Jamais je n’aurai 20 ans – Jaime Martin

1936. Melilla, ville espagnole du Nord de l’Afrique. Isabel, couturière, veut apprendre à lire, gagner sa vie et être indépendante. Elle refuse de se marier avec le marchand de poisson du marché comme le souhaiterait sa mère et devient amie avec une bande d’anarchistes. Le coup d’État de Franco, suivi d’arrestations et d’exécutions en masse des opposants, l’oblige à quitter sa famille pour se réfugier chez une tante à Barcelone. Continuer la lecture de « Jamais je n’aurai 20 ans – Jaime Martin »

Au fil de l’eau – Juan Diaz Canales

Dans une Espagne marquée par la crise, Niceto et ses amis retraités arrondissent les fins de mois en revendant à la sauvette  des objets tombés du camion. Ancien opposant au régime de Franco, le vieil homme au caractère bien trempé est aussi et surtout désabusé. La police, qui l’arrête de temps en temps, ne lui fait pas peur. Il ne semble plus avoir grand chose à perdre et même la présence à ses côtés de son petit-fils Alavaro, qui va bientôt être papa, ne suffit pas à lui rendre la vie un peu plus légère.

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Fontarrabie, entre mer et montagne

Fontarrabie en français, Hondarribia en basque, Fuenterrabia en espagnol, faites votre choix pour désigner cette petite ville située à deux pas de la frontière avec la France, juste en face d’Hendaye.

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Échappée entre mer et montagne, au Jaizkibel

A l’origine, ce blog à pour nom Échappées car j’avais l’intention de parler de tout ce qui me permet de m’évader du quotidien : la lecture bien entendu mais aussi le cinéma, la musique, les voyages ou les balades. Mais le temps passe vite et je m’aperçois que 99% de mes chroniques concernent la littérature. Je vais donc essayer de remédier à ça de temps en temps !

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L’enfant des marges – Franck Pavloff

Première lecture de la rentrée littéraire et premier coup de coeur ! J’ai dévoré ce livre, je n’avais pas envie qu’il se termine, je ne voulais pas le refermer…

Ioan est un ancien photographe qui vit seul dans un mas des Cévennes. Après la mort accidentelle de son fils, il a décidé de ranger son appareil photo pour passer ses journées à réparer les murets en pierre qui s’écroulent sans cesse autour de chez lui. Se couper du monde pour ne pas avoir à l’affronter. Travailler avec ses mains pour ne pas avoir à penser. Oublier.

Le seul ami de Ioan, le seul avec qui il discute de temps en temps, c’est Justin, un vieil homme du pays. Leurs discussions ressemblent d’ailleurs plus à un monologue qu’à un échange. Ioan n’est pas prêt à entendre les autres. Pourtant, une phrase prononcée par son ami le touche profondément :  « maintenant que tu connais la fissure, elle ne te laissera plus en paix« .

Cette fissure, c’est la mère de Valentin, son petit-fils aujourd’hui adolescent, qui la provoque. Ioan n’avait plus de nouvelles d’elle depuis longtemps mais aujourd’hui elle l’appelle au secours. Valentin a disparu à Barcelone et ne donne plus de nouvelles depuis plusieurs mois.

Sans réfléchir, Ioan se retrouve au volant de sa voiture, direction Barcelone. Il pense faire un aller-retour pour ramener en France ce petit garçon qu’il portait sur ses épaules il y a quelques années, avant que le drame ne vienne fracasser sa vie. Finalement, il erre dans la capitale catalane, rencontre squatteurs et autres artistes ou marginaux. Il doit surtout faire face à un passé qu’il a volontairement enfoui et qui ressurgit à un moment où il ne s’y attendait pas. 

Parti pour rechercher son petit-fils, Ioan se retrouve donc confronté à son histoire familiale et au passé trouble de la guerre civile espagnole.

L’enfant des marges est une pépite dans laquelle le lecteur découvre par petites touches l’intimité d’un homme solitaire, mystérieux et refermé sur lui-même qui s’ouvre peu à peu aux autres. Ce récit initiatique regorge de personnages secondaires atypiques tous plus intéressants les uns que les autres qui aident Ioan dans sa quête de lui-même. Et puis, il y a aussi Barcelone, cette ville hors normes dont le coeur bat au son de ses habitants tout comme le roman vibre au rythme de la vie.

Un grand merci aux éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre.

PAVLOFF, Franck, L’enfant des marges, Albin Michel, 2014.

Le coeur cousu – Carole Martinez

Le coeur cousu raconte le destin à la fois magique et tragique d’une famille qui vivait dans le Sud de l’Espagne à une époque lointaine.

Frasquita Carasco, la mère, hérite d’une mystérieuse boîte transmise de génération en génération. Cette boîte est magique. Frasquita est désormais capable de coudre des choses magnifiques à partir de chiffons. Le jour de son mariage, sa robe est tellement splendide que la foule s’amasse autour d’elle. Mais très vite, les habitants du village sont jaloux et ne comprennent pas comment une famille sans le sou peut offrir une telle toilette à sa fille. Personne ne veut croire que la mariée l’a cousue elle-même. A ce stade là, ce n’est plus du talent, c’est de la magie.

