Écoutez nos défaites – Laurent Gaudé

Assem travaille pour les services de renseignements français. Sans attaches, il parcourt le monde accomplissant des missions dangereuses et mettant sa vie en péril. Il a vu des gouvernements tomber, des hommes ne jamais se relever et des vainqueurs finir vaincus. Tout cela pourquoi ?  Les années passent et Assem est désabusé. « qu’avons nous réussi ? A quoi obéissons-nous ? » (p.204) : ces questions tournent en boucle dans son esprit.

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Fils du feu – Guy Boley

Dès son plus jeune âge, il observe son père dompter le fer sous le feu de la forge. Assis sur un tas de ferraille, il regarde les coups de marteau qui frappent l’enclume au rythme des battements de son cœur. Le feu brille, les braises jaillissent. Jacky, l’employé taiseux dont on ne sait presque rien, impressionne l’enfant par sa force et sa prestance.

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L’élégance des veuves – Alice Ferney – Lu par Dominique Reymond

9782367621128-001-xDans une famille bourgeoise, au début du XXème siècle, les mariages, les naissances et les décès se succèdent au fil des ans. Le destin des femmes, lui, semble immuable. Vouées à se marier sans qu’on leur demande forcément leur avis puis à enfanter,  elles se transmettent de manière inconsciente le renoncement et la foi dans le recommencement éternel du cycle de la vie. Alice Ferney leur rend, à travers son roman, un bien bel hommage.

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Danser les ombres – Laurent Gaudé

Lucine habite à Jacmel, en Haïti. Célibataire, elle tient une échoppe dans la rue Veuve. Elle s’ocuppe aussi de son neveu et sa nièce, Georges et Alcine, avec sa soeur aînée.La vie est dure. La mère des enfants court les hommes et ne s’est jamais vraiment occupée d’eux. Elle décède dès le début du roman, emportée par ses démons.

Lucine part alors à Port-au-Prince pour annoncer le décès au père de Georges et lui demander de l’argent. Elle se rend rapidement compte qu’elle ne quittera plus cette ville dans laquelle elle se sent si bien. Thérèse s’occupera des enfants. Elle ne veut plus se sacrifier pour les autres. Elle veut enfin penser à elle.

Saul vit à Port-au-Prince. Enfant illégitime, il a été malmené par la vie et a du mal à se trouver, à faire ses propres choix. Médecin raté, il vit dans l’ombre de la famille de son père. Il se rend régulièrement dans une ancienne maison close pour se réunir avec un groupe d’amis. Là, il joue aux dominos, discute et refait le monde. La vie est presque agréable.

Autour de ces deux personnages principaux, gravitent tout une galerie de personnages secondaires. Matrak, l’ancien tortionnaire devenu chauffeur de Taxi. Le vieux Tess qui tient la maison Fessou. Le facteur Sénèque qui retarde parfois la distribution du courrier pour apporter les bonnes nouvelles au bon moment. Ti Sourire l’infirmière. Ou encore Lily, venue vivre les dernières heures de sa vie en Haïti contre l’avis de sa mère.

Le jour où la terre se met à trembler, elle avale tout. La ville s’écroule tel un château de cartes. Les survivants sont anéantis. Qui est vivant ? Qui est mort ? On ne le sait même plus. Les esprits et les ombres sont omniprésents et se mêlent à la vie.

Roman choral, Danser les ombres propose une galerie de personnages dont l’instinct de vie est plus fort que tout. Ils dégagent cette force incroyable qui fait qu’on est parfois capable de déplacer des montagnes pour affronter le pire.

Cette atmosphère envoûtante dans laquelle l’amitié, l’amour, la haine, la vie et la mort se côtoient colle à la peau. Une large place est accordée à la culture locale : les démons, les monstres, les vaudoux font partie de la vie. Il faut donc accepter de se laisser emporter par cette histoire qui prend parfois des allures un peu surnaturelles.

Laurent Gaudé rend ici un magnifique hommage à Haïti et à ses habitants. On referme le livre en se disant que, si la vie est bien triste et cruelle, elle est aussi plus forte que tout.

GAUDÉ, Laurent, Danser les ombres, Actes Sud, 2015.

