Un petit bout d’enfer – Rachel Corenblit

Juliette a quatorze ans mais se comporte comme si elle en avait seize. Enfin c’est ce qu’elle croit… Elle a fait une trés grosse bêtise. Pour la punir, son père a décidé de l’envoyer pendant tout le mois de juillet chez sa grand-mère. Là-bas, pas de téléphone portable ni d’ordinateur. L’ennui mortel !

Un jour, la jeune fille sort seule pour faire quelques courses. Elle en profite pour se rendre au cinéma. Au moment où elle choisit un film interdit aux moins de seize ans, elle ne se doute pas que ce qui va heurter sa sensibilité, ce n’est pas ce qui va se passer à l’écran…

Un petit bout d’enfer, ce roman porte bien son nom. En 140 pages, il n’y a pas une seule lueur d’espoir. Dés le premier paragraphe, le lecteur est mis dans l’ambiance. Un homme est en proie au desespoir et à la folie. Petit à petit, on découvre son passé et on comprend un peu mieux comment il en est arrivé là. Juliette, elle, croise malencontreusement sa route et se fait entraîner dans une histoire digne des pires films d’horreur.

La construction est réussie : alternance de points de vue, retour sur le passé, etc. L’écriture ciselée donne un rythme dynamique au roman. Le supens et la tension sont entretenus jusqu’au bout. Mais malgré tout cela, je n’ai pas aimé Un petit bout d’enfer. Trop noir pour moi ! Il m’aurait sans doute fallu un peu d’espoir…

CORENBLIT, Rachel, Un petit bout d’enfer, Rouergue, 2009

Noyade en eau doucce – Ross Macdonald

Los Angeles, années 1950. Lew Archer, détective privé, reçoit la visite de Maude Slocum. Celle-ci a intercepté une lettre anonyme destinée à son mari. Le message est on ne peut plus clair :

« Cher Monsieur Slocum,

Le lis qui pourrit empeste bien davantage que la mauvaise herbe. Comment pouvez-vous décemment endosser ce costume de cocu complaisant ? Ou se pourrait-il que vous soyez ignorant des activités amoureuses de votre femme ? » (p.15)

Maude veut savoir qui est l’auteur de cette lettre mais refuse de dire à Archer si ces accusations sont fondées ou non.  Elle ne veut pas que son mari ait vent de cette histoire, c’est tout.

Archer commence à mener son enquête et se rend compte que les relations familiales sont très étranges chez les Slocum. La belle-mère tient les cordons de la bourse et maintient tout le monde dans un état de dépendance, le couple bat de l’aile et la fille entretient des relations compliquées avec le chauffeur.

Les investigations du privé prennent trés vite un tournant imprévu quand le corps de la belle-mère est retrouvé sans vie dans la piscine de la résidence familiale. Ce qui paraissait être une banale histoire d’adultère se transforme en enquête criminelle musclée. Course-poursuite, intimidations, règlements de compte, rien ne manque. Il faut dire que notre détective ne recule devant rien pour que justice soit faite !

Le lecteur, lui, se fait embarquer sur de fausses pistes à tel point qu’il ne sait plus qui est coupable et qui est innocent. L’intrigue devient de plus en plus complexe. Les suspects sont multiples. Il est question de gisements de pétrole et d’homosexualité mais aussi de secret de famille et de trahison.

Un roman agréable à lire qui permet de se replonger pendant un petit moment dans l’ambiance des années 1950. Pas de téléphone portable, encore moins d’Internet et donc des méthodes de travail qui paraissent lointaines.

Un grand merci à l’équipe de Babelio et aux éditions Gallmeister pour l’envoi de ce livre.

L’entretien de Laurent avec Oliver Gallmeister, l’éditeur, et Jacques Mailhos, le traducteur de Ross Macdonald : partie 1 et partie 2.

L’avis de Canel.

MACDONALD, Ross, Noyade en eau douce, Gallmeister, 2012.

