Allah est grand la République aussi – Lydia Guirous – Lu par Delphine Alvado

Lydia Guirous est d’origine kabyle. Elle arrive en France à l’âge de six ans et vit pendant de nombreuses années avec sa famille à Roubaix. Volontaire et déterminée, elle travaille d’arrache-pied pour réussir sa scolarité. Elle est d’ailleurs diplômée d’une grande école. Aujourd’hui âgée d’une trentaine d’années, elle est porte-parole du mouvement Les républicains de Nicolas Sarkozy.

Ce rapide portrait me paraît indispensable pour mieux comprendre Allah est grand la République aussi. Lydia Guirous y raconte sa vie et son intégration à la société française. Profondément laïque, elle porte un regard sans complaisance sur le communautarisme, le port du voile, la discrimination positive, la radicalisation de certains quartiers, l’atteinte portée au droit des femmes, la double culture ou encore l’hypocrisie de l’école, des hommes politiques et de la société française en général.

Le regard de Lydia Guirous est intéressant, notamment en raison de ses origines qui lui permettent de tenir des propos que quelqu’un d’autre ne pourrait pas avoir. Ses pensées interpellent et elle prend clairement des risques dans ce livre. Qualifiée de collabeur par certains de ceux qui partagent ses origines, elle a reçu des menaces de mort. On ne peut que louer son courage, encore plus dans le contexte actuel.

Cependant, je n’ai pas apprécié son ton très sûr d’elle, renforcée par l’interprétation de Delphine Alvado dans la version audio. Lydia Guirous a eu la chance d’être élevée dans une famille qui lui a inculqué des valeurs et elle semble avoir une force de caractère assez extraordinaire. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Si on l’écoute, la solution à de nombreux problèmes réside dans la fermeté. Personnellement, je suis persuadée que ce n’est pas si simple que cela.

Je ne connais pas la vie dans les quartiers ni le milieu musulman. Ce que j’en sais, c’est ce qu’on veut bien nous dire dans les médias. Il m’est donc difficile d’argumenter face aux propos de Lydia Guirous. Par contre, je connais très bien le milieu scolaire pour y travailler tous les jours. Alors, quand elle prône l’uniforme et le vouvoiement, je ne suis pas du tout d’accord.

Dans le contexte actuel, il est encore plus important de réfléchir sur les questions soulevées par Lydia Guirous. Si je ne partage pas toutes ses idées et encore moins ses opinions politiques, j’ai cependant trouvé son livre intéressant pour la réflexion qu’il propose.

L’avis de Sylire.

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Enna.

GUIROUS, Lydia, ALVADO, Delphine, Allah est grand la République aussi, Sonobook, 2015.

Kotchok : Sur la route avec les migrants – Claire Billet et Olivier Jobard

A l’heure où je lisais les dernières pages de Kotchok, sur la route des migrants des fondamentalistes commettaient des attentats faisant 129 morts à Paris. Je n’avais pas prévu de publier une chronique sur ce livre tout de suite mais aujourd’hui il me paraît important de le faire.

Des réactions entendues ici ou là me font froid dans le dos. Céder à l’obscurantisme et à la peur de l’autre est la pire des solutions. Ce que nous avons vécu vendredi dernier, des hommes et des femmes comme vous et moi le vivent tous les jours. Il n’y a pas besoin de plus d’explications pour comprendre pourquoi ils veulent fuir leur pays.

En 2013, la journaliste Claire Billet et le photographe Olivier Jobard ont suivi la route des plusieurs migrants, de l’Afghanistan jusqu’à la France, se faisant passer eux mêmes pour des clandestins auprès des passeurs. Un petit précision, je trouve que le terme de migrant, utilisé dans ce livre et dans les médias en général, n’est pas adapté à la situation. On peut être migrant sans être clandestin et employer le terme de migrant est à mon sens une façon de minimiser la réalité sans forcément que cela soit intentionnel.

Kotchok, sur la route des migrants retrace les 12 000 kilomètres parcourus et les 6 frontières traversées clandestinement par cinq hommes qui ont fuit leurs pays. Ils mettront presque 120 jours pour relier Kaboul à Paris, entassés dans des véhicules, à marche forcée dans la montagne ou encore sur la mer, dans une embarcation de fortune.

Le plus long, ce sont les heures passées dans les planques à attendre le signal du passeur pour avancer. Les tensions sont croissantes au fil des jours, notamment avec les deux journalistes qui achètent un sandwich à leurs compagnons de route de temps en temps et se sont engagés à les aider dans les démarches administratives une fois en France mais se refusent à faire plus, éthique oblige.

