La ville sans juifs – Hugo Bettauer

La ville sans juifs hugo BettauerÉcrit en 1922 et sous-titré « Un roman d’après-demain », La ville sans juifs est une politique fiction autrichienne étonnamment prédictive. En effet, l’auteur, Hugo Bettauer, imagine dans ce texte une Vienne en pleine crise économique. Les responsables ? Les juifs, forcément. La décision est donc prise de les chasser de la ville. Continuer la lecture de « La ville sans juifs – Hugo Bettauer »

La guerre de Catherine – Julia Billet et Claire Fauvel

Début des années 1940, zone occupée. Rachel Cohen a été confiée par ses parents à la maison des enfants de Sèvres, un établissement aux méthodes pédagogiques atypiques, beaucoup plus libres qu’ailleurs. Continuer la lecture de « La guerre de Catherine – Julia Billet et Claire Fauvel »

Si c’est un homme – Primo Lévi – Lu par Raphaël Enthoven

LEVI

On ne peut sortir indemne de la lecture de Si c’est un homme. Découvert en 2009, ce témoignage écrit deux ans après son retour d’Auschwitz par Primo Lévi, m’avait marquée par la finesse de l’analyse des comportements humains.

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Jacob, Jacob – Valérie Zenatti

Jacob, jeune juif de 19 ans, appartient à une famille modeste de Constantine. II vit dans un appartement minuscule avec ses parents, un de ses frères, sa belle-soeur qui est enceinte et ses neveux et nièces. Tout ce petit monde dort dans la même pièce et la cohabitation n’est pas toujours simple.

A côté de son père et de son frère, deux rustres qui imposent leur dictat et qui sont craints par toute la famille, Jacob fait figure d’ange. Il joue avec les enfants, se lève la nuit avant que Camille ne réveille les hommes par ses crises de somnambulisme, part à la recherche de Gabriel quand celui-ci est absent à l’heure du dîner. Les femmes de la famille, elles, sont soumises à leur mari. En charge de l’éducation des enfants, elles sont responsables s’ils dérogent aux règles.

Nous sommes en 1944 et la famille de Jacob ignore tout de la guerre. Quand ce dernier est enrôlé pour libérer la France, personne ne comprend réellement les enjeux. Ses parents sont fiers, Jacob va devenir un homme, un vrai. Ce dernier participe au débarquement de Provence alors que sa famille le croit toujours en Algérie. Avec Ouabedssalam, Attali et Bonnin, ses compagnons d’infortune, il perd peu à peu sa douceur et sa candeur en découvrant la triste réalité de la guerre. Trois ans avant son incorporation, on lui refusait l’école car il était juif. Au moment où se déroule l’histoire, la France a besoin de lui pour la délivrer…

Et le pire dans cette histoire, c’est que Jacob et sa famille ne se rendent même pas compte à quel point ils sont manipulés. Ils sont trop pauvres, trop rustres, pas assez instruits pour avoir du recul sur la situation. Quelques années après la Seconde Guerre mondiale, comme tous les Pieds Noirs ou presque, la famille va fuir l’Algérie pour cette France qui ne voudra pas d’eux. L’histoire se répète et le lecteur assiste impuissant à la douleur de cette famille.

Grâce à une écriture extrêmement bien maîtrisée et fluide, Valérie Zenatti montre l’impact de l’Histoire sur l’histoire d’une famille parmi tant d’autres. Cela donne un roman vraiment réussi.

Une lecture commune que je partage avec Laurie.

ZENATTI, Valérie, Jacob, Jacob, Éditions de l’Olivier, 2014.

Max – Sarah Cohen-Scali

Max -Konrad von Kebnersol pour les autorités- est un exemple parfait du programme Lebensborn initié par Himmler et mis en place dès 1933 en Allemagne. Il est né le 20 avril 1936, date anniversaire du Fürher. C’est pour cette raison qu’il a été baptisé par Hitler lui-même. Dès sa naissance, on l’a pesé, mesuré et observé sous tous les angles pour être certain qu’il répondait à tous les critères de perfection de la race aryenne et qu’il n’était pas nécessaire de l’éliminer.

