Magasin Général tome 7 à 9 – Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

C’est avec regret que j’ai refermé le neuvième et dernier tome de la série Magasin Général. On m’avait prévenu, une fois commencé, il est difficile de lâcher les habitants de Notre-Dame-des-Lacs. La vie, dans ce petit village du Québec, est on ne peut plus banale mais un souffle d’émancipation et une envie de liberté viennent troubler la routine quotidienne en cette première moitié du vingtième siècle.

Les hommes et les femmes sont attachants, à l’image de Marie, l’heroïne de cette bande dessinée. Les personnages secondaires sont nombreux et permettent de mettre en scène une galerie de personnalités et de comportements intéressante et variée.

Si vous voulez découvrir les tomes 1 à 3 et 4 à 6, il suffit de suivre les liens. Si vous avez l’intention de lire la série, passez les lignes qui suivent pour aller directement au dernier paragraphe. Sinon, votre plaisir risque d’être gâché…

Depuis que Marie est rentrée au village, c’est la fête à Notre-Dame-Des-Lacs. Ces dames se font coudre de jolies robes et tout le monde danse le charleston au Magasin Général certains soirs. L’ambiance est au beau fixe et Marie s’affirme de plus en plus. Elle ne se laisse plus marcher sur les pieds et l’avis des autres lui importe peu.

Elle tombe sous le charme des frères Latulippe qui se sont lavés et ont coupé leur barbe pour lui plaire. Ce n’est qu’une fois leur départ en fôret pour la saison d’hiver qu’elle se rend compte qu’elle est enceinte. Elle ne sait pas qui est le géniteur de son enfant mais décide que Serge sera la père.

Après une longue période de mal-être et d’hésitations, le curé décide lui aussi de s’émanciper. Il ne dira plus la messe qu’une fois par mois. Cela arrange certains mais les Dames Gladu sont outrées. Tant pis pour elle, Réjean préfère aider Noël à fabriquer son bateau.

Les hommes du village ne sont pas toujours agréables avec les femmes mais ces dernières leur donnent quelques belles leçons et eux aussi finissent par changer.

En refermant la série, on se dit que Loisel et Tripp sont vraiment forts car, même si les habitants de Notre-Dame-des-Lacs vivent dans les années 1920, les sujets abordés dans Magasin Général sont cruellement d’actualité. Si la société change, les comportements humains sont toujours plus ou moins les mêmes. Le combat contre l’intolérance, la lutte contre le conformisme, l’aspiration à la liberté et au bonheur sont intemporels. Et quand en plus, ces sujets là sont traités avec humour, finesse et sensibilité, on en redemande !

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 7 : Charleston, Casterman, 2011.

Magasin Général tome 4 à 6 – Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

C’est avec beaucoup de plaisir que je poursuis ma découverte de la série Magasin Général commencée il y a quelques semaines. Retrouver les habitants de Notre-Dame-Des-Lacs est un vrai délice. Ils vivent dans les années 1920 mais les problèmes qu’ils rencontrent et les thématiques abordées sont universels. Si vous n’avez pas lu les tomes 4 à 6, je vous conseille de ne pas lire les lignes qui suivent. Sachez tout de même que je vous recommande vivement cette BD !

Serge est désormais bien intégré au village. Pour tout le monde, il est acquis qu’il est en couple avec Marie puisqu’ils vivent sous le même toit. Les bigotes sont choquées que cette union ne soit pas régularisée par un mariage. Marie ne demanderait que cela mais depuis le tome 3, on sait que Serge est homosexuel. Il se fâche d’ailleurs contre elle et l’accuse de ne pas l’accepter tel qu’il est. Il cherche également une explication à donner aux habitants qui ne comprennent pas pourquoi ils ne sont pas ensemble alors qu’ils s’entendent si bien. Derrière une apparente légèreté, Loisel et Tripp abordent la thématique de l’homosexualité avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité.

Marie couche ensuite avec un homme qui a déjà une petite amie et tout le village se ligue contre elle. Elle ne comprend pas pourquoi elle a agit ainsi et s’en veut terriblement. La situation devient insupportable et elle décide de quitter Notre-Dame-Des-Lacs pour aller vivre à Montréal. C’est sans doute la première fois de sa vie qu’elle pense avant tout à elle et assume ses choix.

Serge ouvre le magasin de temps en temps pour rendre service mais il ne peut pas aller se ravitailler en ville faute de véhicule et c’est la pénurie sur les étagères. Les villageois sont bien embêtés. C’est l’occasion pour eux de réfléchir sur l’attitude de Marie et la réaction qu’ils ont eue vis à vis d´elle. Tous ne sont pas d’accord et on assiste à de belles disputes.