Au delà du parcours de ces hommes pendant les 120 jours, Claire Billet et Olivier Jobard nous livre des informations essentielles pour comprendre les raisons de leur fuite et leur culture. En refermant ce livre, comment ne pas penser qu’à leur place on ferait sans doute pareil ? Comment ne pas ressentir de l’empathie pour ces personnes pour qui l’hospitalité est un honneur et qui ne peuvent pas comprendre qu’en Europe toutes les portes leur sont fermées ?

Les photos prises Olivier Jobard et par certains clandestins eux même apportent un vrai plus aux propos de Claire Billet. Certaines pourraient même se passer de mots tellement tout est dit.

Un livre essentiel à mettre entre toutes les mains.

BILLET, Claire, JOBARD, Olivier, Kotchok : Sur la route avec les migrants, Robert Laffont, 2015.

Les enfants chancelants : La vie, par-delà la dyslexie

La dyslexie, quand on est prof, on y est confronté au quotidien. Pourtant, on ne sait pas toujours comment faire pour aider les enfants porteurs d’un trouble du langage écrit. J’ai passé le concours de professeur documentaliste il y a une quinzaine d’années et, si j’en ai entendu parler, je n’ai jamais eu de formation sur ce sujet. Dans ces cas là, il ne reste plus qu’à se former par soi-même !

Les enfants chancelants est un ouvrage de vulgarisation qui permet de comprendre ce qu’est la dyslexie et ce que peuvent ressentir ces enfants qui sont capables de réussir aussi bien que les autres si on leur en donne les moyens. Il propose également des solutions simples pour les aider.

Marianne Chatriot, l’auteur, est pédiatre dans un service spécialisé dans les troubles du langage et de l’apprentissage. Elle explique la dyslexie en proposant des exemples concrets et avec des mots simples. Comment apprend-on à lire ? Quelles sont les conséquences de la dyslexie sur les apprentissages ? Comment peut-on apprendre quand on est dyslexique ? Ce sont des questions auxquelles l’auteur tente d’apporter des réponses.

Les enfants chancelants s’intéresse aux enfants et pas uniquement aux élèves. En tant qu’enseignant, nous avons bien entendu face à nous des élèves mais nous avons trop souvent tendance à oublier que ce sont aussi des enfants et des êtres humains. Mieux les comprendre c’est se donner le moyen de mieux les aider. Ce n’est pas évident lorsqu’on a en face de soi une classe entière et des niveaux hétérogènes allant de l’élève intellectuellement précoce à celui en difficulté mais je suis persuadée qu’il n’y a que de cette manière que nous pourrons aider nos élèves -dyslexiques ou pas, en difficulté scolaire ou pas- à réussir et à mieux vivre leur scolarité.

L’ouvrage de Marianne Chatriot s’adresse aussi bien aux enseignants qu’aux parents, aux éducateurs ou encore aux professionnels de santé. C’est une première approche très intéressante et pleine d’optimisme car l’auteur montre bien qu’on peut réussir en étant dyslexique. Le seul reproche que je lui ferais est l’absence de bibliographie à la fin pour ceux qui souhaitent aller plus loin !

CHATRIOT, Marianne, Les enfants chancelants : La vie, par-delà la dyslexie, Le pommier, 2015

Baumes – Valentine Goby

Dans ce court récit autobiographique, Valentine Goby revient sur les odeurs qui l’entourent pendant toute son enfance et sur sa relation avec son père.

Ce dernier travaille dans un usine de parfumerie à Grasse. Les odeurs des essences sont imprégnées sur ses vêtements et dans la maison familiale. Elles saturent l’air, il est impossible de s’en séparer et cela insupporte Valentine au point de la rendre malade.

Son père incarne l’autorité et l’ennui, en opposition au monde maternel beaucoup plus chaleureux et joyeux. Quand il rentre à la maison, l’ambiance n’est plus la même. Petite, elle souffre de son absence et du manque d’intérêt qu’il lui porte. 

Adolescente, Valentine Goby décide de se libérer de son influence trop pesante en choisissant son propre parfum et sa propre trajectoire.

Le roman de Patrice Suskind, Le parfum, est pour elle un révélateur. Elle se rend compte que l’on peut susciter des émotions et des sensations avec des mots, de la même manière qu’on peut le faire avec un parfum. Pas besoin de nommer la peur ou l’angoisse pour que le lecteur l’éprouve. Ceux qui ont lu ses romans comprendront très bien de quoi elle veut parler.

Avec le temps, Valentine Goby construit sa propre vie et tente de se réconcilier avec son père.

