Marx et la poupée – Maryam Madjidi

Iran, début des années 1980. Maryam Madjidi transporte dans ses couches des comptes rendus de réunions du parti d’opposition à Khomeny dans lequel ses parents militent. Son père et sa mère, certains que la milice n’irait pas fouiller un bébé, la prêtent même à d’autres militants. Continuer la lecture de « Marx et la poupée – Maryam Madjidi »

Désorientale – Négar Djavadi

desorientaleAlors qu’elle attend, seule, dans la partie réservée à la procréation médicalement assistée de l’hôpital Cochin à Paris, Kimiâ repense à son pays d’origine, l’Iran. Là-bas, cette salle d’attente ressemblerait à un joyeux foutoir dans lequel tout le monde se parlerait. On n’hésiterait pas à manger ou à raconter sa vie à un inconnu. Grâce à des allers-retours entre passé et présent, Kimiâ revient sur son histoire familiale, permettant ainsi au lecteur de comprendre qui elle est et comment elle s’est construite.

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Mon traître – Sorj Chalandon

Antoine est luthier à Paris. En 1975, célibataire, il s’offre un voyage en Irlande pour fêter ses trente ans. A Dublin, il se rappelle d’un de ses clients qui lui a dit que s’il ne connaissait pas le Nord, il ne connaissait pas l’Irlande. Sur un coup de tête, il décide de faire un aller-retour en train à Belfast. Il ne reste que 3 heures sur place mais cela suffit à changer à jamais sa vie.

Là-bas, il rencontre tout d’abord Jim O’Leary et sa femme qui l’invitent chez eux. Jim devient rapidement son ami. Antoine, qui séjourne chez le couple lors de ses voyages successifs, apprend que leur fils est mort sous les balles de l’armée britannique. Dans un bar, il fait la connaissance de Tyrone Meehan, une grande figure de l’IRA (armée républicaine irlandaise), qui a passé plusieurs années en prison pour raisons politiques.

Une amitié très forte se créée entre Antoine (désormais surnommé Tony) et Tyrone. Il faut dire qu’Antoine est tombé littéralement amoureux de l’Irlande du Nord, à tel point qu’en France, il finit par se couper de ses amis. Ces derniers ne comprennent pas son engagement corps et âme pour un pays et une cause qui lui sont totalement étrangers. « J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour » p 52.

Le lecteur sait dès le début que Tyrone commettra un jour l’irréparable. En effet, Tony le nomme « Mon traître ». Quelle sera la trahison ? Pourquoi ? Comment ? Autant de questions auxquelles on trouvera des réponses au fil des pages. Ou pas.

Ce roman s’inspire d’une histoire vraie, celle de l’amitié entre l’auteur, qui couvre le conflit en Irlande du Nord pour Libération à cette époque, et Denis Donaldson, un activiste républicain qui a trahi les siens pendant 20 ans. Sorj Chalandon connaît donc très bien son sujet. A travers le personnage de Tyrone, il nous permet de découvrir le clan des activistes. Tony, lui, à le regard de l’étranger un peu naïf qui essaie de comprendre sans juger. Mais peut-on réellement appréhender la guerre ? Est-il possible de comprendre l’un ou l’autre des opposants quand on n’appartient pas à l’un de ces clans ?

Plus que l’histoire d’un pays en guerre, Mon traître  est celle d’une amitié trahie. J’ai particulièrement aimé les réponses données par Sorj Chalandon quand Tony essaie de comprendre les raisons de cette trahison. L’ambiance du pays et les émotions des personnages sont merveilleusement dépeints. C’est un roman magnifique. Maintenant il ne me reste qu’à me précipiter sur la suite, Retour à Killybegs.

L’avis d’Enna, un des premiers sur son blog, celui de Moka et d’Alex.

CHALANDON, Sorj, Mon traître, Le livre de poche, 2009.

Les jacarandas de Téhéran – Sahar Delijani

Iran, fin des années 1970. Des hommes et des femmes épris de liberté manifestent leur opposition à ceux qui sont au pouvoir. Ils ne veulent plus de ces lois tyranniques qui les empêchent de vivre comme bon leur semble. Malheureusement, ces opposants au régime sont jetés en prison par dizaines ou par centaines. Entassés dans des cellules, leurs conditions de vie sont inhumaines. Yeux bandés, nourriture en trop faible quantité, torture, éxécutions sans procès, tout est bon pour faire régner la terreur et empêcher la révolution iranienne de se propager.