Finalement, Marie rentre de Montréal et beaucoup sont heureux de la retrouver. C’est à ce moment que là qu’Ernest La Tulippe débarque au village pour chercher de l’aide. Son frère s’est fait attaquer par un ours dans la montagne.

Pour l’instant, j’ai lu 6 tomes et aucun ne m’a paru moins bon que les autres. Au fils des pages et des péripéties, les personnages se dévoilent et les caractères s’affirment. C’est un vrai régal ! J’ai été assez touchée par l’attitude de Marie qui décide de prendre sa vie en main et de ne plus se soucier du regard des autres. Elle fait preuve de beaucoup de courage et, même si ce n’est pas simple, elle s’en sort très bien.

Il me reste encore trois tomes à découvrir. Du bonheur en perspective ! 

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 4 : Confessions, Casterman, 2008.

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 5 : Montréal, Casterman, 2009.

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 6 : Ernest Latulippe, Casterman, 2010.

Magasin Général tomes 1 à 3 – Loisel & Tripp

Notre-Dame-des-Lacs est un petit village québecquois perdu dans la campagne. La bande dessinée Magasin Général nous propose de partager le quotidien des habitants dans les années 1920. 9 tomes ont été publiés. Je vous présente aujourd’hui les 3 premiers. Attention, si vous êtes en train de les lire ou si vous avez l’intention de le faire, ne lisez pas les lignes qui suivent.

Dans le premier tome, Marie perd son époux et doit gérer seul le magasin qui leur appartient. Seule source d’approvisionnement en tissu, outillage ou nourriture des environs, la clientèle du Magasin Général est nombreuse et habituée à se faire servir. Marie a du mal à satisfaire tout le monde et les clients ne sont pas toujours trés tendres avec elle même en ces circonstances. Mais c’est une femme moderne qui n’hésite pas à prendre le volant de la voiture pour aller s’approvisionner dans la grande ville voisine. Gaétan, un jeune homme simple d’esprit âgé d’une trentaine d’années, lui donne un coup de main. Il est considéré comme l’idiot du village mais c’est un personnage attachant qui trouve sa place parmi les habitants et apporte une touche d’humour et de légèreté de par son comportement.

A la fin du premier opus, Marie accueille chez elle un homme prénommé Serge qui est tombé en panne de moto et ne peut pas repartir. Le deuxième tome a pour titre le nom de cet homme qui reste finalement au village et ouvre un restaurant. Les villageois n’ont jamais mangé dans un tel endroit mais ils apprécient les talents de cuisinier de Serge. La relation entre Serge et Marie évolue au fil du temps. Elle l’aide en cuisine et devient plus joyeuse, plus épanouie à ses côtés.

Dans le troisième tome, les hommes reviennent au village après avoir passé l’hiver à travailler loin de leur famille. Ils sont jaloux de Serge qui fait l’unanimité auprès des femmes et lui font savoir. Marie, folle de rage, décide de fermer le magasin et, pour la première fois, les femmes disent non à leurs maris et les laissent se débrouiller seuls. La guerre est déclarée.

Cette série est un vrai régal. La galerie de personnages, trés développée, permet à Loisel et Tripp de dépeindre de nombreux caractères différents et de brosser un portrait complet de la vie dans ce village québécois de la première moitié du 20ème siècle. Je n’ai pas parlé du curé, personnage central mais un peu atypique, des bigotes toujours là pour sauvegarder les bonnes moeurs, de Noël qui construit seul son bateau loin de tous ou encore du défunt époux de Marie qui commente parfois -du ciel sans doute !- ce qui arrive à sa femme et notamment sa relation avec Serge.

L’humour est omniprésent, notamment grâce aux expressions et aux savoureux dialogues en québécois qui ont été adaptés pour faciliter la compréhension. Certains passages du tome 3 dans lequel les femmes se révoltent vis à vis des hommes sont à mourir de rire.

Pour réaliser cette BD, Loisel et Tripp ont tous les deux travaillé au scénario et au dessin. C’est assez rare pour être souligné. Une double page explique d’ailleurs au début de chaque tome comment ils ont procédé. Les illustrations fourmillent de détails et nous plongent dans un autre univers et une autre époque. Quant au scénario, vous l’aurez compris, il m’a totalement séduite. Maintenant, il ne me reste plus qu »à découvrir la suite !

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Laurie.

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 1 : Marie, Casterman, 2006.

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 2 : Serga, Casterman, 2006.

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis, Magasin Général 3 : Les hommes, Casterman, 2007.

La BD du mercredi, c’est chez Yaneck cette semaine.

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