Le texte, lu par l’auteur, est à la fois poétique, profond et sensuel. Il mériterait presque une deuxième lecture pour mieux comprendre les parallèles, parfois métaphoriques, que Valentine Goby fait entre les odeurs, l’écriture, ses choix de vie et les relations qu’elle entretient avec son père.

A découvrir sans hésiter.

GOBY, Valentine, Baumes, CDL Editions, 2015.

Les enfants du monde – Delphine Badreddine

Ouvrir les yeux des enfants sur le monde qui nous entoure, sur d’autres cultures, d’autre façons de vivre me paraît indispensable pour former l’adulte de demain. Les enfants du monde est un petit livre documentaire qui permet de découvrir la vie quotidienne des enfants partout dans le monde. Il est idéal pour les enfants de 5-6 ans et a beaucoup de succès à la maison.

Quatre chapitre sont proposés : le cadre de vie, les occupations, la fête et les droits des enfants. Le jeune lecteur découvre donc la yourte mongole, la façon de se dire bonjour au japon, le travail des enfants dans certains pays, le Ramadan ou encore les spécialités culinaires issues de différentes régions du monde. Chaque double page est consacrée à une thématique et permet d’engager le dialogue avec l’enfant. Les questions sont nombreuses tant les informations proposées sont variées et différentes de ce que l’enfant connaît.

Au début du livre, une carte permet de situer son propre pays et ceux dont il est question au fil des pages. L’approche de la géographie qui est proposée ici est donc vraiment concrète.

Ce livre fait partie de la collection « Mes premières découvertes » chez Gallimard jeunesse. Pour ceux qui connaissent, sachez que de nouveaux titres sont publiés en ce moment et qu’ils ont pris un sacré coup de jeune ! Les pages transparentes qui permettent de voir l’envers ou l’intérieur des choses sont toujours là mais les illustrations sont plus modernes et la présentation plus agréable.

Un livre indispensable pour toutes les bibliothèques d’écoles et les médiathèques mais aussi pour ceux qui souhaitent voir leur enfant s’ouvrir aux autres.

BADREDDINE, Delphine, Les enfants du monde, Gallimard jeunesse, 2014.

Le vrai lieu – Annie Ernaux

Le vrai lieu est la retranscription d’entretiens entre Annie Ernaux et Michelle Porte pour le réalisation d’un film documentaire diffusé à la télévision en 2013. Ces interviews ont eu lieu dans les lieux de la jeunesse de l’écrivain (Yvetot, Rouen) mais aussi dans celui de sa vie actuelle (Cergy).

L’auteur revient sur certains de ses livres et explique longuement son rapport à l’écriture. Ses propos permettent de mieux comprendre l’ensemble de son oeuvre ainsi que les liens entre sa vie privée et ses romans.

 « J’ai cette certitude que les choses qui m’ont traversées ont traversé d’autres gens. ça me vient de la lecture, du fait que dans la littérature j’ai trouvé des choses pour moi. » p.74

« La littérature n’est pas la vie, elle est ou devrait être l’éclaircissement de l’opacité de la vie. » p. 84

Le vrai lieu est un texte que je ne conseillerais pas à ceux qui ne sont pas familiers de l’auteur. Pour ma part, je ne connais pas tous ses livres -elle en a écrit une vingtaine environ- mais presque tous ceux que j’ai lus m’ont marquée parce que, comme elle le dit très justement, j’y « ai trouvé des choses pour moi« . Je n’expliquerai pas lesquelles ici, ce serait trop long et surtout trop intime mais il y a une certaine connivence entre ce qu’elle écrit et que je ressens.

Annie Ernaux a l’art de pointer du doigt ce qui fait mal et de mettre des mots justes sur des sentiments inavoués ou inavouables. Les textes qui m’ont le plus touchée sont d’ailleurs ceux dans lesquels elle raconte son enfance, son adolescence puis sa vie de jeune adulte. Là ou certains lecteurs ne voient que de la noirceur, je ne vois que vérité et lucidité.

ERNAUX, Annie, Le vrai lieu, Gallimard, 2014.

Comme on respire – Jeanne Benameur

Je crois que ce livre fait partie des pépites qui ont tellement marqué Noukette qu’elle aime l’offrir autour d’elle. Et Comme la demoiselle est généreuse, j’ai eu la chance de le recevoir dans le colis que j’ai « gagné » à l’occasion de l’anniversaire de son blog.

Autant le dire tout de suite, je l’ai lu trois fois de suite tellement les mots de Jeanne Benameur sont justes. En 36 pages, elle parle de son rapport à la lecture, à l’écriture, à la vie. Elle réussit à toucher le lecteur de manière intime. En lisant ce texte, on comprend mieux l’auteur mais on se comprend mieux soi-même également. L’écriture est très poétique. Les phrases sont courtes, minimalistes parfois. En peu de mots, l’essentiel est dit.

