Demain sera tendre – Pauline Perrignon

Suite au décès de son père, la narratrice éprouve le besoin de prendre la plume et de (re)construire sa propre version de la mythologie paternelle. Elle interroge sa famille mais aussi des anciens collègues et amis pour tenter de connaître un peu plus ce père qui l’a eue un peu tardivement. Continuer la lecture de « Demain sera tendre – Pauline Perrignon »

Le groupe – Jean-Philippe Blondel

Ils sont dix. Dix élèves de Terminale et deux profs, Françoise Roussel qui enseigne l’anglais et Marion Grand, prof de philosophie, à se réunir une heure par semaine pour se mettre dans une bulle et écrire. C’est Marion qui est à l’initiative de cet atelier d’écriture. François, double de l’auteur, est écrivain et jusqu’ici il n’avait jamais mélangé ses deux métiers. Sa collègue réussit à le convaincre de franchir le pas.

Continuer la lecture de « Le groupe – Jean-Philippe Blondel »

Baumes – Valentine Goby

Dans ce court récit autobiographique, Valentine Goby revient sur les odeurs qui l’entourent pendant toute son enfance et sur sa relation avec son père.

Ce dernier travaille dans un usine de parfumerie à Grasse. Les odeurs des essences sont imprégnées sur ses vêtements et dans la maison familiale. Elles saturent l’air, il est impossible de s’en séparer et cela insupporte Valentine au point de la rendre malade.

Son père incarne l’autorité et l’ennui, en opposition au monde maternel beaucoup plus chaleureux et joyeux. Quand il rentre à la maison, l’ambiance n’est plus la même. Petite, elle souffre de son absence et du manque d’intérêt qu’il lui porte. 

Adolescente, Valentine Goby décide de se libérer de son influence trop pesante en choisissant son propre parfum et sa propre trajectoire.

Le roman de Patrice Suskind, Le parfum, est pour elle un révélateur. Elle se rend compte que l’on peut susciter des émotions et des sensations avec des mots, de la même manière qu’on peut le faire avec un parfum. Pas besoin de nommer la peur ou l’angoisse pour que le lecteur l’éprouve. Ceux qui ont lu ses romans comprendront très bien de quoi elle veut parler.

Avec le temps, Valentine Goby construit sa propre vie et tente de se réconcilier avec son père.

Le texte, lu par l’auteur, est à la fois poétique, profond et sensuel. Il mériterait presque une deuxième lecture pour mieux comprendre les parallèles, parfois métaphoriques, que Valentine Goby fait entre les odeurs, l’écriture, ses choix de vie et les relations qu’elle entretient avec son père.

A découvrir sans hésiter.

GOBY, Valentine, Baumes, CDL Editions, 2015.

Le vrai lieu – Annie Ernaux

Le vrai lieu est la retranscription d’entretiens entre Annie Ernaux et Michelle Porte pour le réalisation d’un film documentaire diffusé à la télévision en 2013. Ces interviews ont eu lieu dans les lieux de la jeunesse de l’écrivain (Yvetot, Rouen) mais aussi dans celui de sa vie actuelle (Cergy).

L’auteur revient sur certains de ses livres et explique longuement son rapport à l’écriture. Ses propos permettent de mieux comprendre l’ensemble de son oeuvre ainsi que les liens entre sa vie privée et ses romans.

 « J’ai cette certitude que les choses qui m’ont traversées ont traversé d’autres gens. ça me vient de la lecture, du fait que dans la littérature j’ai trouvé des choses pour moi. » p.74

« La littérature n’est pas la vie, elle est ou devrait être l’éclaircissement de l’opacité de la vie. » p. 84

Le vrai lieu est un texte que je ne conseillerais pas à ceux qui ne sont pas familiers de l’auteur. Pour ma part, je ne connais pas tous ses livres -elle en a écrit une vingtaine environ- mais presque tous ceux que j’ai lus m’ont marquée parce que, comme elle le dit très justement, j’y « ai trouvé des choses pour moi« . Je n’expliquerai pas lesquelles ici, ce serait trop long et surtout trop intime mais il y a une certaine connivence entre ce qu’elle écrit et que je ressens.

Annie Ernaux a l’art de pointer du doigt ce qui fait mal et de mettre des mots justes sur des sentiments inavoués ou inavouables. Les textes qui m’ont le plus touchée sont d’ailleurs ceux dans lesquels elle raconte son enfance, son adolescence puis sa vie de jeune adulte. Là ou certains lecteurs ne voient que de la noirceur, je ne vois que vérité et lucidité.

ERNAUX, Annie, Le vrai lieu, Gallimard, 2014.

Comme on respire – Jeanne Benameur

Je crois que ce livre fait partie des pépites qui ont tellement marqué Noukette qu’elle aime l’offrir autour d’elle. Et Comme la demoiselle est généreuse, j’ai eu la chance de le recevoir dans le colis que j’ai « gagné » à l’occasion de l’anniversaire de son blog.

