Les brumes de Sapa – Lolita Séchan

Lolita a 22 ans lorsqu’elle décide de partir seule au Vietnam. En plein doute sur son avenir, elle espère que ce voyage lui permettra de trouver enfin qui elle est. A Hô-Chi-Minh ville, elle fait des rencontres, se persuade d’avoir attrapé toutes les maladies possibles, découvre l’horreur du tourisme sexuel, visite le marché, recherche le simple et l’authentique. Mais à l’intérieur d’elle, rien ne bouge. Toujours les mêmes questions, toujours le même mal être. Continuer la lecture de « Les brumes de Sapa – Lolita Séchan »

Emma et le jardin secret – Béatrice Masini

Emma, 10 ans, vit à Milan avec ses parents et rêve de se glisser dans le jardin secret de son immeuble, propriété du mystérieux Comte Ricotti. Pour cela, elle doit déjouer la surveillance de Monsieur Colnaghi, le gardien, et subtiliser les clés qui permettent d’ouvrir le haut portail qui l’empêche de voir ce qui se cache à l’intérieur de cet écrin de verdure.

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Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

un-paqubot-dans-les-arbres-valentine-gobyMathilde Blanc est la cadette d’une famille de trois enfants. A sa naissance, son père espérait un garçon pour remplacer celui qui est mort cinq années auparavant. Annie, l’aînée, est celle qui a tous les droits, et notamment celui de danser avec le père les soirs de bal au café familial de La Roche-Guyon. Jacques est encore un bébé. Au milieu, Mathilde essaie d’exister aux yeux de son père. Elle rêve de danser avec lui, elle aussi.

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Petite cage cherche un oiseau – Rodoula Pappa et Célia Chauffrey

Petite Cage est une cage à oiseau accueillante. Des graines, de l’eau, une jolie balançoire, volà qui devrait attirer de nombreux oiseaux. Mais Petite Cage reste vide. Elle décide alors de prendre les devants et de proposer aux oiseaux qu’elle rencontre de venir vivre chez elle.

Hirondelle, moineau, rossignol, paon, tous refusent sa proposition et ont de bonnes raisons de ne pas vouloir s’enfermer dans une cage. Les rares oiseaux qui s’approchent n’osent pas entrer. Petite cage est seule et triste.

Le jour où elle rencontre une vieille chouette, sa vision des choses change et elle commence à réfléchir sur le besoin de liberté et le vivre ensemble.

Plus qu’un album, Petite cage cherche un oiseau est en réalité un véritable conte philosophique. Les rapprochements entre Petite Cage et l’être humain sont d’autant plus faciles à faire que celle-ci est personnifiée. En effet, elle est dotéé d’un visage, de bras, de jambes et de la parole.

Les illustrations aux tons pastels de Célia, Chauffrey sont vraiment belles et accompagnent à merveille le texte. On referme l’album en réflechissant aux relations entre les être humains, à l’amitié, à l’amour et au respect de l’autre.

PAPPA, Rodoula, CHAUFFREY, Célia, Petite cage cherche un oiseau, Belin jeunesse, 2016.

Gipsy – Marie-France Chevron et Mathilde Magnan

Faire d’une pie, cet oiseau à la réputation peu glamour, une héroïne d’album jeunesse, il fallait oser et Marie-France Chevron l’a fait avec brio !

Gipsy est un oiseau tombé du nid et recueilli par Manu, un petit garçon qui vit dans une roulotte. Avec son père, sa mère, sa soeur Luna, deux juments et un chien, Manu parcourt le monde et la pie le suit.  Elle se fait des amis de passage, découvre la neige ou la délicieuse saveur de la pastèque, profite des soirées douillettes dans la roulotte.

Éprise de liberté, Gipsy préfère voyager et rencontrer du monde plutôt que de rester avec ses semblables. Mais ce qui lui est le plus précieux au monde, c’est la relation d’amitié qui la lie à Manu.

