Ici les femmes ne rêvent pas – Rana Ahmad

Rana a dix lorsque son grand-père lui enlève le vélo qui vient tout juste de lui être offert. La fillette ne comprend pas pourquoi elle ne peut plus pédaler en toute liberté, comme son oncle à qui on vient de donner cette bicyclette qui la rendait si heureuse. Quelques années plus tard, elle Continuer la lecture de « Ici les femmes ne rêvent pas – Rana Ahmad »

Allah est grand la République aussi – Lydia Guirous – Lu par Delphine Alvado

Lydia Guirous est d’origine kabyle. Elle arrive en France à l’âge de six ans et vit pendant de nombreuses années avec sa famille à Roubaix. Volontaire et déterminée, elle travaille d’arrache-pied pour réussir sa scolarité. Elle est d’ailleurs diplômée d’une grande école. Aujourd’hui âgée d’une trentaine d’années, elle est porte-parole du mouvement Les républicains de Nicolas Sarkozy.

Ce rapide portrait me paraît indispensable pour mieux comprendre Allah est grand la République aussi. Lydia Guirous y raconte sa vie et son intégration à la société française. Profondément laïque, elle porte un regard sans complaisance sur le communautarisme, le port du voile, la discrimination positive, la radicalisation de certains quartiers, l’atteinte portée au droit des femmes, la double culture ou encore l’hypocrisie de l’école, des hommes politiques et de la société française en général.

Le regard de Lydia Guirous est intéressant, notamment en raison de ses origines qui lui permettent de tenir des propos que quelqu’un d’autre ne pourrait pas avoir. Ses pensées interpellent et elle prend clairement des risques dans ce livre. Qualifiée de collabeur par certains de ceux qui partagent ses origines, elle a reçu des menaces de mort. On ne peut que louer son courage, encore plus dans le contexte actuel.

Cependant, je n’ai pas apprécié son ton très sûr d’elle, renforcée par l’interprétation de Delphine Alvado dans la version audio. Lydia Guirous a eu la chance d’être élevée dans une famille qui lui a inculqué des valeurs et elle semble avoir une force de caractère assez extraordinaire. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Si on l’écoute, la solution à de nombreux problèmes réside dans la fermeté. Personnellement, je suis persuadée que ce n’est pas si simple que cela.

Je ne connais pas la vie dans les quartiers ni le milieu musulman. Ce que j’en sais, c’est ce qu’on veut bien nous dire dans les médias. Il m’est donc difficile d’argumenter face aux propos de Lydia Guirous. Par contre, je connais très bien le milieu scolaire pour y travailler tous les jours. Alors, quand elle prône l’uniforme et le vouvoiement, je ne suis pas du tout d’accord.

Dans le contexte actuel, il est encore plus important de réfléchir sur les questions soulevées par Lydia Guirous. Si je ne partage pas toutes ses idées et encore moins ses opinions politiques, j’ai cependant trouvé son livre intéressant pour la réflexion qu’il propose.

L’avis de Sylire.

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Enna.

GUIROUS, Lydia, ALVADO, Delphine, Allah est grand la République aussi, Sonobook, 2015.

« Les sirènes de Bagdad » de Yasmina Khadra

« Je me tais. Le docteur n’est pas censé connaître la raison de mon séjour à Beyrouth. Nul ne doit le savoir. Moi-même j’ignore ce que je dois accomplir. je sais seulement qu’il s’agit de la plus grande opération jamais observée en terre ennemie, mille fois plus percutante que les attentats du 11 Septembre…« . p.19

Dès le premier chapitre de ce magnifique roman, on est mis dans l’ambiance et on sait à quoi s’attendre…

Les sirènes de Bagdad raconte l’histoire d’un jeune homme qui a grandit dans un village de bédouin, calme et tranquille, où le respect des valeurs est LA chose essentielle. Kafr Karam -c’est le nom du village- a vécu pendant longtemps à l’écart de la guerre qui sévit en Irak mais petit à petit les choses changent et les jeunes sont amenés à s’engager contre l’Occident, notamment à cause de l’attitude des GI américains. Ces derniers ne respectent rien. Ils humilient et déshonorent  la population locale.

Le jeune homme de vingt-ans dont il est question dans ce livre voit son père mourir sauvagement sous ses yeux. Il a horreur de la violence mais n’a d’autre choix que de s’engager dans la résistance pour se venger car pour les bédouins, l’honneur passe avant la vie.

Mais cette guerre n’est pas si simple. L’attitude des irakiens, comme celle des occidentaux, est pleine de contradictions : « Si tu tiens à te battre, fais-le proprement. Bats-toi pour ton pays et pas contre le monde entier. Fais la part des choses et distingue le bon grain de l’ivraie. Ne tue pas n’importe qui, ne tire pas n’importe comment. Il y a plus d’innocents qui tombent que de salauds. » p. 202.

Yasmina Khadra est un auteur de talent : il réussit à montrer toute la complexité de cette guerre, à décrire comment on en arrive au fondamentalisme et à explorer la complexité des hommes sans jamais tomber dans la caricature.  C’était la première fois que je lisais cet auteur mais ce ne sera pas la dernière !

Lire l’avis de Florinette et de Cathe.

KHADRA, Yasmina, Les sirènes de Bagdad, Julliard, 2006.

« Un jour avant Pâques » De Zoyâ Pirzâd

Un jour avant Pâques est le portrait des communautés chrétiennes et musulmanes d’Iran qui se côtoient sans jamais vraiment se mélanger. Le roman est composé de trois parties qui correspondent à différentes étapes de la vie du narrateur.

Edmond est arménien. Il passe son enfance dans un petit village au bord de la mer Caspienne et partage ses jeux avec Tahereh, la fille du concierge musulman de l’école. Il perçoit les querelles entre adultes (hommes-femmes, mère-belle-mère, etc.) sans totalement les comprendre. Pour le lecteur, ces querelles sont une mine de renseignements sur les us et coutumes des communautés chrétiennes et musulmanes et les relations qu’elles entretiennent entre elles.

Devenu adulte, le narrateur est marié avec Marta et vit une vie paisible à Téhéran. Quand Alenouche, leur fille, annonce qu’elle va se marier avec Behzad, un jeune musulman, tout s’écroule. Les temps changent mais le mariage entre musulman et chrétien arménien est toujours mal vu…

Quelques temps plus tard, Edmond a perdu sa femme, il se retrouve seul et est plus ou moins fâché avec sa fille…

 

Encore une fois, ce sont de beaux portraits de femmes que nous propose Zoyâ Pirzâd. Toutes battantes, elles ont des caractères bien tranchés et ne se laissent pas marcher sur les pieds, que ce soit entre elles ou avec les hommes. Le contexte historique et culturel est intéressant même si ça manque un peu de profondeur et de consistance à mon goût. On aimerait en savoir un peu plus sur les relations entre les uns et les autres, sur l’histoire des arméniens et des musulmans, etc.

Un bon roman donc mais il manque un petit quelque chose…

Cathe, Clarabel, Cuné et Laure l’ont lu également. 

PIRZÂD, Zoyâ, Un jour avant Pâques, Zulma, 2008.

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