Greffier – Joann Sfar

Le dessinateur de bandes dessinées Joann Sfar a assisté en 2007 au procès intenté à Charlie Hebdo suite à la publication des caricatures de Mahomet. Greffier est le compte-rendu des débats qui ont eu lieu pendant ce procès. Plus qu’un plaidoyer pour la liberté de la presse, ce livre permet de comprendre tous les enjeux qui se cachent derrière le procès.

Joann Sfar revient sur les raisons de la publication des caricatures dans la presse danoise puis française. Il rappelle également que les plaignants (la mosquée de Paris, l’UOIF et la ligue islamique mondiale) ont attaqué uniquement Charlie Hebdo alors que ce n’est pas le seul journal à avoir publié les dessins.

Les propos de Philippe Val, de l’avocat Richard Malka, d’Elisabeth Badinter et des autres appelés à la barre montrent que si le tribunal donne raison aux plaignants, le résultat de ce procès aura des conséquences graves pour les musulmans non extrémistes et pour la liberté partout dans le monde.

Lire ce livre quelques mois après les attentats de janvier dernier contre Charlie Hebdo lui donne bien entendu une résonance toute particulière. Les mots me manquent pour décrire ce que l’on peut ressentir. Comment combattre l’islamisme radical ? Quelle issue à ce combat ? Combien de morts pour que la lumière émerge enfin des ténèbres ?

La dernière partie de Greffier est consacrée aux chroniques publiées dans l’hedomadaire satirique par Joann Sfar deux ans avant le procès. Je les ai trouvées beaucoup moins intéressantes et j’ai même fini par abandonner le livre. Par contre, le compte-rendu des débats qui se sont déroulés pendant les procès est passionnant. L’écrit prend tellement de place -dommage d’ailleurs que le dessinateur ait une écriture si compliquées à lire- qu’on en oublie presque les dessins.

C’est une lecture exigeante mais indispensable pour qui s’intéresse aux enjeux et à l’avenir de notre monde.

SFAR, Joann, Greffier, Delcourt, 2007.

Peine maximale – Anne Vantal

3 jours pour sceller le sort d’une famille. 3 jours pour se forger une intime conviction. 3 jours pour juger Kolia qui comparait devant les Assises de Paris pour un vol qui a mal tourné et s’est terminé par l’enlèvement d’un bébé de trois mois. Depuis, qu’il a été arrêté et a avoué, il est en prison.

Sa sœur Léna, elle, est libre pour le moment mais elle est accusée de complicité d’enlèvement. Elle nie les faits. C’est bien elle qui s’est occupée du bébé mais elle ne savait pas ce que venait de commettre son frère. Elle pensait que cet enfant était son fils et que Kolia ne voulait pas lui avouer.

Anna, 16 ans, la cadette, assiste également au procès. Elle n’est pas liée à cet horrible évènement mais si sa sœur va en prison, elle va devoir aller en foyer car elle est mineur -sa mère est en hôpital psychiatrique et son père a abandonné toute la famille.

Le procès est relaté de manière totalement objective, comme dans la réalité. Grâce au narrateur omniscient, le lecteur entre dans la peau des différentes personnes présentes aux Assises. Accusés, victimes, avocats, jurés, juges, experts, témoins, tous ressentent cette affaire à leur manière, tous ont leur point de vue. Seul Kolia reste obscure. Qu’est-ce qui se passe dans sa tête ? C’est un grand mystère… Les personnages sont nombreux mais on s’y retrouve très facilement. Les chapitres sont courts et on y croit tellement que je n’aurais pas été surprise si j’avais entendu parler de ce procès aux infos 🙂 !

300 pages qui se dévorent. Un roman choral sur la justice bien loin des feuilletons américains et c’est tant mieux !

Vantal, Anne, Peine maximale, Actes Sud, 2010.

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