Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue

Grâce à son cousin Winston et au prix de beaucoup d’efforts pour faire des économies, Jende Jonga réalise son rêve : quitter son Cameroun natal pour venir vivre aux États-Unis. Continuer la lecture de « Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue »

Gabacho – Aura Xilonen

Liborio a fui son Mexique natal dans l’espoir d’une vie meilleure aux Etats-Unis. Clandestin, il vit et travaille dans une librairie hispanique et lit tout ce qui lui tombe sous la main, même ce qu’il ne comprend pas. Son patron, qui le prend pour un idiot et l’appelle par des noms très agréables comme « gros bêta », « oiseau du diable »,  « l’abruti à la mords-moi le nœud » ou « le macaque », a peur qu’il abîme les livres. Liborio attend donc d’être seul, le soir, dans la mezzanine qui lui sert de chambre, pour lire en cachette.

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Sweet sixteen – Annelise Heurtier

Sweet sixteen Annelise HeurtierÉtats-Unis, 1957. Le lycée central de Little Rock, dans l’Arkensas, réservé jusque là aux blancs, accueille pour la première fois neuf étudiants noirs. Molly fait partie de ce groupe. Quand elle accepte de se porter volontaire, elle ne se rend pas compte de ce qui l’attend. Les blancs font tout pour préserver leurs privilèges. Souvent, ils ont une bonne noire mais cela ne les empêche pas de considérer ceux qu’ils appellent « les nègres » comme des idiots sales et porteurs de maladies.

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Transatlantic – Colum McCann

Premier chapitre, première histoire. Nous sommes en 1919. Alcock et Brown, vétérans de la guerre 14-18, ont un projet fou. Traverser l’Atlantique sans escale à bord d’un Vickers Vimy, un bombardier arrivé d’Angleterre par bateau et assemblé sur place, aux États-Unis, dans un champ. A la place des bombes, des réservoirs supplémentaires sont ajoutés et l’engin de guerre est transformé en porteur de rêves. D’autres hommes ont le même projet. Certains sont déjà morts en mer. Alcock et Brown le savent mais veulent aller jusqu’au bout. En attendant les conditions météorologiques optimales, les deux hommes s’entraînent encore et encore, de jour comme de nuit.

La foule se presse pour admirer la Vimy. La presse est là elle aussi. La reporter Emily Ehrlich, qui signe les grands titres à la une d’un journal local, couvre cet exploit sportif. Elle ne pose aucune question. C’est sa fille de dix-sept ans, Lottie, qui fait les photos et interroge les deux aventuriers, ce qui rend furieux les autres journalistes. Un peu avant leur départ, cette dernière confie à Brown une lettre adressée par sa mère à une famille de Cork, en Irlande. Le courrier arrivera t-il à destination ?

Deuxième chapitre, deuxième histoire. Frederick Douglass, vingt-sept ans, vient de traverser l’Atlantique en bateau. Il se rend chez Web, son éditeur. A ses côtés, il parcourt l’Irlande pour dénoncer l’esclavagisme américain. Lui-même esclave, il a fuit pour retrouver sa liberté. A Boston, il risque à tout moment d’être capturé, renvoyé dans le Sud, attaché à un arbre et fouetté pour l’exemple.

C’est à Dublin que Lily Duggan, une jeune domestique âgée de dix-sept ans, croise son regard et décide de changer de vie. Elle part seule pour le Nouveau Monde à une époque où prendre ce genre de décision n’est pas aussi simple que maintenant.

Troisième chapitre, troisième histoire. Le sénateur George Mitchell, soixante quatre-ans, est chargé de trouver un moyen pour rétablir la paix en Irlande du Nord. Il passe son temps dans les avions et enchaîne lectures de rapports et réunions de négociations. Son travail est arasant. « Il a parcouru des volumes entiers consacrés à la non-violence. La paix, ne peut se concevoir sans impératifs moraux. Nulle coexistence sans la reconnaissance de toutes les parties. Les exclus du milieu. Le dépassement du moi. Pas de supériorité culturelle. Conscience individuelle, responsabilité collective. Et toujours, toujours répéter ce qui devrait être compris depuis longtemps. » p. 174. Mitchell est entouré d’hommes qui le protègent et vit dans la crainte d’un attentat à la bombe. Ne plus revoir sa femme et son fils, c’est le pire qui puisse lui arriver. Quand un accord est enfin trouvé, il reste prudent car le plus dur, le vrai travail, reste encore à venir.