Sa mère a été scrupuleusement sélectionnée par les nazis et son père est un soldat SS. Ils ne se connaissaient pas. Leur rencontre a été organisée pour qu’ils conçoivent un enfant et c’est tout. Comme toutes les femmes sélectionnées pour ce programme, la mère de Max l’a nourri pendant quelques mois au sein, sous étroite surveillance, dans un endroit conçu exprès pour élever la future élite de la nation. Ils ont ensuite été séparés de force et ont continué leur vie chacun de leur côté sans avoir de nouvelles l’un de l’autre.

A travers l’histoire de Max, ce sont toutes les atrocités commises par l’Allemagne nazie que Sarah Cohen-Scali donne à voir aux adolescents. Extrêment bien documenté, il couvre la période 1936-1945, de l’apogée du Reich à sa défaite. Le lecteur découvre l’endoctrinement et les conditions dans lesquelles les enfants étaient éduqués par des nazis prêts à tout pour parvenir à leurs fins. La façon de penser de Max et son comportement font froid dans le dos. Tout petit, il est déjà conditionné. Ses réflexes dérangent et mettent mal à l’aise le lecteur. Max est un roman qui prend aux tripes et qu’on ne peut pas lâcher avant la fin.

COHEN-SCALI, Sarah, Max, Gallimard jeunesse, 2012.

L’étoile d’Erika -Vander Zee et Innocenti

Elle a parlé de cet album il y a quelques temps et je suis tombée dessus par hasard à la médiathèque. Impossible de passer à côté de cette première de couverture sans la remarquer…
Erika est née en 1944. Sur la route des camps, sa mère l’a sauvée en la jetant par la fenêtre du wagon. Elle a été recueillie par une femme qui lui a donné un nom, un prénom, une date de naissance et s’est occupée d’elle. Erika ne connaît rien de son histoire, de ses origines. Tout ce qu’elle peut faire, c’est imaginer ses parents et ce qu’ils ont vécu.

Un joli récit plein de pudeur, tant dans le texte que dans les illustrations. Les émotions, retenues, n’en sont que plus touchantes. Malgré le tragique, c’est la vie et le bonheur qui reprennent le dessus à la fin. C’est ça que j’ai aimé dans cet album…

VANDER ZEE, Ruth, INNOCENTI, Roberto, L’étoile d’Erika, Milan jeunesse,

La Saga Mendelson 2 : Les insoumis – Fabrice Colin

J’étais pressée de les retrouver tous ces héros de la Saga Mendelson et je n’ai pas été déçue !

A la fin du premier tome, Isaac est mort et le reste de la famille part vivre en exil aux États-Unis. C’est donc dans ce pays, de 1930 à 1965, que l’on découvre la suite de cette destinée familiale hors du commun. D’origine juive, les Mendelson voient leur histoire se mêler sans cesse à la grande Histoire. Crise de 1929, débarquement de Normandie, essais nucléaires, création de l’état d’Israël, guerre du Vietnam : un ou plusieurs des membres de la famille sont mêlés de prêt ou de loin à ces évènements majeurs de l’Histoire du XXème siècle.

Les insoumis commence avec l’histoire de David parti vivre à New York avec ses deux fils, Walter et Ralph. Il travaille en tant que journaliste et espère gravir les échelons mais il se rend bien vite compte que défendre ses convictions n’est pas toujours si simple dans ce milieu. On suit également la vie de Leah, son divorce, son remariage et ses enfants. Batsheva, elle, est toujours en vie et regarde les siens évoluer. Vers la fin de son existence, elle prendra une décision incroyable, inimaginable même. Mais je ne vous en dis pas plus…

Comme dans le premier tome, Fabrice Colin utilise à merveille le genre du docu-fiction. Interviews, extraits de journaux intimes ou de romans, photos d’époque et articles de journaux se succèdent et laissent parfois la place à une narration plus classique. L’auteur entretient habilement le suspens et ne donne pas toutes les réponses aux questions qu’il pose si bien que l’on termine ce deuxième tome en attendant avec impatience le troisième, Les fidèles, dont la sortie est prévue le 14 mai. En attendant, il faudra se contenter de la présentation sur le site des éditions du Seuil :