Je ne sais pas si, un jour, j’oserai vraiment écrire (pour moi, hein, je n’ai pas la prétention de devenir écrivain !). Jeanne Benameur, le dit clairement ici : quand on écrit, on se livre. Et il y a certaines choses qui sont vraiment de l’ordre de l’intime. Pour être franche, la réaction de mes proches me fait peur. Comment vont-ils interpréter mes mots ? Ne vont-ils pas souffrir de certaines choses qu’ils prendront, à tort ou à raison, pour eux. Car une chose est sûre, quand j’ai essayé d’écrire, ce sont des choses que j’ai observées autour de moi qui sont sorties. Ce n’est jamais de l’imagination pure.

Mon exemplaire est plein de pages cornées. Je vous livre ici quelques unes des phrases qui m’ont touchée :

« A chaque texte je fais connaissance un peu plus. Je me transforme. Comme la falaise découpée par les vagues, ruinée parfois par la tempête, je me cisèle. » p.25

« Dans une classe, une jeune homme écrit : « Ma plus grande peur, c’est de mourir dans la vie. » Je me reconnais. Je nous reconnais tous.

Restons vivants dans nos vies. S’il vous plaît.

Les livres sont faits pour ça. La littérature est là pour ça. » p. 29

« Je n’ai pas les épaules larges, moi. Je sais que le chemin que j’ouvre dans mes livres est étroit mais c’est le mien. Aujourd’hui, à chaque texte j’écarte un peu plus les bras. J’essaie. C’est comme ça que ma vie vaut la peine. Pas autrement. » p.33

« Ce sont les livres qui m’ont ouverte.

Je survivais. Dans le creux des murs. Dans le sillon du plâtre qui se délite. J’avais si peur. De tout.

Je survivais. J’ai pu vivre.

C’est dans les livres que j’ai pu vivre d’abord. Sans peur. » p.32

BEAMEUR, Jeanne, Comme on respire, Thierry Magnier, 2011.

Regarde les lumières mon amour – Annie Ernaux

Dernier livre d’Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour est le récit des visites de l’auteur dans l’immense hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines de Cergy pendant un an. Elle y raconte ses impressions, observe les gens qui l’entourent et la société de consommation.

Le supermarché est l’endroit dans lequel toutes les couches de la population se croisent. On peut y observer l’attitude des consommateurs et obtenir ainsi des indices sur leur personnalité. En regardant dans leur caddie, c’est leur niveau de vie qu’on peut deviner.

Le supermarché est aussi le symbole de la société de consommation. Tout est fait pour faire le maximum de profits, au détriment des être humains bien entendu. Et qu’on le veuille ou non, nous sommes captifs. Nos moyens de résistance sont très limités.

Annie Ernaux est un auteur que j’aime beaucoup. Beaucoup des ses romans m’ont touchée de manière très intime et m’ont marquée pour longtemps je pense. J’avoue que cette fois-ci, son livre ne me laissera pas un souvenir impérissable. Ses observations sont certes intéressantes mais on ne voit pas vraiment où elle veut en venir. Elle ne porte aucun jugement et analyse avec beaucoup de distance le monde qui l’entoure. Le problème c’est peut-être finalement que ce dont elle nous fait part, on l’a tous déjà constaté ou presque. Et le texte n’apporte rien de plus.

Pour Aifelle, c’est un vrai coup de coeur. Mirontaine a apprécié elle aussi. J’aurais aimé ressentir la même chose qu’elles….

Quelques extraits :

« Dans le monde de l’hypermarché et de l’économie libérale, aimer les enfants, c’est leur acheter le plus de choses possibles. » p.28

« Le journal municipal m’apprend que 130 nationalités sont présentes sur l’ensemble du territoire de Cergy. Nulle part ailleurs elles ne se côtoient autant qu’au centre commercial des Trois-Fontaines, à Auchan. » p.38

« L’hypermarché contient environ 50 000 références alimentaires. Considérant que je dois en utiliser 100, il en reste 49 900 que j’ignore. » p.50

Ernaux, Annie, Regarde les lumières mon amour, Seuil, 2014.