« Pourtant, je n’emporte rien avec moi que mes rêves et mes souvenirs. Je me nourris de ce que je trouve sur le chemin. Je me nourris aussi de la liberté d’aller et venir où bon me semble. On n’a pas besoin de plus pour vivre bien.« 

Tendre, poétique, cet album est une vraie réussite. A peine terminé, on a envie de le relire une deuxième fois pour mieux profiter des mots et des illustrations. C’est donc avec beaucoup de bonheur que l’on retrouve le duo Marie-France Chevron / Mathilde Magnan qui nous avait déjà proposé un livre d’une grande qualité l’année dernière avec Le Héron et l’Escargot.

On sent l’influence d’Antoine Guillopé derrière certaines illustrations de Mathilde Magnan. Les oiseaux sont particulièrement réussis et les couleurs peu habituelles mais agréables et douces. Les visages des personnages sont souvent flous, comme pour mettre en avant leur rôle secondaire dans cette histoire.

Quant à Marie-France Chevron, son texte est magnifique. Elle possède un indéniable talent de conteuse.

L’ensemble offre un bel hommage au voyage, à la vie et à la liberté. A découvrir absolument.

CHEVRON, Marie-France, MAGNAN, Mathilde, Gipsy, Éditions Courtes et Longues, 2014.

Pas assez pour faire une femme – Jeanne Benameur

Années 1970. Judith, dix-sept ans, entre à l’université et fait la rencontre d’Alain, un étudiant engagé politiquement, leader d’un groupe qui sa bat pour que des moyens décents soient accordés aux facultés. L’ombre d’un certain mois de mai plane encore sur la France…. La jeune fille tombe tout de suite sous le charme de cet homme et vit de véritables moments de bonheur avec lui.

Pourtant, régulièrement, ses démons l’assaillent. Judith appartient à une famille où le père, autoritaire et tyrannique, écrase tout le monde. Quand il rentre du travail, sa femme prend bien garde de ne pas l’énerver et de tout faire comme il le souhaite. Judith et sa soeur, elles, restent toujours dans le droit chemin. Aucune liberté, aucune place pour la réflexion personnelle. Et Judith ne se souvient plus ou à oublier mais son père a fait encore bien pire que cela….

L’entrée en fac, synonyme de chambre d’étudiant et donc d’indépendance, est une véritable bouffée d’oxygène pour la jeune femme. Aux côtés d’Alain, elle découvre l’engagement politique et construit sa propre pensée. Les deux amants partagent une passion pour la littérature et dévorent les grands auteurs. Petit à petit, Judith s’émancipe de sa famille et devient elle-même, même si le fond du lac n’est jamais très loin.

« apprendre c’est ouvrir la porte pour penser et […] c’est avec la pensée qu’on a une chance de vivre libre. » p. 86

Pas assez pour faire une femme raconte la transformation progressive d’une jeune fille en femme. Grâce à Alain, Judith grandit et entame un long chemin vers l’indépendance. Mais il en faut du temps avant de pouvoir accepter sa propre histoire familiale, d’aller de l’avant et de devenir soi-même.

Pour Judith, les livres sont des compagnons précieux au même titre que les Hommes. La dévoreuse de livres que je suis ne pouvait pas rester insensible à ces deux extraits :

« Et quand j’ai encore passé une salle nuit, je sais que si je prends un livre dès le réveil, ça ira mieux. Dans la lecture, je vais partir loin de ce qui me poursuit et qui n’a pas de visage. » p.22

« Si je me réveille la nuit, je sais que je peux replonger dans la lecture et que le soleil va me cueillir à nouveau, embarquée loin dans l’écriture d’autres que moi et parfois ramenée si près de moi que j’en suis boulversée, comme si le livre n’était que pour moi. Je ne sais pas comment font les auteurs pour arriver à ça mais c’est magnifique. » p.42

Quant à l’écriture de Jeanne Benameur, elle est encore une fois toute en retenue, en non-dit et en sensibilité. L’auteur nous livre ici un texte d’une force incroyable qu’il faut mettre entre toutes les mains, et particulièrement celles des jeunes filles qui ne se rendent pas toujours compte de l’importance de la liberté et de l’indépendance. Pas assez pour faire une femme est un roman qui fait réfléchir et fera échos chez bon nombre de femmes, c’est certain.

