Eldorado – Laurent Gaudé – Lu par Pierre-François Garel

Le commandant Piracci navigue depuis vingt ans le long des côtes italiennes. Son travail consiste à intercepter les clandestins qui tentent de rejoindre l’Europe à bord de bateaux.

Dans les ruelles de Catane, il sent une présence. Une femme le suit. Il l’invite à entrer chez lui. Cette femme est une migrante qui se trouvait sur un bateau que le commandant Piracci a intercepté quelques temps plus tôt. Elle lui raconte ce qu’elle a vécu depuis son départ de Libye et lui explique les raisons de sa présence auprès de lui. Dès lors, le commandant Piracci n’est plus le même. Une faille s’est ouverte en lui. Il doute et ne supporte plus de faire ce travail.

Dans le même temps, au Soudan, deux frères s’apprêtent à laisser leur mère et à partir pour l’Europe. Très vite, Soleiman se voit confier la lourde tâche de continuer seul vers l’Eldorado : Jamal, malade, est dans l’incapacité de le suivre. Aprés s’être fait battre et pillé de tous ses biens, il croise le chemin de Boubakar, un boiteux et poursuit la route à ses côtés.

Ce récit pourrait ressembler à ceux qu’on entend trop souvent dans les médias depuis de nombreuses années. Mais tout le talent de Laurent Gaudé consiste à incarner la réalité en donnant une âme à ses personnages. Soleiman a des rêves et des raisons de faire route vers l’Eldorado. Rien ni personne ne pourra l’arrêter. Le commandant Piracci poursuit lui aussi sa destinée. Il est en quête d’un sens à sa vie.

A travers ces deux personnages principaux mais aussi toute une galerie de personnages secondaires, Laurent Gaudé montre l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus terrible et de plus beau. Le roman prend parfois des allures de fable, de conte. Un souffle épique emporte le lecteur malgré la dureté des sujets abordés.

Il est bien entendu question d’imigration clandestine mais aussi de la séparation de deux frères, des raisons profondes qui nous poussent à avancer dans la vie, du regard que l’on porte sur l’autre et sans doute de bien d’autres choses encore.

L’interprétation de Pierre-François Garel est magnifique. Elle donne vie aux personnages. Le texte de Laurent Gaudé est tellement profond que j’aurais presque envie de le relire en version papier pour m’attarder sur certains passages et réfléchir aux multiples lectures possibles. Un vrai coup de coeur !

GAUDE, Laurent, GAREL, Pierre-François, Eldorado, Thélème, 2013.

Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé

Montepuccio, petit village blanc d’Italie où les maisons sont collées les unes contre les autres, en haut d’un promontoire qui domine l’eau. Fin du XIXème siècle. Luciano Mascalzone revient après quinze ans d’absence forcée. Il a choisi d’arriver sous la chaleur écrasante de l’après-midi. Ainsi, il a peu de chance de croiser qui que ce soit. C’est un bandit, un voleur de bétail, un détrousseur de voyageurs. Quand les hommes du village seront au courant de son retour, il n’aura plus longtemps à vivre, il le sait. Mais Luciano, pour l’instant, n’a qu’un seul objectif : retrouver Filoména Biscotti pour la posséder au moins une fois. Peu importe le prix à payer.

Mascalzone, c’est le jour de ta mort. Ce qui devait arriver arriva. Cependant, juste avant de mourir, Luciano découvre avec rage que ce n’est pas dans les bras de Filoména mais dans ceux de sa soeur, Immacolata, qu’il a jouit.

De ce qui s’est passé ce jour là, naît Rocco. Sa mère meurt peu après sa naissance. Rocco, orphelin, est élevé par une famille de pêcheurs du village voisin, les Scorta. Les habitants de Montepuccio voulaient que le curé du village le tue. Or on ne touche pas à une créature de Dieu. Don Giorgio a donc décider de le sauver.

Devenu adulte, Rocco Scorta Masacalzone suit le destin de ce père qu’il n’a jamais connu. Il répand la terreur autour de lui et revient à Montepuccio pour faire trembler les villageois mais aussi la famille qu’il décide de fonder.

Laurent Gaudé, avec son indéniable talent de conteur, plonge le lecteur dans le destin tragique sur plusieurs générations, de la famille Scorta. Dès les premières pages, un souffle romanesque se dégage de la misère et du malheur dans lesquels sont empêtrées les générations successives. Le lecteur n’a plus qu’à tourner les pages les unes après les autres pour savoir jusqu’où ira la tragédie.

GAUDÉ, Laurent, Le soleil des Scorta, Babel, 2006.

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