Alcock et Brown, Douglass, Mitchell. Quel est le lien entre ces hommes et leurs histoires ? Et bien je l’ai cherché pendant longtemps, très longtemps même puisque les trois chapitres qui leur sont consacrés occupent le moitié du livre environ. Mise à part les États-Unis, l’Irlande, et le subtile mélange entre fiction et réalité opéré par l’auteur, il n’y pas vraiment de points communs.

Ce n’est que dans la seconde partie que des liens se tissent à travers plusieurs générations de femmes d’une même famille -celle d’Emily et de Lottie- qui s’efforcent de survivre malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Le passé ressurgit au moment où on ne s’y attend pas forcément. Les lieux, les personnages et les époques s’entremêlent et on finit par s’y perdre un peu. La violence est omniprésente et, si le roman s’ouvre sur l’optimisme suscité par un exploit sportif, il se termine de manière triste et glauque.

Il faut bien l’avouer, les liens entre ces histoires et ces personnages sont très lâches et ne suffisent pas à susciter l’intérêt. A force de vouloir multiplier les intrigues, Colum McCann perd son lecteur. Et ce n’est pas les quelques ponts qu’ils créent de temps en temps qui réussissent à le raccrocher. Transatlantic a d’ailleurs faillit me tomber des mains à plusieurs reprises.

MCCANN, Colum, Transatlantic, Belfond, 2013.

Merci à Abeline des Chroniques de la rentrée littéraire piur l’envoi de ce livre.

1/6

 

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Certaines n’avaient jamais vu la mer est un roman qui s’inspire de l’histoire vraie d’immigrantes japonaises qui arrivèrent aux USA au début du XXème siècle pour se marier avec des hommes qu’elles n’avaient vu qu’en photo.

Une fois arrivées sur place, elles se rendent compte que ces hommes auxquels elles sont promises sont totalement différents de ce à quoi elles s’attendaient. Leur avenir est également bien loin de ce qu’elles avaient imaginé mais il est impossible pour elles de retourner au Japon. Elles seraient rejetées par les leurs et par la société.

Certaines femmes sont obligées de travailler dans les champs, d’autres comme bonnes à tout faire et d’autres encore dans des hôtels de passe. Quelques mois ou années après leur arrivée aux États-Unis, elles donnent naissance à des enfants qui, contrairement à elles, s’adaptent très bien à la société américaine. En grandissant, ils deviennent tellement différents de leurs mères qu’elles n’arrivent même plus à les comprendre. Enfin, la guerre arrive et les japonais sont persécutés du jour au lendemain par les américains qui, pourtant, avaient des rapports cordiaux avec eux.

Écrit à la première personne du pluriel, Certaines navaient jamais vu la mer raconte la vie d’une multiplicité de personnages qui n’ont pas de liens entre eux si ce n’est leur origine. Cette absence de personnages principaux et ce « nous » m’ont beaucoup gênée si bien que je suis restée totalement insensible à ce roman. Un aspect positif tout de même : il m’a fait découvrir un aspect de l’Histoire que je ne connaissais pas.

OTSUKA, Julie, Certaines n’avaient jamais vu la mer, Phébus, 2012.

Home – Toni Morrison

Frank Money -un nom pareil ça ne s’invente pas surtout quand on est pauvre !- rentre de la guerre de Corée et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est resté marqué par ce qu’il a vécu là-bas. Il ne veut pas retourner à Lotus, la ville où il a grandit, pour ne pas avoir à affronter le regard des parents de ses deux camardes d’enfance partis avec lui et tous deux décèdés sur le champ de bataille.

Pourtant, une lettre ou plutôt un appel au secours va le faire changer d’avis. Il apprend que Cee, sa soeur cadette, ne va pas bien du tout. Elle risque de mourir. Frank ne l’a pas vu depuis longtemps mais, enfants, ils étaient complice et lui porte une grande affection. Il n’hésite pas une seule seconde à parcourir des centaines de kilomètres en transport en commun, sans argent, pour l’enlever des mains de la personne qui lui fait subir des atrocités.

