Aux petits mots les grands remèdes – Michaël Uras

4040870125Un livre qui parle des livres attire immanquablement les passionnés de lecture. Mais ces lecteurs là sont également les plus exigeants. L’auteur a donc pris des risques en s’attaquant à un tel sujet. J’avais envie de découvrir ce roman tout en redoutant le pire. Au final, j’ai bien fait de suivre les conseils de Stephie.

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Marius le chat : Une peur bleue ! – Erwin Moser

Marius le chat est une nouvelle série des éditions Casterman destinée aux enfants qui apprennent à lire. Ma miss venant d’entrer en CP, ce genre de petit livre à lire progressivement tout seul nous intéresse tout particulièrement.

Dans Une peur bleue, quatre petites histoires illustrées sont proposées. Elles font toutes six pages et chaque page comporte cinq phrases au maximum. Le vocabulaire utilisé est relativement simple, la police de caractère est assez grande ainsi que les interlignes, ce qui facilite la lecture pour l’enfant.

Au niveau du contenu, Marius est un chat sympathique qui habite à la campagne et à qui il arrive de petites aventures. Il est drôle et a pour amis d’autres animaux qui partagent son quotidien.

Dans Une peur bleue, il part en montagne pour peindre et se sert finalement de son tableau pour se protéger de la pluie ou faire une énorme glissade dans le terrier de Domino le blaireau. Il fait également peur sans le vouloir à son ami Bruno l’ours, découvre le trésor de Domino et apprend que l’on peut faire du parachutisme avec une tente.

Les illustrations, à l’image du texte sont expressives et pleines d’humour. Elles permettent aux jeunes lecteurs de déduire ce qu’ils n’ont pas compris en lisant.

Ma miss le recommande aux enfants de son âge « parce que c’est trop rigolo ».

MOSER, Erwin, Marius le chat : Une peur bleue !, Casterman, 2015.

Le vrai lieu – Annie Ernaux

Le vrai lieu est la retranscription d’entretiens entre Annie Ernaux et Michelle Porte pour le réalisation d’un film documentaire diffusé à la télévision en 2013. Ces interviews ont eu lieu dans les lieux de la jeunesse de l’écrivain (Yvetot, Rouen) mais aussi dans celui de sa vie actuelle (Cergy).

L’auteur revient sur certains de ses livres et explique longuement son rapport à l’écriture. Ses propos permettent de mieux comprendre l’ensemble de son oeuvre ainsi que les liens entre sa vie privée et ses romans.

 « J’ai cette certitude que les choses qui m’ont traversées ont traversé d’autres gens. ça me vient de la lecture, du fait que dans la littérature j’ai trouvé des choses pour moi. » p.74

« La littérature n’est pas la vie, elle est ou devrait être l’éclaircissement de l’opacité de la vie. » p. 84

Le vrai lieu est un texte que je ne conseillerais pas à ceux qui ne sont pas familiers de l’auteur. Pour ma part, je ne connais pas tous ses livres -elle en a écrit une vingtaine environ- mais presque tous ceux que j’ai lus m’ont marquée parce que, comme elle le dit très justement, j’y « ai trouvé des choses pour moi« . Je n’expliquerai pas lesquelles ici, ce serait trop long et surtout trop intime mais il y a une certaine connivence entre ce qu’elle écrit et que je ressens.

Annie Ernaux a l’art de pointer du doigt ce qui fait mal et de mettre des mots justes sur des sentiments inavoués ou inavouables. Les textes qui m’ont le plus touchée sont d’ailleurs ceux dans lesquels elle raconte son enfance, son adolescence puis sa vie de jeune adulte. Là ou certains lecteurs ne voient que de la noirceur, je ne vois que vérité et lucidité.

ERNAUX, Annie, Le vrai lieu, Gallimard, 2014.

La fille qui n’aimait pas les fins – Yaël Hassan et Matt7ieu Radenac

Maya adore lire. Mais elle dévore les livres tellement vite que sa mère ne peut pas lui en acheter tout le temps. Cette dernière décide donc de l’inscrire à la bibliothèque, ce qui n’est pas du tout du goût de Maya. Ce qu’elle veut, elle, c’est posséder des romans et les accumuler sur les rayonnages de sa bibliothèque. Même si elle ne les lit jamais jusqu’au bout ! En effet, Maya n’aime pas les fins alors elle laisser un marque page lorsqu’elle sent que l’intrigue va se résoudre. Surprenant, non ? Maya est également signopaginophile : elle collectionne les marque-pages. Elle en a au moins autant que de livres.

A la bibliothèque, la jeune fille fait la connaissance de Manuelo, un vieux monsieur très sympathique qui partage sa passion pour la lecture. Assez vite, elle s’aperçoit qu’il lui cache des choses. Elle découvre par exemple qu’il est écrivain. Pourquoi ne lui a t-il rien dit ? Maya n’est pas au bout de ses surprises.

