Moro-sphinx – Julie Estève

Moro-sphinx Julie Esteve

Ne vous fiez pas à cette belle photo de Julie Estève sur la première de couverture. Ce roman est tout sauf joyeux ou lumineux ! Il raconte l’histoire de Lola, une jeune femme paumée depuis le décès de sa mère, la longue descente de son père vers l’enfer de l’alcoolisme et la rupture amoureuse sur laquelle elle n’arrive pas à tirer un trait.

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Avant que naisse la forêt – Jérôme Chantreau

avant-que-naisse-la-foret-jerome-chantreauAlbert, marié et père d’une enfant, vient de perdre sa mère. De retour dans la maison familiale pour organiser les obsèques, il est envahi par une espèce de léthargie, un besoin de contempler et de laisser le temps se dilater. La propriété, située dans la Mayenne et isolée au milieu de plusieurs hectares de forêt, est propice à la solitude. Il passe de longues heures au milieu des arbres et des animaux sauvages, cherchant plus ou moins cet ermite qui, selon la légende, vivrait ici.

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Le pays qui te ressemble – Fabrice Colin

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Jude et Lucy sont jumeaux. Agés de 15 ans, ils viennent de perdre leur mère et vivent avec Noël, leur père. Ce dernier est fan des Beatles et impose à ses enfants des séances régulières de « cours » sur son groupe favori. Il essaie de surmonter son désespoir comme il peut mais s’en sort plutôt mal. Jude, lui, s’est refermé sur lui-même et se révèle incapable d’exprimer ses sentiments. Quant à Lucy, elle rencontre régulièrement une psy pour faire plaisir à son père mais sait pertinemment que ces séances ne servent à rien. Comment continuer à vivre lorsque l’on vient de perdre sa mère, sa femme, de manière aussi soudaine ? Continuer la lecture de « Le pays qui te ressemble – Fabrice Colin »

Refuges – Annelise Heurtier

Mila, une jeune italienne, vient passer ses vacances avec ses parents à Lampedusa, l’île de son enfance. Depuis qu’elle a perdu son frère et que sa mère a sombré, la famille n’est jamais revenue dans ce lieu paradisiaque. Mila se souvient des bons moments passés en compagnie de sa grand-mère et espère retrouver un peu de bien être et de sérénité sur l’île.

Ses parents ont décidé de donner un coup de neuf à la maison en repeignant les murs. Pour elle, pas question de rester avec eux, l’ambiance est bien trop triste. Elle préfère parcourir l’île à vélo, seule, s’arrêtant ici où là au grè de ses envies.

Par l’intermédiaire d’une connaissance commune, Mila rencontre Paola, une jeune fille de son âge qui travaille sur l’île tous les étés. Cette dernière a l’air heureuse, épanouie et sûre d’elle. Mila aimerait bien être pareille.

Parallèlement à l’histoire de cette adolescente, on découvre celles de migrants ayant fuit l’Erythrée pour rejoindre l’Europe. Lampedusa est un endroit tristement connu aujourd’hui en raison de sa situation géographique stratégique pour ceux qui espèrent une vie plus décente sur le vieux continent. A l’époque où ce déroule cette fiction, en 2006, les médias en parlaient encore peu.

Les jeunes hommes dont il est question ici ont une rage de vivre incroyable et sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Ont-ils vraiment d’autres choix ? La vie qu’ils mènent depuis leur naissance dans la Corne de l’Afrique n’en est pas une…

Comment l’histoire de Mila et celle de ces migrants se rejoignent-elles ? Il vous faudra lire ce magnifique roman jusqu’aux dernières lignes pour le savoir et comprendre pleinement son titre, Refuges.

Le personnage de Mila est attachant. Pleine de doutes et de désespoir, on la voit évoluer et s’interroger au fil des pages jusqu’à ce qu’elle trouve enfin son chemin. Quant aux autres personnages, les migrants, ils sont plus nombreux et leurs trajectoires sont moins détaillées mais elles sont évoquées avec pudeur et on en sait suffisament pour imaginer le reste.