Givre noir – Pierre Pelot

Nous sommes un vendredi 13. Il fait une chaleur caniculaire, totalement insupportable. Nell vient de se faire plaquer par son mec, un pauvre type qui joue avec les filles. Elle discute avec son oncle Stany chez qui elle vit depuis que sa mère est décédée. Celui-ci la prévient que sa tante Mado va arriver avec une connaissance rencontrée par hasard.

Par hasard ? Nell a très vite des doutes. Sa tante est manipulatrice et d’une froideur implacable. Son oncle, lui, est fantasque. Il est passionné par les trains et les grottes préhistoriques. Mado et Stany forment en fait un couple assez surprenant. Nell, quant à elle, est assez provocatrice et comprend bien plus de choses que ce qu’elle veut bien laisser croire.

Par intermitence et parallèlement à cette histoire, on suit également, celle du Gerbois, un journaliste qui enquête sur un meurtre à la chevrotine. Ce n’est que dans les toutes dernières pages que l’on comprend le lien entre ces deux intrigues.

Si j’ai eu énormément de mal avec le style, j’ai tout de même apprécié la qualité des dialogues et de la narration. L’auteur aurait presque pu faire de Givre noir une pièce de théâtre ou un scénario de film.

Pierre Pelot entretient tout au long du roman un climat malsain où la manipulation et le chantage règnent en maîtres. La chaleur et le décor ajoutent une tension supplémentaire à l’intrigue. On pense avoir cerné assez vite le caractère et le rôle de chaque personnage mais ils se révèlent tous petit à petit beaucoup plus complexes et sombres qu’on le croyait au départ.

Le rythme s’accélère dans les dernières pages et finalement, ce qui était un peu confus au niveau de l’intrigue devient très clair. Le lecteur découvre enfin qui se cache derrière chacun des personnages principaux. J’avoue que je n’ai rien vu venir et que j’ai été très surprise.

Merci aux agents littéraires pour l’envoi de ce livre.

PELOT, Pierre, Givre noir, Éditions la branche, 2012.

Rien qu’un jour de plus dans la vie d’un pauvre fou – Jean-Paul Nozière

Elise, trois ans, disparaît dans un parc alors qu’elle était sous la responsabilité de son frère de dix-sept ans, sensé la surveiller pendant l’absence de leur mère. La gendarmerie met tout en oeuvre pour retrouver la petite fille mais les pistes sont maigres et les recherches actives finissent par être abandonnées.

Dix ans plus tard, à Sponge, c’est Laura, une adolescente de treize ans qui disparaît. Tout de suite, Jean-Alain dit Linlin est soupçonné. Le jeune homme est handicapé et aime regarder les filles comme beaucoup de garçons de son âge. Il n’est pas très discret et son comportement ne correspond pas aux normes de notre société, tout le monde ou presque le prend donc pour un fou. C’est un coupable idéal, trop idéal même.

Ces deux affaires d’enlèvement ne semblent avoir aucun lien mais petit à petit Jean-Paul Nozière laisse des indices et le lecteur essaie de reconstituer les pièces du puzzle. Il faut cependant attendre les dernières pages pour voir la vérité éclater. Le suspens est insoutenable !

Chaque chapitre focalise sur un des protagonistes de l’histoire et les personnages sont décrits assez finement. Très vite, le lecteur se plonge dans l’atmosphère pesante qui règne au bord du lac du serpent à Sponge. L’intolérance et l’étroitesse d’esprit de certains des habitants de la ville font froid dans le dos mais heureusement tout le monde n’est pas comme ça. Un peu comme dans la vraie vie quoi !

Un bon roman à découvrir dès la 4ème.

NOZIERE, Jean-Paul, Rien qu’un jour de plus dans la vie d’un pauvre fou, Éditions Thierry Magnier, 2011.

