Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

Rien ne se passe comme prévu pour Deborah qui entre en terminale et passe donc son bac à la fin de l’année. Son chien Isidore a mangé ses chaussures et elle passe les premiers jours de septembre avec des bottes de pluie vert pomme aux pieds. De plus, elle n’est pas dans la même classe qu’Eloïse, sa meilleure amie, et se retrouve avec Jamal qui a des incisives XXL et élève des mygales. Mais tout cela n’est rien à côté de sa situation familiale. Déborah découvre que son père a une maîtresse. Sa mère, qui passe son temps à découper des images dans des magazines, ne se doute de rien et elle ne sait pas trop si elle doit lui dire ou non. Continuer la lecture de « Je suis ton soleil – Marie Pavlenko »

Désorientale – Négar Djavadi

desorientaleAlors qu’elle attend, seule, dans la partie réservée à la procréation médicalement assistée de l’hôpital Cochin à Paris, Kimiâ repense à son pays d’origine, l’Iran. Là-bas, cette salle d’attente ressemblerait à un joyeux foutoir dans lequel tout le monde se parlerait. On n’hésiterait pas à manger ou à raconter sa vie à un inconnu. Grâce à des allers-retours entre passé et présent, Kimiâ revient sur son histoire familiale, permettant ainsi au lecteur de comprendre qui elle est et comment elle s’est construite.

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Une famille normale – Garance Meillon

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Qu’est-ce qu’une famille normale ? Un papa (de sexe masculin), une maman (de sexe féminin), deux enfants (un garçon et une fille de préférence, l’aîné ayant deux ou trois ans de plus que le second) et un chien !  Bon, allez, j’arrête avec mon humour à deux balles. Il y a sans doute autant de réponses à la question initiale que de familles.

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Les grandes et les petites choses – Rachel Khan

les grandes et les petites choses

Nina Gary, 18 ans, est étudiante en droit à Assas, la célèbre université parisienne. Elle habite avec ses parents, son frère et son grand-père dans le 20ème arrondissement. D’origine juive par sa mère et africaine par son père, elle a une identité plurielle. A la maison, le français, l’anglais, l’arabe, le wolof et l’hébreu se mélangent au gré des conversations.
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Ma famille et moi – Madeleine Deny et Kiko

L’heure des vacances a sonné et, comme chaque été, il faut trouver de quoi occuper nos chères petites têtes blondes. Ma famille et moi propose à la fois un jeu de 7 familles et un cahier d’activités.

Les familles Bonbec, Glagla, Bôpoil, Tuti Frutti, Frometon, Baraka et Kosto ont un graphisme vraiment sympathique. La difficulté à distinguer le père du grand-père ou la mère de la fille est regrettable pour l’enfant qui ne sait pas lire. Au bout de quelques parties, il arrive cependant à passer outre  cette difficulté. Deux variantes du jeu traditionnel des 7 familles sont proposées. Cela permet de changer un peu ou de jouer avec des enfants très jeunes, façon mémori par exemple.

Le petit livre qui accompagne le jeu ressemble un peu à un cahier d’activités. Il permet à l’enfant de s’interroger sur sa propre famille et de dialoguer avec l’adulte à ce sujet. Des questions sont également posées sur les sept familles du jeu.

Le jeu des 7 familles est bien connu de tous et les activités proposées sont un peu simples mais l’intéret de ce livre-jeu réside dans le questionnement qu’il propose sur la famille. Qui a choisi ton prénom ? Comment appelles-tu tes grands-parents ? Combien as-tu de cousins et cousines ? A qui ressembles-tu le plus ? Qui aimerais-tu voir plus souvent chez toi ? Ces questions sont intéressantes. Elles permettent à l’enfant de mieux connaître sa propre histoire et de comprendre sa place au sein de la famille.

DENY, Madeleine, KIKO, Ma famille et moi, Tourbillon, 2015.