Autant le dire tout de suite, je l’ai lu trois fois de suite tellement les mots de Jeanne Benameur sont justes. En 36 pages, elle parle de son rapport à la lecture, à l’écriture, à la vie. Elle réussit à toucher le lecteur de manière intime. En lisant ce texte, on comprend mieux l’auteur mais on se comprend mieux soi-même également. L’écriture est très poétique. Les phrases sont courtes, minimalistes parfois. En peu de mots, l’essentiel est dit.

Je ne sais pas si, un jour, j’oserai vraiment écrire (pour moi, hein, je n’ai pas la prétention de devenir écrivain !). Jeanne Benameur, le dit clairement ici : quand on écrit, on se livre. Et il y a certaines choses qui sont vraiment de l’ordre de l’intime. Pour être franche, la réaction de mes proches me fait peur. Comment vont-ils interpréter mes mots ? Ne vont-ils pas souffrir de certaines choses qu’ils prendront, à tort ou à raison, pour eux. Car une chose est sûre, quand j’ai essayé d’écrire, ce sont des choses que j’ai observées autour de moi qui sont sorties. Ce n’est jamais de l’imagination pure.

Mon exemplaire est plein de pages cornées. Je vous livre ici quelques unes des phrases qui m’ont touchée :

« A chaque texte je fais connaissance un peu plus. Je me transforme. Comme la falaise découpée par les vagues, ruinée parfois par la tempête, je me cisèle. » p.25

« Dans une classe, une jeune homme écrit : « Ma plus grande peur, c’est de mourir dans la vie. » Je me reconnais. Je nous reconnais tous.

Restons vivants dans nos vies. S’il vous plaît.

Les livres sont faits pour ça. La littérature est là pour ça. » p. 29

« Je n’ai pas les épaules larges, moi. Je sais que le chemin que j’ouvre dans mes livres est étroit mais c’est le mien. Aujourd’hui, à chaque texte j’écarte un peu plus les bras. J’essaie. C’est comme ça que ma vie vaut la peine. Pas autrement. » p.33

« Ce sont les livres qui m’ont ouverte.

Je survivais. Dans le creux des murs. Dans le sillon du plâtre qui se délite. J’avais si peur. De tout.

Je survivais. J’ai pu vivre.

C’est dans les livres que j’ai pu vivre d’abord. Sans peur. » p.32

BEAMEUR, Jeanne, Comme on respire, Thierry Magnier, 2011.

Mon petit roi – Rascal et Serge Bloch

Mon petit roi montre au jeune lecteur comment un personnage naît de l’imagination de l’auteur et prend petit à petit vie pour donner naissance à une histoire.

Avec beaucoup de talent, Rascal et Serge Bloch expliquent en fait tout le processus de création d’une œuvre littéraire. Au départ, l’illustrateur trace un trait à l’encre de chine. Grâce à l’imagination de son auteur, ce trait se transforme en échelle. Puis, en haut de l’échelle apparaît un pied. Non, non, ce n’est pas un pompier mais un petit roi qui va avoir des exigences et dont l’histoire va évoluer en fonction des rapports qu’il va entretenir avec son créateur.

Sur chaque page, une main photographiée rappelle le pouvoir de l’auteur ou de l’illustrateur. C’est lui qui décide de l’orientation que va prendre l’histoire. A cette main, se mêle le dessin à l’encre de chine. Le dessin et la main sont liés comme l’auteur et son œuvre. L’illustration paraît cependant très fragile face à cette grande main. Son créateur doit en prendre soin !

Un extrait à méditer :

« Mon petit bonhomme

[…]

Se souviendra que la vie

C’est rose ou tout gris

Selon ce qu’on choisit.« 

RASCAL, BLOCH, Serge, Mon petit roi, Sarbacane, 2009.

« La grand-mère de Jade » de Frédérique Deghelt

Mamoune, la grand-mère de Jade vit seule dans sa maison, en Haute-Savoie, depuis le décès de son mari. Comme beaucoup de personnes âgées, un jour, elle tombe et reste sur le sol pendant plusieurs heures. C’est le signal d’alarme : ses filles décident de la placer en maison de retraite. Sur un coup de tête, Jade va la chercher et l’emmène vivre avec elle à Paris. Elles fait peu à peu connaissance avec cette grand-mère qu’elle croyait pourtant bien connaître. Elle apprend par exemple qu’elle était une lectrice cachée, une amoureuse des livres, alors que Jade ne l’a jamais vu lire autre chose que La Bible. Mamoune lui propose même de relire ce roman qu’elle a envoyé à de nombreux éditeurs, sans succès, et de lui faire des suggestions pour l’améliorer. Jade retrouve peu à peu la joie de vivre qu’elle avait perdue depuis quelques temps et se met à corriger son manuscrit. Cette « collocation » est bénéfique aussi pour Mamoune qui vit une sorte de seconde jeunesse.