Crim’ sur la prom’ – Bernard Deloupy

Nice. Promenade des Anglais. Un milliardaire russe vient de se faire assassiner de manière assez surprenante. Le détective privé Garri Gasiglia, surnommé GG, était chargé de surveiller cet homme pour le compte de sa femme. Celle-ci voulait des preuves d’infidélité afin de demander le divorce et de renflouer ses comptes. Plutôt habitué aux enquêtes sur les aventures extra-conjugales, Garri va cette fois-ci suivre la piste d’une sombre affaire de retraitement de déchets nucléaires, de paradis fiscaux et de transactions illégales.

Si l’intrigue tombe parfois dans la facilité – à deux reprises, des hommes passent aux aveux un peu trop facilement à mon gôut et une des dernière scènes est digne d’un film hollywoodien- elle a tout de même le mérite de mettre en avant un certain nombre de dérives honteuses dans notre société. L’humour, qui m’a fait beaucoup rire au début, a fini par me lasser. Je l’ai même trouvé parfois un peu lourd. Par contre, j’ai beaucoup apprécié le cadre dans lequel se déroule ce polar. C’est sans doute une lecture sympathique pour celui qui doit se rendre dans la région de Nice cet été. En tous cas, ça donne envie d’aller visiter le coin et d’aller manger dans de bonnes tables !

DELOUPY, Bernard, Crim’ sur la prom’, Gilleta, Nice-matin, 2009.

Crimes et jeans slim – Luc Blanvillain

Adélaïde Manchec, dite Adé, est la fille d’un conservateur spécialiste des paysages du XVIIIème siècle  et d’une violoncelliste. Elle vit dans un monde raffiné, connait les bonnes manières et possède une solide culture générale pour une jeune fille de 15 ans. Depuis l’âge de 12 ans, elle s’est rendue compte que ses camarades de classe changeaient et qu’elle allait devoir adopter le même comportement qu’elles si elle ne voulait pas devenir un bouc émissaire. Avec la complicité de sa grand-mère atteinte de la maladie d’Alzeimer, elle se transforme en vraie pouffe pour aller au lycée et -heureusement- redevient elle-même quand elle rentre à la maison. Tout se complique le jour où un tueur en série prend pour victimes toutes les minettes qui se comportent en pétasses.

Avec l’aide de Rod, son petit frère -passionnée par les éléphants depuis la mort de son grand-père tué accidentellement par un pachyderme- et de Thibaud Picard -un intello de sa classe dont elle est amoureuse- Adé va tenter d’échapper à la menace qui pèse sur toutes les filles de la ville, ou presque.

Un polar pour ados vraiment génial que j’ai découvert grâce à Val. Je n’ai identifié la coupable que quelques pages avant que son nom soit dévoilé et le dénouement est excellent. C’est vraiment de la bonne littérature de jeunesse ! Je n’ai pas beaucoup entendu parler de ce roman sur le web ou ailleurs mais franchement Crimes et jeans slim mérite d’être lu.

BLANVILLAIN, Luc, Crimes et jeans slim, Quespire éditeur, 2010.

La dame noire – Stephen Carter

Quatrième de couverture :
« Ils sont beaux, riches, puissants, familiers de la Maison Blanche…
Julia et Lemaster Carlyle forment l’un des couples africains-américains
les plus jalousés de Nouvelle-Angleterre, ce bastion de
  la « blanchitude ». Un soir, alors qu’ils rentrent d’une réception à New
England, la prestigieuse université que Lemaster dirige, ils sont pris
dans une tempête de neige et leur voiture quitte la
  route. Près du lieu de l’accident, ils découvrent un cadavre. Julia,
horrifiée, reconnaît le corps de son ancien amant, l’éminent économiste
noir Kellen Zant.
Ravivant les plaies de la question raciale, ce crime va avoir sur la petite ville universitaire et sur chaque membre de la famille Carlyle des conséquences dévastatrices dont l’onde de choc se propagera jusqu’au Bureau Ovale. Car l’enquête sur le meurtre de Kellen lève le voile sur un autre, vieux de trente ans, qui semble impliquer Lemaster et son ami le Président…
« 