« 1965-2000. Pacifiste
convaincu, Ralph Mendelson part couvrir la guerre du Vietnam, laissant
son père, son frère et sa fiancée Joan à New York. Au terme de son
quatrième voyage, il rentre juste à
temps pour la naissance de son fils. Désormais, il ne partira plus. Mais
voici que sa cousine Doris prend le relais ! En mission pour la
Croix-Rouge internationale, elle convainc Walter de l’accompagner en
Chine. La terre tremble ; de nouveau, les fondations de la famille sont mises à rude épreuve. Des émeutes de Watts au génocide rwandais,
de Nelson Mandela à Kurt Cobain, les Mendelson, plus que jamais, restent
fidèles à leur credo : embrasser le monde et aller de l’avant.
« 

COLIN, Fabrice, La Saga Mendelson tome 2 : Les insoumis, Seuil, 2009.

« La saga Mendelson » #1

La famille Mendelson est une famille d’origine juive dont le passé, tourmenté, est indiscutablement lié à l’histoire du siècle dernier. Mêlant habillement extraits de journaux intimes, photographies, dessins, interviews et narration, Fabrice Colin nous raconte toute l’histoire de cette famille au destin hors du commun. La mode du docu-fiction à la télévision a peut-être influencé la manière d’écrire ce livre. En tous cas, les similitudes sont nombreuses.

Tout commence en 1895, à Odessa. Isaac Mendelson est horloger. Il travaille bien et mène une existence tranquille avec sa femme et ses deux enfants. En 1905, tout change : c’est la mutinerie du cuirassé Potemkine et le pogrom. Isaac prend conscience qu’il faut fuir le pays et emmène toute sa petite famille dans des conditions extrêmement difficiles à Vienne. Là-bas, il faut refaire sa vie, repartir de zéro. Les enfants -David et Leah- grandissent et s’adaptent plus facilement que leur maman qui a perdu la joie de vivre depuis qu’elle a quitté son pays natal. Mais le bonheur -relatif puisque les Mendelson sont en exil- est de courte durée et encore une fois, l’histoire va rattraper la famille. C’est le début de la première guerre mondiale et David à l’âge d’aller rejoindre l’armée…

A la fin de ce premier tome on est en 1929 et la famille vit aux États-Unis. Un décès, des mariages, des naissances, des disputes et des réconciliations : cette saga est pleine de vie et montre comment l’Histoire influence la vie des Mendelson. Il ne me reste plus qu’à aller à la médiathèque pour emprunter la suite, Les insoumis, qui se déroule sur la période 1930-1965.

L’avis de Keisha et celui de Theoma où vous trouverez des liens vers d’autres blogolecteurs.

COLIN, Fabrice, La saga Mendelson 1 : Les exilés, Seuil, 2009.

« Si c’est un homme » de Primo Lévi

Arrêté comme résistant en février 1944 puis déporté dans une annexe d’Auschwitz jusqu’à la libération du camp, Primo Lévi prend sa plume entre décembre 1945 et janvier 1947 pour raconter l’horreur de l’univers concentrationnaire. Il décrit ses conditions de vie et celles de ses compagnons de malheur. Les privations de toutes sortes, les coups, la violence physique et morale, la lutte pour survivre, le chacun pour soi, la maladie, la faim, la peur, le froid et bien d’autres choses encore, à peine imaginables, faisaient partie du quotidien.