On ne voyait que le bonheur – Grégoire Delacourt – Lu par Grégori Baquet et Georgia Scallet

Antoine est expert en assurances. Son travail consiste à estimer et indemniser la vie de ceux qui ont subi un préjudice. Il doit également faire perdre le moins d’argent possible à sa compagnie. Il est donc difficile dans ces conditions de satisfaire les clients et cela est source de beaucoup d’insatisfactions pour lui.

Sa vie privée est un désastre. Il en fait le bilan et se rend compte que les moments de bonheur ont été rares. Enfant, il a perdu une soeur et sa mère a quitté le foyer en abandonnant la famille. Adulte, il s’est marié et est devenu père de deux enfants. Mais son mariage a bien vite tourné au fiasco.

Toute cette première partie du roman est longue, très longue. A tel point que j’ai bien failli l’abandonner. On a l’impression qu’Antoine passe son temps à se plaindre et ne se remet jamais en question. C’est parce que certaines copinautes ont dit qu’elles avaient préféré la deuxième partie que je me suis forcée à continuer jusque là avant de prendre une décision définitive. Et j’ai bien fait !

Après le tournant -dont je ne peux pas vous parler sinon je gâcherais le plaisir de ceux qui ne l’ont pas encore lu- On ne voyait que le bonheur prend clairement une autre dimension. Cette première partie est nécessaire pour la mise en place de ce qui va suivre mais je pense qu’elle aurait pu être moins longue ou traitée différemment.

A travers la fiction, l’auteur aborde des questions primordiales, comme l’influence de la famille sur notre destinée ou l’importance de l’adolescence, la période de tous les possibles. La deuxième partie est intéressante et la troisième encore plus. Je ne peux pas en parler sans révéler des éléments importants de l’intrigue mais sachez que j’ai terminé ce livre avec enthousiasme.

Deux voix se partagent la lecture de cette version audio. Celle de Grégori Baquet dans les deux premières parties puis celle de Georgia Scallet dans la troisième. La voix masculine est agréable. J’ai eu plus de mal à m’habituer à celle de la femme mais je la trouve finalement assez juste.

Ce livre n’arrivera pas dans la tête de mon classement pour le prix Audiolib car c’est une lecture qui a été beaucoup trop difficile au départ mais je suis tout de même heureuse de l’avoir découvert.

Les avis d’Enna, Sandrine, Sylire, Estelle, Bladelor, Sophie et Laure.

DELACOURT, Grégoire, BAQUET, Grégori, SCALLIET, Georgia, On ne voyait que le bonheur, Audiolib, 2014.

Grâce – Delphine Bertholon

Comme tous les ans au moment des fêtes de fin d’année, Nathan vient passer quelques jours de vacances chez Grâce, sa mère, en compagnie de ses enfants. Dans la maison familiale, il retrouve sa soeur Lize mais cette année, le sapin traditionnellement trop grand ne trône pas dans le coin du salon. Quelque chose ne va pas…

Les jours suivant confirment cette impression. Les jumeaux sont réveillés en pleine nuit par des jets de projectiles dans leur chambre, Grâce avoue qu’elle a découvert un couteau planté dans le plafond, elle a déplacé une armoire pour bloquer l’accés au grenier et elle est ébouillantée dans sa baignoire suite à un problème de cumulus. Tout cela fait vraiment beaucoup.

Le récit alterne entre présent et extraits d’un journal écrit par Grâce dans les années 1980. A l’époque, son mari n’avait pas encore disparu sans laisser d’adresse mais il était souvent absent pour des raisons professionnelles. Grâce ayant décidé de reprendre le travail, ils avaient embauché une jeune fille au pair polonaise pour s’occuper des enfants. Jalouse de sa beauté et de sa jeunesse, Grâce ne l’aimait pas. Pourtant, tout se passait bien avec Nathan et Lize.

Les évènements présents auraient-ils un rapport avec ce passé ? L’ex-mari de Grâce est le coupable idéal. Il est revenu dans la région pour la rencontrer, elle et ses enfants, alors qu’il n’a pas donné signe de vie depuis plus de trente ans. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le croire. Nathan va de découvertes en révélations. Il y a des évènements dont il ne se souvient plus car il était trop petits, d’autres lui ont été cachés.

