La renverse – Olivier Adam

Olivier Adam fait partie de ces auteurs dont j’attends chaque nouveau livre avec impatience. Pourtant, La renverse me faisait un peu peur. Une histoire inspirée d’un scandale public sordide, ce n’est pas franchement ma tasse de thé. Il aura fallu quelques billets sur la blogosphère pour que je me décide à l’ouvrir quand même.

A la suite d’un évènement qui le ramène quelques années en arrière, Antoine revient sur son passé. Il a grandi à l’ombre d’un père autoritaire et d’une mère que tout le monde semblait considérer comme idéale. Tout a basculé lorsque cette dernière est entrée en politique aux côtés de Jean-François Laborde, le maire de la ville de M. Elle était de plus en plus absente et a fait l’objet d’un très grave scandale que l’adolescent a découvert par ses camarades puis à travers les médias. A la maison, c’était l’omerta. Antoine et son frère vivaient l’enfer aussi bien au sein de leur famille qu’à l’extérieur. Dès lors, comment se construire et devenir un adulte épanoui ?

Encore une fois, Olivier Adam développe un thème qui lui est cher, celui des liens familiaux. En lisant les phrases suivantes, j’ai d’ailleurs eu l’impression qu’il parlait de lui. « il m’est apparu que Nicolas s’acharnait à généraliser et théoriser la relation complexe qui le liait à ses parents, la difficulté qu’il avait eue à se construire à l’ombre de leurs personnalités dévorantes, à se délivrer de leur regard, de leur emprise, de leurs jugements, de leurs attentes, de leurs goûts, la difficulté qu’il avait encore aujourd’hui à se sentir à la hauteur de leurs attentes, de leur exigence. C’était là une tendance bien connue des romanciers que d’échaffauder des grandes théories en partant de l’observation de leur nombril et de son entourage immédiat. Il leur arrivait néanmoins de toucher juste. » p. 221

S’il est question, dans La renverse, de l’impunité des puissants, ce sont surtout les conséquences désastreuses de leurs actes sur les autres qui sont développées. Antoine, le narrateur, est un héros profondément humain en proie à la tourmente. Depuis qu’il a quitté le domicile familial, il vit en Bretagne, région dans laquelle le déchaînement fréquent des éléments extérieurs colle assez bien à son état d’esprit. C’est un personnage attachant, touchant même. Il est spectateur de sa vie et n’arrive pas à prendre son destin en main. Il en a conscience -on le lui a assez reproché- mais il n’arrive pas à changer le cour des choses. Ses doutes, ses errances touchent à l’universel et ont eu beaucoup d’écho en moi. Avec ce roman habilement construit, Olivier Adam frappe juste encore une foi.

« Je suppose qu’on peut dire qu’il m’a pris sous son aile sur la seule fois de mes lectures. Et qu’elles lui ont suffi à se faire une idée de qui j’étais et de ce dont j’avais besoin. » p. 17

ADAM, Olivier, La renverse, Flammarion, 2016.

Falaises – Thibault Balahy § Loïc Dauvillier – Librement adapté du roman d’Olivier Adam

Étretat, dans une chambre d’hôtel. Un homme veille sur le balcon pendant que sa femme et son enfant dorment. Il se rappelle son enfance, le suicide de sa mère dans cette même ville, les coups de son père, les copains d’école pas forcément mieux lotis, son frère qui, l’âge venu, a décidé de fuir cet univers familial impossible à supporter. Des tranches de vie lui reviennent, des sensations, des images toutes douloureuses ou presque.

Ce « résumé » vous dit quelque chose ? Normal, Falaises est l’adaptation en bande dessinée du roman d’Olivier Adam sorti il y a quelques années déjà. Des planches, souvent muettes, alternent avec des extraits du texte original. Le bleu domine, bleu gris, bleu nuit,  bleu triste. Le silence laisse souvent la place à l’indicible, aux émotions et à l’intériorité.

La BD de Thibault Balahy et Loïc Dauvillier est fidèle à l’atmosphère du roman, ou du moins aux vagues souvenirs qui m’en restent. L’espoir n’a pas vraiment sa place. C’est la mélancolie qui domine largement. A la toute fin, une maigre lueur d’espoir transparaît. Car après tout, quelque soit les casseroles que l’on traîne, la vie reprend toujours le dessus, non ?

C’est triste mais c’est beau !

Canel trouve que la BD est beaucoup plus douce que le roman, qu’elle apporte un peu de légèreté malgré le sujet difficile et je suis entièrement d’accord avec elle.

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Enna.

BALAHY, Thibault, DAUVILLIER, Loïc, Falaises, Éditions de l’Olivier, 2014.

Les lisières – Olivier Adam

Paul Steiner est un écrivain qui rencontre un grand succès grâce à ses romans. Originaire de la banlieue parisienne, il ne se sent pas à l’aise au milieu du beau monde qu’il est amené à fréquenter dans la capitale. Il n’est plus à sa place non plus dans sa famille et avec ses amis d’enfance car il est devenu trop différent et n’a plus du tout les mêmes centres d’intérêt. Avec sa femme, ils décident de partir vivre en Bretagne. La mer et l’éloignement géographique l’apaisent.

Alors que sa mère est hospitalisée, Paul retourne pour quelques jours chez ses parents. Le fossé entre son mode de vie actuel et celui de sa famille est gigantesque. Il retrouve ses amis d’enfance et les observe avec un regard sans complaisance. Séparé depui peu, sa femme et ses enfants lui manquent. Petit à petit, il s’enfonce dans la dépression et tente de comprendre pourquoi il ne se sent à l’aise nul part, pourquoi il se sent toujours étranger au monde qu’il habite.

Depuis la sortie de Falaises, je n’avais pas lu Olivier Adam. L’homme est intéressant mais son univers est tellement sombre que je n’avais plus envie de le lire. Il a fallu quelques avis enthousiastes de blogueurs sur son dernier roman pour que je change d’avis et que je décide de laisser une seconde chance à l’auteur. Et je ne regrette pas mon choix ! Olivier Adam touche du bout du doigt là où ça fait mal, un peu comme Annie Ernaux, auteur à laquelle il fait d’ailleurs référence dans son texte.

Les lisières est une auto fiction. Lé réalité est donc déformée, grossie, travestie, mais derrière Paul Steiner se cache Olivier Adam, c’est un secret pour personne. Je trouve qu’il faut à la fois du courage et de l’égoïsme pour parler ainsi de soi-même, de son enfance, de ses origines et de sa famille sans se préoccuper de la réaction de ses proches. Dans de nombreuses interviews, l’auteur explique qu’il avait besoin d’écrire sans s’auto-censurer, peu importe les conséquences. Le résultat, c’est qu’il va au bout de ce qu’il ressent, de ce qu’il pense et je me suis retrouvée à travers certains des propos de Paul Steiner, le narrateur. C’est un roman qui m’a fait beaucoup réfléchir et que je relirai peut-être un jour…

Les avis d’Antigone, Valérie, Clara, Cathe, Alain et de l’Irrégulière.

ADAM, Olivier, Les lisières, Flammarion, 2012.

4/7

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