Ce roman, j’ai commencé par le dévorer puis, je me suis lassée : trop de bons sentiments, un bonheur trop parfait pour être vrai. J’avais envie de noter des passages mais je ne l’ai pas fait parce que toute cette histoire m’énervait. Comme si Mamoune était une fée capable de faire surgir le bonheur d’un coup de baguette magique ! Si c’était aussi simple…

Pourtant, j’ai continué ma lecture sans pouvoir m’arrêter. Les pensées intimes de Jade et de sa grand-mère me parlaient et m’agaçaient à la fois. Bizarre comme sentiment. J’ai encore beaucoup de mal à l’expliquer…

Et puis, les cinq dernières pages sont arrivées et là, je ne m’y attendais pas du tout. J’ai repensé à tous ce que j’avais ressenti tout au long de cette lecture et j’ai vu les choses différemment… D’un coup, tous les reproches que l’on peut faire au textes s’expliquent. Je dois dire que Frédérique Deghelt est très forte. Je suis épaté…

Véro, Anne, Choco, Leiloona, BelleSahi, Val, Laure, Clarabel, Cuné, vous êtes nombreux à avoir lu et à avoir aimé La grand-mère de Jade.

DEGHELT, Frédérique, La grand-mère de Jade, Actes Sud, 2009.

« L’histoire du lion qui ne savait pas écrire » ou de l’importance de savoir lire et écrire quand on est amoureux

Un lion tombe amoureux d’une lionne qui aime lire. Il veut lui écrire une lettre d’amour mais il a un gros problème : il ne sait pas écrire. Il demande donc au singe de l’aider. Le singe écrit la lettre mais le lion a un nouveau problème : il ne sait pas lire et ne peut donc pas savoir ce que le singe a écrit. Comme l’animal est gentil, il lui lit la lettre mais le lion est fou de rage, le texte ne lui plaît pas… Il demande donc de l’aide à l’hippopotame puis à d’autres animaux mais à chaque fois c’est la même chose, les lettres ne ressemblent pas à des lettres d’amour écrites par le lion.

Fou de rage, il ne sait plus quoi faire et se met à rugir toutes les choses qu’il aurait aimé écrire. La lionne l’entend et lui demande pourquoi il n’a pas écrit lui-même. Le roi de la savane avoue la vérité et la fin, ouverte, laisse supposer que la lionne va aider le lion à apprendre à lire et à écrire.

L’histoire du lion qui ne savait pas écrire est un bien joli album qui montre l’importance de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour pouvoir exprimer et partager ses sentiments. Au lecteur de trouver d’autres raisons d’apprendre et de surmonter les difficultés de tels apprentissages…

L’histoire est dynamique et pleine d’humour. Les animaux sont vraiment sympathiques et les silhouettes ressemblent parfois à celles des humains. C’est un album à but pédagogique, certes, mais c’est aussi une lecture distrayante et bien agréable.

Emmyne vous en parle très bien.

BALTSCHEIT, Martin, BOUTAVANT, Marc, FRIOT, Bernard, L’histoire du lion qui ne savait pas écrire, P’tit Glénat, 2007.

« A contretemps » de Jean-Philippe Blondel

Son bac en poche, Hugo part vivre à Paris pour suivre des études de lettres modernes à la Sorbonne. Sa mère lui trouve une chambre chez Jean Debat, un homme seul, peu communicatif et souvent absent. Les premiers temps sont difficiles pour Hugo mais il finit par trouver un job dans un bar et par nouer quelques contacts. Il se lie d’amitié avec une libraire charmante qui lui prête un jour un livre de Pascal Cami. Hugo est littéralement happé par ce roman.

Lorsque Jean Debat découvre par hasard le texte dans son salon, il entre dans une colère monstrueuse. Hugo découvre vite que Pascal Cami et son logeur ne font qu’un. S’en suit une grande histoire d’amitié entre les deux hommes, une amitié basée sur l’amour des livres et de la littérature. Jean livre son expérience de l’écriture et du monde l’édition au jeune étudiant qui n’en perd pas une miette.

Quand on aime un auteur et qu’on a lu tous ses romans, on attend son prochain livre avec impatience. Trop peut-être… Et on place la barre tellement haut qu’on risque d’être déçu. Alors, oui, A contretemps est un bon roman, bien écrit, avec des personnages sensibles en proie au doute et au questionnement mais voilà, je n’ai pas accroché plus que ça. Je suis restée un peu en dehors de l’histoire. Rien à voir avec ma lecture de This is not a love song par exemple. C’est pas grave, ça ne m’empêchera pas de lire le prochain JPB avec autant d’empressement que pour celui-ci !

Un extrait :
« pour supporter toute la longueur de cette vie, il faut des filets de sécurité. Pas un, pas deux, mais dix, vingt, cent. Un emploi, un amour plus grand que les autres, des enfants, des livres, des musiques, des films, des tableaux, tout ce qu’on peut raccrocher à l’idée de continuer le chemin. Tout ce qui fait qu’on ne se lève pas un matin avec l’envie de se tirer une balle dans la tête. Des raisons de vivre« . p.126

Lire les avis de Julie, Clarabel, Laure et Amanda.

Merci Clarabel !

BLONDEL, Jean-Philippe, A contretemps, Robert Laffont, 2009.

%d blogueurs aiment cette page :