Un pavé de 650 pages qui m’a captivée mais l’intrigue, très complexe, m’a un peu déçue à la fin. Trop immoral peut-être… Trop compliqué à mon goût, c’est certain. Je pense que d’ici quelques jours il ne me restera plus grand chose de ce livre même si, certains soirs, j’avais du mal à le reposer pour aller me coucher. Beaucoup de détails, des énigmes impossibles à déchiffrer, une organisation secrète dont le rôle est complétement obscur, des personnages qui semblent fiables et se révèle être dangereux ou l’inverse, des fausses pistes : ce livre est un excellent thriller et a de quoi plaire aux amateurs du genre. Pour ma part, je ne suis pas une grande fan de polars et ça fait deux ou trois de suite que je lis (ma lassitude à la fin vient peut-être aussi de là). Je vais donc m’empresser de passer à autre chose !

Un extrait que j’ai beaucoup aimé :

« elle […] refusait donc de partager avec quiconque l’idée glaçante que la vie avec Lemaster était comme reprendre l’Everest tous les jours. Sans oxygène. » p.164

D’autres avis ici, ici ou ici.

Un grand merci à Restling qui fait voyager ce livre.

CARETER, Stephen, La dame noire, Robert Laffont, 2009.

« Cadavre d’Etat » de Claude Marker

Le cadavre de Vaslin, conseiller du Premier ministre, est retrouvé en pleine nuit sur le parking  désert de Consorama. Suicide ou meurtre ? C’est ce que le commissaire Coralie Le Gall va devoir déterminer.

Très vite, cette jeune femme à la personnalité hors-norme comprend que l’affaire est liée à des magouilles politico-financières dans les plus hautes sphères de l’État et qu’elle va devoir enquêter dans un milieu à hauts risques, un milieu qu’elle connait aussi bien qu’elle le déteste.

 

« Toute ressemblance entre cette œuvre romanesque et des personnages ou situations liées à une affaire contemporaine serait donc fortuite et involontaire« , nous avertit l’éditeur en début d’ouvrage. Oui, sauf que quand même les ressemblances sont flagrantes et les « affaires contemporaines » se ressemblent tellement toutes que les points de comparaison sont nombreux. Je n’ai aucune idée sur le nom de l’auteur, qui se cache derrière un pseudonyme, mais j’ai cru déceler à travers certains personnages les traits de plusieurs de nos politiques actuels ou passés. Je ne me risquerai pas ici à faire des hypothèses car mes connaissances sur le milieu sont bien maigres mais je crois qu’il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour se prêter au jeu des devinettes.

Le vocabulaire employé est parfois un peu surprenant (le jean devient djîne et la robe de cocktail devient une tenue de coquetèle), le ton cru  et le discours très pessimiste – et cependant tellement réaliste !!!- mais Cadavre d’État se laisse lire sans problème.

Quelques extraits :

« T’es tu demandé un jour pourquoi tu es au poste prestigieux qui est le tien aujourd’hui ? Ton mérite, tes relations ?… Dérisions ! Tu es là perce que, là haut, où est la Toute-Puissance, où siègent les grands de la sainte Trinité : Riches, Élus, Enarchie, on a vérifié qu’on pourra toujours compter sur toi, pour un service ou un autre. Parce que là-haut, on connaît le levier qui te fera obéir, ta faille : vice, appétit d’honneur ou d’argent, faute dissimulée, vanité ?… Alors, on t’entoure, te flatte, te paie, te décore, te protège du monde extérieur. Mais, en même temps, on te surveille sans cesse… » p.66

« Moi, je n’ai aucun goût pour l’informel, le non-dit, le cela-va-de-soi… quand ils me sont proposés par de grands chefs. Des piègeacs pour enfariner le marmiton et lui faire porter la toque si la mayonnaise tourne à

L’avis de Neph.

Merci à Suzanne de Chez les filles et aux éditions Carnets Nord pour l’envoi de ce livre.

MARKER, Claude, Cadavre d’État, Carnetsnord, 2009.

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