Giboulées de soleil – Lenka Horňáková-Civade

Giboulées de soleil

Magdalena, Libuse, Eva. Trois narratrices, trois femmes, trois générations et un destin commun. De mère en fille, elles naissent bâtardes et reproduisent le schéma familial dans la Tchécoslovaquie des années 1930 aux années 1980.

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La gaieté – Justine Lévy

Après avoir lu Mauvaise fille, j’ai eu très vite envie d’enchaîner sur La gaieté, le dernier roman de Justine Lévy. Les thématiques de la parentalité et du désir d’enfant m’ont toujours intéressée. En ce moment encore plus.

A travers sa vie de maman et ses rapports avec ses enfants, Louise revient dans ce roman sur ses propres rapports avec ses parents. Une mère alcoolique, droguée, sans argent et irresponsable d’un côté. Un père qui multiplie les conquêtes et des belles-mères pas toujours sympathiques de l’autre. Son enfance a été compliquée, c’est le moins que l’on puisse dire.

Adulte, elle traîne toujours ses casseroles derrière elle mais ne veut absolument pas les transmettre à ses enfants. Ce désir est ancré tellement profondément en elle qu’elle fait de la gaieté son cheval de bataille. Angèle et Paul ne doivent pas être au courant de ces crises qui l’envahissent parfois sans prévenir. Ils doivent avoir face à eux une maman forte sur qui ils peuvent compter.

« je sais juste qu’une maman malheureuse vous refile toujours un bout de son malheur, sans le faire exprès et sans le savoir, c’est comme ça, le chagrin ne disparaît pas quand il s’en va, il passe d’une personne à l’autre, comme un rhume, un bâillement, une toux ou un fou rire. Mais on n’a jamais parlé de tout ça, on se comprenait sur la musique mais pas sur le chagrin, sur nos parfums mais pas sur cette peine qu’elle m’a refilée, et c’est pour ça que moi j’ai décidé d’arrêter la contagion, pour eux, pour mes enfants, stop, cordon sanitaire, compresse hémostatique, Betadine, Coalgan, Surgicel, j’ai sorti tout l’arsenal et j’ai bloqué la transmission. » p. 82

Le lecteur suit ainsi le flot des pensées de Louise. Avec l’humour et la lucidité qui la caractérise Justine Lévy nous offre un regard plein de franchise sur la vie de maman et de femme. Un regard qui fait du bien, un baume au coeur même si notre histoire ne ressemble pas à la sienne.

Les images d’épinal sur ce sujet sont bien trop nombreuses et on ne peut que saluer une telle hônneteté, surtout lorsque l’on sait que l’auteur appartient à une famille connnue et ne se cache pas derrière un pseudonyme ou un personnage fictif. Louise, c’est Justine, cela ne fait aucun doute. C’est aussi peut être une partie de chacune d’entre nous.

L’avis d’Antigone qui vous propose aussi un très jolie extrait.

LEVY, Justine, La gaieté, Stock, 2015.

Mauvaise fille – Justine Lévy

La mère de Louise est atteinte d’un cancer et ses jours sont comptés. Le jeune femme accompagne sa maman lors des rendez-vous médicaux, lui rend visite tous les jours ou presque à l’hôpital et pourtant elle ne peut se défaire d’un sentiment de culpabilité.

Leurs rapports ont toujours été compliqués. La mère de Louise est ce qu’on peut appeler une mère défaillante. Alcoolique, droguée, dépensière, elle ne subvenait pas aux besoins élémentaires de sa fille lorsqu’elle était enfant et la laissait parfois livrée à elle-même. Comment se construire dans ces conditions ? Comment devenir un adulte heureux et épanoui ?

Louise préfère souvent mentir à sa mère plutôt que lui dire la vérité sur ce qu’elle fait ou ce qu’elle pense. Ainsi, alors qu’elle invite son amoureux, Pablo, en week-end surprise à Rome, elle invente une excuse professionnelle à Bruxelles. Pourquoi ? Pour se sentir moins coupable sans doute… Le pire, c’est que le mensonge est devenu pour elle une habitude. Elle est capable, par exemple, de modifier sa date de naissance de deux mois sans raison. Sans doute un reste des ravages d’une enfance catastrophique.

A Rome, la jeune femme découvre qu’elle est enceinte. Elle est incapable de le dire à sa mère et a l’impression de la tuer. Un enfant, la vie en elle. De l’autre côté, la maladie, la souffrance, la mort.

Ce n’est un secret pour personne, derrière le personnage de Louise, se cache Justine Lévy, l’écrivain, le personnage public, la fille de Bernard-Henri Lévy et d’Isabelle Doutreluigne. J’ai lu ce livre sans m’attacher à cela, sans essayer de démêler le vrai du faux, l’autobiographie de la fiction.

Ce qui m’a intéressé dans Mauvaise fille, ce sont les rapports entre cette jeune femme et sa mère fantasque ainsi que ses sentiments ambivalents par rapport à la maladie et à la maternité.