BENAMEUR, Jeanne, Pas assez pour faire une femme, Éditions Thierry Magnier, 2013.

Alabama Moon où les aventures d’un enfant hors du commun

Moon a dix ans et a été élevé par Pap -son père- au fin fond de la forêt d’Alabama. Il n’a quasiment jamais eu de contacts avec le monde extérieur. Le jour où ce dernier décède, il le transporte jusqu’à une butte et l’enterre lui même. Juste à côté, il y a la tombe de sa mère, morte alors que Moon n’avait que deux ans. Le garçon est donc désormais seul…

Il n’a absolument pas besoin d’un adulte pour subvenir à ses besoins : il sait chasser, utiliser les plantes, se repérer grâce aux étoiles, faire du feu sous la pluie, se fabriquer des vêtements, etc. Avant de mourir, Pap lui a dit de partir pour l’Alaska. Là-bas, il trouvera des gens qui vivent en dehors du système et refusent toute autorité, comme lui. Il lui a aussi dit qu’il serait toujours là et qu’il pourrait « parler » avec lui en lui écrivant des lettres et en les faisant brûler juste après. Sauf que ça n’a pas vraiment l’air de fonctionner, cette technique…

Moon est farouchement déterminé à suivre les instructions de son père même si la solitude lui pèse énormément. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que sa vie d’enfant sauvage n’est pas du tout du goût des autorités… C’est le début d’une longue course-poursuite et d’une quête de liberté…

Un roman à la fois tendre, émouvant et drôle qui se lit d’une traite. Le Club des Cinq, Tom Sawyer, Le livre de la jungle où autres récits de mon enfance ressemblaient un peu à cet Alabama Moon… De l’aventure, du rythme, de l’amitié, de l’authenticité, de l’innocence, du rire : rien ne manque !!!

Moon est un garçon au sens pratique incroyable pour un enfant de son âge. Je me demande si il est vraiment possible de vivre en autarcie en forêt pendant une longue période comme il le fait dans le livre. Par contre, il a tout à apprendre de la vie en société. Son esprit naïf lui joue des tours mais Moon a plus d’une corde à son arc.

A découvrir absolument, dès la sixième cinquième -pour les bons lecteurs que la longueur du texte n’effraie pas- et jusqu’à 77 ans !

KEY, Watt, Alabama Moon, Bayard jeunesse, 2010.

« Le Ramadan de la parole » de Jeanne Benameur

Publié dans la collection D’une seule voix dont l’objectif est de proposer des textes destinés à être lus d’une seul souffle, ce recueil de trois nouvelles donne la parole à trois femmes qui, à leur manière défendent leur liberté.

Dans Même les chinoises n’ont plus les pieds bandés, une jeune fille, enfermée seule dans sa chambre, décide de refuser de porter son corset. Elle ne veut pas non plus devenir une femme d’intérieur comme l’exige le milieu bourgeois des années 1920. Sa mère va donc mettre ses menaces à exécution : le lendemain, elle n’aura plus de livres. Ses livres sont pourtant tout pour elle…

« Mes livres vous font horreur. Ils sont ma jungle et ma liberté. Ils sont le souffle que je vous crache au visage. Je voudrais d’ici demain les faire entrer sous ma peau. La connaissance tatouée à l’intérieur. Pour vivre. » p. 22

Dans Le Ramadan de la parole, une autre jeune fille décide de ne plus parler pour manifester son opposition au voile et à tout ce qui empêche à le femme d’exister librement.

A l’affiche donne la parole à une jeune femme dont la mère pose nue sur des affiches pour une grande marque de parfum. Elle a honte et voudrait que les hommes ne posent pas leur regard sur le corps de celle qui l’a mis au monde et qui a décidé de se montrer nue pour gagner de l’argent dont elle n’a pas vraiment besoin.

Dans ces trois courtes nouvelles, la force des mots jaillit à chaque instant. Des phrases courtes et des phrases chocs qui montrent la détermination à défendre la liberté de leur corps de celles qui les prononcent.

De beaux textes très vite lus, trop vite lus !

BENAMEUR, Jeanne, Le Ramadan de la parole, Actes Sud Junior, 2009.

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