L’accident – Agnès Aziza

Ce livre circule de mains en mains dans le CDI du collège où travaille Noukette. J’ai donc décidé de l’acheter pour mes trolls mais avant de le mettre en rayon, j’ai eu envie de le lire. Comme j’avais noté le titre depuis longtemps, je ne me suis pas méfiée, je l’ai ouvert dans la salle d’attente du dermato. Où est le problème, me direz vous ? Et bien, quand on se met à pleurer comme une madeleine, il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que le médecin ait un peu de retard et nous laisse le temps de sécher nos larmes…

La première de couverture met tout de suite le lecteur dans l’ambiance : « Aujourd’hui j’ai quinze ans trois jours et vingt heures comme mon frère le jour de l’accident« . Et la quatrième n’est pas mieux : « ça parle de mort et les adultes ne veulent jamais en parler« .

Vanessa, la narratrice, raconte l’accident de scooter de son frère Henri. Les chamailleries le matin au petit-déjeuner, le départ d’Henri sur son deux roues, l’interro d’anglais pendant laquelle elle a soudainement ressenti comme un coup dans la poitrine, le surveillant qui est venu la chercher en français, son père dans le bureau du CPE qui tente de lui faire comprendre que son frère vient d’avoir un accident et n’avait pas attaché son casque, l’état d’hébétude, l’attente à l’hôpital puis l’annonce de la terrible nouvelle.

Les 50 pages de ce roman sont un véritable coup de poing. On a l’impression d’y être, de partager les émotions, le ressenti et le malheur de la narratrice. C’est terrible. Je ne sais pas si je pourrai conseiller ce livre. Je vais le mettre sur le présentoir des nouveautés et puis, on verra. Le sujet est sensible. Cette année, une élève a perdu sa soeur dans un accident de scooter. Il y a vingt ans, c’est une de mes copines de hand qui a fini ses jours sous les roues d’un camion.

Même si on n’a pas été touché de près par un tel drame, on ne peut pas rester insensible aux sentiments de la narratrice. L’adolescence est un âge où l’on se croit immortel. L’accident rappelle aux jeunes le contraire. Sans tabou. Sans trop en faire non plus. Juste avec une histoire cruellement parlante.

AZIZA, Agnès, L’accident, Grund, 2011.

Jacob, Jacob – Valérie Zenatti

Jacob, jeune juif de 19 ans, appartient à une famille modeste de Constantine. II vit dans un appartement minuscule avec ses parents, un de ses frères, sa belle-soeur qui est enceinte et ses neveux et nièces. Tout ce petit monde dort dans la même pièce et la cohabitation n’est pas toujours simple.

A côté de son père et de son frère, deux rustres qui imposent leur dictat et qui sont craints par toute la famille, Jacob fait figure d’ange. Il joue avec les enfants, se lève la nuit avant que Camille ne réveille les hommes par ses crises de somnambulisme, part à la recherche de Gabriel quand celui-ci est absent à l’heure du dîner. Les femmes de la famille, elles, sont soumises à leur mari. En charge de l’éducation des enfants, elles sont responsables s’ils dérogent aux règles.

Nous sommes en 1944 et la famille de Jacob ignore tout de la guerre. Quand ce dernier est enrôlé pour libérer la France, personne ne comprend réellement les enjeux. Ses parents sont fiers, Jacob va devenir un homme, un vrai. Ce dernier participe au débarquement de Provence alors que sa famille le croit toujours en Algérie. Avec Ouabedssalam, Attali et Bonnin, ses compagnons d’infortune, il perd peu à peu sa douceur et sa candeur en découvrant la triste réalité de la guerre. Trois ans avant son incorporation, on lui refusait l’école car il était juif. Au moment où se déroule l’histoire, la France a besoin de lui pour la délivrer…

Et le pire dans cette histoire, c’est que Jacob et sa famille ne se rendent même pas compte à quel point ils sont manipulés. Ils sont trop pauvres, trop rustres, pas assez instruits pour avoir du recul sur la situation. Quelques années après la Seconde Guerre mondiale, comme tous les Pieds Noirs ou presque, la famille va fuir l’Algérie pour cette France qui ne voudra pas d’eux. L’histoire se répète et le lecteur assiste impuissant à la douleur de cette famille.