Toute se vie, Frasquita devra faire face à des gens qui n’hésitent pas à utiliser ses talents quand ils en ont besoin et à la qualifier de sorcière par derrière. Elle leur fait peur. Il faut dire qu’elle ne coud pas que le tissu : elle répare aussi les animaux et les hommes, avec son aiguille ou avec des prières.

Le destin de Frasquita est tragique. Son mari la joue dans un combat de coqs alors elle décide de partir seule avec sa tribu d’enfants. Elle traverse une Andalousie en proie aux révoltes et vit dans la misère avant de s’arrêter enfin dans un village. Là, ses pouvoirs magiques vont la perdre.

Pedro, son fils, Angela, Anita, Clara, Martirio et Soledad, ses filles, sont eux aussi pourvus de pouvoirs surnaturels. Cette boîte, transmise depuis tellement longtemps de filles en filles, crée à la fois le bonheur et la perte de celles qui la recoivent et de leur entourage.

A la fois roman et conte, Le coeur cousu fleurte avec la frontière entre le réel et le merveilleux. L’histoire de Frasquita et de ses enfants paraît plausible puis, tout à coup, le lecteur est entraîné dans un univers surnaturel sans s’en rendre compte. La vie et la mort se cotoient, tout comme le bonheur et le malheur. Et au final, le destin de cette famille est à la fois terrible et magique.

Ce roman, le premier de Carole Martinez, a rencontré un succès inattendu à sa sortie en 2007. Je comprends désormais pourquoi !

MARTINEZ, Carole, Le coeur cousu, Folio, 2011.

Un petit coin de paradis sur terre….

Elorriaga est une petit coin de paradis sur terre situé dans le pays basque espagnol, entre Zumaia et Deba. Sans notre compagnon de route préféré -j’ai nommé le Guide du routard nous n’aurions sans doute jamais été dans ce petite village perdu et nous n’aurions pas pu admirer ça :

Une côte sauvage, l’océan, des roches striées qui se révèlent à marée basse , la montagne, le calme, la sérénité…

En attendant Robert Capa – Susana Fortes

Première moitié des années 1930 : Gerta Pohorylle, juive allemande d’origine polonaise émigre à Paris. Elle fuit l’antisémitisme de son pays et rencontre dans la capitale française de nombreux réfugiés politiques ou artistes engagés qui fréquentent comme elle les cafés de la rive gauche. Elle fait la connaissance d’André Friedman, juif hongrois et photographe passionné. C’est le début d’une histoire d’amour très complexe.

André initie Gerta à l’art de la photographie et la jeune femme prend en main la carrière de son amant. Pour lui permettre de gagner de l’argent, elle lui invente un nom, Robert Capa, et le fait passer pour un photographe américain. Elle se trouve aussi une identité professionnelle : désormais, elle se nomme Gerda Taro. 

Quand la guerre d’Espagne éclate, tous les deux se rendent sur le front pour photographier au plus près les combats et rendre compte aux français de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière. « C’était à ce genre de journalisme-là qu’elle et André aspiraient. Être au cœur des évènements, les apprendre de première main, sentir le monde palpiter dans leurs veines. » p. 100. Passionnés par la photographie, ils s’en servent comme d’une arme pour dénoncer les atrocités commises par les fascistes et prennent parti aux côtés des républicains. « Il avait plus que jamais foi en lui et en son travail. Il pensait que ses photographies pouvaient obtenir l’intervention des puissances occidentales en faveur du gouvernement républicain, il avait renoncé à la prétendue neutralité du journaliste, engagé jusqu’au cou dans cette guerre qui finirait par briser sa vie. » p. 181.

Dans l’Espagne en guerre, Gerda Taro se révèle être une femme à l’indépendance de caractère très marquée. Elle prend autant de risque que Capa et rien ne l’arrête. « – On t’as sonné, toi ? explosa-t-il. On t’as
demandé quelque chose ? Je t’ai parlé de ta fiancée qui t’attend
sagement à la maison, à faire des confitures et à jouer du piano ? Tu
vois, certaines femmes préfèrent faire des photos pour que le monde
sache ce qui se passe dans ce pays, et si ça te plaît pas, va chier.
 » p. 135. Capa a tout de même parfois du mal à comprendre cette femme si complexe et si farouche.

Traduit de l’espagnol en une douzaine de langues et bientôt adapté au cinéma, En attendant Robert Capa est une œuvre romanesque qui se lit d’une traite. Je ne connaissais pas grand chose sur le fondateur de l’agence Magnum avant de lire ce livre mais j’ai désormais l’impression d’avoir découvert de vrais journalistes avec de vraies valeurs. Un magnifique roman sur l’engagement et sur un métier à haut risque, celui de reporter de guerre. Une belle histoire d’amour, complexe et tragique. A découvrir absolument !

« l’apparence de la réussite attire la réussite » p. 116

Merci à BOB et aux éditions Héloïse d’Ormesson pour l’envoi de ce livre. 

FORTES, Susana, En attendant Robert Capa, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2011.

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