L’écriture est fluide et le style va vraiment de paire avec le propos. Certaines phrases sont très longues, elles ressemblent presque à un flot qui coule de la bouche de la narratrice et qui ne s’arrête plus. Comme si elle était obsédée par un certain nombre de pensées et qu’il fallait que cela sorte absolument.

L’humour a parfois sa place car Louise ne manque pas de recul sur l’ambiguité de ses sentiments et de son attitude. Cela permet au lecteur de souffler car le sujet n’est pas très joyeux, il faut être honnête.

J’ai découvert l’auteur avec ce texte j’ai maintenant envie de lire La gaieté, son dernier roman, qui est sorti en janvier.

LEVY, Justine, Mauvaise fille, Le livre de poche, 2011.

Cette main qui a pris la mienne – Maggie O’Farrell

 Années 1960. Contre l’avis de sa famille, Lexie rejoint Londres pour y vivre sa vie. Dans le Devon, avec ses parents, elle étouffe. La capitale britannique lui offre la possibilité de laisser libre cours à son ambition. D’abord employée dans un grand magasin, elle est chargée de conduire les clients, en ascenseur, d’un étage à un autre. Ce travail ne lui plaît pas mais lui permet d’être autonome et de payer sa chambre dans une pension de Soho. C’est là-bas qu’elle retrouve Innes, croisé par hasard chez ses parents, dont elle tombe sous le charme. L’homme, journaliste dans la revue d’art Elsewhere, lui propose de travailler pour lui en tant que secrétaire. Lexie accepte mais refuse sa proposition de venir vivre chez lui. Son caractère insolent et indépendant lui permet de tenir tête, au moins pour un temps, à cet homme fou amoureux d’elle.

Années 2000. Elina vient de donner naissance à un petit garçon. L’accouchement s’est déroulé dans des circonstances si difficiles qu’elle ne se souvient même plus avoir donné la vie. Si, au départ, son comportement est inquiétant, elle reprend pied petit à petit. S’occuper d’un bébé n’est pas tous les jours facile, bien entendu, mais Elina retrouve la mémoire et s’organise. Par contre, Ted, son compagnon, suit un chemin inverse. La naissance de son fils a été pour lui un moment traumatisant car il a cru perdre Elina mais juste après l’accouchement, son comportement est normal. C’est dans les semaines qui suivent qu’il commence à être envahi par l’angoisse. Des éléments de sa propre enfance qu’il avait complètement oubliés se rappellent à lui sans qu’il comprenne pourquoi. Dans une quête désespérée, il va mettre au jour un terrible secret.

Le récit alterne les histoires de Lexie et d’Elina, toutes les deux passionnantes, sans que le lecteur comprenne le lien entre les deux. On sent bien que le destin de ces deux femmes est lié mais comment ? La réponse ne vient que dans la dernière partie.

Lexie est un personnage au destin extraordinaire. Son courage et sa force de caractère sont exemplaires. Quant à Elina, son amour pour son enfant et pour son compagnon l’aide à surmonter les moments difficiles et à se surpasser. Les secrets de familles sont destructeurs et ressurgissent souvent au moment où on ne s’y attend pas, on le sait depuis que la psychanalyse s’est penchée sur le sujet. Maggie O’Farrel nous en offre encore un bel exemple à travers Cette main qui a pris la mienne, un roman qui se dévore.

O’Farrel, Maggie, Cette main qui a pris la mienne, Belfond, 2011.

Parents ? Au secours ! – Nico

Devenir parents, c’est pas toujours simple. Surtout quand on ne s’y attendait pas tout de suite… Nico nous raconte avec humour sa paternité, de l’annonce de la grossesse au tout premier mois de la vie de bébé. Des croquis en noir et blanc qui dépeignent des situations que tous les parents connaissent bien : symptômes plus ou moins dérangeants de la femme enceinte, choix du prénom, accouchement, premières nuits, cernes sous les yeux, tétées, etc.

Une BD qui se lit très vite, avec le sourire aux lèvres puisque forcément, on se retrouve dans certaines scènes. Futurs parents, ne vous inquiétez pas, c’est pas si terrible que ça 🙂 !

NICO, Parents ? Au secours !, Éditions Volpilière, 2010.

« Un miracle en équilibre » de Lucia Etxeberria

Eva écrit une lettre à sa fille, Amanda, née depuis quelques jours. Elle lui raconte son enfance, ses relations avec son père, sa mère et ses frères et sœurs puis, sa vie de jeune adulte célibataire en quête de l’âme sœur. Elle lui explique comment son passé et son histoire familiale ont entrainé chez elle un manque de confiance en soi. Manque de confiance qui est à l’origine de relations amoureuses désastreuses et de comportements destructeurs : alcool, drogue, etc. Heureusement, elle a rencontré un jour celui qui allait devenir -de façon totalement inattendue- son compagnon et le père de sa fille. Mais même avec un compagnon à la hauteur, ce n’est pas simple d’assumer sa vie d’adulte, de faire les bons choix et de devenir maman quand on ne peut pas compter sur sa famille.