Grâce à une écriture extrêmement bien maîtrisée et fluide, Valérie Zenatti montre l’impact de l’Histoire sur l’histoire d’une famille parmi tant d’autres. Cela donne un roman vraiment réussi.

Une lecture commune que je partage avec Laurie.

ZENATTI, Valérie, Jacob, Jacob, Éditions de l’Olivier, 2014.

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

Simon est un passionné de surf. Il n’hésite pas à se lever à l’aube et à faire de la route pour profiter des vagues au moment où elles sont là. C’est au retour d’une sortie matinale que le véhicule dans lequel il se trouve sort de la route et heurte un poteau de plein fouet. Les deux camarades de Simon sont vivants. Lui se trouvait au milieu, sans ceinture de sécurité. Il est mort. Son coeur bat toujours mais son cerveau ne fonctionne plus du tout.

Les organes du jeune homme sont intacts. Après avoir annoncé aux parents le décès de leur enfant, le médecin doit leur demander s’ils autorisent un don d’organes. Le coeur de Simon, ses reins, son foie peuvent servir à d’autres personnes. Il faut se décider très vite. Le temps est compté.

Si j’ai longtemps hésité à lire ce roman, c’est en raison de son sujet. On ne s’attaque pas à un tel texte à la légère. Et puis, à force d’en entendre dire le plus grand bien, j’ai fini par me lancer. Il faut dire qu’il me tendait la main sur le présentoir des nouveautés de ma petite bibliothèque.

Soyons honnête, Réparer les vivants remue le lecteur qui, forcément, se projette. Qu’est-ce que je ferais si c’était mon enfant ou un de mes proches ? Est-ce que moi même je suis d’accord pour donner mes organes s’il m’arrive quelque chose ? Comment ça se passe concrètement ?

Maylis de Kerangal s’est emparée d’un sujet difficile avec brio. La forme et le fond s’accordent si parfaitement qu’on a l’impression d’y être, on s’identifie aux parents, aux médecins, aux patients qui attendent une greffe. L’écriture est d’une efficacité rare. Il faut parfois refermer le livre pour souffler un peu et longtemps après l’avoir reposé définitivement, il résonne encore.

De Kerangal, Maylis, Réparer les vivants, Verticales, 2014.

Monsieur Pan – Kressmann Taylor et Princesse Camcam

Monsieur Pan a peur de mourir. Tous les matins, au réveil, il pense qu’il va s’évanouir. Un fil de tissu le chatouille : il attend la piqûre de l’araignée ou du scorpion qui s’est glissé sous son pantalon. Quand sa maison craque la nuit, il est persuadé qu’un voleur armé d’un couteau a réussi à s’introduire chez lui. Ses peurs le paralysent tellement qu’elles l’empêchent de vivre.

Le jour où sa soeur meurt et qu’il recueille chez lui ses trois neveux orphelins, sa vie change du tout au tout et ses peurs sont bien vite oubliées.

On connaît Kressmann Taylor pour son célèbre Inconnu à cette adresse mais qui connaît ses autres écrits ? Monsieur Pan est un joli hymne à la vie. Dans ce conte, le héros éponyme change sa façon de voir le monde grâce aux enfants de sa soeur dont il s’occupe avec plaisir et de manière consciencieuse.

Le texte n’est malheureusement pas facile à lire à l’oral en raison des phrases beaucoup trop longues. Les illustrations de Princesse Camcam, elle, nous offrent un beau voyage en Asie. C’est un vrai plaisir à regarder.

Un lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Sophie.

Merci aux Éditions Autrement pour l’envoi de ce livre.

TAYLOR, Kressmann, PRINCESSE CAMCAM, Monsieur Pan, Autrement, 2014

Daytripper – Fabio MOON et Gabriel Ba

Bras de Oliva Domingos travaille à la rubrique nécrologie d’un grand quotidien de Sao Paulo. Il aimerait devenir écrivain comme son père -avec lequel il a d’ailleurs des rapports compliqués- mais il a du mal à trouver l’inspiration. Quand il ne chronique pas les morts, il aime rêver aux mille et une vie et aux mille et unes morts qu’il pourrait avoir. Il se projette dans l’avenir, refait son présent ou se replonge dans son enfance en inventant à chaque fois des scénarios de vie et de morts différents.