 

J’ai lu beaucoup de documents sur la Seconde Guerre mondiale et les camps de concentration mais Si c’est un homme est vraiment à part. J’ai dû le lire par petits morceaux tellement certains passages m’ont remuée. Celui-là par exemple :

« qu’on offre à quelques individus réduits en esclavage une position privilégiée, certains avantages et de bonnes chances de survie, en exigeant d’eux en contrepartie qu’ils trahissent la solidarité naturelle qui les lie à leurs camarades : il se trouvera toujours quelqu’un pour accepter. Cet individu échappera à la loi commune et deviendra intouchable; il sera donc d’autant plus haïssable et haï  que son pouvoir gagnera en importance. Qu’on lui confie la commandement d’une poignée de malheureux, avec droit de vie et de mort sur eux, et aussitôt il se montrera cruel et tyrannique, parce qu’il comprendra que s’il ne l’était pas assez, on n’aurait pas de mal à trouver quelqu’un pour le remplacer. » p.140

La solidarité dans le malheur, quand on vit dans de conditions aussi atroces, n’existe plus. C’est chacun pour soi. Comment condamner un tel comportement quand on sait que les déportés étaient réduits à l’état d’esclave et pire encore, de bête ?

Au delà de la description de la vie dans le camp, Primo Lévi analyse les comportements humains et tous les mécanismes mis en place par les nazis pour détruire l’homme, non seulement physiquement mais aussi psychologiquement. Il relate des faits bruts, sans haine, avec une lucidité et un recul extraordinaire pour quelqu’un qui écrit si peu de temps après avoir vécu l’impensable. C’est tout cela qui fait la force de son récit.

Un témoignage indispensable, un livre qu’il FAUT lire !

LEVI, Primo, Si c’est un homme, Pocket, 2003.

« Ginsberg et moi » de Frédéric Chouraki

Quatrième de couverture :

« Paris, années 90. Simon Glückmann est
gay, il a grandi et vit dans le Marais. Prédicateur stagiaire à la
synagogue du Temple, pigiste intermittent pour une revue féministe
radicale, il écume les lieux de débauche entre deux carpes farcies avec
amour par sa mère. Son cœur sec est tiraillé entre sa colocataire,
Chardonnay, évanescente institutrice en mal d’enfant, et Samuel
Rosenblatt, comédien rouquin amoureux de Woody Allen.

Sa vie bascule à la faveur d’une
rencontre improbable avec Allen Ginsberg, le poète de la beat
generation, dans un sauna spécialisé. Ensemble, ils ne tardent pas à
former le couple à la mode dans le Marais. Mais le barde aux faux airs
de messie défroqué est-il à la hauteur de sa légende ? And the Beat
goes on ? S’ensuit un curieux marché de dupes où l’on croit possible de
troquer une jeunesse stérile contre les oripeaux du mythe. Pour Simon,
c’est l’occasion d’un roman d’apprentissage pas très catholique sur un
joyeux air de klezmer. Mazel tov !
« 

Sexe, drogue, débauche, détournement des codes religieux juifs, interprétation très personnelle des textes sacrés par le héros, Simon : Ginsberg et moi est vraiment un roman anticonformiste. Le langage est souvent cru, les chapitres courts, le rythme soutenu, bref c’est un livre avec lequel on ne s’ennuie pas.
Oui, mais voilà, je n’ai pas vraiment accroché. Pour plusieurs raisons sans doute : je n’ai aucune connaissance en matière de culture juive et les références y sont nombreuses, le texte est sans doute un peu trop loufoque pour mon esprit rationnel et Simon est une personnage vraiment trop égoïste et ingrat avec son entourage à mon goût.

Un petit extrait, à prendre avec du recul bien entendu, mais qui m’a fait beaucoup rire :

« Pressé par Chardonnay de lui décrire les ressorts « de l’amour qui n’ose pas dire son nom », il avoue, un peu gêné, ne considérer ses partenaires que comme des corps avec organes, objets doués de chaleur, de fluides et d’orifices. Ainsi, loin de tempérer ses ardeurs, la vision blasphématoire du vieillard en position animale ne fait qu’exacerber son désir de luxure. Samuel l’aide, un temps, à assouvir cette terrible fringale, mais Simon, habitué à changer de monture à chaque saut de haie, préfère poursuivre son exploration des bas-fonds ». (p.55).

Je remercie Babelio et les Éditions du Seuil qui m’ont offert ce livre dans le cadre de l’Opération Masse Critique. C’est la deuxième fois que j’y participe et je dois dire que c’est vraiment très bien organisé !

CHOURAKI, Frédéric, Ginsberg et moi, Seuil, 2008.

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