Azar est enceinte quand elle se fait arrêter. Elle ne bénéficie d’aucun traitement de faveur et accouche dans des conditions atroces. Elle donne naissance a une petite Neda qui ne reste que quelques semaines à ses côtés, dans la cellule, en compagnie d’autres femmes.

Arrachée à sa mère, Neda est ensuite élevée par des membres de la famille tout comme Omid, trois ans, qui a vu ses parents se faire arrêter alors qu’ils étaient tous à table en train de manger. De nombreux autres enfants subissent la même situation qu’eux. C’est leur histoire que Sahar Delijani raconte dans ce roman chorale.

Vingt ans après, alors que Neda et Omir portent toujours le poids du passé sur leurs épaules, l’histoire se répète. Les protestations et les luttes pour la liberté sont à nouveau réprimées dans le sang….

Inspiré par l’histoire de l’auteur, elle-même née dans une prison iranienne, Les jacarandas de Téhéran fait froid dans le dos. Certaines scènes dans la prison ou pendant les arrestations sont d’un réalisme saisissant. Sahar Delijani rend ici un bel hommage à tous ceux qui, dans son pays d’origine, se battent pour la justice et la liberté. Un seul bémol tout de même : le lecteur finit par se perdre tant les personnages sont nombreux et a parfois du mal à savoir qui est qui.

DELIJANI, Sahar, Les jacarandas de Téhéran, Albin Michel, 2014.

« Les pintades à Téhéran » de Delphine Minoui

Quatrième de couverture :

« Non, à Téhéran les femmes ne sont pas toutes voilées de noir de la tête
aux pieds. Oui, elles ont le droit de vote et peuvent même être élues.
Non, elles ne sont pas cloîtrées à la maison, et 60 % des étudiants
sont des étudiantes. C’est sûr, la vie des pintades téhéranaises est
pleine de contraintes et d’interdits. Au regard de la loi, elles ne
valent que la moitié d’un homme. Leur quotidien est un pied de nez
permanent à la censure,
une lutte de tous les instants contre une
république islamique qui ne leur fait pas de cadeaux. Découvrez une
basse-cour voilée, mais pas prude !
Plongez sous les voiles et derrière
les portes, dans l’intimité de femmes ultra féminines, bourrées de
contradictions, et pénétrez dans leur univers, à travers des
chroniques, des anecdotes, leurs bons plans et leurs meilleures
adresses remises à jour.
« 

Sans Keisha qui fait voyager ce livre depuis quelques temps, je serais sans doute passée à côté et vraiment ça aurait été dommage. Le titre et l’illustration de la première de couverture laissent à penser qu’il s’agit de quelque chose de superficiel mais ce n’est absolument pas le cas. Les pintades à Téhéran donnent une autre image des femmes iraniennes, bien loin de ce que laissent entendre les médias. Ce livre ne fait que confirmer ce que les courageux voyageurs qui se sont rendus là-bas ont pu me dire.

Un livre dont il faut parler et qui mérite vraiment d’être lu car un sujet aussi sérieux traité avec autant d’humour, c’est assez rare ! Attention tout de même, le ton léger ne doit pas faire oublier la réalité de la condition de la femme dans ce pays et dans d’autres…

MINOUI, Delphine, Les pintades à Téhéran, Le livre de poche, 2009.

« Broderies » de Marjane Satrapi

Neuf femmes iraniennes (dont Marjane Satrapi elle-même) profitent de l’heure du thé pour raconter les derniers ragots du quartier et se faire des confidences. Les hommes, l’amour, la sexualité, la virginité, le mariage, le divorce : tels sont leurs thèmes privilégiés de discussion.

Des situations graves -comme  cette femme à qui on propose de se couper avec un rasoir le jour de sa nuit de noce car elle n’est plus vierge ou cette autre qui n’a jamais vu de sexe masculin car elle n’a que des filles et son mari éteint la lumière à chaque fois qu’ils font l’amour, sans compter tous ces mariages que les jeunes filles n’ont d’autre choix que d’accepter – sont racontées avec beaucoup de distance et d’humour. Et de l’humour, on sait que Marjane Satrapi en a beaucoup ! Malgré la gravité des faits, les femmes restent optimistes et pleine de vie, à l’exemple de la grand-mère de l’auteur, une personne de caractère qui ne se laisse absolument pas marcher sur les pieds.