Ils ont fait le tour du monde : 32 portraits de blog-trotters – Sandrine Mercier et Michel Fonovich

Vous avez peut être rêvé un jour de tout plaquer pour partir faire le tour du monde. Ce livre propose 32 portraits de globe-trotters qui ont osé le faire. Seul, en couple, entre amis ou en famille, à vélo, à cheval, en moto, sur un voilier, en camping-car ou en utilisant les transports en commun, avec de gros ou de très petits budgets, ils sont partis à la découverte de notre planète. Une fois leur décision prise, il leur a fallu quitter leur travail, trouver de l’argent, décider d’un itinéraire et surtout bien préparer le voyage. Souvent, cela prend plusieurs mois. Et ensuite, place à l’aventure -et surtout pas aux vacances, tous s’accordent pour le dire-.

Tous ces portraits me laissent assez admirative. Il en faut du courage pour oser quitter son travail et le confort d’une vie sédentaire pour partir vers l’inconnu. Et encore plus quand on a des enfants comme c’est le cas de quelques familles présentées dans ce livre. Vous vous imaginez, vous, partir pour trois ans autour du monde, vous rendre compte que vous êtes enceinte en Nouvelle-Zélande, traverser l’Asie du Sud-Est en sac à dos avec votre mari et vos deux enfants, puis les Andes sur une route cahoteuse et enfin donner naissance à une petite fille dans une clinique allemande au Chili ? C’est ce qu’à fait Isabelle Lebourg…

Michel, lui, part seul sur son tricycle et compte boucler son tour du monde en quatre-vingt mois. Retraité, il aime faire des rencontres. Celles-ci sont facilitées par son vélo atypique qui attise la curiosité. Il rentre de temps en temps en France pour voir grandir ses petits-enfants mais ne reste jamais bien longtemps chez lui.

Sarah échange un sourire contre des places gratuites de concerts ou de grands évènements sportifs et ça fonctionne ! Elle a ainsi vu Coldplay à Rio de Janeiro, U2 à Moscou, Éric Clapton à Bangkok ou la finale de la coupe du monde de foot en Afrique du Sud.

Lou et Christophe ont parcouru l’Europe avec un triporteur et un piano pour donner des concerts dans des endroits improbables.

Maria et Gilles ont fait du parapente un peu partout sur la planète.

Et je pourrais continuer la liste pendant un moment encore mais je préfère vous laisser le plaisir de la découverte. Le seul défaut de ce livre, c’est que les portraits sont un peu courts et qu’on a envie d’en savoir plus. Mais la très grande majorité des 32 globe-trotters ont un blog, ce qui permet au lecteur d’assouvir sa curiosité s’il le souhaite. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait, vous vous en doutez bien !

MERCIER, Sandrine, FONOVICH, Michel, Ils ont fait le tour du monde : 32 portraits de blog-trotters, De la martinière, 2013.

Retour à Yvetot – Annie Ernaux

En octobre 2012, Annie Ernaux est retrournée à Yvetot, la ville de son enfance et de son adolescence, pour la première fois en tant qu’écrivain. Jusqu’à cette date, elle avait toujours refusé les invitations parce que le rapport qu’elle entretient avec cette ville est très particulier et intimement lié à son travail d’écriture. Retour à Yvetot est le texte de la conférence qu’elle a donné devant 500 personnes ce jour-là. Il est suivi de photos personnelles de l’auteur, d’un entretien avec Marguerite Cornier et des questions du public.

Retour à Yvetot m’a permis de comprendre encore mieux l’oeuvre de l’auteur. Sa façon d’envisager l’écriture notamment et aussi tout ce qui touche aux sentiments qu’elle éprouve vis à vis de son milieu d’origine. Quelle pertinence et quelle clarté d’analyse ! C’est vraiment remarquable !

Je me retrouve souvent dans ce qu’elle dit, même si je ne suis pas de la même génération. Je ne peux pas expliquer pourquoi ici, c’est trop intime, mais disons que mon parcours ressemble un peu au sien. Beaucoup des sentiments qu’elle expose, des remarques qu’elle fait sur le monde qui l’entoure me parlent et me font réfléchir. Lire ses livres est même parfois difficle car cela remue pas mal de choses en moi.

Je sais que je ne suis pas la seule à éprouver ce genre de sentiments face aux livres d’Annie Ernaux. C’est là tout le talent de l’auteur. C’est pour cela que je l’admire. Elle met des mots sur des choses que l’on a du mal à s’avouer, dont on ne parle pas ou peu.

Quoi qu’il en soit, Retour à Yvetot m’a donné envie de me replonger dans ses textes. D’aller plus loin encore dans la découverte de cette grande dame de la littérature française.

« Lire un livre d’Annie Ernaux, c’est bien souvent reconnaître une partie de soi » Marguerite Cornier p.74

Mirontaine vous en dit un peu plus sur le contenu de ce livre.

ERNAUX, Annie, Retour à Yvetot, Mauconduit, 2013.

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