Mauvais genre – Chloé Cruchaudet

Paul Grappe tombe amoureux de la belle Louise Landy. Danses, balades en barque, tout cela est très romantique. Malheureusement, nous sommes en 1914 et la guerre approche. Les deux jeunes gens se marient très rapidement. Le jour même de la cérémonie, Louise se retrouve seule sur le quai de la gare. Elle regarde son mari partir direction la caserne…

Une fois la guerre déclarée, Paul, comme tant d’autres, part sur le front. Dès lors, les dessins de Chloé Cruchaudet deviennent d’une noirceur et d’un réalisme terribles. Alors qu’il part chercher son copain Marcel qui a perdu la boule, Paul le découvre caché dans un trou d’obu, la tête décapitée. Il décide de s’amputer d’un doigt pour fuir cette horreur et retrouver Louise. Au bout que quelques mois, on l’informe qu’il est de nouveau apte à partir au front. C’en est trop ! Paul, avec la complicité de Louise, décide de déserter.

Caché dans un petit meublé, il s’ennuie ferme. Il passe ses journées à boire, dormir et cauchemarder en attendant que Louise rentre de son travail de couturière. La jeune femme, avec son maigre salaire, a du mal à remplir la marmite. Un soir d’engueulades, Paul a l’idée d’emprunter la robe de sa femme pour sortir. Avec l’aide de cette dernière, il se travestit et devient Suzanne.

Dans les premiers temps, sa démarche et ses attitudes sont encore masculines. Petit à petit, il se prête au jeu au point de se prendre réellement pour Suzanne. Paul sombre dans une spirale infernale dans laquelle il entraîne Louise. Le scénario prend alors une tournure totalement inattendue dans le Paris des années folles.

Surprenante, hors norme, l’histoire de Paul et Louise est pourtant inspirée d’un fait réel. A travers elle, c’est toute l’horreur de la guerre et de ses conséquences que le lecteur reçoit en pleine face. La folie tient une place importante. Les déserteurs ayant été graciés 10 ans après la fin de la guerre, Paul et Louise ont vécu entre amour, jalousie et haine pendant toute cette période. Et au moment où ils pensent que le pire est derrière eux, ils ne font que sombrer encore plus.

Les dessins sont forcément sombres. Seule couleur parfois présente, le rouge met en avant les atrocités de la guerre et la féminité de Louise puis de Suzanne. Le lecteur attentif notera d’ailleurs qu’au fur et à mesure du récit, Louise ne porte plus de rouge. C’est Paul/Suzanne qui est représenté par cette couleur. Louise est en noir et en gris. De là à dire que les rôles se sont inversés, il n’y a qu’un pas…

Mauvais genre fait désormais partie des BD qui figurent en bonne place dans ma bibliothèque et ce pour un bon moment je pense !

C’est une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Valérie, Sylire, Laurie, Mrs B. et Sandrine.

CRUCHAUDET, Chloé, Mauvais genre, Delcourt, 2013.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

Ne jamais dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »…

Depuis de nombreuses années déjà, le prix Goncourt et moi sommes fâchés. Trop de grosses déceptions, trop d’enjeux commerciaux, trop de tapage médiatique. Je ne lis donc plus les romans primés par le prestigieux jury. Sauf que cette fois-ci, je n’avais pas vraiment le choix : Au revoir là-haut, fait partie des titres sélectionnés pour le prix audiolib 2014 auquel je participe. Et cette lecture audio fut une heureuse surprise !

Le roman débute à la fin de la Première Guerre mondiale, quelques jours avant l’armistice. Albert est prisonnier d’un trou d’obus et va mourir enterré vivant. Édouard lui sauve la vie au prix de son visage : il devient une gueule cassée. Les deux hommes, qui ne se connaissaient pas auparavant, deviennent amis et prennent leur revanche sur toutes les atrocités qu’ils ont subies. Eux qui avaient des valeurs et une morale montent une escroquerie à peine croyable.

Le capitaine d’Aulnay-Pradelle, un sale type qui n’hésite pas à mettre en péril la vie de ses soldats pour monter en grade, sort indemne de la guerre. Pire, il gagne énormément d’argent sur le dos des poilus morts pour la France. Autour de lui, gravitent tout un tas de personnages qu’il domine ou pense dominer.

A travers cette histoire tragique, Pierre Lemaître décrit toute la société de l’après-guerre. Son roman, extrêmement documenté, plonge le lecteur cent ans en arrière. Tous les milieux sociaux sont représentés et si, les hommes tiennent une place prépondérante, on sent l’importance du rôle des femmes. Le caractère des personnages, leur histoire personnelle, sont merveilleusement bien décrits et replacés dans le contexte de l’époque.

Le roman est écrit de telle façon que le suspens est entretenu jusqu’au dernier moment. Ce n’est pas un polar mais on sent que l’auteur maîtrise le genre et s’en est servi. Malgré certains passages un peu longs et ennuyeux, j’avais hâte d’arriver à la fin pour savoir jusqu’où Albert et Edouard allaient aller dans leur arnaque et comment le capitaine d’Aulnay-Pradelle allait finir sa vie. 

La voix de Pierre Lemaître est parfois un peu monotone et certains passages paraissent d’autant plus longs. Elle rend par contre très bien compte du caractère tragique de la destinée des personnages du roman.

Au final, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai écouté ce roman pendant presque 17h !

LEMAITRE, Pierre, Au revoir là-haut, Audiolib, 2014.

Sortez les kleenex !


Comme beaucoup de jeunes anglais, Tommo et son frère Charlie ont vu leur vie bouleversée lorsqu’ils sont partis faire la guerre en France, dans l’enfer des tranchées.
Cette nuit, Tommo ne veut pas dormir. Il veut profiter des quelques heures qui lui restent avant que son existence bascule pour se souvenir des bons moments, et aussi des moins bons, passés en famille, à la campagne. L’amour et la fidélité régnaient alors même si la vie n’était pas facile tous les jours. Rien à voir avec l’injustice de la guerre !

                         

On m’avait prévenu, mieux vaut avoir un paquet de kleenex à ses côtés quand on lit ce livre. Effectivement, j’ai eu la larme à l’œil du début à la fin ou presque… C’est fort, ça prend aux tripes et en plus Mickaël Morpurgo est un excellent conteur. Que demander de mieux ?

Florinette, Clochette et BelleSahi ont également adoré ce livre.

MORPURGO, Mickael, Soldat Peaceful, Gallimard jeunesse, 2004.

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