silence. Elles n’ont pas parlé à leurs enfants. Il a fallu une génération pour pouvoir libérer la parole. Ceci explique l’importance de la place d’Elsa dans cette histoire.
Développer le personnage d’Elsa, ce serait s’intéresser à sa réaction vis à vis de la confidence de sa grand-mère. Ce n’est pas le sujet.
Pour le graphisme… on pourrait croire que l’utilisation des grosses têtes (et donc des petits corps) n’a qu’un sens esthétique. Ce n’est pas le cas. Nous nous adressons à des enfants. Notre intention est de travailler sur l’humain. Par le dessin, nous devons réussir à faire passer les émotions. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. L’enfant doit immédiatement comprendre le sentiment du personnage. En maternelle, on apprend aux enfants à lire sur le visage les émotions… On sait que la position des yeux et de la bouche nous indique clairement ce que ressent la personne en face de nous.
En partant de ce postulat, il nous a semblait évident que le graphisme devait mettre en évidence les yeux et la bouche…. le meilleur moyen est de les mettre bien en évidence par une augmentation de la dimension.
Marc Lizano n’a rien inventé. C’est une technique qui se pratique dans de nombreuses bande dessinée comme peanuts (snoopy).

loïc

DAUVILLIER, Loïc, LIZANO, Marc, SALSEDO, Greg, L’enfant cachée, Le Lombard, 2012.

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