Ses aspirations sont simples : avoir un travail qui lui plaît et une vie de famille harmonieuse, être fidèle en amitié, être en bonne santé, profiter de la vie. Bref, être heureux ! Mais comme tout le monde, il doit faire face aux difficultés. Alors, il y a des moments joyeux et d’autres moins.

En dix chapitres, sans ordre chronologique, le lecteur est transporté dans de multiples lieux et de multiples vies. Petit à petit, il assemble les pièces du puzzle et trouve forcément un écho avec sa propre existence et ses propres questionnements. Car les réflexions et les rêves de Bras, ce sont ceux de tout un chacun.

Ce qui m’a d’abord attirée dans Daytripper, ce sont les magnifiques couleurs de Dave Stewart. Mais très vite, je me suis laissée séduire par le scénario et le trait des jumeaux brésiliens Moon et Ba.

On passe du léger ou de l’humour à des réflexions beaucoup plus sérieuses et profondes sur la vie. L’amour, l’amitié, la famille, les rapports humains, la mort sont tour à tour abordés avec beaucoup de finesse.

Cette bande dessinée foisonne tellement d’idées intéressantes qu’un seule lecture ne suffit pas. Il ne faut pas se fier à l’apparente simplicité des rêves de Bras.

Bref, vous l’aurez compris, je vous recommande vivement Daytripper !

MOON, Fabio, BA, Gabriel, Daytripper : au jour le jour,  Vertigo, Urban Comics, 2012.

Un grand merci à PriceMinister qui m’a permis de lire ce livre dans le cadre de l’opération La BD fait son festival. Je note la note de 16/20 à Daytripper.

Boomerang – Tatiana de Rosnay

Le temps d’un trajet en voiture entre La Rochelle et chez moi, j’ai dévoré ce livre…

Pour fêter les 40 ans de Mélanie, sa sœur, Antoine a décidé de lui offrir un week-end surprise à Noirmoutier. Sur la route du retour, alors qu’elle était sur le point de lui révéler un secret, Mélanie perd le contrôle de la voiture et c’est l’accident. Antoine en sort miraculeusement indemne mais sa sœur a frôlé la mort. Alors qu’il veille à son chevet, Antoine fait le bilan de ce dernier week-end et de sa vie.

Ni lui ni Mélanie n’étaient retournés à Noirmoutier depuis 1973. Ils étaient alors enfants et c’est là qu’ils ont passé les dernières vacances en compagnie de leur mère, décédée peu de temps après d’une rupture d’anévrisme. Ce week-end a fait ressurgir les fantômes du passé et tous les traumatismes de l’enfance. Mélanie et Antoine ont eu une vie très difficile après la mort tragique de leur maman.

Aujourd’hui, Mélanie est célibataire et n’a pas d’enfants. Elle a beaucoup de mal à trouver l’âme sœur. Antoine, lui, est père de trois enfants et éprouve toujours des sentiments pour son ex, partie avec un autre homme après de nombreuses années de mariage. Son travail d’architecte ne lui plaît plus et quand il se retrouve seul le soir dans son appartement parisien, il déprime. Le week-end, il ne reconnaît plus ses deux ados et les supporte difficilement. Heureusement, il y a Lucas qui n’a pas encore atteint l’âge ingrat.

Le jour où Antoine croise Angèle, sa vie prend un nouveau tournant. Celle que l’on surnomme Morticia est très séduisante et il tombe très vite sous le charme. Outre ses talents au lit, elle est aussi très douée pour aider Antoine à y voir un peu plus clair dans sa vie et à trouver le fragile chemin du bonheur.

Depuis longtemps, je voulais découvrir Tatiana de Rosnay. Les secrets de famille et la fragilité des être humains sont des thèmes que j’aime beaucoup. C’est pour cette raison que j’ai choisi de lire Boomerang. A cela s’ajoute une belle histoire d’amour qui m’a fait penser à Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda. Les sujets abordés dans ce roman sont nombreux et le suspens côtoie la profondeur psychologique des personnages. Il n’en fallait pas plus pour que je sois conquise !

DE ROSNAY, Tatiana, Boomerang, Le livre de poche, 2010.

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