J’ai été envoûtée du début à la fin par cette histoire de vie remplie de sensibilité et d’empathie. On referme le livre le sourire aux lèvres et le coeur rempli d’espoir malgré le sujet extrêmement difficile.

« Ugo a arrêté de se détruire, parce qu’il n’espère plus de choses impossibles. Il a compris, nous avons compris, que la seule issue que l’ont ait, c’est de faire avec. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille se résigner, ou faire comme si ça n’existait pas. On fait ce qu’on peut faire avec nos moyens. » p. 222

HEURTIER, Annelise, Refuges, Casterman, 2015.

Danser les ombres – Laurent Gaudé

Lucine habite à Jacmel, en Haïti. Célibataire, elle tient une échoppe dans la rue Veuve. Elle s’ocuppe aussi de son neveu et sa nièce, Georges et Alcine, avec sa soeur aînée.La vie est dure. La mère des enfants court les hommes et ne s’est jamais vraiment occupée d’eux. Elle décède dès le début du roman, emportée par ses démons.

Lucine part alors à Port-au-Prince pour annoncer le décès au père de Georges et lui demander de l’argent. Elle se rend rapidement compte qu’elle ne quittera plus cette ville dans laquelle elle se sent si bien. Thérèse s’occupera des enfants. Elle ne veut plus se sacrifier pour les autres. Elle veut enfin penser à elle.

Saul vit à Port-au-Prince. Enfant illégitime, il a été malmené par la vie et a du mal à se trouver, à faire ses propres choix. Médecin raté, il vit dans l’ombre de la famille de son père. Il se rend régulièrement dans une ancienne maison close pour se réunir avec un groupe d’amis. Là, il joue aux dominos, discute et refait le monde. La vie est presque agréable.

Autour de ces deux personnages principaux, gravitent tout une galerie de personnages secondaires. Matrak, l’ancien tortionnaire devenu chauffeur de Taxi. Le vieux Tess qui tient la maison Fessou. Le facteur Sénèque qui retarde parfois la distribution du courrier pour apporter les bonnes nouvelles au bon moment. Ti Sourire l’infirmière. Ou encore Lily, venue vivre les dernières heures de sa vie en Haïti contre l’avis de sa mère.

Le jour où la terre se met à trembler, elle avale tout. La ville s’écroule tel un château de cartes. Les survivants sont anéantis. Qui est vivant ? Qui est mort ? On ne le sait même plus. Les esprits et les ombres sont omniprésents et se mêlent à la vie.

Roman choral, Danser les ombres propose une galerie de personnages dont l’instinct de vie est plus fort que tout. Ils dégagent cette force incroyable qui fait qu’on est parfois capable de déplacer des montagnes pour affronter le pire.

Cette atmosphère envoûtante dans laquelle l’amitié, l’amour, la haine, la vie et la mort se côtoient colle à la peau. Une large place est accordée à la culture locale : les démons, les monstres, les vaudoux font partie de la vie. Il faut donc accepter de se laisser emporter par cette histoire qui prend parfois des allures un peu surnaturelles.

Laurent Gaudé rend ici un magnifique hommage à Haïti et à ses habitants. On referme le livre en se disant que, si la vie est bien triste et cruelle, elle est aussi plus forte que tout.

GAUDÉ, Laurent, Danser les ombres, Actes Sud, 2015.

L’accident – Agnès Aziza

Ce livre circule de mains en mains dans le CDI du collège où travaille Noukette. J’ai donc décidé de l’acheter pour mes trolls mais avant de le mettre en rayon, j’ai eu envie de le lire. Comme j’avais noté le titre depuis longtemps, je ne me suis pas méfiée, je l’ai ouvert dans la salle d’attente du dermato. Où est le problème, me direz vous ? Et bien, quand on se met à pleurer comme une madeleine, il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que le médecin ait un peu de retard et nous laisse le temps de sécher nos larmes…

La première de couverture met tout de suite le lecteur dans l’ambiance : « Aujourd’hui j’ai quinze ans trois jours et vingt heures comme mon frère le jour de l’accident« . Et la quatrième n’est pas mieux : « ça parle de mort et les adultes ne veulent jamais en parler« .

