Gabacho – Aura Xilonen

Liborio a fui son Mexique natal dans l’espoir d’une vie meilleure aux Etats-Unis. Clandestin, il vit et travaille dans une librairie hispanique et lit tout ce qui lui tombe sous la main, même ce qu’il ne comprend pas. Son patron, qui le prend pour un idiot et l’appelle par des noms très agréables comme « gros bêta », « oiseau du diable »,  « l’abruti à la mords-moi le nœud » ou « le macaque », a peur qu’il abîme les livres. Liborio attend donc d’être seul, le soir, dans la mezzanine qui lui sert de chambre, pour lire en cachette.

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Debout-payé – Gauz

On a beaucoup entendu parler de ce petit livre depuis sa sortie, en septembre 2014, si bien que je me suis laissée tenter quand je suis tombée dessus sur le présentoir des nouveautés à la médiathèque.

Debout-payé raconte l’histoire d’Ossiri, un jeune ivoirien arrivé en France en 1990. Au départ, son visa touristique lui permet de circuler librement mais très vite il perd ses illusions, ne trouve pas de travail et se retrouve sans papiers. C’est le début de la galère. Grâce à une connaissance, il trouve finalement un emploi de vigile. Dans sa famille et son entourage, tous les hommes ou presque exercent ce métier. Les employeurs ferment les yeux sur leurs faux vrais papiers du moment qu’ils font leur travail correctement c’est-à-dire restent debout toute la journée.

Employé dans le magasin Séphora des Champs-Elysées et au Camaïeu de Bastille, Ossiri observe avec perspicacité et humour les clients, les employés et les patrons. Rien, ou du moins pas grand chose, ne lui échappe. La société de consommation et les comportements qu’elle entraînent sont pointés du doigts.

Ossiri propose également une petite histoire de l’immigration à travers son parcours et celui de sa famille. Sa mère, par exemple, est revenue vivre en Côte d’Ivoire après avoir séjourné en France pendant plusieurs années. Elle se bat pour sauvegarder les valeurs et les modes de vie traditionnels. Quelque part, elle m’a fait penser à Ifemelu dans Americanah. Ossiri, lui, préfère rester en France et, comme beaucoup de clandestins, vit dans un immeuble parisien surpeuplé et délabré. Les menaces d’expulsion sont une triste réalité. Il fait part au lecteur de sa vision de notre pays, des années 1960 à l’après 11 septembre.

Le regard d’Ossiri est juste et fait réfléchir. Je regrette cependant que le roman n’aille pas un peu plus au fond des choses. Les remarques sur les clients dans les magasins sont marrantes mais finalement un peu trop superficielles. Les parties dans lesquelles Ossiri raconte son parcours et celui de son entourage m’ont plus intéressée.

Souvent, on ne fait pas attention aux vigiles quand on entre dans un magasin. Je n’avais jamais pensé qu’ils pouvaient être aussi satiriques. Désormais, je vais les regarder d’un autre oeil !

L’avis enthousiaste d’Enna.

GAUZ, Debout-payé, Le Nouvel Attila, 2014.

Antonio ou la résistance : de l’Espagne à la région toulousaine – Valentine Goby et Ronan Badel

1939. Antonio vit avec sa mère et sa soeur à Barcelone. Jorge, son père, un résistant républicain, a été contraint à l’exil en France après la victoire de Franco. Sa plus jeune soeur est du côté de Valence, chez ses grands-parents. Sa mère a été obligée de l’envoyer vivre là-bas car le manque de nourriture dans la capitale catalane commençait à avoir de sérieuses conséquences sur sa santé.

Quelques temps plus tard, Antonio, sa mère et son autre soeur sont eux aussi obligés de quitter l’Espagne : Franco bombarde Barcelone. D’abord envoyés dans un camp en Haute-Garonne, ils réussissent à rejoindre Argelès sur mer où est enfermé Jorge. La famille est séparée depuis trois ans mais ne peut toujours pas vivre réunie. Les réfugiés espagnols sont considérés comme des indésirables et Jorge restera derrière les barreaux tant qu’il n’aura pas trouvé de travail.