A lire sans hésitation !

Merci à Finette grâce à qui j’ai découvert l’existence de cette BD.

SATRAPI, Marjane, Broderies, L’Association, 2003.

« Un jour avant Pâques » De Zoyâ Pirzâd

Un jour avant Pâques est le portrait des communautés chrétiennes et musulmanes d’Iran qui se côtoient sans jamais vraiment se mélanger. Le roman est composé de trois parties qui correspondent à différentes étapes de la vie du narrateur.

Edmond est arménien. Il passe son enfance dans un petit village au bord de la mer Caspienne et partage ses jeux avec Tahereh, la fille du concierge musulman de l’école. Il perçoit les querelles entre adultes (hommes-femmes, mère-belle-mère, etc.) sans totalement les comprendre. Pour le lecteur, ces querelles sont une mine de renseignements sur les us et coutumes des communautés chrétiennes et musulmanes et les relations qu’elles entretiennent entre elles.

Devenu adulte, le narrateur est marié avec Marta et vit une vie paisible à Téhéran. Quand Alenouche, leur fille, annonce qu’elle va se marier avec Behzad, un jeune musulman, tout s’écroule. Les temps changent mais le mariage entre musulman et chrétien arménien est toujours mal vu…

Quelques temps plus tard, Edmond a perdu sa femme, il se retrouve seul et est plus ou moins fâché avec sa fille…

 

Encore une fois, ce sont de beaux portraits de femmes que nous propose Zoyâ Pirzâd. Toutes battantes, elles ont des caractères bien tranchés et ne se laissent pas marcher sur les pieds, que ce soit entre elles ou avec les hommes. Le contexte historique et culturel est intéressant même si ça manque un peu de profondeur et de consistance à mon goût. On aimerait en savoir un peu plus sur les relations entre les uns et les autres, sur l’histoire des arméniens et des musulmans, etc.

Un bon roman donc mais il manque un petit quelque chose…

Cathe, Clarabel, Cuné et Laure l’ont lu également. 

PIRZÂD, Zoyâ, Un jour avant Pâques, Zulma, 2008.

« On s’y fera » de Zoyâ Pirzâd

L’histoire se passe de nos jours, en Iran. Arezou, 41 ans, a repris l’agence immobilière de son père avec sa meilleure amie, Shirine. Aux yeux de tout le monde, c’est une femme moderne et indépendante  : elle a divorcé, vit seule avec sa fille de 19 ans et subvient aux besoins de sa famille. Mais tout ceci n’est qu’apparences. Partagée entre sa mère, capricieuse et égoïste, et sa fille qui n’a pas accepté son divorce et ne pense qu’à elle, Arezou ne sait plus où donner de la tête. Les conflits entre générations sont nombreux et elle doit tout gérer, à la maison comme au travail. Heureusement, c’est une femme pleine d’humour et on passe vite du rire aux larmes dans ce roman.

Un jour, poussée par sa fidèle amie et collaboratrice Shirine, elle fait visiter une maison à vendre à un homme particulièrement difficile. Le cœur n’y est pas mais elle doit faire son travail ! Ce qu’elle ne sait pas à ce moment là, c’est que cet homme va changer sa vie.

                              

Autant le dire tout de suite, j’ai beaucoup aimé ce roman. C’est un Iran moderne, bien loin de ce qu’on peut parfois imaginer en France, que Zoyâ Pirzad présente ici. Arezou et les femmes de son entourage sont très indépendantes et très modernes même si elles subissent quand même une certaine pression sociale.

Les réalités de la vie quotidienne à Téhéran ne sont pas laissées de côté. Elles apparaissent en arrière plan, par petites touches : bon d’alimentation, intervention de la police des mœurs dans un café, discussion entre femmes dans le bus sur la stérilisation et l’attitude des hommes qui les laissent se débrouiller avec les enfants (qui sont parfois nombreux) et ne subviennent pas aux besoins de la famille, etc.

L’humour et les jeux de mots ont aussi leur place dans ce roman, même si on ne peut pas toujours en comprendre toutes les subtilités (le roman est écrit en persan et, comme dans toute traduction, les jeux de langage n’ont pas la même saveur une fois traduits).

Bref On s’y fera est un livre plein de gaieté et de bonne humeur que je vous conseille vivement !

Lire l’avis de Clarabel.

PIRZAD, Zoyâ, On s’y fera, Zulma, 2007.

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