Vanessa, la narratrice, raconte l’accident de scooter de son frère Henri. Les chamailleries le matin au petit-déjeuner, le départ d’Henri sur son deux roues, l’interro d’anglais pendant laquelle elle a soudainement ressenti comme un coup dans la poitrine, le surveillant qui est venu la chercher en français, son père dans le bureau du CPE qui tente de lui faire comprendre que son frère vient d’avoir un accident et n’avait pas attaché son casque, l’état d’hébétude, l’attente à l’hôpital puis l’annonce de la terrible nouvelle.

Les 50 pages de ce roman sont un véritable coup de poing. On a l’impression d’y être, de partager les émotions, le ressenti et le malheur de la narratrice. C’est terrible. Je ne sais pas si je pourrai conseiller ce livre. Je vais le mettre sur le présentoir des nouveautés et puis, on verra. Le sujet est sensible. Cette année, une élève a perdu sa soeur dans un accident de scooter. Il y a vingt ans, c’est une de mes copines de hand qui a fini ses jours sous les roues d’un camion.

Même si on n’a pas été touché de près par un tel drame, on ne peut pas rester insensible aux sentiments de la narratrice. L’adolescence est un âge où l’on se croit immortel. L’accident rappelle aux jeunes le contraire. Sans tabou. Sans trop en faire non plus. Juste avec une histoire cruellement parlante.

AZIZA, Agnès, L’accident, Grund, 2011.

Un endroit où se cacher – Joyce Carol Oates

C’est connu, je suis influençable ! Alors, à force d’entendre parler de Joyce Carol Oates sur les blogs et d’Un endroit où se cacher en particulier, j’ai craqué. En plus, cette jolie couverture me faisait de l’oeil sur les rayonnages de la médiathèque. Elle donne envie, non ?

Jenna, 15 ans, est une ado au caractère bien trempé qui vit seule avec sa mère depuis que son père les a quittées pour aller vivre avec une autre femme. Elle se réveille un jour sur un lit d’hôpital, droguée pour ne pas souffrir. Victime d’un accident de voiture, ses blessures sont graves et nombreuses. Sa mère, qui était au volant, est décédée. Qu’est-ce qui s’est passé ? L’adolescente ne s’en souvient que très confusément. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle se sent responsable de la mort de sa mère.

Le père de Jenna lui propose de venir vivre avec lui et sa nouvelle famille mais la jeune fille refuse. Elle préfère aller chez sa tante maternelle et son oncle qui font tout ce qu’ils peuvent pour l’aider. Pourtant, Jenna s’enferme dans son malheur. Elle est en guerre contre tout le monde, devient accro à la drogue et passe son temps avec des jeunes pas très fréquentables avec lesquels elle fait pas mal de bêtises. Le chemin vers la guérison est long et semé d’embûches.

Résumer ce roman à la vie d’une jeune fille victime d’un accident de voiture qui perd sa mère et éprouve de grosses difficultés à faire son deuil serait une erreur. Joyce Carol Oates rend son héroïne attachante si bien que, dès les premières pages, le lecteur est en empathie avec Jenna. Ses sentiments et son mal être sont décrits avec talent. On se sent proche de cette jeune fille. On a envie de lui tendre la main. Les difficultés auxquelles elle doit faire face sont bien entendu liées au deuil mais elles sont également en lien avec ce que peut vivre n’importe quel adolescent mal dans sa peau.

Le roman n’est pas triste car Jenna est touchante et son histoire se termine sur une lueur d’espoir. L’adolescence est la période de tous les possibles et l’auteur a su faire d’Un endroit où se cacher un beau roman d’apprentissage.

OATES, Joyce Carol, Un endroit où se cacher, Albin Michel, 2010.

Le silence – Jean-Guy Soumy

Quand Jessica apprend le suicide de son mari, un célèbre mathématicien de renommée internationale, toutes ces certitudes s’effondrent. Celui-ci s’est tiré une balle dans une modeste chambre d’hôtel sans laisser aucune explication. Pas de lettre, pas d’indices dans sa vie de tous les jours qui auraient pu permettre de déceler un problème. Jessica en veut à Alexandre d’avoir fait voler en éclat leur bonheur familial. Phil, leur fils aîné qui est également mathématicien, ne comprend pas lui non plus. Quant à Lewis, le cadet qui est autiste, il est toujours enfermé dans son monde.

