Carole Matthieu, un film adapté d’un roman de Marin Ledun

imagesAdaptation du roman de Marin Ledun Les visages écrasés réalisée par Louis-Julien Petit, Carole Matthieu est un film poignant qui montre jusqu’où les dérives du monde du travail peuvent conduire. J’ai eu la chance de le voir sur Arte il y a peu de temps. Depuis mercredi, il est projeté dans les bonnes salles de cinéma !

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Au fer rouge – Marin ledun

Rescapée des attentats de 2004 à Madrid, le lieutenant Emma Lefevre lutte contre le terrorisme et en particulier contre les indépendantistes basques d’ETA. Elle a réussi à se faire muter au pays basque et collectionne les informations concernant les militants, les enlèvements, les meurtres et tout ce qui touche de près ou de loin le combat pour l’indépendance.

Février 2013, côte Sud des Landes, plage de Seignosse Le Penon. Un jeune couple de touristes anglais découvre une valise avec à l’intérieur le corps d’un homme. Domingo Augusti est un espagnol connu des services de police français pour trafic de drogue. Il a également été entendu dans une affaire d’enlèvement d’un militant basque supposé appartenir à ETA. Soupçonné de complicité d’actes de torture, il a été relâché rapidement.

A la police judiciaire de Bayonne, Emma Lefèvre est chargée de l’enquête. Simon Garnier, son collègue, ne dort plus depuis que le cadavre d’Augusti a été retrouvé. La dernière fois qu’il l’a vu, le jeune homme était interrogé dans une planque par Javier Cruz, le cerveau de l’antiterrorisme. Il n’était pas censé être retrouvé dans cet état là ! Maintenant, Garnier n’a plus le choix. Il doit se taire et la jouer fine car Javier Cruz a de quoi le faire tomber.

Trafics de drogue, projets immobiliers et lutte contre le terrorisme sont intimement liés. Javier Cruz est à la tête de tout cela. Ses complices et soutiens sont nombreux, Emma lefevre va la découvrir petit à petit. Comment alors le faire tomber ?

Des plages landaises aux hôtels de luxe de la côte basque, de la banlieue de Madrid aux bars de Bayonne, des planques aux rêves immobiliers, la corruption est partout. Des innocents en font les frais et les acteurs de cet immonde merdier sont tous tellement pieds et poings liés qu’il est extrêmement difficile de les attaquer.

Comment s’empêcher de penser, à la lecture de ce livre très documenté, qu’il y a un peu -beaucoup ?- de vrai dans ce que Marin Ledun a imaginé ?

Les 460 pages se dévorent et on referme le livre en espérant que l’auteur planche déjà sur son prochain roman.

LEDUN, Marin, Au fer rouge, Ombres noires, 2015.

L’homme qui a vu l’homme – Marin Ledun

Une fois commencé, impossible de lâcher ce roman noir qui entraîne le lecteur à réfléchir sur la notion de démocratie à travers une sombre histoire de disparition dans le Nord du Pays basque.

Nous sommes à la fin du mois de janvier 2009. Jokin Sasco, un militant basque, n’a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. Sa famille, inquiète, organise une conférence de presse. Il faut dire que Jokin Sasco n’est pas le premier militant à être une victime de l’ombre. Trahisons, enlèvements, séquestrations et même tortures sont monnaie courante.

Qui agit ? Pour le compte de qui ? Dans quel but ? Qui finance ? Autant de questions auxquelles le journaliste Iban Urtiz va tenter de répondre. Etza Sasco, la soeur de Jokin, Éléa Biscaya, son ex petite-amie, et dans une moindre mesure le journaliste Marko Elisabe vont l’aider dans sa quête de vérité.

Iban se retrouve vité mêlé à une histoire qui le dépasse. Les basques ne se livrent pas si facilement à un Erdaldun, un étranger. Quant aux États français et espagnol, ils sont loin d’être clairs dans cette histoire et sont surtout prêts à tout pour que la vérité n’éclate pas au grand jour. Le journaliste, victime de pressions, d’intimidations puis de violences, va t-il parvenir à ses fins ou devenir lui aussi victime d’une guerre dont on n’identifie même plus clairement les opposants ?