Un des thèmes principaux de La fille qui n’aimait pas les fins est l’amour de la lecture. Certains lecteurs se retrouveront sans doute à travers le personnage de Maya. Ce passage m’a par exemple beaucoup parlé : « Comment fait-elle pour vivre sans la compagnie des livres ? C’est vrai que moi j’ai grandi avec, que j’ai même poussé entre eux, au milieu d’eux, dans un joyeux fouillis de manuscrits. Les plus beaux souvenirs que je garderai à jamais de lui sont ceux de nos lectures, moments privilégiés entre tous, où, encore petit, je me blottissais le soir contre lui, me suspendant à sa voix grave et mélodieuse. Plus tard nous avons pris l’habitude de lire, à tour de rôle, les extraits de nos livres préférés« . p. 174

Il est aussi question dans ce livre de deuil (Maya a perdu son père et vit avec sa mère et son beau-père), d’amitié, de secret de famille et de relations familiales. L’ensemble est agréable à lire, notamment grâce à Maya, cette petite fille attachante qui grandit et approche peu à peu de l’adolescence. 

HASSAN, Yaël, RADENAC, Matt7ieu, La fille qui n’aimait pas les fins, Syros, 2013.

Comme on respire – Jeanne Benameur

Je crois que ce livre fait partie des pépites qui ont tellement marqué Noukette qu’elle aime l’offrir autour d’elle. Et Comme la demoiselle est généreuse, j’ai eu la chance de le recevoir dans le colis que j’ai « gagné » à l’occasion de l’anniversaire de son blog.

Autant le dire tout de suite, je l’ai lu trois fois de suite tellement les mots de Jeanne Benameur sont justes. En 36 pages, elle parle de son rapport à la lecture, à l’écriture, à la vie. Elle réussit à toucher le lecteur de manière intime. En lisant ce texte, on comprend mieux l’auteur mais on se comprend mieux soi-même également. L’écriture est très poétique. Les phrases sont courtes, minimalistes parfois. En peu de mots, l’essentiel est dit.

Je ne sais pas si, un jour, j’oserai vraiment écrire (pour moi, hein, je n’ai pas la prétention de devenir écrivain !). Jeanne Benameur, le dit clairement ici : quand on écrit, on se livre. Et il y a certaines choses qui sont vraiment de l’ordre de l’intime. Pour être franche, la réaction de mes proches me fait peur. Comment vont-ils interpréter mes mots ? Ne vont-ils pas souffrir de certaines choses qu’ils prendront, à tort ou à raison, pour eux. Car une chose est sûre, quand j’ai essayé d’écrire, ce sont des choses que j’ai observées autour de moi qui sont sorties. Ce n’est jamais de l’imagination pure.

Mon exemplaire est plein de pages cornées. Je vous livre ici quelques unes des phrases qui m’ont touchée :

« A chaque texte je fais connaissance un peu plus. Je me transforme. Comme la falaise découpée par les vagues, ruinée parfois par la tempête, je me cisèle. » p.25

« Dans une classe, une jeune homme écrit : « Ma plus grande peur, c’est de mourir dans la vie. » Je me reconnais. Je nous reconnais tous.

Restons vivants dans nos vies. S’il vous plaît.

Les livres sont faits pour ça. La littérature est là pour ça. » p. 29

« Je n’ai pas les épaules larges, moi. Je sais que le chemin que j’ouvre dans mes livres est étroit mais c’est le mien. Aujourd’hui, à chaque texte j’écarte un peu plus les bras. J’essaie. C’est comme ça que ma vie vaut la peine. Pas autrement. » p.33

« Ce sont les livres qui m’ont ouverte.

Je survivais. Dans le creux des murs. Dans le sillon du plâtre qui se délite. J’avais si peur. De tout.

Je survivais. J’ai pu vivre.

C’est dans les livres que j’ai pu vivre d’abord. Sans peur. » p.32

BEAMEUR, Jeanne, Comme on respire, Thierry Magnier, 2011.

« La grand-mère de Jade » de Frédérique Deghelt

Mamoune, la grand-mère de Jade vit seule dans sa maison, en Haute-Savoie, depuis le décès de son mari. Comme beaucoup de personnes âgées, un jour, elle tombe et reste sur le sol pendant plusieurs heures. C’est le signal d’alarme : ses filles décident de la placer en maison de retraite. Sur un coup de tête, Jade va la chercher et l’emmène vivre avec elle à Paris. Elles fait peu à peu connaissance avec cette grand-mère qu’elle croyait pourtant bien connaître. Elle apprend par exemple qu’elle était une lectrice cachée, une amoureuse des livres, alors que Jade ne l’a jamais vu lire autre chose que La Bible. Mamoune lui propose même de relire ce roman qu’elle a envoyé à de nombreux éditeurs, sans succès, et de lui faire des suggestions pour l’améliorer. Jade retrouve peu à peu la joie de vivre qu’elle avait perdue depuis quelques temps et se met à corriger son manuscrit. Cette « collocation » est bénéfique aussi pour Mamoune qui vit une sorte de seconde jeunesse.