Jessica veut trouver des explications et entreprend de trier un à un les papiers de son mari. Au milieu de raisonnements mathématiques auxquels elle ne comprend absolument rien, elle tombe sur deux poèmes d’Armand Robien, cet auteur sur lequel elle travaille depuis longtemps et pour lequel son mari ne montrait pas vraiment d’intérêt. Elle trouve aussi l’original d’une photo de ses beaux-parents et découvre que le cliché qu’elle connaît depuis toujours a été retouché. Cela lui met la puce à l’oreille. Petit à petit, elle remonte la piste du passé d’Alexandre et découvre que son mari n’était pas tout à fait celui qu’elle croyait.

Je ne veux pas vous en dire plus sur ce passé caché mais sachez que j’ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre. Je m’étonne d’ailleurs de ne pas en avoir entendu parler plus que ça. Il est sorti début 2013 et semble être passé inaperçu. Dommage, vraiment !

Jessica est un personnage touchant qui voit voler toutes ces certitudes en éclat lorsqu’elle comprend que l’homme qu’elle aimait depuis des années lui mentait. Pire encore, en dissimulant son passé à tout le monde, c’est son honneur et celui de la famille qu’il a mis en jeu. Bien entendu, elle est en colère mais elle essaie aussi de comprendre les choses et d’aider ses fils à aller mieux. L’amour et l’attention qu’elle apporte à Lewis notamment est très touchant. Ce dernier est autiste et sa réaction face à la mort de son père est étonnante. Finalement, n’est-ce pas lui le plus clairvoyant de la famille ?

Antigone a été conquise elle aussi.

SOUMY, Jean-Guy, Le silence, Robert Laffont, 2013

Veuf – Jean-Louis Fournier

C’est par un dimanche après-midi pluvieux que j’ai découvert Jean-Louis Fournier. Où on va papa ?, son précédent roman, ne me tentait pas vraiment mais Leiloona et Lucie ont su me donner envie de lire Veuf.

Le thème n’est pas très gai. Le narrateur vient de perdre sa femme et se retrouve tout seul. Il se rend compte du bonheur perdu et se remémore les bons souvenirs.

Avec un sujet si triste et la pluie et les rafales de vent qui faisaient un bruit du tonnerre pendant que je lisais ce livre, j’avais un peu peur d’avoir le cafard ! Mais cela n’a absolument pas été le cas. Le narrateur sait prendre de la distance par rapport à la situation et son humour, omniprésent, rend l’histoire agréable. C’est finalement un roman plein de tendresse et d’amour qui est proposé au lecteur.

Veuf ne me laissera pas un souvenir impérissable -je l’aurai sans doute oublié d’ici quelques jours- mais j’ai tout de même passé un agréable moment de lecture.

FOURNIER, Jean-Louis, Veuf, Stock, 2011.

Le sablier 1 – Hinako Ashiharao

Depuis le divorce de ses parents, An a quitté Tokyo pour aller vivre avec sa mère chez ses grands-parents, à la campagne. La jeune fille aimait la ville et a beaucoup de mal à se faire à sa nouvelle vie. Elle n’a pas de copains, sa grand-mère est méchante et sa maman ne va pas bien du tout. Heureusement, elle fait la connaissance de Daigo, une jeune garçon du village, qui va l’aider à surmonter les difficultés qu’elle rencontre.

Un premier tome très prometteur. Les rebondissements sont nombreux et An grandit très vite dans sa tête. Il faut dire que le vie ne l’épargne pas et qu’elle n’a pas trop le choix. A la fin de cet épisode, elle échange son premier baiser. Mais l’amour n’est pas le principal propos de ce shojo. Suicide, deuil, solitude, questionnement personnel : les sujets abordés sont très sérieux. Du lourd et du plus léger, c’est un vrai régal ! J’espère que les 9 tomes suivants sont aussi bien !

ASHIHARA, Hinako, Le sablier 1, Kana, 2009.

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