Marin Ledun est un auteur qui n’a plus à faire ses preuves. Quand j’ai su qu’il avait écrit un roman sur les militants basques, j’ai tout de même été surprise de son audace. Je me suis demandée quelle allait être la réaction des basques justement. Visiblement, elle a été très positive et quand on lit le roman, on comprend pourquoi. L’auteur, avec le sérieux qui le caractérise, ne s’est pas attaqué à ce sujet à la légère. Inspiré de l’histoire vraie de la disparition d’un militant basque, Jon Anza, L’homme qui a vu l’homme est un roman dans lequel on apprend beaucoup de choses sur un sujet que peu de gens connaissent vraiment. Marin Ledun ne prend pas le parti des basques mais celui de la justice et de la démocratie. Cela donne un roman fort avec des personnages attachants qu’on n’a pas envie de quitter. Et ça tombe bien car mon petit doigt me dit qu’une suite se prépare.

LEDUN, Marin, L’homme qui a vu l’homme, Ombres noires, 2014.

Les visages écrasés – Marin Ledun

Carole Matthieu est médecin du travail dans un centre d’appel où on vend des forfaits Internet à 29,90€ par mois et où les employés, casque sur l’oreille, tentent de répondre aux doléances des clients. Dans son cabinet, elle reçoit à longueur de journées des salariés  qui n’en peuvent plus de la pression exercée sur eux et des conditions de travail effroyables qu’ils subissent quotidiennement. Elle les écoute, prescrit des médicaments, les renvoit vers des psychiatres et surtout, fait des rapports à sa hiérarchie. Mais ses supérieurs s’en moquent. Pour eux, elle est plutôt un frein qui les empêche d’exercer leur travail comme ils le souhaitent c’est-à-dire en mettant la pression aux autres et en usant et abusant de la bassesse et de la lâcheté.

Vincent Fournier est un des salariés que Carole Matthieu voit régulièrement en consultation. Il est épuisé, a perdu 16 kilos en deux mois et les traitements ne font aucun effet. Ancien cadre, il a été reconvertit en opérateur. Un jour, il a tenté d’étrangler sa chef. Il n’en pouvait plus de cette plate-forme téléphonique où on lui reprochait de ne pas être assez performant. Il a été muté ailleurs mais les conditions de travail sont toujours les mêmes.

D’autres employés ont décidé d’en finir et de passer à l’acte : ils se sont suicidés. Que va t-il se passer pour Vincent Fournier ? Et le Docteur Matthieu, comment fait-elle pour supporter la souffrance des autres ? Comment vit-elle l’absurdité du monde du travail ?

Un conseil, si le sujet vous intéresse ne cherchez pas à en savoir plus et lisez ce roman. Je l’ai dévoré. J’avais du mal à le lâcher et j’aurais aimé avoir suffisament de temps devant moi pour le lire d’une traite ou presque. Cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé !

Les visages écrasés dresse un portrait très sombre -mais malheureusement très réaliste- du monde de l’entreprise. La logique économique domine. Il n’y a aucune humanité. Les salariés sont des numéros dont on doit tirer le maximum. La direction est chargée d’assurer le bon fonctionnement de cette logique absurde. Elle surveille, met la pression, sanctionne. Les syndicats ne savent pas quelle attitude adopter et jouent parfois le jeu de l’entreprise. Tensions et violences psychologiques font partie du quotidien.

C’est toute la mécanique implacable du monde du travail que Marin Ledun s’attache à décrire ici. Les dossiers médicaux et les rapports du Docteur Matthieu sont là pour montrer « l’autre histoire », celle des hommes et des femmes broyés par leur travail. Parce que bien entendu, l’entreprise aimerait bien cacher tout cela et dire que les problèmes de ses salariès sont d’ordre strictement personnels.

Ancien employé de France Télécom Marin Ledun sait de quoi il parle. Son roman aurait cependant pu avoir pour cadre bon nombre d’autres entreprises…

Extrait :

« Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction. La valse silencieuse des responsables d’équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles, mutés dans une autre agaence ou partis par la petite porte. Cette tension permanente suscitée par l’affichage des résultats de chaque salarié, les coups d’oeil en biais, les suspicions, le doute permanent qui ronge les rapports entre collègues, les heures supplémentaires effectuées pour ne pas déstabiliser l’équipe, le planning qui s’inverse au gré des mobilités, des résulats financiers et des ordres hebdomadaires. […] L’infantilisation, les sucettes comme récompenses, les avertissements comme punition. […] Le problème c’est l’organisation du travail et ses extensions. » p. 19-20

LEDUN, Marin, Les visages écrasés, Seuil, 2011.

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