Les secrets, les non-dits, les rapports familiaux, la (re)construction d’êtres malmenés par la vie semblent être des thèmes récurrents chez Delphine Bertholon.

Ajoutez à cela une narration bien construite et vous ne serez pas déçu. En effet, l’auteur tient le lecteur en haleine et sait rendre son narrateur attachant. Nathan, veuf depuis la naissance des jumeaux -sa femme est décédée pendant l’accouchement- assume ses responsabilités de père et fait face à son passé avec brio. Cela ne l’empêche pas d’avoir des failles, comme tout un chacun. Cela le rend d’autant plus humain.

BERTHOLON, Delphine, Grâce, JC Lattès, 2012.

Le soleil à mes pieds – Delphine Bertholon

Alors que le dernier roman de Delphine Bertholon, Les corps inutiles, vient de sortir, je découvre Le soleil à mes pieds paru en …. 2013 ! Esprit de contradiction ou volonté de ne pas céder à la société de consommation qui nous incite à lire les nouveautés dès qu’elles sortent et à les oublier ensuite, à vous de choisir.

Deux soeurs, dont nous découvrirons les noms dans les dernières pages, vivent une relation étrange depuis qu’un évènement tragique les a dévastées il y a 18 ans.

La petite a 22 ans et passe son temps à astiquer sa chambre de bonne. Elle est obsédée par la propreté et semble vraiment fragile. Elle ne travaille pas et n’a aucune vie sociale, aucun ami, aucune famille à part sa soeur. Le moindre contact avec l’extérieur est une épreuve pour elle.

La grande a 24 ans. Elle est fascinée par la mort, mythomane, nymphomane et méchante. Elle a une emprise très forte sur la petite et prend du plaisir à la faire souffrir. Son appartement est un véritable capharnaüm dans lequel elle entasse vieilleries et immondices.

La relation entre les deux soeurs est étrange. Elles sont dépendantes l’une de l’autre. La petite ne sait pas dire non. Elle est incapable de se débarrasser de l’influence dévastatrice de la grande. L’aînée n’existe que dans la souffrance qu’elle inflige à la cadette. Un évènement, ou plutôt une série d’évènements, vont pourtant changer petit à petit le cours des choses.

Delphine Bertholon avec des phrases courtes, hachées, qui collent au plus près à la personnalité des deux soeurs, explore avec brio les relations familiales. Qui pourrait accepter une telle relation plus longtemps si les liens du sang n’étaient pas en jeu ? L’intériorité de la petite est décrite à merveille et on voit bien à quel point cette relation de dépendance par rapport à la grande est ancrée au fond d’elle, à quel point ce traumatisme de l’enfance pèse sur sa vie de tous les jours. 

Le soleil à mes pieds pourrait être une histoire sombre, triste, glauque mais il n’en est rien. Quand tout semble perdu, la résurrection est encore possible. Rien n’est jamais figé et il faut toujours garder espoir semble nous dire l’auteur. Je suis profondément convaincue qu’elle a raison.

BERTHOLON, Delphine, Le soleil à mes pieds, JC Lattès, 2013.

Zou ! – Anne-Véronique Herter

 « Zou ! », c’est un mot que je dis très souvent à ma fille pour lui dire qu’on s’en va quelque part ou qu’il faut qu’elle se bouge. C’est aussi le titre de ce roman. C’est en lisant la première de couverture que j’ai découvert que c’était le diminutif de « Zoumaï » qui signifie un passage à l’action en occitan provençal. Et le sens est ici bien plus profond que celui dans lequel je l’utilise habituellement.

En même temps que la maison de vacances qui appartient à sa famille depuis des générations, Chance doit aussi quitter tous les vieux démons, imaginaires ou réels, qui la poursuivent depuis des années et des années.

« Tu ne peux pas réécrire le passé. Il faut l’accepter. » p.119 S’il est certes difficile d’émettre un avis contraire à cette affirmation, il y a tout de même une marge entre la théorie et la réalité.

Dire « Zou ! » et passer à autre chose, c’est parfois un peu compliqué. Surtout quand on est né quelques temps après le décès de son frère, qu’on a une grand-mère méchante et un père fantasque mort trop tôt.