La réédition en poche ce court roman (48p.) est l’occasion pour les adolescents de découvrir, à travers la vie d’un enfant, un pan méconnu de notre histoire et de celle de l’Espagne. La façon dont notre pays a traité les exilés en lutte contre le franquisme est une honte. Enfermés dans des camps, leurs conditions de vie étaient inhumaines. On le dit peu mais c’est une triste réalité. En fin d’ouvrage, quelques pages documentaires permettent d’approfondir le sujet et les évènements historiques évoqués dans le roman.

GOBY, Valentine, BADEL, Ronan, Antonio ou la résistance : de l’Espagne à la région toulousaine, Autrement, 2014.

Une preuve d’amour – Valentine Goby

En classe, Sonia travaille sur Les Misérables avec son professeur de français. Fantine est-elle une mauvaise mère ? Aimait-elle vraiment Causette, sa fille ? A t’on le droit d’abandonner son enfant ? Dans la classe, les avis divergent et le débat est animé. Le prof, lui, essaie de montrer que les apparences sont souvent trompeuses

Sonia observe Abdou, un élève discret qui vient d’arriver dans la classe et qui ne parle jamais ou presque. Il bouillonne, tremble, frappe silencieusement ses poings l’un contre l’autre. Jusqu’au moment où il se lève, lance une courte phrase et s’enfuit en courant. Le roman de Victor Hugo fait écho en lui pour des raisons très personnelles. Il résonne aussi en Sonia…

Les jours qui suivent, Abdou ne remet pas les pieds en classe. Personne n’a de nouvelles de lui. Sonia le croise une fois ou deux en ville et tente de lui parler. Il promet de revenir en classe mais ne le fait pas. La jeune fille part à sa recherche et tente de le comprendre. C’est le début d’une belle histoire d’amour.

Une preuve d’amour est un joli roman qui traite de l’immigration, de l’amour maternel, de la difficulté de se construire quand on vit des choses difficiles et de la solidarité. Le dénouement ne tombe pas dans la facilité et c’est tant mieux.

C’est un petit livre que je ne manquerai pas de conseiller autour de moi car il véhicule un message important, surtout à not. Il nous offre la preuve, une fois de plus, qu’on peut aborder des sujets sérieux et difficiles en littérature de jeunesse sans pour autant heurter la sensibilité des enfants ni les prendre pour des imbéciles. 

GOBY, Valentine, Une preuve d’amour, Éditions Thierry Magnier, 2013.

« Les belles choses que porte le ciel » de Dinaw Mengestu

Dans la deuxième moitié des années 1970, Sépha, jeune immigré d’origine éthiopienne, a fuit la révolution et les massacres de son pays et s’est retrouvé aux États-unis avec pour seule famille un oncle. Il a commencé par travailler pour un patron qui l’exploitait puis, a décidé de tenir une petite épicerie dans un quartier pauvre de Washington. Des années plus tard, il est toujours au comptoir de sa boutique et passe son temps à lire, à attendre de rares clients et à porter sur le monde un regard nostalgique et triste en compagnie de Joseph et Kenneth, ses deux amis africains.

L’arrivée dans le quartier de Judith, une femme blanche, et de sa fille métisse, Naomi, va bouleverser le petit univers de Sépha et aussi celui du quartier. Mais Sépha sait très bien quelle est sa place en ce monde. Son regard sur la relation qu’il entretient avec Judith et Naomi est tout à fait lucide.

Que disait toujours mon père, déjà ? Qu’un oiseau coincé entre deux branches se fait mordre les ailes. Père, j’aimerais ajouter mon propre adage à ta liste : un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Cela fait assez longtemps que je vis ainsi, en suspension. p. 281

 

Sépha fait partie de ces êtres blessés sur qui la vie glisse, de ces êtres à l’existence anonyme mais dont le regard sur le monde est ô combien juste et plein de sagesse. Pris entre l’Éthiopie, son pays d’origine dans lequel vivent encore sa mère et son frère mais où il ne retournera sans doute jamais, et les États-Unis où les pauvres et les noirs subissent désillusions sur désillusions, Sépha se sent seul. Ses quelques amis, sa petite boutique et les livres lui permettent de trouver un peu de bonheur au quotidien mais l’exil restera toujours une souffrance pour lui.

Un beau roman plein de poésie et réflexions très intéressantes sur l’Afrique, les États-Unis et l’exil.

Merci à   pour l’envoi de ce livre.

MENGESTU, Dinaw, Les belles choses que porte le ciel, Le livre de poche, 2009.

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