Ce roman, j’ai commencé par le dévorer puis, je me suis lassée : trop de bons sentiments, un bonheur trop parfait pour être vrai. J’avais envie de noter des passages mais je ne l’ai pas fait parce que toute cette histoire m’énervait. Comme si Mamoune était une fée capable de faire surgir le bonheur d’un coup de baguette magique ! Si c’était aussi simple…

Pourtant, j’ai continué ma lecture sans pouvoir m’arrêter. Les pensées intimes de Jade et de sa grand-mère me parlaient et m’agaçaient à la fois. Bizarre comme sentiment. J’ai encore beaucoup de mal à l’expliquer…

Et puis, les cinq dernières pages sont arrivées et là, je ne m’y attendais pas du tout. J’ai repensé à tous ce que j’avais ressenti tout au long de cette lecture et j’ai vu les choses différemment… D’un coup, tous les reproches que l’on peut faire au textes s’expliquent. Je dois dire que Frédérique Deghelt est très forte. Je suis épaté…

Véro, Anne, Choco, Leiloona, BelleSahi, Val, Laure, Clarabel, Cuné, vous êtes nombreux à avoir lu et à avoir aimé La grand-mère de Jade.

DEGHELT, Frédérique, La grand-mère de Jade, Actes Sud, 2009.

« L’histoire du lion qui ne savait pas écrire » ou de l’importance de savoir lire et écrire quand on est amoureux

Un lion tombe amoureux d’une lionne qui aime lire. Il veut lui écrire une lettre d’amour mais il a un gros problème : il ne sait pas écrire. Il demande donc au singe de l’aider. Le singe écrit la lettre mais le lion a un nouveau problème : il ne sait pas lire et ne peut donc pas savoir ce que le singe a écrit. Comme l’animal est gentil, il lui lit la lettre mais le lion est fou de rage, le texte ne lui plaît pas… Il demande donc de l’aide à l’hippopotame puis à d’autres animaux mais à chaque fois c’est la même chose, les lettres ne ressemblent pas à des lettres d’amour écrites par le lion.

Fou de rage, il ne sait plus quoi faire et se met à rugir toutes les choses qu’il aurait aimé écrire. La lionne l’entend et lui demande pourquoi il n’a pas écrit lui-même. Le roi de la savane avoue la vérité et la fin, ouverte, laisse supposer que la lionne va aider le lion à apprendre à lire et à écrire.

L’histoire du lion qui ne savait pas écrire est un bien joli album qui montre l’importance de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour pouvoir exprimer et partager ses sentiments. Au lecteur de trouver d’autres raisons d’apprendre et de surmonter les difficultés de tels apprentissages…

L’histoire est dynamique et pleine d’humour. Les animaux sont vraiment sympathiques et les silhouettes ressemblent parfois à celles des humains. C’est un album à but pédagogique, certes, mais c’est aussi une lecture distrayante et bien agréable.

Emmyne vous en parle très bien.

BALTSCHEIT, Martin, BOUTAVANT, Marc, FRIOT, Bernard, L’histoire du lion qui ne savait pas écrire, P’tit Glénat, 2007.

Vent de panique à Buckingham Palace !

Il a suffit d’un pur moment de hasard pour que la Reine d’Angleterre se découvre soudainement une passion dévorante pour la lecture. Et ce n’est pas du tout du goût de son entourage… Imaginez, une Reine qui expédie les cérémonies officielles au plus vite et qui boude tous ses devoirs pour passer des heures entières à dévorer des livres ! La maison Windsor ne sait plus où donner de la tête ni comment faire pour rattraper le coup quand la reine pète un plomb. Car oui, on peut le dire, la Reine n’est plus du tout la même et c’est bien ennuyeux dans une maison où les protocoles ont l’habitude d’être respectés à la lettre depuis des années et des années.

Voilà un roman sans prétentions, léger et drôle. J’ai entendu ici ou là quelques critiques très élogieuses et je m’attendais à rire beaucoup plus que ça mais j’ai quand même passé un moment très distrayant. ça change un peu des lectures « sérieuses » et avoir le sourire aux lèvres n’a jamais fait de mal à personne !

A signaler tout de même : La Reine des lectrices n’est pas fait pour ceux qui ont une LAL ou une PAL très importante : les références littéraires sont très nombreuses !

Quelques extraits :

« Le choix de La Poursuite de l’amour se révéla particulièrement judicieux et à sa manière décisif. Si Sa Majesté était encore tombée sur un ouvrage ennuyeux […] elle aurait fort bien pu renoncer définitivement à la lecture, novice comme elle était dans cet art. » p.22

« Elle découvrit également que chaque livre l’entraînait vers d’autres livres, que les portes ne cessaient de s’ouvrir, quels que soient les chemins empruntés, et que les journées n’étaient pas assez longues pour lire autant qu’elle l’aurait voulu. » p.33

« Il lisait pour son seul plaisir, non pour accroître ses connaissances -même si cet accroissement participait de son plaisir, il en avait bien conscience. » p. 46

« On cherche dans un livre la confirmation de ses propre convictions. » p. 166

Les avis d’Amanda Meyre, Clarabel, Cathulu, Ys, Lou et Émeraude.

BENNETT, Alan, La Reine des lectrices, Denoël & D’ailleurs, 2009. Traduit de l’anglais pas Pierre Ménard.

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