Tour à tour drôle et triste, piquante et affectueuse, Eva montre à travers cette lettre tout l’amour qu’elle éprouve pour ce petit être qui vient de naître :

« Je veux qu’en tout état de cause tu saches que
je me suis promis, même si tu ne peux me comprendre ni savoir ce que je
suis en train de te raconter, de ne faire de toi ni un appendice de ma
personne, ni le véhicule de mes ambitions, ni le miroir de mes vanités,
de respecter tes opinions et tes goûts quand bien même ils ne
correspondent pas aux miens, et de faire tout mon possible pour que tu
te sentes aimée et forte
« . p. 408

Un beau roman sur les rapports familiaux, la construction de la personnalité et le rôle de maman.

« Et elle sait que parler sincèrement signifie rompre certains liens, mais pour en nouer d’autres, moins resserrés, moins étouffants. Des liens anciens qu’il fallait rompre tôt ou tard car ils devenaient peu à peu la corde qui soutient le pendu. Et que la culpabilité est le prix à payer pour la liberté. » p. 389-390

ETXEBERRIA, Lucia, Un miracle en équilibre, Éditions Héloise d’Ormesson, 2006.

« Un heureux événement » d’Eliette Abecassis

Barbara et Nicolas vivent en couple depuis quelques temps. Ils habitent à Paris, dans le quartier du Marais, aiment voyager, faire de la moto et mènent une vraie vie de célibataires sans enfants. La naissance de Léa bouleverse leur vie. Barbara a l’impression d’être moche, de ne plus pouvoir rien faire de ses journées, de ne plus avoir de liberté. Nicolas rentre tard car il travaille beaucoup et elle lui reproche de ne pas assez s’occuper de Léa. Très vite, la vie devient un véritable enfer et ce qui devait être un heureux évènement se transforme en calvaire.

Un roman à déconseiller vivement aux femmes enceintes : il en découragerait plus d’une ! Au début, j’ai beaucoup souri et je me suis retrouvée dans certaines scènes. Il y a des passages qui parlent à toutes les mamans car on vit toutes plus ou moins les mêmes choses à un moment ou à un autre. Puis, petit à petit, j’ai trouvé que certains passages étaient vraiment exagérés. La maternité est décrite de façon vraiment noire et la narratrice occulte complètement les bons moments. Certaines femmes vivent peut-être les choses ainsi, je ne sais pas… En tous cas, exagération ou pas, ça fait tout de même du bien de se dire « je ne suis pas la seule à penser ça » et ‘il y a pire que moi… ». Merci Antigone de m’avoir parlé de ce roman !

ABECASSIS, Eliette, Un heureux évènement, Le livre de poche, 2007.

« Lait noir » d’Elif Shafak

Quatrième de couverture :
« Maternité et écriture ne font pas toujours bon ménage. L’une paraît
menacer l’autre et vice-versa. Comment marier la blancheur du lait à
la noirceur de l’encre ? Comment préserver son indépendance tout en
berçant sa progéniture ? Ainsi lorsque Elif Shafak, à la naissance de
sa fille, sombre dans une dépression, six petites créatures têtues et
véhémentes l’accompagnent. Ces dames, voix intérieures de l’auteur – et
l’on pourrait dire de toute femme -, exposent avec détermination,
intelligence et humour leur conception du monde et de la féminité. De
Miss Cynique lntello à Miss Ego Ambition, de Miss Intelligence Pratique
à Darne Derviche, de Maman Gâteau à Miss Satin Volupté. la femme
d’hier. d’aujourd’hui et de demain s’exprime dans ses contradictions et
ses rêves. Elif Shafak témoigne ici avec brio de la crise d’identité à
laquelle peuvent être confrontées les femmes lorsqu’elles veulent à la
fois être mères et créatrices. Évoquant ces hautes figures de la
littérature que sont Virginia Woolf. Simone de Beauvoir et Doris
Lessing, Lait noir est aussi un portrait de la société turque dans sa
double dimension : orientale et occidentale. Tout autant roman
qu’autobiographie, voici le livre le plus grave et le plus drôle, le
plus iconoclaste et le plus intime de l’auteur, qui réinvente la femme,
pour nous dire que tout lui est possible.
« 

La maternité et la difficulté de concilier enfant et vie professionnelle : voilà un sujet qui parle beaucoup à la jeune maman que je suis ! J’ai souvent approuvé les propos de l’auteur, je me suis reconnue à travers certaines de ses contradictions, j’ai apprécié les nombreuses références littéraires -il est beaucoup question des femmes écrivains-, mais je suis restée à l’extérieur de ce roman autobiographique. Peut-être parce qu’il n’est jamais question de l’enfant ni de l’entourage, peut-être parce que l’auteur se pose beaucoup de questions avant d’avoir un enfant et évoque des choses maintes fois répétées, peut-être aussi parce que le ressenti personnel par rapport à la maternité, l’intime, n’est pas assez développé à mon goût. J’espérais sans doute me remonter le moral dans une période où je suis un peu fatiguée et Lait noir n’a pas été à la hauteur de mes espérances. Tant pis !

« Vivre, c’est être à jamais insatisfait et insatiable. L’être humain est incapable de se contenter de ce qu’il a. » p.91

D’autres avis ici.

SHAFAK, Elif, Lait noir, Phébus,2009.

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