Pour aller de l’avant, Chance a besoin de revenir sur son passé. Et quand ce n’est pas elle, c’est la page blanche, la maison familiale ou le muret de pierre avec vue sur la mer qui s’expriment pour donner leur point de vue.

Chance fait tout cela pour elle. Sa fille n’aura sans doute pas ce problème :

« Je suis très fière qu’elle ait du caractère. Elle pourra se défendre, ne se laissera pas étouffer par le poids d’une tradition ou le passé de sa mère. Elle aura les armes d’une battante, le charme d’une sirène, de l’humour, et gardera son toupet. Elle ne ressemble qu’à elle, et c’est parfait comme ça. » p. 62

Nous avons tous de vieilles casseroles dernière nous. Pour les chanceux, elles sont peu nombreuses. Pour les autres, il faut faire avec… Le poids de l’héritage familial est une question qui m’intéresse beaucoup et je dois avouer que je me suis ruée sur ce roman dès que je l’ai eu entre les mains. Le problème, c’est que j’en attendais peu être un peu trop. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé. Certains passages m’ont parlé mais je suis restée assez extérieure à cette histoire. Il m’a manqué quelque chose -je ne saurais pas dire quoi- pour m’identifier à Chance et faire de Zou ! un coup de coeur qui résonne en moi. Cela ne m’empêchera pas de relire cet auteur !

Les avis de Stephie, Noukette, Leiloona, Sophie, Sylire et l’Irrégulière.

HERTER, Anne-Véronique, Zou !, Michalon, 2014.

Merci à Priceminister et à Olivier Moss de m’avoir permis de découvrir ce livre dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire.

Jacob, Jacob – Valérie Zenatti

Jacob, jeune juif de 19 ans, appartient à une famille modeste de Constantine. II vit dans un appartement minuscule avec ses parents, un de ses frères, sa belle-soeur qui est enceinte et ses neveux et nièces. Tout ce petit monde dort dans la même pièce et la cohabitation n’est pas toujours simple.

A côté de son père et de son frère, deux rustres qui imposent leur dictat et qui sont craints par toute la famille, Jacob fait figure d’ange. Il joue avec les enfants, se lève la nuit avant que Camille ne réveille les hommes par ses crises de somnambulisme, part à la recherche de Gabriel quand celui-ci est absent à l’heure du dîner. Les femmes de la famille, elles, sont soumises à leur mari. En charge de l’éducation des enfants, elles sont responsables s’ils dérogent aux règles.

Nous sommes en 1944 et la famille de Jacob ignore tout de la guerre. Quand ce dernier est enrôlé pour libérer la France, personne ne comprend réellement les enjeux. Ses parents sont fiers, Jacob va devenir un homme, un vrai. Ce dernier participe au débarquement de Provence alors que sa famille le croit toujours en Algérie. Avec Ouabedssalam, Attali et Bonnin, ses compagnons d’infortune, il perd peu à peu sa douceur et sa candeur en découvrant la triste réalité de la guerre. Trois ans avant son incorporation, on lui refusait l’école car il était juif. Au moment où se déroule l’histoire, la France a besoin de lui pour la délivrer…

Et le pire dans cette histoire, c’est que Jacob et sa famille ne se rendent même pas compte à quel point ils sont manipulés. Ils sont trop pauvres, trop rustres, pas assez instruits pour avoir du recul sur la situation. Quelques années après la Seconde Guerre mondiale, comme tous les Pieds Noirs ou presque, la famille va fuir l’Algérie pour cette France qui ne voudra pas d’eux. L’histoire se répète et le lecteur assiste impuissant à la douleur de cette famille.

Grâce à une écriture extrêmement bien maîtrisée et fluide, Valérie Zenatti montre l’impact de l’Histoire sur l’histoire d’une famille parmi tant d’autres. Cela donne un roman vraiment réussi.

Une lecture commune que je partage avec Laurie.

ZENATTI, Valérie, Jacob, Jacob, Éditions de l’Olivier, 2014.

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