Petit à petit, le lecteur découvre le passé de Frank et de sa soeur. Leur vie de misère, leur enfance difficile, les raisons qui les ont fait fuir leur milieu d’origine, les difficultés qu’ils ont rencontrés quand ils se sont retrouvés seuls, etc.

Frank et Cee sont noirs, on le devine au bout de quelques dizaines de pages. Et Toni Morrisson, plutôt que de faire de longs discours, suggère le racisme auquel ils doivent faire face. On est au milieu des années 1950 et aux États-Unis, la ségrégation est toujours d’actualité. Les noirs se font régulièrement agressés dans la rue. Cela va même parfois plus loin, en témoigne l’horreur subie par Cee.

Home aborde également de manière assez subtile la question des origines et du retour sur soi. Comment notre milieu social et notre famille influencent t’ils nos choix d’adulte ? Quel est notre part de responsabilité dans nos propres choix ? Comment peut-on modifier le cours des choses ?

En 150 pages seulement, grâce à une écriture trés romanesque, Toni Morrison en dit long. Les vies de Frank et de Cee ne sont qu’un prétexte pour aborder plusieurs thèmes essentiels : le racisme, la ségrégation raciale, les origines familiales, la réflexion sur soi-même, etc. Home est un roman qui se dévore. J’ai découvert l’auteur avec ce livre et je crois bien que je ne vais pas m’arrêter là !

                   

J’ai lu ce livre dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2012 organisés par PriceMinister et il faut donner une note au livre que l’on a lu afin d’établir un classement au sein de la sélection proposée aux blogueurs. Ce n’est pas un exercice facile car les critères sont forcément différents d’une personne à l’autre mais j’attribue un 16/20 à Home.

                       

Maintentant, je suis curieuse de voir les avis d’Enna, Midola, Mrs B, Valérie et Thiphanie qui ont lu ce livre en même temps que moi ou presque et doivent publier un billet aujourd’hui. l

MORRISON, Toni, Home, Christian Bourgois éditeur, 2012.

6/7

 

 

 

« Les belles choses que porte le ciel » de Dinaw Mengestu

Dans la deuxième moitié des années 1970, Sépha, jeune immigré d’origine éthiopienne, a fuit la révolution et les massacres de son pays et s’est retrouvé aux États-unis avec pour seule famille un oncle. Il a commencé par travailler pour un patron qui l’exploitait puis, a décidé de tenir une petite épicerie dans un quartier pauvre de Washington. Des années plus tard, il est toujours au comptoir de sa boutique et passe son temps à lire, à attendre de rares clients et à porter sur le monde un regard nostalgique et triste en compagnie de Joseph et Kenneth, ses deux amis africains.

L’arrivée dans le quartier de Judith, une femme blanche, et de sa fille métisse, Naomi, va bouleverser le petit univers de Sépha et aussi celui du quartier. Mais Sépha sait très bien quelle est sa place en ce monde. Son regard sur la relation qu’il entretient avec Judith et Naomi est tout à fait lucide.

Que disait toujours mon père, déjà ? Qu’un oiseau coincé entre deux branches se fait mordre les ailes. Père, j’aimerais ajouter mon propre adage à ta liste : un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Cela fait assez longtemps que je vis ainsi, en suspension. p. 281

 

Sépha fait partie de ces êtres blessés sur qui la vie glisse, de ces êtres à l’existence anonyme mais dont le regard sur le monde est ô combien juste et plein de sagesse. Pris entre l’Éthiopie, son pays d’origine dans lequel vivent encore sa mère et son frère mais où il ne retournera sans doute jamais, et les États-Unis où les pauvres et les noirs subissent désillusions sur désillusions, Sépha se sent seul. Ses quelques amis, sa petite boutique et les livres lui permettent de trouver un peu de bonheur au quotidien mais l’exil restera toujours une souffrance pour lui.

Un beau roman plein de poésie et réflexions très intéressantes sur l’Afrique, les États-Unis et l’exil.

Merci à   pour l’envoi de ce livre.

MENGESTU, Dinaw, Les belles choses que porte le ciel, Le livre de poche, 2009.

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